Épisode N°14 le malheur a fondu sur René en éteignant brutalement son royaume de lumière

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Le malheur a fondu sur René en éteignant brutalement son royaume de lumière de sa vie inachevée pile à 20 ans, dans un fracas effroyable d'acier enchevêtré submergé de son sang.

Chapitre n°1 Séjour à l’hôpital Girac à cause du diable.

Denis avait plutôt mal démarré l'année de ses 18 ans une seconde de distraction et voilà qu'une roue de son diable s'est encastrée dans l'énorme nid-de-poule du sol en béton de l’entrepôt qu'il avait su pourtant éviter depuis un an. Il essaya de toute son énergie de se dégager de ce piège en maintenant le dévers du diable, mais la charge de la balle de 100 kg avait plutôt envie de verser totalement, Denis en plein effort arriva à redresser la balle de cartonnage et à ressortir la roue du diable du trou en tirant sur le chariot comme un bœuf, mais à ce moment-là, il ressentit une terrible décharge électrique dans le bas-ventre qui lui arrachât un hurlement de douleur. Personne ne pouvait l'entendre son cri était couvert par le raffut de l’emboutisseuse Denis ne pouvait compter que sur lui-même proche de 20 heures l'usine était presque déserte même la gracile et chaudasse nymphomane avait quitté son nid à câlin dans son cagibi, de toute façon elle n'aurait certainement pas bougé pour ne pas se trahir, Denis devait donc se sortir seul de cette situation douloureuse dont il s'était fourré.

Il réussit à se trainer en s'aidant du diable comme déambulateur pour retrouver son atelier grimaçant de douleur sous une pluie de jurons, Jeannette sa discrète équipière s'était enfin autorisé à lever la tête, juste un instant, satisfaite de revoir Denis après cette absence inhabituelle pour ravitailler sa machine qui était en limite de rupture, elle comprit que Denis n'était pas au meilleur de sa forme et que le chargement s'était mal passé en apercevant le rictus et la sueur qui dégoulinait le long de son visage, rapidement elle analysa la situation et lui proposa spontanément son unique tabouret de l'atelier pour que Denis puisse attendre les vingt minutes restantes de la journée. Elle lui prépara un verre d'eau avec deux cachets d'Aspro qu'elle avait dénichés dans la boîte de première urgence, elle assuma pendant les dernières minutes les deux postes, sa faiblesse en muscle était largement compensée par une volonté farouche qui lui offrait une puissance incroyable, elle alimentait sans brancher le panier de la découpeuse en assemblant les grandes feuilles qui faisaient deux fois son poids, la machine ne devait surtout pas s’arrêter sous aucun prétexte avant 21 l’heure qui était l'heure de la débauche pour ne pas activer l'alarme de la panne. Jeannette après avoir mi-toutes les machines et la lumière en off elle a traîné son collègue à son vestiaire puis l'a attendu d'interminables minutes pour l'aider à sortir de l'usine.

Elle l'épaula avec force et vaillance pour traverser la route à cloche pied face à l'escalier, madame Revignon toujours nimbée de son auréole était à sa fenêtre s’inquiétant du retard inhabituel de son pensionnaire. Elle comprit rapidement que quelque chose n'allait pas, paniquée elle descendit son escalier deux par deux en toussotant, dans la nuit, on pouvait distinguer et calculer son rythme d'essoufflement par rapport au point rouge qui flamboyait. Madame Revignon en bas de son escalier s'est empressée de lui offrir sa trop frêle épaule salvatrice afin de permettre à Denis de gravir les marches, il n’osait pas s'appuyer sur cette épaule généreuse, mais ô combien fragile sous la force de son appui, Denis aurait pu faire vaciller sa tutrice, Jeannette toujours présente voyant les précautions et les scrupules que Denis avait à s’accrocher à sa bienfaitrice ne se posa aucune question telle à un rugbyman entrant dans une mêlé, elle poussa Denis dans le dos avec son épaule sans relâcher l'étreinte. L’attelage des deux frêles femmes associées dans le même effort était devenu un moteur si puissant que les soixante-dix kg de la victime passaient de marche en marche sans aucune halte jusqu'à l'acmé de l'escalier, elles le propulsèrent directement sur son lit. Avant que Denis puisse reprendre ses esprits de cette ascension douloureuse. La discrète et vaillante Jeannette était déjà repartie sans avoir été remerciée. Madame Reviguon n'avait pas perdu de temps pour préparer à son pensionnaire un bouillant Kube aux vermicelles bien chauds avec de l'aspirine afin que Denis puisse fermer un œil et passer une nuit sans trop souffrir, ce qui ne fut pourtant pas le cas, la nuit n'a été qu'un parcours de douleurs et de lancements lancinants ressemblant à un déchirement à vif du bas-ventre. Le lendemain matin après avoir préparé sa gamine Élisabeth pour l'école, sachant que la nuit de son pensionnaire avait été périlleuse et très douloureuse, elle alla frapper avec conviction chez son voisin le médecin à quelque pâté de maisons pour qu'il vienne ausculter et soulager Denis en toute urgence. Le verdict ne fut pas très long à attendre Denis avait une hernie inguinale à l'aine droite. Le jour, même les pompiers eurent tôt fait d’intervenir pour transporter Denis à l'hôpital de Girac à Angoulême. Le réveil fut tumultueux fixé par des sangles sur un lit, dans la chambre où fourmillaient des religieuses hospitalières de tout âge des marrantes, des revêches qui assumaient le rôle d’infirmière et d'agent de salle, que Denis insultait copieusement dans l'attente de sa libération de ses liens.

