Épisode N°12: Mon maître était un homme bienveillant...Adieu Léon !

Épisode N°13: Alors que les yéyés twistaient avec rage, René imperturbable dansait le cha-cha-cha en bon pépère.

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Gémir n'était pas de mise au paradis de la mouche scatophage.


N°12 Denis savait que son maître était un homme rugueux ,mais il s'était aperçu qu'il était surtout bienveillant envers lui ... Adieu Léon !

N°1 Les premières sorties de Denis

Nous sommes en 1965, l'imperturbable Lili est toujours avec sa Mobylette bleue depuis deux ans, qu'elle pratique son trajet quatre fois par jour avec la précision et la sévérité d'une horloge atomique.

En remplacement du vélo cassé d'Auguste Léon avait donné l'autorisation à Denis d'utiliser sa Mobylette qui pourrissait dans le garage sa couleur d'origine devait être beige couleur imperceptible entre crasse et poussière qui couvrait uniformément son habillage, elle n'était plus très vaillante pour affronter les côtes Denis devait virilement pédaler pour atteindre l'acmé.

Le dimanche après-midi Denis parcourait les frairies pour aller au bal des villages environnants parfois accompagné du fils Gauduchot qui devait rentrer à 19 heures pour soigner et traire ses vaches parfois Denis lui donner un coup de main et souper avec eux à la table familiale sa maman était une femme menue et discrète, son père un ogre rustaud parlait fort, mais il n'était pas un mauvais diable sa sœur un peu ronde avait un visage pâlot, elle était aussi discrète que sa maman. C'était une famille sympathique envers Denis.

N°2 Le curé de Pérignac avec sa cloche électrique qui sonnait bizarrement l'angélus.

Le métier de forgeron mène à tout, c'est le seigneur qui cette fois avait besoin de nos services pour soigner sa cloche qui était malade, depuis les années de 1687 qu'elle gesticule du haut de son beau clocher du XII siècle, le curé de Pérignac demanda à Léon qui n'était pas dans une forme olympique de lui sauver sa cloche.

Le jour de l'intervention de Léon et de Denis, le curé attendait au pied de son église paroissiale Saint-Gervais - Saint-Protais, Romane, date du XIIe siècle, classé Monument Historique depuis 1907. Sa cloche en bronze datant de 1687 était classée elle aussi. Pour accéder à la cloche, il fallait une grande échelle en passant par l'intérieur de la nef afin d'accéder à la trappe d’accès de l'escalier en colimaçon du clocher. Monsieur le Curé malgré plusieurs essaye infructueux était toujours à court d'un barreau pour atteindre la trappe, il n’arrêtait pas de pester et de jurer comme un charretier « des putains, on est baisé, en associant aussi des merdes » Denis face à tant de grossièreté sortant de la bouche de ce curé et plus encore dans ce lieu sacré était rouge de honte.
Enfin, il trouva son échelle, c'était l'un de ses fidèles qui lui avait emprunté pour ranger son foin dans une remise en étage. Denis chargeait comme une mule devait grimper les trois niveaux du clocher avec le matériel et le cordage pour commencer les travaux de cette grosse cloche, les deux coussinets en bronze étaient bien usés avec le risque quand elle sonnait à toute volée, elle pouvait se décrocher de son axe, en plus le son qui sortait de cette cloche branlante n'était pas très catholique au niveau de sa résonance. Il fallait recharger à la soudure les coussinets, mais le plus dur était de dégager cette grosse cloche classée de son emplacement de l'endroit réduit sans l’endommageait, ce qui était un coup de force titanesque sachant que Léon était déjà faible au niveau physique pour tirer sur le palan, Denis n'était pas à l'aise à faire le funambule en marchand sur les poutrelles dans le vide. Il avait électrifié le fonctionnement de la cloche et à chaque fois que Denis ou Léon touchaient une partie métallique, ils se prenaient, de sacrer décharges électriques, Léon commençait, lui aussi à jurer après cet électricien qui avait certainement oublié de brancher une prise de terre. Du haut de ce clocher la vue y était exceptionnelle sur le paysage vallonné de la campagne Charentaise.
Le soir au souper Léon parlait du langage très distingué et fleuri du curé de Pérignac, cela n'étonna pas Éliane, dont elle avait eu oui dire par une dame qui effectuait des extras au service de ce serviteur de Dieu qu'il avait un comportement atypique et que ses nombreuses réceptions du diocèse étaient courues, car l'ambiance n'était certainement pas guindée et plutôt conviviale avec la participation de certaines bonnes sœurs du couvent voisin.

N°3 Léon se lève de plus en plus tard, sa force et sa vitalité s'amenuisent à vue d’œil.

Léon était vite épuisé les journées, lui devenait infiniment trop long à tenir, il ne se levait plus qu'à partir de 9 heures au lieu de 6 heures sa maladie avancée inexorablement. Léon et Éliane s'absentaient de plus en plus souvent et allaient toujours plus loin pour trouver un accessible miracle qui sauverait Léon Il avait souvent affaire à des guérisseurs ou des magnétiseurs, des coupeurs de feu et coupeurs de sang et aussi à de trop nombreux charlatans qui paraît-il soignaient les animaux de la ferme avec une seule photo de l'animal. Un cheval malade couché ne tenant plus sur ses jambes le lendemain il était debout et tapait de ses sabots pour montrer son impatience de tirer à nouveau son tombereau…

N°4 Les charlatans sont les nouveaux vautours, ils sentent la mort qui rode à des kilomètres.

