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N°4 Au fond du village ils avaient oublié un vieux seigneur.

La liberté est maintenant devant ma roue..

Gémir n'était pas de mise au paradis de la mouche scatophage.N°4

Au fond du village ils avaient oublié un homme un seigneur qu'ils ont traité plus bas qu'un clochard et pourtant ! c'était un grand ! vraiment ! un très grand Monsieur ...

Au fond du village résidait dans une vaste grange en terre battue un vieux monsieur Auguste de 75 ans dans sa vie active il avait été maçon son seul compagnon un vieux vélo couleur rouille qu'il ne lâchait jamais, il paraissait aussi vieux que lui, il l'enfourchait seulement dans les descentes pour aller ou revenir de Blanzac, ce qui était un exploit vu son grand âge en sachant que lui il roulait à la chopine dont il était souvent imbibé. Dans les côtes il se servait de son vélo comme d'un déambulateur tellement que sa marche était déficiente, son vélo était d’ailleurs sa béquille de marche. Parfois le soir après le souper quand Denis n'était pas fourbu, il allait le voir pour passer un moment avec lui le vieux papi était heureux de ces visites spontanées, il allumait ses quelques bougies pour l'inviter à rester, il lui offrait son coup de rouge qui n'était qu'une piquette bourgeonnante infâme qu'il fallait à chaque gorgée s’essuyer la langue pour enlever ce dépôt désagréable, il achetait cette saloperie à une ferme voisine qui n'avait aucun scrupule à lui vendre, idem aussi pour sa boîte de douze œufs dont il retrouvait souvent deux ou trois œufs pourris. Parfois Denis avant de passer chez lui aller visiter le poulailler d’Éliane pour soustraire quelques œufs frais que le papi sans dents pouvait gober sans crainte, à la période des fruits Denis délestait les nombreux arbres fruitiers d'Éliane pour lui offrir.

Auguste n'avait plus de famille pas d'amis non plus sachant qu'il n'avait que cette misérable grange et un puits donc rien sinon il aurait eu plus de volontaires pour lui offrir une assiette de soupe tous les soirs pour ne pas être oublié sur ses dernières volontés testamentaires de ses biens. Ce vieux Monsieur pendant les veillées improvisées racontait son enfance à partir de 1890 l’année que Van Gogh s'est suicidé, le Brésil et l'Argentine se font un love love sur leur frontière. Stan Laurel ouvrait l’œil en Angleterre en entendant de rencontrer Hardy, Clément Ader a réussi à prendre son envol, la naissance de Roger Salengro qui est devenue la voie principale à suivre dans chaque ville de gauche, les deux guerres pour le pire 14/18 et 36/45, au pied de son mur Auguste avait vu toutes les évolutions du progrès de la société le pire et le meilleur Denis avait soif de cette connaissance que l'école n'avait pu lui dispenser d'une façon aussi ludique.

À travers cette faible lumière vacillante des bougies et les volutes de ses celtiques l'homme paraissait moins vieux et moins fatigué. La pénombre permettait de se concentrer que sur cette voix chevrotante mais combien riche en anecdotes.

Un matin les pompiers gyrophares allumés et sirène hurlante se sont arrêtés face à la forge, ils cherchaient l'habitation d'Auguste, Denis craignant l'irréparable, il passa devant l'ambulance dans une course effrénée dans la descente du village ses brodequins ne touchaient, plus le sol il était carrément en lévitation. Il retrouva son papi d'affection sur son lit le visage blanc comme du lait, très affaibli ne pouvant plus articuler, complètement aphone il fit signe à Denis de prendre le petit mot qu'il avait écrit la veille au soir à son attention sentant les prémices d'un long sommeil sans aurore, il lui avait demandé de prendre en charge le temps de son absence qui ne serait que de quelque temps, le vélo et son livre posé sur la selle "La jument verte de Marcel Aimé" souvent il narrait certains passages de ce livre qu'il comparait à lui et à sa famille et à son voisinage, ce livre était pour lui un véritable hymne à la vie.

C'est le curé de la paroisse de Blanzac en passant faire un coucou à ses ouailles pour remplir la petite église de Saint-Léger pour l'office du dimanche suivant, il avait prévenu les secours en retrouvant Auguste dans un état critique. Les pompiers portaient, le papi à demi conscient sur un brancard Denis eut juste le temps de lui faire une bise sur son front presque froid, à ce moment-là son front à légèrement plissé, il a aussi cligné successivement ses yeux par deux fois pour les fermer après à double tour. Denis ne savait pas s'il le reverrait comme voulait bien lui faire croire Auguste, mais lui il savait déjà en son for intérieur qu'il avait perdu un sacré Monsieur un grand ami, un confident hors pair ! Certainement l'un des meilleurs que Denis avait rencontrés depuis son enfance pourrie.

