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Ce vendredi-Saint, la morue était sacrément salée.

Ce vendredi Saint, la morue était sacrément salée.
La période sans école ou sans corvées immédiates du genre, le ravitaillement de l'épicerie à effectuer l'enfant Denis devait attendre l'autorisation de Marcelle la mère nourricière pour se lever chaque matin de son lit et souvent Marcelle volontairement oubliée Denis malgré le raffut qu'il faisait pour attirer son attention en sautant sur le lit où en descendant dehors pour faire semblant d'aller pisser en traversant la cuisine, il lui renversait une chaise avec fracas sur son passage, mais rien n'y faisait, elle ne bronchait pas, et même qu'elle le houspillait pour qu'il ne descende plus sans cesse. Un matin alors que Marcelle persévérait à vouloir ignorer le gamin pour ne pas l'avoir constamment dans les pattes, elle l'avait volontairement oublié dans son lit.
Denis ne pouvait plus contenir sa trop forte envie d'uriner entre cette envie et de ramasser une raclée Denis n'avait certainement pas fait le meilleur choix l'envie étant insupportable, il n'était plus l'heure de philosopher, il fallait pisser, il sautillait autour du lit comme l'auraient effectué, les Indiens dansant autour de leur tipi pour que le Dieu de la pluie se manifeste. Denis malgré sa danse endiablée autour du lit en pinçant son sexe, mais Dieu ce matin-là faisait certainement la grâce mâtinée et il n'était pas décidé d'aller pisser à sa place.

Le cerbère veillait patiemment en bas, il n'était donc pas question d'aller dans la cour sans échapper à sa vigilance. Denis n'était certainement pas décidé à subir son magistral accueil avec son instrument chéri à corde son inséparable martinet pour un besoin naturel, il avait bien une solution derrière cette porte de sa chambre qui communiquait sur le grenier. La souffrance dans son bas-ventre était telle que l'enfant devait trouver rapidement une situation de repli pour se soulager et tant pis s'il devait défoncer la porte, face à tant de sollicitude la serrure a préféré se rétracter immédiatement et libérer le passage, il pouvait maintenant aller explorer à la recherche d'un récipient où trouver une possibilité de se soulager. Le grenier était sombre et vide rempli seulement d'énormes et de nombreuses toiles d'araignée, des rayons de lumière obliques chargés de particules de poussière, du soleil positionné encore à l'est filtré à travers la toiture par des impacts comme si le toit avait été mitraillé, ces rayons de lumière permettaient à Denis de se déplacer sans avoir besoin d'un éclairage supplémentaire pour s'orienter, aucun récipient n'était en vue, alors il se dirigea vers un petit recoin pour se soulager. Enfin débarrassé de cette pression urinaire qu'il ne pouvait plus contenir, son soulagement fut tel à une délivrance de plaisir euphorisante ses jambes tressaillaient qu'il aurait même voulu que ce moment puisse encore durer et encore ! Oh qu'il était bon de pouvoir pisser. Il retourna discrètement et très rapidement dans son lit en chuchotant "A la claire fontaine" l'enfant était d'une humeur très sereine et joyeuse pas si mécontent d'avoir aussi réalisé ce tour de passe-passe à la barbe de Marcelle, enfin...! C'est ce qu'il croyait, car il était loin d’imaginer les répercussions de l'itinéraire de son pipi au niveau inférieur allait provoquer.

Un quart d'heure plus tard une furie hurlante armée d'une lampe torche à la main grimpait les escaliers sans ménagement, elle poussa avec violence la porte de la chambre pour se diriger directement à l'endroit du délit, l'enfant était surpris du nouveau don de voyance de Marcelle ? Il savait qu'il venait d'atteindre les limites de son court moment de répit et de bonheur et qu'il allait très vite participait à une symphonie à deux-temps que Marcelle allait lui concocter rapidement entre sa voix criarde et l'instrument le martinet à six lanières de cuire que Marcelle maniait avec une dextérité et avec une virtuosité inégalable, elle allait prendre rapidement la mesure du duo de sa voix entrecoupé des deux mouvements de l'instrument le tempo était en marche le premier mouvement cinglait l'air le deuxième claquait sur les fesses ou sur le dos suivant l'harmonie qu'elle désirait entendre son refrain comporté toujours les mêmes paroles harmonieuses « sales bâtardes, avorton, fils de garce, fumier, crétin » Le concert dura six minutes juste assez pour ne plus utiliser une chaise pendant 48 heures.