À chaque visite Léon ramenait des fioles à avaler à base de venin d'abeille de sang de cheval de cœur de coq et de rognon de cochon d'inde, de feuilles de laurier-rose et d'orties pillées l'ensemble baignant dans de l'huile de noix le tout était infect à avaler, des pommades qu'il devait appliquer sur la douleur qui était à base de bave de rainette verte et de ses têtards écrasés, des plantes séchées aquatiques cueillies uniquement dans les marécages du Marais poitevin. Léon devait se rendre à l'évidence, la cohorte de charlatans qu'il visitait ou qui s'invitaient directement à la maison toujours de la part d'une connaissance ou d'un collègue pour lui arracher ses métastases, ce qui ne troublait pas la maladie qui imperturbablement continuait son action de destruction, elle prenait possession de tout son physique qui était devenu trop frêle pour combattre cet adversaire qui était un ogre, le combat n'était pas équitable Léon, le battant, le dur à cuire qui chaque jour se levait un peu plus tard malgré sa volonté de venir travailler à la forge. Lui qui avait fait la guerre ce n'est pas cette stupide maladie qui allait l'empêcher de travailler. Le médecin lui a proposé en dernier recours des rayons à l’hôpital de Girac où il a rencontré un de ses clients, avec qui par la suite, il faisait le voyage de la damnation ensemble pour se donner du courage, pour supporter et subir ces séances insoutenables qui ne leur apportaient que de la souffrance sans aucune promesse d'un sursis possible ou d'une fin plus douce. On avait l'impression que les rayons le consumaient à l'intérieur, les cheveux étaient devenus rares, son physique n'était plus qu'un squelette articulait, sa voix devenait à peine perceptible alors que son essoufflement n'était plus qu'un râle, il ressemblait à ses photos quand il a été libéré du S.T.O de Buchenwald... Quant à son ami qui était pourtant une force de la nature et qui remontait souvent le moral de Léon pendant leur parcours lugubre vers l’hôpital, il avait préféré de mettre un terme en lâchant prise, c'est au bout d'une corde dans sa grange qu'il s'est libéré définitivement des séances avenirs du supplicié. Éliane face à la déchéance de fin de vie de Léon elle lui offrait toutes ses envies et tous ses fantasmes, il lui aurait demandé la lune, elle aurait été prête à se battre contre la N.A.S.A pour l'embarquer pour une nouvelle mission d'Apollo11. Il voulait manger du homard ou du caviar ou des fraises ou de l'abricot en plein mois d'octobre Éliane lui trouvait toutes ses folies culinaires pourtant quand le mets était dans son assiette Léon n'avait plus d'odorat ni de papille il regardait son assiette avec les larmes du désespoir qu'il versait à l'intérieur, Éliane pourtant ne le lâchait pas, même si la cause était ardue et entendue elle lui portait miette par miette à sa bouche qui se refusait obstinément de s'ouvrir.

N°5 La souffrance qu'il endurait, était à son comble, Le bruit de l'enclume ne couvrait plus ses gémissements. Une onde portait les cris d'une torture extrême et insupportable à travers coteaux et vallons.

Son calvaire était à fond sur l'échelle de la souffrance, sa douleur physique résonnait dans tout le village de Saint-Léger, les échos déchirants portés à plus d'un 1 km, ils percutaient avec violence de coteaux en coteaux de vignes de son ami Mirouleau, les vendangeurs étaient sonnés et glacés sur place eux aussi par cette souffrance qui leur était palpable à l'oreille, à la limite de ce qu'ils pouvaient supporter humainement, certains se signaient d'un signe de croix en pensant qu'ils allaient apaiser la douleur de leur ami ou mettre un terme à cette torture. Les doses de morphine augmentaient sans cesse, mais elles devenaient inefficaces contre cette descente douloureuse et définitive en direction de la géhenne où cessera la vie quand ce cancer des os sera arrivé à le cadavérer complétement.

De nombreuses visites quotidiennes annoncées les prémices funèbres déjà certains avaient l'inélégance d'arriver au seuil de la maison avec une couronne mortuaire à la main alors que Léon n'avait pas fini de parcourir entièrement son chemin mortifère pour atteindre le seuil du paradis dont Saint-Pierre avait la charge de contrôler les admissions, de prendre ou de refuser un nouveau membre. Saint Pierre en 1945, lui avait déjà refusé de l’accueillir alors qu'il n'était qu'un trentenaire anémique et chancelant, affamé de se faire prendre sa ration toujours par plus fort que lui alors qu'il n'était qu'un petit homme affaibli par cette férocité humaine. Saint-Pierre malgré son état l'avait recalé sous le prétexte qu'il serait bien plus utile parmi les vivants. Saint Pierre lui ordonna de retourner dans son village de Saint-Léger de Blanzac qu'il avait dû quitter sous la haute surveillance des gendarmes de Pétain qui l'avaient envoyé avec zèle au S.T.O trois ans plutôt.

N°6 Cette fois les hululements persistants de la chouette concernaient directement Denis.

Mais cette fois voyant que Léon était à bout de souffle il n'avait plus aucune hésitation il devait effectivement soulager cet homme mettre un terme à cette terrible souffrance que lui infligeait maintenant cette saloperie de crabe qui n'avait plus rien à ronger à l'intérieur de son corps seul son cœur continuait dans un dernier élan de bravoure un combat de titan juste pour avoir la force de dire un adieu à son Eliane et de finir de parcourir ce petit chemin blanc pour atteindre d'autres cieux plus reposants et sans souffrance.