Hélas, il ne revit plus jamais Auguste seulement parfois dans des nuits radoteuses sans sommeil, il entendait sa voix chevrotante lui prodiguer sa belle sagesse qu'il avait quand Denis était bouffé par le pessimisme de sa triste vie . Denis dut apprendre à tenir l'équilibre sur le vélo de feu Auguste. Toute sa jeune vie il avait rêvé de ce moment-là, avoir son vélo. Chez Marcelle déjà la tentation était grande de vouloir lui en décrocher un du mur, alors qu'ils pourrissaient accrochés sur ce mur avec l'interdiction de les toucher même pas en rêve.

Denis à force d'acharnement apprit à faire du vélo, seul dans une descente après de multiples chutes heureusement sans graviter seulement les genoux écorchés, c'était certainement l’âme de feu Auguste qui avait amorti les chutes et qui devait prendre la douleur à sa place. Quand un matin Denis comme l'oiseau qui quitte le nid pour la première fois, il s'est envolé sur 800 mètres jusqu'au virage suivant.

Denis venait enfin de maitriser l'équilibre de ce vieux vélo il se mit à pédaler avec la rage et la hargne d'un titan, il avalait tous les reliefs et l'asphalte sur vingt kilomètres qui séparaient les deux villes de Blanzac à Montmoreau comme pour dire merci ! merci ! mon ami grâce à toi la liberté est maintenant devant ma roue ma foulé est devenue géante, cet horizon restreint à la limite de ce bourg d'une quinzaine de maisons c'est ouvert comme le gros et lourd rideau rouge de la salle de cinéma. L'horizon venait enfin de s'élargir en passant du 4/3 en16/9eme pour des nouvelles et multitudes aventures.

Jacki FREMONT


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forgeron

Pupille DDASS 16 N°5

N°5 Le baiser de Narval la dédicace de la rancune...

Gémir n'était pas de mise au paradis de la mouche scatophage.N°5

N°5 Le baiser de Narval la dédicace de la rancune...


L'hiver 1965 à Saint-Léger était sibérien les -5° à -15° témoigne de la rigueur du froid malgré cela Lili était toujours ponctuelle sur sa Mobylette bleue, elle affichait toujours sa moue habituelle, elle ressemblait maintenant au chaperon rouge, elle était habillée chaudement avec son duffel-coat rouge qui la rendait plus gamine, et lui donner une note joyeuse, presque sympathique en cette période festive...
Les barres de fer stockées à l'extérieur de la forge étaient collées les unes aux autres par le grésil, les gants de manutention n’existaient pas chez Léon, la ferraille collait à la peau des doigts, les gerçures et les engelures aux mains et aux pieds étaient profondes et douloureuses, il était impossible de se laver les mains, car l'eau sur les plaies à vif était un supplice d'enfer, le soir venu Denis se beurrait copieusement les mains de glycérine et cela n’était franchement pas une douceur, non ! Ce n'était pas de la crème solaire le produit cuisait méchamment sur les plaies.

L'atelier devait rester porte ouverte pour que les clients puissent s'apercevoir que la forge était ouverte, le seul point de chauffe était le foyer de la forge qui était très prisé par les compagnons pour aiguiser les socles de charrue ou les pics des herses. Pour Denis, cet hiver-là a été vraiment l'un des plus rudes de sa vie, son équipement vestimentaire succinct et ses brodequins avec la semelle ouverte ne lui permettaient pas d'affronter des températures aussi négatives sur une si longue période.

Jean Pierre le compagnon, avait attendu le printemps pour démissionner suite à son idiot accident, avec sa sale habitude de couper le moteur de sa dauphine pour descendre au point mort dans les descentes pour paraît-il faire des économies de carburant qui coutait 0,90 cts de francs le litre, mais un jour dans un virage son véhicule est devenu incontrôlable et il est allé se fracasser sur un poteau électrique, il est ressorti de son accident avec de graves blessures à une jambe et des balafres au visage. C'est Marcello qui l'avait remplacé, il avait des racines italiennes, dont il était assez fier, homme d'une trentaine d'années avec un certain charme discret, en plus avec Denis il était super-sympa, Éliane n'était pas en reste, elle n'était pas réfractaire à sa séduction feutrée, il arrivait à la faire sourire, son regard folâtre lui donnait un visage lumineux et épanoui, elle avalait toute la lumière. Il n'aurait pas fallu que ces deux-là se retrouvent sur une île déserte pour sortir des bonnes conventions et faire submerger leur désir l'un pour l'autre. Le père de Marcello possédait un garage à Montmoreau, ce qui lui avait conféré une marotte avec les vieilles voitures, chaque lundi il arrivait avec un vieux tacot différent pour la semaine, une 202, une 203 Peugeot, une Bugatti, une C4, une Vedette, ou une Renault Prairie.