Elles avaient eu l'air d'apprécier leur jeune patient pour le garder au chaud pendant deux semaines chaque matin avant le petit déjeuner, elles ponctionnaient son sang avec une grosse seringue, elles avaient certainement dû cacher dans le sous-sol de cet hôpital Carmilla la vampire amie de Dracula qu'elles abreuvaient du sang frais seulement du groupe O+. Les visites se limitaient à son ami René l’indéfectible, avec deux copines qu'il avait rencontrées avec son ami Denis, huit jours avant son hospitalisation, au dancing le Ranch de Bourgine d’Angoulême. Elles n'étaient pas très grandes par contre, l'une prenait toute la lumière comme c'est souvent le cas entre deux copines, la plus mignonne est souvent accompagnée d'une plus laide afin de se mettre encore plus en valeur pour choisir un garçon pourtant s'était souvent la copine de l'ombre qui était la plus futée et qui savait magner l'humour avec dextérité comme si elle devait absolument compenser son physique par une tête bien remplie, la relation avec les deux garçons en était qu'au stade de la franche camaraderie.

Assise sur le bord du lit la fine équipe s’efforçait a raconter des blagues ou des situations vécues loufoques juste pour voir Denis se torturer de douleur pour rire. Dehors les beaux jours commençaient à persévérer alors que le séjour commencé à devenir pesant dans cette chambre de l'hôpital qui empestait l’éther et que Denis partageait avec deux autres patients dont un jeune chasseur qui s'était tiré involontairement une décharge de chevrotine sur la cuisse et le mollet droit en chutant, sur son fusil armé, sa jambe était en charpie ressemblant à un steak haché purulent, la cicatrisation était d'une lenteur désespérante, déjà plus de trois mois qu'il était dans ce lit, à chaque soin la sœur infirmière récupérait les plombs qui remontés sans cesse en cours de journée a l'aide d'une grande pince à épiler, qu'elle lâchait méthodiquement un à un dans une écuelle en émail de la forme d'un haricot, toute la chambre pouvait compter la capture de la journée, l'instant était irréel comme sorti tout droit d'une intrigue hitchcockienne. Comme disait le chirurgien, la chasse a une double détente dont la seconde est à haut risque ». Le second patient était atteint d'une prostate sa poche d'urine transparente accrochée sur le rebord du lit indiquait par sa couleur un avenir assez sombre pour ce sexagénaire, il avait pourtant le moral à toute épreuve lui qui subissait une grande gêne pour effectuer seulement un petit pipi, il disait « le pire dans ma situation, ce serait encore de devenir impuissant ».