La nouvelle vie d'Eliane sera plus spirituelle, elle deviendra de plus en plus proche de l'église, elle sait maintenant qu'elle a perdu l'amour et beaucoup d’espoirs et qu'elle tournera toute seule à parcourir une solitude interminable avec le regret de ne pas avoir eu le temps et l'audace d'accomplir leurs projets qu'ils avaient imaginés à deux et pourtant qui n'étaient pas si fous . Depuis de nombreuses nuits, Denis était angoissé par les hululements persistants de cette maudite chouette, il savait que sa vie à Saint Léger était proche du départ qu'il venait de perdre un guide, un homme bienveillant et que, par la même occasion il perdrait de vu son collègue et ami Marcello.

gémir n'est pas de mise au paradis de la mouche scatophage.

Mon ami René

N°13 Alors que les yéyés twistaient avec rage, René imperturbable dansait le cha-cha-cha en bon pépère.

N°1 Une pension contestée chez madame Revignon alors que cette personne n'avait que de la dévotion pour Denis.

Éliane malgré sa profonde douleur funèbre n'avait pas oublié le sort de Denis, elle avait joué de toutes ses relations et elle s'est bagarrée avec le directeur Monsieur Benoît pour éviter à Denis un retour à l'agence avec à la clef un placement d'office dans une ferme sans prendre l'avis et si le pupille avait un vœu.
La Charente, c'est comme à Fort Boyard , on tourne, on monte, on descend, on marche et on pédale beaucoup pour faire croire à la magie et à l'ampleur de ce département alors que réellement, les pupilles ne font que du surplace sur une zone de 40 km.
Le décès de Léon avait eu comme conséquence de résilier le contrat d'apprentissage de Denis qui fut fort surpris de se retrouver pensionnaire à Blanzac chez madame Revignon la dame au verre d'eau de l'épisode n°9 « Pendant que Léon buvait des canons ». Denis ignorait que cette personne était une relation d'Éliane. Son nouveau travail était juste de l'autre côté de la rue à l'usine SA Balluttaud le propriétaire du fameux vignoble de Saint Léger « Les vendanges de la perfidie n°3 » dans son usine, il confectionnait toutes les boîtes à fromage de France et de Navarre . Éliane était une femme déconcertante et extravagante pendant deux ans elle n'avait jamais fait apparaître ou affiché envers Denis le moindre geste affectueux ou d’attachement quelconque qui aurait pu être une trahison ou une faiblesse de sa part, elle était toujours restée raide et murée rien ne transpirer de ses convictions et de ses sentiments. Pourtant, ce qu'elle venait de faire pour Denis était un super geste mirifique.

Chez les Revignon, ils étaient tous gentils, madame était une personne souffreteuse toujours la cigarette gauloise qui allumait la suivante elle n'utilisait qu'une allumette celle du matin qu'elle craquait dès qu'elle mettait un pied-à-terre, à chaque fois qu'elle tirait sur sa cigarette, elle éternuait ce qui lui provoquait des soubresauts de ses 45 kg de sa faible personne. Sa fille Élisabeth d'une dizaine d'années toujours accrochée frileusement à sa mère marsupiale chétive dont telle serait tombée de la poche maternelle trop vite. Le mari était un petit homme transparent pas mauvais diable doté d'un mental primaire d'un enfant qui refuse de devenir un homme. Denis en effectuant la brigade des deux huit, le matin ou l’après-midi vivait en décaler par rapport à la famille, beaucoup de personnes de l'usine s’apitoyaient sur son sort, ils disaient « comment peut-il vivre dans cette famille si modeste et en plus en mauvaise santé et probablement malsaine avec sa toux persistante, elle doit expectorer certainement la bactérie de la tuberculose ».
Denis lui ne trouvait rien à redire à cette famille et il ne se plaignait pas, il trouvait au contraire que cette dame avait un cœur énorme, en plus elle était d'une grande richesse sur la culture générale, elle était un Larousse grand ouvert, elle était toujours là dès que Denis souffrait d'une douleur ou d'une blessure elle devenait une véritable infirmière.

Alors que ces diffamateurs qui l'ont critiqué n'étaient que des personnes incultes et n'avaient qu'un seul but obsessionnel dans leur vie de lorgner et de tout faire pour récupérer les quelques hectares de terre du voisin par tous les moyens même s'il fallait pour cela arranger entre les deux familles un mariage désastreux ou incompatible entre leurs enfants. Sinon, c'était une guerre d'usure, les médisances, les rumeurs, les paillets, brûlaient sans raison, la volaille disparaissait, l'ensemble faisait partie de l'arsenal pour que la vie de leur victime soit un enfer. Et qu'à la fin, il craque et abandonne la propriété tant convoitée, avant de faire la connerie fatale. Ces salauds n'étaient certainement pas les mieux placé pour apporter ce genre de critiques à cette dame de foi, alors qu'ils n'étaient pas capables d'atteindre l'orée de son cervelet.

N°2 La première paye, c'est déjà plus d’indépendance et plus de liberté.

