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Pupille DDASS16 N°9

n°9 Pendant que Léon buvait des canons, l'oiseau bleu de la fillette sifflait La marseillaise &  le pont de la riviere Kwaï...

Suite N°9 gémir n'était pas de mise au paradis de la mouche scatophage.

Pendant que Léon buvait des canons, l'oiseau bleu de la fillette sifflait La marseillaise & le pont de la rivière Kwaï...

Pendant que Léon buvait des canons, l'oiseau bleu de la fillette sifflait La marseillaise & le pont de la rivière Kwaï...

Denis accompagnait souvent Léon quand il se rendait dans cet atelier où il ferrait uniquement les derniers chevaux des fermes situés à l'opposé de Saint-Léger, le ferrage était effectué en bordure de la route principale de Blanzac en direction de Mouthiers s/ Boëme. Se rendre dans cette forge rance, c'était se replonger un siècle en arrière l'endroit y était sombre et chargé d'un passé de labeur et de sueur tout était resté en l'état comme figé, ça sentait le coke de la forge, le crottin de cheval et la bouse de vache séchés ; le moisi complété l'odeur du renfermé ; une poussière noire couvrait uniformément la structure de l'atelier et de l'ensemble du matériel ; les machines en partie étaient oxydées par la rouille. Les toiles d’araignée étaient légion si compacte qu'il fallait se déplacer avec un balai pour ouvrir un passage comme en forêt amazonienne armée d'un coupe-coupe pour évoluer dans cette satanée forêt vierge d'araignée. La forge fonctionnait avec un soufflé géant qu'il fallait actionner manuellement comme le faisait le sacristain pour faire sonner le bourdon de l'église.

Ce qui avait le don d'énerver Denis, c'était d'avaler toute cette poussière, elle s'insinuait par tous les orifices du visage, elle irritait la gorge, il fallait sans cesse cracher comme un lama et se moucher, le mouchoir en une heure devenait inutilisable, il fallait ensuite utiliser la manche du bleu de travail ou cet essuie-main tout raide comme amidonné par des années de crasse accrochées à un récipient qui servait avant à tremper l'acier. L'eau n'était plus qu'un épais jus noir c'était le seul liquide pour se laver les mains ou plutôt l'inverse. Denis utilisait souvent l'eau qui coulait dans le caniveau de la voirie, elle était déjà plus limpide. Il était donc impossible d'avoir dans ce lieu d'une autre époque une goutte d'eau potable.
Après le ferrage, il était de coutume que Léon et le client aillent boire des canons la durée de leur absence était proportionnelle à leur affinité et non à leur soif réciproque Denis avait la charge d'office de garder le cheval du client pendant leur absence indéterminée.

Léon allait toujours au même bar celui où une dame patronnesse sévissait, elle n'avait pas l'apparence d'une tenancière, elle était juste un peu vulgaire fausse blonde un rouge à lèvres épais à l’excès et de couleur vive lui couvrait aussi parfois les dents, l'échancrure de sa poitrine était généreuse, on pouvait imaginer que dans une autre vie elle devait être une nourrice de lait, toujours la cigarette en coin de la bouche avec une cendre aérienne qu'elle semait à tout vent sur son zinc, elle était sympathique et n'avait pas froid aux yeux, dans son bastringue il y avait toujours une ribambelle de militaires attachés à un dépôt de munitions de la région.. L'ambiance y était parfois chaude chaude et houleuse surtout quand des filles de l'usine Ballutteaud venaient profiter de cette cascade de Bourbon et de bière brune Pelforth et de petit blanc pour les moins riches. Les filles imbibaient n'étaient plus farouches et plutôt entreprenantes et généreuses les baisers sur la bouche étaient à volontés à condition que le verre soit toujours plein..

Denis crachait et se grattait la gorge bruyamment de cette suie noire depuis déjà un bon moment quand madame Revigon la propriétaire de l'appartement du dessus de la forge avait remarqué la gêne de Denis, elle descendit le retrouver sur le trottoir avec un grand verre d'eau à la main qu'elle tendit en sa direction ; Denis se retournait pour avoir la certitude que ce verre lui était bien destiné face à cette bonté spontanée qui était plutôt rare dans son monde : Denis était complètement décontenancé, il n’arrêtait plus de remercier cette personne venant comme un ange d'une oasis paradisiaque ; les perles de pluie que cherchait Brel dans le désert ; À côté de ce verre d'eau n'était franchement que nib.
Cette dame paraissait anémique un peu bossue, elle était frêle et malade son visage avait un teint laiteux, ces cheveux gras tombaient sur son visage comme ses socquettes sans élastique qui formaient un accordéon à la hauteur de chaque cheville, d'une main tremblante elle tenait une cigarette à chaque bouffée de sa brune, elle toussotait ce qui faisait tressauter ce corps trop frêle, elle l'avait la voix grave d'un gros fumeur de gitane, ce qui était impressionnant, c'était d'imaginer que cette voix pouvait sortir de cette personne chétive.