Quant à l'enfant, il s’interrogeait toujours comment Marcelle avait pu aboutir aussi facilement à l'endroit de sa pissotière improvisée sans GPS ? Il n'avait pas réalisé que dans l’obscurité du grenier son urine s'était infiltrée à travers le plancher pour couler verticalement dans le magasin de l'épicerie pour atterrir pile dans le fût rond de la morue salée, le hasard est parfois curieux pourquoi précisément à cet endroit sur la morue qui n'occupait qu'une toute petite surface un cercle de 50 cm de circonférence sur une surface de 100 m² du magasin et seulement à deux jours du Vendredi saint ? Pour Marcelle il était évident que Denis avait sciemment imaginé cet acte, que cela n'était pas le fait du hasard, cet enfant n'était que le fils de Machiavel armée du bras du diable spécialement pour saper sa vie de commerçante. En réponse Marcelle s'était enflammée avec le martinet en main pour lui interpréter sur son physique le rythme de la chevauchée des walkyries dans un mouvement rapide et saccadé et surtout très percutant dans son entrain, car elle voulait que ce moment soit terriblement douloureux et qu'il soit mémorisé à jamais pour l'enfant.

Pour Marcelle, il n'était pas question de jeter la morue la veille du maigre jour du poisson. Marcelle avait vite fait de remédier à cette pollution avec l'aide de Denis en enlevant le sel souillé et en essuyant au vinaigre pour masquer l'odeur des morceaux de la morue séchée qui étaient touchés par l'urine et son odeur. Après l'apport du nouveau gros sel, la morue était redevenue comestible pour le grand jour. Le lendemain à midi, toute la morue, avait été toute vendue, seules quelques réclamations avaient remonté de certains clients, ils avaient trouvé la morue un peu trop iodée Marcelle leur rétorquaient que cela pouvait parfois arriver selon la qualité du gros sel qu'ils avaient utilisé pour le conditionnement et la conservation. Marcelle venait de comprendre pourquoi son stock de vin blanc muscadet avait été aussi rapidement épuisé alors qu'elle engueulait Denis de ne pas regarnir assez rapidement le stock de la boutique alors que la réserve dans la grange était épuisée même le monbazillac moelleux était à sec. Enfin Marcelle était aux anges de voir les affaires reprendre, son tiroir-caisse était plein de billets. Le seul mécontent fut Robert son mari qui n'avait pas apprécié de ne pas pouvoir boire le dimanche son muscadet pour étancher sa soif.
Voilà comment en ce jour saint tous les gens du village ont mangé de la morue qui avait été souillée par l'urine d'un enfant qui s'était soulagé en urgence dans un recoin du grenier.
Marcelle malgré la recette confortable n'avait pas oublié d'effectuer un rude et sévère passage au martinet sur l’arrière-train de l'enfant. Méchante mais certainement pas rancunière, le Noël suivant elle avait gâté l'enfant comme à son habitude, il avait eu droit à ses trois mandarines, ses quatre pralines et quelques bonbons fondants multicolores avec un jeu de sept familles afin qu'il puisse se constituer une famille imaginaire un comble pour un enfant abandonné.

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Quand Marcelle se retrouvait à poil dans son grand bac en zinc, prenant un bain bien fumant au milieu de la pièce principale. Il n'était pas utile d'être devin pour savoir que cela annonçait une visite importante ou un déplacement en ville pour le lendemain.