Denis percevait son premier salaire de 400 frs mensuel qui était allégé des 150 frs pour régler la pension complète à madame Revignon. Denis n'a aucun moment regretté cette soustraction, car il mangeait toujours à sa faim sans jamais plus avoir ce creux à l'estomac de 11 heures et de 19 heures qu'il avait sans cesse chez Éliane et surtout chez le maçon monsieur Moreau (épisode n°1) Denis avait tellement souffert de cette fringale qu'une simple odeur de cuisine suffisait de mettre son estomac dans tous ces états, lui créant parfois une situation de manque, il aurait supplié à genoux s'il le fallait pour obtenir un morceau de pain avec un morceau de sucre pour que cesse immédiatement cette torture insupportable qui aurait pu le métamorphoser en un animal féroce.

N°3 Faire des boîtes à fromage était le nouveau job de Denis. Jeannette, sa collègue discrète était altérée physiquement. 

Le nouveau travail de Denis était moins rude, sans les rigueurs climatiques hivernales à supporter et beaucoup moins salissant aussi, le poste était confortable, le seul bémol était la répétition de la tâche, son job consistait à fournir des feuilles de carton à une emboutisseuse qui découpait des ronds des carrés ou des losanges pour effectuer le dessous et le couvercle des boîtes à fromage comme celui du "Caprice des Dieux". Il faisait équipe avec Jeannette une fille de trente ans, elle portait toujours une blouse bleue. Elle avait le teint halé, elle était très brune le cheveu rebelle et mi-cour était recouvert par un foulard afin de maintenir une certaine rigueur que la brosse à cheveux n'arrivait certainement pas à dompter. Une acné sévère couvrait la totalité de son front, une incroyable pilosité lui couvrait les joues, et apparaissait le spectre d'une moustache, ses yeux très noirs étaient cachés derrière des verres légèrement fumés et épais pour corriger une forte myopie, sa bouche faisait apparaitre des incisives chevalines. Comment ! lui là-haut avait-il pu laisser faire ça...? Personne ne mérite cet acharnement d'une telle disgrâce physique. Au début, Denis était troublé et franchement pas à l'aise envers sa collègue qui était son ainée d'une dizaine années. Denis essayait d'imaginer la jeunesse de cette fille qu'elle n'avait jamais dû avoir un flirt et qu'a trente ans, elle vivait toujours chez ses parents. Denis avait un mal fou à la regarder franchement en face, tant il était choqué de cette vision qu'il recevait de cette personne. Jeannette avait dû ressentir cette pudeur, car elle évitait de regarder son collègue son regard était toujours fuyant. Mais peu à peu avec le temps le visage de Jeannette lui devenait familier au point de ne plus ressentir ni gène ni appréhension. Durant la journée de travail elle était studieuse et silencieuse elle rassemblait les ronds des futures boîtes à fromage qu'elle rangeait studieusement par catégorie dans des casiers avec la même sévérité que si c'était des coupures de billets.
Denis avait aussi la charge de ravitailler les machines avec des grosses balles de carton, elles pesaient chacune un bon quintal et d'une hauteur de deux mètres qu'il devait rouler avec l'aide d'un simple diable en évitant les quelques nids-de-poule au sol de l’entrepôt pour ne pas chavirer avec la balle. Le stock des balles était placé dans un entrepôt mitoyen à l'atelier. Une ouverture donnait sur quai de déchargement donnant sur la route contournant l'usine. Ce quai pendant les pauses de midi était envahi par la plupart des employés pendant leurs poses à l'abri des intempéries, le muret devenait un grand banc public qui permettait aux filles de regarder la circulation de la route tout en profitant du soleil de midi.

N°4 Denis était le témoin privilégié des flirts frénétiques d'une nymphomane.

Denis qui avait sa pose en décaler à ces équipes de jour, profitait de ce moment-là pour effectuer le ravitaillement afin de rencontrer et de parler rapidement avec des collègues et des copains de sortie du dimanche. Dans cet entrepôt caché derrière les balles de carton et des cages à résidus des découpes qui servaient pendant les poses de nid à flirt et parfois plus s'il y avait affinité. En faction entre 13h et 21h Denis avait repéré qu'une grande bringue brune, d'une vingtaine d'années bien tassée, le cheveu long et blond une belle crinière qui couvrait une bonne partie de son visage anguleux aux joues creuses garnies de petites taches de rousseur, un physique sans relief et longiligne elle avait en elle une élégance naturelle et le chic d'un mannequin de mode malgré la blouse qu'elle portait . Elle était toujours engouffrée discrètement vers les cages durant sa pause de 12 à 14 heures et parfois après 18 heures elle y faisait aussi des heures supplémentaires à son compte, elle se planquait dans un local contigu où étaient emmagasinées les chutes de papier cartonné de l'emboutisseuse, l'endroit était presque sombre seul la lueur d'un néon qui clignotait pouvait permettre de la percevoir dans son confortable nid ouatiné de chute de papiers. Plus discrets qu'un cinq-à-sept dans un hôtel du coin ou dans un véhicule peu confortable comme dans une 2CV qui se serait balancée au rythme et en cadence suivant la densité de l'étreinte, ce qui n'était pas non plus sans risque pour se faire surprendre et de subir les commérages de toute la ville. Dans son cagibi, elle pouvait mener sans retenue ses flirts frénétiques.