Pour passer le temps Denis allait rafler dans les salles d'attente des revues pour la chambrée, elles n'étaient pas très fraîches et elle devait certainement contenir un bouillon de culture de tous les microbes qui squattaient l’établissement, les dates des revues n'étaient pas des plus fraîches, elles étaient toutes fripées et biscornues où chacun des lecteurs s'était servi en prélevant une page entière, ce qui rendait la lecture approximative de la revue, sans parler du livre de vente par correspondance d'Armes et Cycles de Manufrance qui était en partie dépouillé de ses pages des cycles et des motos, ainsi que celles des sous-vêtements féminins. Concernant l’illustration du loisir quelques pages avaient résisté aux mauvais traitements dus aux heures interminables de l'attente des patients dans ces vieux locaux aux murs jaunis de vieillesse, l’atmosphère était lourdement chargée par cette unique odeur médicamenteuse et de l’éther mêlé parfois au sang séché, l'ensemble vous virez vos sens et vous faisait perdre de votre superbe en vous rendant vulnérable auprès des agents hospitaliers qui savaient utiliser ce moment pour affirmer leur emprise et vous infantiliser en balançant des réflexions désobligeantes venant de ces cerbères de bonnes sœurs acariâtres et revêches blindées contre la douleur, elles traitaient les malades de « poules mouillées »

Après ce genre de réflexion, chacun serrait les dents et gardait sa douleur en silence pour ne pas devenir la risée et la hantise de ces dames de foi qui avaient l'air d'ignorer l'indulgence envers leurs patients, chacun pour échapper à sa douleur essayait de deviner le mal du voisin de chaise en le surveillant scrupuleusement, si son comportement dévoilé un indice par un visage grimaçant, afin de deviner son degré de douleur sur une échelle de 1 à 10 que sa main appuyait fortement l'endroit douloureux tel à un garrot pour extirper et témoigner de l'intensité de la douleur. Assis trois chaises plus loin un adolescent non accompagné, d'allure négligée et mal fagotée dans des vêtements déchirés limites crasseux. Il avait une plaie à son poignet gauche qu'il aspirait comme s'il ne voulait pas perdre une goutte de son sang qu'il avait pourtant du mal à contenir, voir l'abondance de la source qui refusait de se tarir, parfois, il levait la tête pour lécher les abords de sa plaie, puis après, il s'essuyait aussi le contour de sa bouche goulûment à coups de langue, comme s'il venait de boire son bol de lait tiède du matin. C'est à ce moment-là qu'une porte s'ouvrit brusquement et qu'une infirmière le prit sans ménagement par le bras valide pour le diriger en direction d'un bloc de consultation.

Le jeune chasseur voisin de la chambre de Denis, malgré son état grave, se délectait encore à regarder les fusils de ce catalogue dont il était incollable sur leurs performances, et leurs munitions. Denis était surpris par son enthousiasme, comment pouvait-il encore avoir cette frénésie passionnelle pour cet objet diabolique qui allait certainement lui pourrir sa jambe définitivement... ?( copie faite)

Chapitre n°2 René à changé d'époque, il joue maintenant la Caracha sur quatre roues...

Enfin, la cheftaine des bonnes Sœurs avait décidé de libérer Denis de l'hôpital avec en poche une convalescence de trois semaines qu'il devait passer chez le couple Revignon, ce n'était pas facile de rester à ne rien faire de la journée quand la chambre devenait chaque jour plus petite, les potes ou les copines étaient au travail ou à l'école. René pendant le séjour de Denis à l'hôpital avait réussi à décrocher son permis VL du premier coup.

La grange de ses parents fut vite débarrassée de sa charrette bleue hippomobile pour laisser place à sa Princesse, René venait de franchir un nouveau siècle grâce à l'acquisition de cette belle Dauphine blanche Renault d'occasion les week-ends ne seraient plus les mêmes. En semaine, ses déplacements ne changeraient pas, il continuerait à se rendre à l'usine qu'il pleuve ou qu'il fasse beau avec sa Mobylette noire alors qu'il aurait pu faire, lui aussi l'aspirateur à gonzesse comme beaucoup de ses collègues qui venaient marauder autour de l'usine en voitures diverses, équipées du Klaxon optionnel à l'Italienne à 5 tons « la Curacha » pour se faire bien entendre.

C'était un défilé des diverses voitures Dauphine, en 4 cv, en Simca 1000, en Aronde, en 203 Peugeot, en Panhard Pl 17 Triumph cabriolé, elles étaient toutes là, sauf une, celle de René l'anti-frimeur, pourtant s'il avait su, la frime lui aurait fatalement changé, son destin.

Chapitre N°3 Les Blousons noirs la peste noire. Ils n'aimaient personne, ils étaient seulement solidaires aux membres de leur bande. Ils n'avaient qu'un but précis nous pourrir nos soirées dansantes.