Si, il y avait un instant divin qu'il ne fallait pas rater, c'était bien celui-ci. Debout nue dans son grand bac en zinc fumant pour la grande toilette. Marcelle en imposait encore à quarante ans avec son 1m69 et ses formes bien proportionnées et justes équilibrées aux bons endroits. Sa peau laiteuse de son corps contrastait au teint hâlé de son visage et de ses bras. À poil elle paraissait plus humaine et plus fragile et son visage paraissait moins acariâtre même ses yeux noirs étaient moins sévères ils prenaient une nuance dorée, les poils disgracieux de son menton avaient disparu. Elle était devenue presque féminine.

Le lavage de ses cheveux était déjà tout un cérémonial, elle enlevait une à une les épingles qui maintenaient son chignon comme si elle effeuillait une marguerite pétale par pétale avec la lenteur d'une strip-teaseuse qui se déshabille avec une élégance suggestive pour faire durer le suspense. L'enfant face à ce spectacle était ébahie ! Il n'arrivait toujours pas à comprendre la transformation de ce chignon tressé, moche et ridicule qui devenait une cascade ondulante de cheveux noirs très abondants qui s’arrêtaient pile à la naissance de ses fesses charnues.

Denis ressentait comme un envahissement impudique de voir ce cerbère bulldozer défrichant une forêt toute en force qui venait de s'approprier d'une nouvelle configuration tout en douceur et en élégance sa peau paraissait douce et tendre, ses seins étaient lourds et tendus. L'enfant n'arrivait plus à suivre cette soudaine métamorphose. Le parcours de la savonnette qu'elle dirigeait avec une dextérité si audacieuse qu'elle aurait pu faire rougir de pudeur madame Claude elle explorait tout son corps et son intimité pour s'arrêter à son petit orteil, parfois elle relâchait sa savonnette et elle partait en excursion dans son bain à sa recherche en tâtant le fond du bassin en s'accroupissant qui lui donnait une position terriblement érotique. Une fois la savonnette récupérée en position debout elle revisitait encore une fois puis elle finissait par se rincer avec l'aide d'une casserole.

Ce bain pour Marcelle n'était pas seulement qu'un besoin d'hygiène, on voyait bien qu'elle y prenait beaucoup de plaisir même qu'elle en avait oublié la présence du gamin, elle était dans sa bulle comme habitée par des pensées sensuelles et lascives par moments son visage était hagard, rappelant au garçon une image d’Épinal, montrant Éve nue prête à cueillir cette pomme si désirable de l'arbre alors que le diable en serpent était là enroulé autour du tronc prêt à profiter et de savourer de l'instant de cette tentation.