Denis étant l'unique spectateur et utilisateur de cet entrepôt hors livraison. Il avait rapidement remarqué son manège parfois, il reconnaissait des collègues de tous les échelons de l'usine, tapi dans le noir sur le stock des balles de carton Denis assistait subrepticement à ses ébats débridés, sa gêne du début n'avait plus lieu, il profitait du moment sans aucune modération de cette éclate volcanique, cinq minutes de honte dans l'espace-temps de l'employeur, ce n'était qu'une virgule sur une journée clouée à la machine de l'usine. Il n'y avait même pas de quoi passait à confesse pour aller réciter un notre Père . Denis s'arrangeait même à synchroniser la manutention des balles aux ébats amoureux pour être au meilleur poste d'observation seule Jeannette aurait pu manifester un quelconque mécontentement suite aux disparitions impromptues pour paraît-il faire le ravitaillement des feuilles de carton ou d'aller vider le bac à moitié plein des déchets de la découpe de l'emboutisseuse dans l’entrepôt. Jeannette n'était pas dupe elle se doutait que quelque chose ce tramait dans l’entrepôt sans pourtant ne jamais essayer de s'informer auprès de Denis qu'elle en n'était le mystère.

N°5 L’acquisition de la Flandria n'était pas l'affaire du siècle. Mais elle avait réussi à repousser l'horizon de liberté de Denis.

Denis avait réussi au bout de quelques mois à économiser 350 Frs pour acheter la Mobylette sport Flandria d'occasion à l'un des fils de la famille Roche (voir n°8) cette Mobylette était une nouveauté et plus véloce que celle que Léon lui avait cédée et qu'il avait dû abandonner à sa mort sans trop de regret tellement qu'elle était feignasse à gravir la cime des côtes même en donnant des furieux coups de pédale, sa performance était proche à celle du Solex de mon amie Michelle. La Flandria quand elle était décidée, elle roulait à la vitesse du guépard et elle était aussi imprévisible qu'un mustang pour la diriger et rester dessus en plus elle n'était franchement pas discrète avec son bruit de débroussailleuse, elle eut top fait d'agacer, les bourgeois de Blanzac par les va-et -vient quotidien dans les rues de la ville, il était devenu le loup blanc de l’agglomération quand les familles entendaient la moto zonait un peu trop près de chez eux, elles planquaient leurs filles de ce danger potentiel de séduction qu'il pouvait représenter, suite à l'épisode avec Anne-Marie qui avait fait le porte-à-porte du centre-ville, grâce à ce porte-voix qui n'était que ce coiffeur un peu maniéré. Denis se savait sous étroite surveillance dans la ville. (n°8)
Il se demandait s'il avait vraiment fait une si bonne affaire avec ce foutu engin, elle s’avérait être une grande malade avec son défaut récurrent, à chaud, il était impossible de la remettre en marche, il fallait sans cesse que Denis démonte la bougie qui perlait afin de la nettoyer, elle avait le symptôme du moteur qui avait trop chauffé.
Sur Blanzac, nous étions une dizaine d'adolescents de 17 ans à 19 ans motorisés, nous étions le club des 49,9 cm³, nous étions des vrais casse-cous surtout à la vue d'une fille, tout était possible pour l’épater même d'imiter les motards Cinzano du tour de France, c'était à celui qui prendrait le plus de risques à faire des acrobaties debout sur sa mob à ce petit jeu René qui était le maillon faible de la bande avec sa Mobylette classique il se pelait souvent les genoux.

N°6 Le Soir par beau temps les habitants n'avaient pas attendu la fête de la musique pour envahir la place.

Denis, avait trouvé un terrain de jeu de prédilection qui était de sauter une bosse au pied de l'église Saint-Arthémy, il avait organisé un concours à celui qui prendrait la bosse du parvis de l'église à fond pour décoller le plus haut possible tout en restant bien sûr sur la mob beaucoup se ramassaient des gadins heureusement sans gravité, ce qui n'était que l'affaire du Mercurochrome et de Saint Arthémy qui veillait sur leurs conneries. En soirée, la terrasse du café du père Boizard était aux premières loges en contrebas, il faisait recette grâce à ses pitreries, car sinon le soir dans cette ville, seuls les chats animaient la ville avec les chiens aux trousses, la télé n'avait pas encore envahi les foyers des ménagères et à la moindre distraction extérieure en soirée les habitants sortaient de chez eux pour admirer une nouvelle voiture ou un sublime tracteur tout neuf en stationnement sur la place centrale proche de l'église Saint- Arthémy de Blanzac. Parfois, c'était un commis agricole un ivrogne qui parcourait de ferme en ferme pour survivre. Ce monsieur avait déjà vécu d'autres vies plus heureuses, il ne sortait plus sans sa trompette même à moitié bourré, il soufflait divinement dans son instrument, des mélodies harmonieuses que Jouvin n'aurait pas reniées un instant. Il était dans sa vie d'avant un ancien musicien, première trompette de l’orchestre du groupe philharmonique de Radio France. C'est suite à une grosse déception d'amour avec son épouse qu'il aimait follement. Elle l'avait quitté pour convoler avec l'un de ses amis un violoniste très talentueux lui aussi. C'était un dimanche midi il avait invité son ami le violoniste accompagné de son épouse. Ils étaient au dessert quand son ami le violoniste lui a annoncé froidement les yeux dans les yeux qu'il allait se mettre en ménage avec sa femme, le trompettiste était resté scotché sur sa chaise tout d'abord il avait cru à une blague encore de son ami mais il a dû se rendre vite fait à l'évidence quand son épouse qui avait préparé son sac à voyage est partie définitivement de la maison et que lui s'est retrouvé seul avec la femme du violoniste qui était là elle aussi complétement hébété et stoïque. Pour le trompettiste, la descente aux enfers fut radicale et d'une violence extrême, il a sombré profondément dans l'alcool.