À la coupure de midi Léon avait beau fermer son Pradel blanc pour annoncer la fin du repas même avec son Toto en équilibre sur l'épaule qui mendiait son morceau de fromage, la magie n’opérait plus avec Marcello, il n'en avait rien à braire des manies ou des traditions de Léon, lui après manger, il sautait dans sa voiture, il observait sa coupure de 12 h à 14 heures parfois, il emmenait Denis faire un tour sur Blanzac pour tourner autour de l'usine Balluttaud pour rencontrer les filles à leurs poses. Elles étaient toutes là assises sur le muret à l’arrière du bâtiment en bordure de la route profitant du soleil, pour y casse-crouter et allumer une cigarette. Marcello ne passait pas inaperçu avec ses divers tacots comme il disait « ses pièges à pétasses » dans cet univers de la reine Mobylette Marcello obtenait un franc succès auprès de ses dames en blouse bien ouverte. Pour Patrick cet enragé toujours prêt à cogner ou à coller une mandale à la moindre susceptibilité pour se défouler de son trop-plein de haine, sauf qu'un jour, il a trouvé plus coriace que lui, et certainement plus bourrin que lui. Le client était certainement le plus élégant et raffiné bipède de la contrée, il était grand et mince un vrai gentleman farmer tout habillé en Burberry sauf ses polos qui étaient des Lacoste qui tronchés avec leurs couleurs soutenues, Léon, le surnommer l’amiral, il était certainement un retraité de la marine et il avait repris une exploitation proche du château familial. Il venait régulièrement faire son tour à la forge pour suivre l'évolution de la ferronnerie qu'il avait commandée. Trouvant que son cheval sur le trajet avait du mal à posé le sabot de la patte arrière gauche complétement à plat au sol, il demanda à Léon de jeter un œil et de lui changer les quatre fers. Narval, était un jeune Frison cheval de loisir. Il était d'une élégance et d'une beauté rarement vues dans les fermes environnantes, il n'avait vraiment rien à voir avec les percherons ces chevaux de labour massif et lourd le pelage hirsute la queue en fillasse et sale la crinière broussailleuse alors que Narval lui était tout en muscles saillants son poil long était doux et luisant sa crinière et sa queue étaient parfaitement bien taillées et étrillée il ressemblait à un cheval que l'on rencontre dans les manifestations de l'hippodrome de la Tourette. L'Amiral avait l'habitude de parcourir avec panache les 8 de km de sa ferme à la forge en selle sur son cheval. Léon entreprit sur-le-champ le ferrage de ce beau canasson. Mais en taillant la corne du talon du dernier sabot arrière gauche Léon toucha involontairement avec son ciseau le point sensible d'une blessure, Denis avec la sangle n'arrivait plus à contenir le cheval sa jambe arrière se détendait comme un arc pour revenir sous lui, il se cabrait les naseaux dilatés, il hennissait, de la bave épaisse blanche pendait de sa bouche Denis était effrayé par cette masse de muscle incontrôlable, il lâcha prise pour laisser le cheval se calmer un instant, quinze minutes plus tard son maître avait réussi effectivement à l'amadouer. Denis caressa longuement la face extérieure de la patte sensible du cheval pendant que l’amiral lui tenait la tête en lui, chuchotant des mots flatteurs "qu'il était le plus beau et le plus doué du village de Porcheresse" lieu où était son écurie.

Le calme revenu Denis continuait à lui caresser la patte, et tenta de la saisir, mais à ce moment-là, le cheval recommença de plus belle, les ruades partaient, en tout sens Denis n'assista pas, il lâcha prise définitivement malgré les sarcasmes de Léon. Quant à Patrick l'insubmersible toujours au premier plan pour critiquer et rabaisser Denis ce fort en gueule commença à ramener sa science et de le traiter de « branleur ». Denis n'hésita pas à bout du supportable, il lui répliqua « puisque tu es si malin prend la sangle, » Patrick pris à son propre jeu ne pouvait plus se dégonfler, alors il proféra « eh ben oui ! Regarde un peu, je vais te la mater cette danseuse d’opérette.» Il prit la patte du cheval, c'était un vrai combat de titan Narval poussait sa patte en arrière et aussitôt la rétracter Patrick toujours accroché à sa patte comme un pitbull après son os, Denis avait l'impression d'assister à un rodéo de vache à l'américaine, combien de temps cela allait-il durer ? Denis sentant que Patrick était en limite de perdre son équilibre, « il lui a crié lâche prise, il va te coucher à terre » Patrick le fanfaron ne voulait rien entendre, toujours accroché à son os, mais l'instant suivant il vacillait dangereusement, il était en fin de rupture d'équilibre, sur une ruade que seul un cheval a le secret sur un court élan avec un retour phénoménal et circulaire de la puissance d'un piston moteur, le mouvement a été vertigineux armé de la force et de la vivacité de l'éclair sans le tonnerre pour prévenir. Il a tout fait valdinguer la boîte à outils, Léon s'est retrouvé avec le fer-à-cheval chaud et la pince à trois mètres de lui, se retrouvant lui même assis dans la bordure des œillets roses, son bonnet avait volé comme une soucoupe volante sur la route, le gros chêne centenaire qui tenait attaché Narval tremblait comme un vulgaire mirabellier à la récolte des fruits.