Denis voyant Marcelle moins martiale et d’humeur plus légère et presque enjouée, il se laissait aller à faire des gamineries taquines, persuadées que la jungle des cheveux humides que Marcelle avait ramenés à l'avant de son visage pour les démêler donnait l'impression que sa tête était totalement enfouie dans une sorte d'épaisse canopée de chevelure. Denis était persuadé que Marcelle avait la vue occultée par la jungle de sa tignasse, il commença par faire toutes sortes de grimaces à son attention en lui tirant la langue et lui faire des pieds de nez et lui indiquer avec son doigt sur la tempe qu'elle était folle. Ce petit jeu dura au moins cinq bonnes minutes sans aucune réaction ni plainte de la part de Marcelle. L'enfant en totale confiance redoublait d'audace et déclinait des tonnes de clowneries, jusqu'à imiter une guenon sautillante. Quand subito ! Alors que Denis tournait le dos à Marcelle, il fut happé à la vitesse d'un cobra qui attrape une proie, il ressentit instamment une puissante rafale de lanières de cuire du martinet lui cingler les fesses avec une puissance et d'une violence inouïe en scandant des cris hystériques tout en éructant des grossièretés vachardes " sale mioche, petit merdeux, sale bâtard, fils de garce, je vais d'apprendre à me faire des grimaces insultantes " lui rétorqua Marcelle en redoublant avec plus de violence son martinet, la voix hystérique grondait encore plus violemment. L'enfant sur l'effet de la surprise n'arrivait plus à réagir face à tous les coups et les insultes, qui lui tombaient dessus. Elle qui paraissait si calme et si passible derrière son rideau de cheveux, qu'elle guêpe l'avait donc piqué pour déclencher cette furie aussi inattendue que brutale. C'est plus tard dans la soirée que Denis comprit le retour foudroyant de Marcelle quand elle raconta à son époux Robert qu'elle faisait semblant de démêler ses cheveux tout en l'observant sans brancher pendant un quart d'heure sa séance de clownerie.
Le lendemain, effectivement, comme l'avait imaginé Denis, Marcelle était partie aux aurores pour atteindre à pied l’arrêt du bus à quelques kilomètres qu'il ne fallait surtout pas rater, étant le seul autocar Citram de la journée en direction d’Angoulême. Elle rentrera tard dans la soirée accompagnée d'un gamin.
David, âgé de 9 ans, un an de moins que Denis, il était un enfant bien fracassé, traumatisé, par l'acharnement de ses parents malades des nerfs et de la mistoufle qui sévissait chez le couple, obligé de subir la séparation de ses parents, il s'est retrouvé au doyenné orphelinat de l'agence d’Angoulême, un passage qui stresse à mort, car il élimine tous les repères instantanément, ce qui provoque de graves traumatismes ou des troubles à l'enfant comme pisser au lit ou devenir dyslexique.
L'agence impuissante avait décidé de confier l'enfant provisoirement à Marcelle, le temps de trouver à David un hébergement adapté à son dysfonctionnement comportemental. Ce qui n'était pas d'ailleurs, même provisoirement le choix le plus judicieux psychologiquement en essayant de remettre David sur une autre voie presque aussi cahoteuse que celle dont il venait de quitter.

Denis dut partager sa chambre et son lit et en plus, le pipi de David qu'il déversait généreusement toutes les nuits sur une période de trois mois, quand il ouvrait la vanne, il arrosait copieusement l'ensemble du lit en impactant Denis dans son bain. La seule évolution sur la période se jouait sur la quantité qui varié suivant la journée qu'il avait passé. Face à cette calamité Denis pensa que Dieu lui avait infligé ce châtiment vengeur pour avoir eu l'outrage un matin d'avoir fait pipi dans ce maudit grenier au plancher perméable qui avait laissé dégouliner l'urine dans la boutique sur la morue du vendredi saint.

bidon de lait OK

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Ce matin-là le lait était très allégé...

Pas très morale...

À peine débarquée chez les Moreau que le lendemain matin à 6 heures Denis l'apprenti maçon était assis dans la 2 cv Citroën camionnette d'une couleur gris souris vue son état général, elle avait certainement fait plusieurs fois le tour du compteur on voyait la route défiler sous nos pieds par le plancher, quand il pleuvait il fallait tourner la molette de l'essuie-glace pour espérer voir la route. À pied d'œuvre sur le premier chantier. Ils avaient rendez-vous lui et son premier patron monsieur Moreau. Ils étaient dans une ferme en (L) ni château ni maison bourgeoise, et certainement plus une maison de maître, ce n'était plus qu'une vieille bâtisse qui avait eu son époque avec du style et des grands moyens, le potentiel de l'ensemble restait énorme et classique genre longère avec ses entrées de pigeonniers en haut de la façade en pierre de taille, la toiture en ardoise avec deux petits dômes à chaque extrémité du toit l'ensemble était en mauvais état, impossible à rénover sinon que d'hypothéquer le bâtit pour financer les travaux et pour cela, il fallait vendre beaucoup de lait et faire couler des hectolitres de jus de raisin pour la fabrication du cognac.