Aux premières notes, un attroupement s'était formé autour de lui la foule avec des applaudissements nourris le suppliait de continuer à jouer à chaque fois qu'il marquait un blanc. Il bavait tellement qu'il était obligé de vider son instrument, il vous improvisait la (Paloma, le silence silencio, la Marie Jocombe ou petite Fleur) entre deux hoquets larmoyants, il interprétait aussi des airs joyeux ou tristes suivant son spleen ou son état avancé dans sa soûlographie à la niôle. Quand vers 22h deux gendarmes les empêcheurs de tourner en rond abrégeaient la soirée sous le prétexte d'un chahut persistant , alors qu'ils étaient missionnés par les bourgeois dont le patron de l'usine qui voulait que ses jeunes ouvriers ne se couchent pas trop tard afin qu'ils soient en pleine possession de leur moyen le lendemain matin à leur poste.

N°7 les personnes qui n'allaient pas à la messe s’empressèrent de le juger sévèrement, car il ne respectait pas sa promesse de chasteté et alors ! Il n'était tout simplement qu'un homme normal vivant en ménage discrètement à Angoulême. Lui au moins il foutait la paix aux enfants de la paroisse.

 Parfois aussi, dans ce genre d'attroupement, des informations et les derniers potins de la semaine circulaient sans censure, cette fois-ci, c'était l'abbé de la paroisse qui en prenait plein la soutane, paraît-il qu'il avait une double vie en couple qu'il cachait à Angoulême l'information avait été divulguée par le sacristain qui avait certainement quelques déboires purement pécuniaires concernant le partage de la quête et du tronc de l'église avec l'abée. Le sacristain qui était la bonne à tout faire de l'abée avait trouvé un courrier compromettant en nettoyant la 2 CV de celui-ci, cette nouvelle avait créé un émoi dans toute la ville et villages environnants. La discrète gouvernante connaissait depuis longtemps cette situation, mais elle avait fait le vœu de ne pas le divulguer, même s'il le fallait jurer sur la chevalière de monseigneur l'évêque. Les groupies de l'abbé ne l'avaient pas lâché pour autant bien au contraire, elles étaient toujours aussi nombreuses malgré l’infâme nouvelle, elles devenaient d'ailleurs encore plus entreprenantes de savoir que l'abée pouvait pratiquer le péché de chair, chaque matin elles venaient lui offrir leur soutient avec les plus belles roses, les arums et les Lys blancs pour la pureté et l'innocence ou des glaïeuls et pivoines rouges la couleur du sang du Christ pour les détracteurs et les traites, l'ensemble de toute cette belle flore était cueilli dans leurs jardins respectifs suivant la saison, c'étaient leurs époux après le boulot qui plantaient et entretenaient avec infiniment de patience et d'amour pour leurs épouses turpides, qui elles s’empressaient d'aller les offrir au séduisant curé, après chaque confesse elles se proposaient même pour des petits services comme épousseter les objets de l'église sans oublier la statut de Marie et de Saint Antoine afin d'avoir un parfait alibi pour rester le plus longtemps possible accrocher à la soutane noire de leur homme divin. Parfois le mercredi soir quand le temps était au beau Denis accompagnait Madame Revignon et Élisabeth sa gamine chacun avec sa chaise en main elles allaient chez l'une de leurs cousines pour regarder « la piste aux étoiles », assises dans la cour de la maison, la télé était placée dans l'encadrement d'une fenêtre nous étions une quinzaine à participer à la soirée du cirque avec Marcillac au micro. À chaque fois que circuler dans la grande rue un engin motorisé l'image était totalement parasitée durant son passage, ce qui avait pour effet de faire monter une clameur générale des téléspectateurs qui s'inquiétaient de savoir si l'acrobate qui effectuait une voltige tout là-haut dans le vide s'était bien rattrapé à son balancier en mouvement.

N°8 René et Denis sont deux amis et deux casse-cous pour le pire et le meilleur. Ils vivent leurs premiers bals. Quant à Alain il était la victime heureuse de son charme auprès des filles,que les garçons lui reprochaient.

René et Denis étaient devenus les meilleurs amis au monde souvent ensemble comme deux frères. René travaillait, lui aussi chez Ballutaud et on devinait facilement à quel poste qu'il sévissait, car il portait sur sa main droite les stigmates des brûlures en demi-lune de cette fameuse sertisseuse qui effectuait les ourlets à chaud des boîtes cartonnées de fromage si la personne n'était pas assez prompte pour enfiler les anneaux dans la machine elle lui brûlait la main comme pour la rappeler à l'ordre que ce n'était pas le moment de relâcher son effort.

Les samedis de l'été, quand ils étaient de l'équipe du matin, l'après-midi, ils allaient à la piscine du Pontaroux en limite du département de la Charente et du Périgord proche de la commune de Villebois Lavallette et son château le petit Versailles charentais.
Parfois, ils poussaient aussi jusqu'à la base du loisir au grand étang de Saint-Estèphe en Dordogne, ils passaient le samedi soir et le dimanche à avaler des kilomètres d'asphalte, ils rentraient le soir tard dans la nuit fourbue avec une grosse envie de dormir, par moments leurs yeux se fermaient sans préavis malgré l'air frais qui leur fouetté le visage, au moindre relâchement du guidon la Mobylette, profitait pour emprunter des curieux itinéraires à travers les champs de maïs ou de tournesols qui fouettaient le conducteur pour le réveiller et reprendre l'engin en main heureusement sans gravité sauf pour les vêtements qui s'en sortaient rarement indemnes.