Patrick avait roulé à terre sous le cheval en furie qui le piétinait avec rage, Narval lui assena son dernier uppercut avec son sabot sur son visage quatre incisives ont été éjectées de sa mâchoire déboîtée, le cheval devenait incontrôlable, sa lèvre supérieure était remontée faisant apparaître des dents menaçantes dans sa bouche écumeuse. L'Amiral et Denis tiraient avec force sur la bride du mors pour faire tourner le cheval afin de mettre Patrick en sécurité hors d'atteinte des sabots qui frappaient le sol aussi violemment qu'un marteau sur une enclume. Le sang couvrait son visage, heureusement que les coups répétés des sabots n'atteignaient pas systématiquement Patrick, néanmoins son visage était recouvert de son sang, son nez la bouche et le menton avait été sérieusement amoché, il portait l'empreinte du sabot sur la face heureusement sans le fer, ce qui l'avait sauvé de l'écrasement total, les côtes étaient aussi touchées. C'est grâce à l'intervention simultanée et fortement musclée de l’Amirale et de Denis qui avait viré cette bête indomptable à l'opposé du corps recroquevillé de Patrick qui aurait sinon fini désarticulé. Les pompiers sont arrivé rapidement sur place après lui avoir prodigué les premiers soins sur le site. Ils emmenèrent Patrick directement à l'hôpital de Girac. L'Amiral avait perdu toute la flamboyance de son arrivée, il était abasourdi de la fureur de son cheval Narval, il ressentait une vive compassion envers Patrick, entre-temps Léon avait fait appel au vétérinaire de Blanzac qui eut tôt fait de prendre Narval en main, il l'a shooté avec une piqûre anesthésiante, le cheval était maintenant couché à terre le vétérinaire lui inspectât le sabot, il sortit du talon un clou que la corne avait complètement recouverte dont il se dégageait une vilaine odeur et un liquide épais blanchâtre, il étala une solution de Dakin et de l'eau de javel diluée et lui administra une vaccination antitétanique.

Léon profita de ce répit pour finir de lui poser délicatement le fer manquant. Un instant plus tard, le cheval avait repris gentiment ses esprits, il était maintenant aussi calme comme quand le ciel devient bleu et que les oiseaux recommencent à piailler après avoir essuyé une terrible tempête. L'Amirale rentra chez lui avec son cheval à pied sur trois pattes. Une fois guéri, Narval redonnait sa patte sans résistance et sans rancune. Quelques mois plus tard Patrick était sorti de l’hôpital en convalescence, il avait rendu visite à Léon le patron en évitant de croiser Denis. Dont il portait maintenant une farouche rancune, une haine indéfectible, car pour lui, c'était bien la défaillance de Denis qu'il l'avait propulsé dans cette sinistre galère. Denis présentait déjà un retour viril à la forge de la part de son collègue. Il ne lui restait plus qu'une légère balafre au menton son nouveau sourire avait maintenant un éclat métallique, ce qui avait pour effet d'accentuer un peu plus son air provocateur de mauvais garçon.

Il ne lui restait plus qu'une légère balafre au menton son nouveau sourire avait maintenant un éclat métallique, ce qui avait pour effet d'accentuer un peu plus son air provocateur de mauvais garçon. Lui qui aimait sans aucune raison distribuer des marrons dans le visage de Denis en essayant surtout d'atteindre la bouche pour lui éclater les lèvres, ce qui était plus que jouissif pour lui de voir le sang de sa victime pisser. Denis n'allait certainement pas pleurnicher pour ses dents métalliques apparentes, bien au contraire, il trouvait que c'était un juste retour pour un type qui avait l'habitude de le frapper sans raison au visage afin de lui fracasser les dents ...