Monsieur Moreau et Denis s'approchèrent du couple propriétaire pour les saluer. Monsieur Arnault était un quinquagénaire qui marchait en chaloupant légèrement avec l'aide d'un gourdin de noisetier qui lui servait de canne ; la faute a une vilaine cicatrice au niveau du fémur de la jambe gauche due à une mauvaise rencontre de son cheval percheron qui roula sur un nid de guêpes en effectuant les travaux des foins avec un râteau faneur, l'attaque des guêpes a été foudroyante après le cheval, l'animal envoya tous valdinguer son attelage où était assis monsieur Arnault sans comprendre, il se retrouva sous la machine quand le cheval a détalé à fond vers son écurie telle à une comète avec sa traine compacte de milliers de guêpes qui le poursuivaient. Seuls les deux brancards de la machine agricole étaient toujours fixés à son collier de travail qui avait résisté à cette débandade, ce qui n'était pas le cas pour la jambe de monsieur Arnault qui dut attendre en souffrant le martyre pendant des heures le retour de son épouse au volant de leur vieille Citroën une B14 jaune de la foire mensuelle, pour enfin être libéré de son amas de ferrailles.

Madame Arnault était une femme toute en rondeurs sans complexe, elle déménageait tout sur son passage, alors que son mari une vraie boule de nerfs, il était sec comme un coup trique.
Le couple orienta messieurs Moreau et Denis vers la cuisine tout en proposant de boire ce café infâme qui bouillait dans sa cafetière en émail rouge qui était posé sur un coin de la cuisinière Rosière aux bois, sa teinte d'origine avait été certainement blanche elle était passée au jaune marron. Le café bouillait depuis très tôt le matin avant la traite des vaches, il se dégageait dans la cuisine une odeur tenace et âcre du café trop torréfié.
Denis remarqua que le seul progrès qui s'était invité dans cette pièce était une ampoule électrique montée sur une suspension réglable en porcelaine entre deux serpentins tue-mouches très encombrés au-dessus de la table. Un gros poste T.S.F siégeait sur le buffet bas avec une antenne en forme de ressort qui barrait tout le pan de mur, le fameux chien en plâtre allongé sur son socle montait bonne garde sur le napperon posé sur le poste. À droite de la porte d'entrée en dessous de l’œil-de-bœuf ovale de l'évier grisâtre brut en pierre polie l'eau courante faisait illusion en coulant par l’intermédiaire d'un accessoire simple d'une gassotte posée sur la bordure du seau galvanisé. le mobilier rustique dont la lourde table en chêne avec ses deux bancs et ses deux chaises en paille à chaque extrémité, le formica n'avait pas encore franchi le seuil de la cuisine et cela n'était pas plus mal.

En pleine discussion sur les travaux à effectuer quand un ronflement puissant d'un moteur de camion couvrait presque la conversation, monsieur Arnault regardait avec insistance l'entrée de la cour, c'était, le camion-citerne de la laiterie de Claix qui manœuvrait en marche arrière pour se mettre à cul de l'étable où étaient placés les bidons de lait. Mais quelque chose avait l'air de contrarier monsieur Arnault, pourquoi ce matin, le laitier n'avait pas utilisé son Klaxon comme à son habitude pour faire déguerpir le chien relié à une chaîne au beau milieu du passage ? Monsieur Arnault remarqua que le chien s'était cette fois posté du côté passager du véhicule d'où un reflet blanc apparaissait à l'intérieur de la cabine à mesure que le camion s’enfonçait à l'intérieur de la cour, subito!!! Il lâcha sa tasse de café et invita son épouse à le suivre dardar, la canne en avant il fonçait sur la cible, tel un matador avec son épée à l'horizontale, comme voulant porter l'estocade pour achever la bête. Son épouse plus en avant avait déjà ciblé son atterrissage, il fallait atteindre précisément que certains bidons de lait, avant que ce maudit camion s’immobilise à la hauteur de la douzaine de ces bidons de lait qui était alignée le long de la porte en bois de l'étable. Dans son élan, Monsieur Arnault se jeta et renversa trois bidons, quant à son épouse elle avait déjà dans sa chute renversée deux autres bidons, elle entendit son époux lui dire en sourdine "ouf nous l'avons échappé belle nous avons bien atteint les cibles..."