La pire fois, c'était René qui en était l'auteur alors qu'il faisait la course avec Denis sur un moment d'absence, il avait improvisé involontairement une roulette russe. Il avait traversé une intersection d'une grande route nationale prioritaire comme une balle, il a regardé à gauche et s'est à droite que la DS Citroën est arrivée heureusement ! René n'a pas hésité, il n'a surtout pas freiné, il est passé à fond comme un damné droit comme pour atteindre une cible en ignorant le véhicule qui dans un crissement effroyable de pneus fumants s'est immobilisé en faisant un travers au milieu du carrefour alors que les autres usagers donnaient des grands coups de volant en appuyant comme des forcenés sur la pédale de frein de leur véhicule en donnant du Klaxon continu, comme pour justifier du degré de leur colère, ils ont évité par bonheur le grand carambolage en restant tous sur l'asphalte. Le conducteur de la DS et son épouse étaient dans un état de frayeur et de stress incontrôlables, ils braillaient les poings en l'air en direction de René. Denis qui lui s'était arrêté devenait le défouloir et se faisait violemment tancer par le couple qui le prenait à témoin en pensant que lui aussi, il était aussi barge et aussi kamikaze qui venait de leur couper la route. Denis avait du mal à calmer le couple, il avait beau leur dire qu'il ne connaissait pas ce malotru, il dût quand même prendre la tangente pour ne pas essuyer les poings en plein visage du conducteur et des autres usagés, de toute façon pour Denis, c'était peine perdue d’essayer de convaincre les personnes qui voyaient bien que René cent mètres plus loin sur sa mobylette attendait tout penaud tremblant, il était pris d'un stress violent une sueur dégoulinante provoquée par une forte montée d'adrénaline d'être passé aussi-prés de la porte glaciale de Saint-Pierre qui avait eu cette fois la sagesse de ne pas lui ouvrir pour lui éviter une chute définitive. Denis voyant que des automobilistes allaient les poursuivre, il ordonna à René après avoir passé une grande courbe ne laissant plus aucune visibilité possible de l’arrière. Ils quittèrent la route pour emprunter un petit sentier à travers bois qui sera définitivement la fin de nos poursuivants.

Huit jours plus tard c'était au tour de Denis d'avoir la frayeur de sa vie, la roue arrière de sa moto s'était décrochée en pleine descente alors qu'il était à fond à 90 km/h sur la route de Blanzac, une route bordée de platanes, impossible de garder le contrôle de son engin qui slalomé entre les arbres heureusement sans les heurter, il avait l'impression de faire du rodéo sur une vache enragée qui voulait à tout prix le désarçonner la bagarre s'est terminée en contrebas après avoir fracassé une haie d'arbustes dans une prairie au milieu d'un troupeau de vaches affolées qui partait dans tous les sens avec un bruit sourd de sabots. Ce mouvement de panique autour de Denis et de sa moto fumante n'était pas sans risque, il fallait vite qu'il se sorte de ce piège, il aurait été idiot alors qu'il s'était sorti de son rodéo improvisé sans aucune égratignure et sans détérioration importante de la moto maintenant de se faire, encorner ou piétiner lourdement par le troupeau.

Une fois à l’abri Denis scruta le ciel en levant le bras tout en s'adressant "Toi, là-haut aujourd’hui, tu m'as franchement à la bonne."
Une autre fois en rentrant d'une soirée harassante et bien arrosée dans une nuit sans lune René et Alain filaient sans s'apercevoir que Denis avait décroché, c'est à une intersection que ses deux compagnons découvrirent enfin son absence sachant que la Flandria de Denis était joueuse et capricieuse avec ses micros pannes, les deux compères décidèrent quand même de l'attendre en bordure de la route au bout d'une demi-heure ne voyant toujours rien venir, ils décidèrent de revenir sur leurs pas 5 km plus loin, ils retrouvèrent enfin Denis dans une drôle de posture dans une béatitude inconsciente il s'était endormi en restant assis le corps couché sur le réservoir de la Flandria qui était retenue par les deux côtés d'un fossé profond avec de l'eau qui lui arrivait jusqu'aux genoux, aucune blessure apparente pas une égratignure seule la Mobylette avait considérablement morflée la fourche était faussée, les amortisseurs avant étaient bloqués, le phare lui il scrutait le ciel cherchant certainement la lune absente tout en négligeant d'éclairer l'asphalte. Le moteur de la moto était dégoulinant d'eau, il est reparti du premier coup de kick ce qui était surprenant pour cette machine au démarrage capricieux. Les deux compagnons encadrèrent cette fois-ci Denis jusqu'à son domicile qui avait un mal fou de tenir son engin en ligne droite avec le guidon faussé qui tirait à droite.