Denis était impressionné par tant de dégradations physiques, il eut même un sérieux doute sur la contagion possible de sa maladie, ses symptômes rappelaient trop à celle de la tuberculose. Denis le verre à la main avait maintenant une appréhension pour le terminer. Pourtant, cette personne avait fait l’effort de lui descendre de l'eau fraîche par générosité instinctive, cette dame ne pouvait être que bienveillante, alors ! Pourquoi les personnes se déviaient discrètement de leur itinéraire à son approche... ?
L'arrivée d'une fillette de 10 ans toute fraîche et sautillante de santé avec ses longs cheveux dans le vent elle contrastait avec l'état maladif de madame Revignon, elle venait de sortir Denis de ses idées noires et de ses doutes surtout au moment que la gamine s'est adressée à cette personne en l'appelant « maman » Denis n'avait plus aucun scepticisme, au contraire, il appréciait cette maman au grand cœur que tout le monde évitait comme une peste médisante.
Elle prit congé, elle montait péniblement son grand escalier qui menait à son appartement en s'accrochant vigoureusement à la rampe en tenant tendrement de l'autre la main, sa gamine Elisabeth.

Arrivée sur le palier, la douce fillette se retourna avec un large sourire et interpella Denis en lui faisant un signe de s'approcher Denis hésita un instant, car il devait garder un œil sur le cheval du client. Il se décida de gravir quand même les quelques marches qui le séparaient de la fillette. Elle était face à une grande cage posée sur une table, elle sifflait, l'air de la chansonnette « ne pleure pas Jeannette » en réponse un autre air mélodieux sifflé venait de cette cage, « là Marseillaise » suivit « le pont de la rivière kwaï. » Denis était surpris de cette interprétation aussi parfaite que celle d'un humain ; mais qui était donc ce magistral siffleur... ? Dans la cage sur le perchoir un superbe oiseau bleu, c'était un merveilleux Gai bleu que le papa d'Elisabeth avait apprivoisé.
Denis de retour sur le trottoir commençait à trouver le temps long tout comme le cheval du client qui commençait à taper de ses quatre fers neufs les pavés de la route en allant un coup à gauche puis à droite comme une bête de cirque, il ponctuait chaque déplacement par des hennissements d'impatience, malgré les petites tapes amicales que Denis lui octroyait sur son front, l'animal était à bout de sa patience, il ne voulait plus rien savoir, il avait une sérieuse envie de retrouver son écurie.

Denis observait dans la rue le manège d'un autre cheval celui de l'éboueur qui était un gros percheron sa robe blanche et grise sa taille de 1,70m au garrot au tempérament calme. Son allure était puissante et ample sans aucun ordre de l'éboueur qui l'accompagnait, il s’arrêtait devant chaque sac ou carton de poubelle à prendre, à tous les cafés de la rue principale, il montait sur le trottoir pour se garer avec son tombereau à ordure pour ne pas bloquer la circulation afin que son maître l'éboueur puisse étancher sa soif de rencontre au petit vin blanc sec que ses compagnons de belote lui proposaient dans chaque bar.
Enfin ! Une heure plus tard Denis apercevait enfin le propriétaire du cheval avec Léon.Tout en marchant ils gesticulaient et parlaient bruyamment, car Ils  étaient en train de refaire le monde des impôts. 

Le client a récupéré son cheval impatient, sans même faire un signe, ni un merci à Denis qui était resté pourtant proche de son animal. Quant à Léon il n'a même pas essayé de savoir comment s'était passée cette longue attente dans son local pourri sans un minimum d’hygiène pire que dans une étable où il est encore possible de trouver un robinet d'eau et une litière pour avoir déjà un semblant d’hygiène, ce qui n'était pas le cas dans son local à rat.

Léon avait du mal à contenir son anhélation bruyante et sifflante au volant de sa 2cv, alors qu'il était bien chaud, il n'avait jamais si bien conduit, le régime moteur pour une fois était excellent avec une assurance et un brio dans sa conduite, lui avait permis de rentrer dans le garage en une seule manœuvre au lieu des trois habituelles dont les marches arrière.