Le laitier et l'inspecteur sanitaire en blouse blanche et sa mallette de médecin qu'il tenait en main, ils retrouvèrent le couple baignant dans une flaque blanche immaculée incapable de se relever, alors que les cinq chats et les deux chiens puis les canards de la ferme étaient déjà à l’œuvre autour de la flaque pour laper ou barboter dans ce délicieux nectar. Le laitier trouvait cette situation si cocasse et si délirante qu'il eût un mal fou à contenir un fou rire en voyant le couple se vautrer dans ce lait sans pouvoir sortir de ce bain. Denis et son patron qui avaient suivi cette débandade sans franchement comprendre pourquoi ce couple d'enfer avait effectué cette grossière mise en scène aidèrent les Arnault à sortir de ce bourbier qu'ils avaient volontairement provoqué.
Le laitier ne voyant aucune malice à cette situation plaignait, le couple « vous avez mal commencé votre journée en perdant la moitié de la collecte.» Madame Arnault apparemment moins essoufflée prit la parole alors que son époux était plié en deux de douleur et avait un mal fou à reprendre ses esprits « à cause de sa patte folle, mon époux a glissé pour atterrir sur les bidons en voulant se retenir après moi dans son élan et il m'a entraîné dans sa chute alors que j' essayais de le retenir, je me suis cramponné en vain aux autres bidons. Qui ont versé. » Le laitier en imaginant la scène avait encore du mal à garder son sérieux ce qui contrasté avec la froideur de l'inspecteur sanitaire qui prit la parole à son tour d'un ton formel et péremptoire en s'adressant au couple Arnault, « Je suis mandaté par la laiterie pour effectuer des prélèvements afin d'analyser le lait que nous récoltons ce matin dans chaque ferme de la tournée, je vais donc faire les testes et faire les prélèvements nécessaires sur les bidons épargnés, » L'inspecteur appliquant immédiatement le geste à la parole, il manipulait ses flacons et éprouvettes qu'il avait sortis de sa mallette, monsieur Arnault qui avait retrouvé sa lucidité demanda à l'inspecteur.
Pourquoi il effectuait ce contrôle inopiné..." C'est le laitier qui lui répondit "dans la tournée nous avons constaté qu'un fermier sans scrupules nous a fourni du lait impropre à la consommation certainement d'une vache malade ! Résultat hier nous avons jeté tous le lait de la tournée qui était contaminée par une bactérie. " Monsieur Arnault acquiesça avec une lueur de soulagement sachant que ses vaches n'étaient pas malades et qu'en plus il était un vrai maniaque de la propreté. Il poussa discrètement un soupir de soulagement en regardant son épouse, ils avaient sauvé leur réputation et leur job vis-à-vis de la laiterie, car ce matin-là, ils avaient triché honteusement comme les quelques fois quand le volume de lait était en baisse à cause de la naissance des veaux. Les cinq bidons renversés volontairement contenaient du lait allongé avec de l'eau. La laiterie après les relevées effectuées avait trouvé l'exploitation responsable ce n’était pas une vache malade qui avait contaminé le lait, c'était une bactérie qui s'était développée dans des récipients négligés mal entretenu hygiéniquement. La laiterie exigea de son fournisseur une désinfection totale de son étable à la chaux ainsi que la désinfection totale des récipients qui accueillent le lait avec à l'appui un contrôle sanitaire à sa charge toutes les semaines plus une pénalité lui sera déduite sur la prochaine production, c'était à cette seule condition sinequanone pour que la laiterie veuille encore prendre le lait de son exploitation.
Les Arnault avaient perdu de leur arrogance et ils témoignaient une douceur exagérée et hypocrite auprès de monsieur Moreau et de Denis qui eux avaient été témoins de leur tricherie, cette fois, ils avaient bien senti la faillite et le souffle puissant de la correctionnelle un peu trop proche de leur étable à cause d'un hurluberlu qui ignorait qu'il avait une vache malade.