L'hiver René et Denis se rendaient le dimanche après-midi au dancing de Ma- Campagne ou au Ranch de Bourgine à Angoulême, alors qu'en été La bande s'étoffait jusqu'à huit individus, ils parcouraient en groupe toutes les frairies des villages à 60 km à la ronde Alain le fils de l'assureur un élégant bipède d'ailleurs, c'était le plus beau gosse de la bande, au minois fin il était parfait et toujours souriant aux yeux bleus, le cheveu court blond et gominé à la brillantine huileuse "Roja Flore". Il raflait toutes les plus belles filles même que parfois dans la bande certains était écœurée de voir avec quelle facilité qu'il pouvait accumuler les conquêtes féminines et ce n'était jamais des cageots, que ses copains avaient déjà tant de mal à séduire. N'en pouvant plus des petits malins l'envoyaient volontairement vers une autre frairie pour se donner une chance de séduire en toute quiétude une fille pendant son absence. Dans la bande il n'y avait pas que des garçons délicats et élégants qui au contraire se comportaient comme des branleurs ou en kakous rustauds de la ruralité qui n'était jamais sortie de leur hameau, ils commençaient bruyamment par faire quelques tours de voitures tamponneuses pour se montrer aux filles qu'ils shootaient sans aucune élégance et sans vergogne à coup de chocs frontaux au volant de leur voiture, ce qui soulevait les filles brutalement de leurs sièges sous l'effet du choc, c'était pour eux une façon virile pour faire des rencontres avec elles. C'est du moins ce qu'ils pensaient, en allant après s'excuser sournoisement de leurs lourdes maladresses, mais les guêpes n'étaient pas dupes et en retour, c'était une bonne claque qui était la réponse adéquate de bienvenue. Dans la bande entre les fauchés et les radins il y avait toujours le souci de l'argent souvent, ils choisissaient en priorité le verre de blanc à la buvette pour se désinhiber de leur timidité avant d'entrer directe au bal populaire. Un stratagème avait été mis sur pied pour rentrer gratuitement dans le bal la bande au complet cotissait pour participer à l'entrée de deux personnes parmi eux de confiance, elles devaient ensuite ressortir au bout d'une vingtaine de minutes feignant de se rendre à la buvette où Denis les attendait avec le fameux sésame pour faire rentrer le reste de la bande, armé de son tout nouveau stylo à cinq couleurs qu'il venait d'acheter pour la bonne cause surtout pour son encre violette qui était la teinte la plus utilisée avec le rouge pour le cachet d'entrée, Denis reproduisait discrètement un gribouillis de la même teinte en dessous du poignet droit pour chacun de ses copains. Après il leur suffisait discrètement d'entrer un à un quand il y avait foule à l'entrée sachant que la personne bénévole qui veillait aux entrées n'était pas un aigle physionomiste. Denis était souvent invité à manger chez les parents de René. Ils habitaient une maison de ferme coquette et tranquille appartenant au père Gauduchot « voir n°8 » le papa de René était son journalier. Il y avait des poules et des lapins et un potager autour de la cour de la maison elle était située dans les fins fonds de la campagne de Bécheresse proche de Blanzac en prenant une route communale étroite et sinueuse avec des hauts et des bas comme la plupart des petits chemins de la Charente qu'ils n'ont même pas eu l’intelligence d'élargir et de transformer pour que deux véhicules puissent se croiser correctement sans avoir à rouler sur le bas-côté en longeant les profonds fossés qui étaient souvent la source de nombreux accidents mortels, ils avaient seulement bitumé en l'état le chemin à charrette, Pour en faire une route étroite et sans visibilité au mépris de la sécurité. Ses parents étaient d'une gentillesse esquisse ils étaient très âgés par rapport aux 19 ans de René et surtout aux 17 ans de sa sœur.

René faisait partie d'une grande fratrie se composant de deux sœurs et de quatre frères il était l'avant-dernier sa sœur Karine étant la benjamine de la famille entre son frère Yvon l'ainé de la famille, ils avaient plus de vingt-deux ans d'écart. "Henriette dite Karine" car elle ne supportait pas ce prénom d'une autre génération qui n'était pas un prénom à porter à son époque pour une jeune fille nouvelle vague, il est vrai qu'elle était déjà plus moderne et plus évolué, son monde à elle allait plus vite avec une soif de vouloir tout avaler immédiatement alors que René et Denis faisaient déjà vieux jeunes malgré la petite différence d'âge de 2 ans qu'ils avaient avec Karine. On entrevoyait une autre génération, elle était déjà branchée, chanteurs anglais quand elle n'écoutait pas en boucle les premières chansons de Léonard Cohen que Denis avait en horreur trouvant la voix de ce chanteur monocorde et sans entrain et d'une lenteur désespérante sous l'effet d'un somnifère ou d'un Largatil bien dosé. Denis lui préférait Elvis avec son rythme endiablé et ses poses lascives ou un Frank Sinatra crooner dont il était fan. Concernant les goûts de son frère René qui était une personne d'une nature mélancolique qui baignait dans les chansons mélodrames avec la “Céline” (H. Aufray) ou de la “marie-jeanne de( j. Dassin) qui s'était jetée du pont de la Garonne” ou encore “les trois dernières minutes” et sa “plage au romantique” de (P. DANEL) Lui il n'en était pas encore au cha-cha-cha alors que Karine se tortillait dans son hula hoop au moindre son d'une guitare électrique qui envoyait un twist endiablé, alors que les deux compères pour montrer qu'ils étaient eux aussi modernes faisaient hurler le transistor pour écouter les derniers Yéyés du hit-parade de la fameuse émission “ salut les copains” sans en faire des tonnes, car l’hystérie était bien contenue chez les deux amis et ce n'est certainement pas les contorsions de Karine en dansant le jerk qui allait leur donner l'envie de se déboîter une hanche...



A suivre