Les sorties du samedi soir et du dimanche avaient pris une autre allure et surtout de l’amplitude en distance René était de plus en plus sollicité par des copains et collègues alors qu'avant ils ne le calculaient même pas. Tous devenaient très généreux pour participer au plein de carburant pour obtenir la faveur du conducteur pour s’installer à l'intérieur du véhicule. René aurait pu garnir un harem avec toutes les sœurs et amies de ses nouveaux copains, il aurait pu aussi construire un terminal de carburant tellement que l'offre était abondante ne pouvant contenir dans le réservoir de la Dauphine.

Denis avait d'office la place du mort, il était le passager incontournable le V.I.P, des week-ends. Le département de la Charente était devenu étroit pour leurs ambitions de courir après tous les coups de, je t'aime, ils ne voulaient surtout pas en perdre aucun.

Sauf que parfois, des mauvaises rencontres avaient lieu, la peste noire de l'époque les bandes rivales des grandes villes les Blousons Noirs qui s'affrontaient dans les bals des campagnes en lieu neutre. Ce samedi soir, les deux bandes avaient décidé de se rencontrer au bal de Chadurie qui était à cette époque un haut lieu de la drague très couru par toute la jeunesse de la région, ce soir-là les intrus avaient décidé de pourrir cette satanée soirée. Les deux bandes de Blouson noirs n'étaient pas des tendres celle de Bordeaux était l'une des plus redoutables et coriaces, et celle du Bel Air d’Angoulême, la plus violente et la plus vicieuse. Il n'était pas rare que certains membres de la bande rentrassent sur une civière. Pour cette soirée qu'ils avaient décidé de bien pourrir, était leur but majeur de s'affronter à mi-chemin et loin de leurs gendarmeries dont elles dépendaient, elles s'employaient toujours le même scénario la provocation pour déclarer les hostilités. Ils venaient à trois ou quatre membres car l'union fait la force, sur un couple qui dansait de la bande adverse, ils forçaient la fille à danser avec l'un d'eux ce qui évidemment provoquait une altercation générale entre les deux meutes qui n'attendait que ce prétexte pour s'enflammer, à grands coups de latte et ils ne se limitaient pas à la bande adverse, toutes personnes autour étaient servies face à la vingtaine d'individus membres des deux bandes, la rixe n'était pas équitable, Car elle impactait tous les autres jeunes et les organisateurs qui se planquaient sous les tables ou utilisaient les chaises comme bouclier il fallait vite déguerpir et s’extraire des tentacules de la bête monstrueuse qui vous happait pour vous attirer dans le noyau dur d'une orgie sanglante où se frittaient allégrement les durs des deux bandes, les chaînes de vélo virevoltaient à bout de bras telle une débroussailleuse, elles s'accrochaient souvent une chaise qui servait de bouclier ou le bras qui la tenait dans un cri d'atroce douleur, les poings américains et les couteaux à cran d'arrêt étaient sortis des poches et ne lésinaient pas à faire couler le sang, le combat rapproché était d'une telle violence que les canines et les molaires volées, les boutonnières au ventre ou au bras à l'arme blanche n'étaient pas des égratignures.

Au loin, les valeureux gendarmes jouaient de la sirène en avançant à la vitesse réduite d'un vélo afin que les assaillants partent avant leur arrivée, mais cette fois, ils étaient trop chauds trop haineux, trop captivaient à donner des coups pour partir comme une volée de moineaux affolés au son de la sirène, au contraire, ils avaient décidé de rester là à attendre sur le parc à voitures les deux bandes n'en faisaient plus qu'une pour faire cause commune à l'arrivée de la douzaine de gendarmes, ils avaient décidé de s'offrir les gendarmes à mains nues en guise de dessert. La marée chaussée avait à peine posé les pieds à - terre qu'ils foncèrent vers l'attroupement sur le parking sans distinction à coups de sifflet et de matraque, l’escouade des gendarmes tapait sur tous les bipèdes qui étaient à bout portant de leurs bâtons, les gendarmes furent vite pris à partie par les deux bandes le public étant victime lui aussi du matraquage en grande envergure sans distinction. Les coups de poing fusaient allaient en tous sens, les chaussures à talons aiguilles à la main, les filles s'étaient mêlées, elles aussi à la bagarre, elles étaient d'ailleurs les plus teigneuses des redoutables guerrières contre les gendarmes. Elles faisaient voler leurs képis en s'appliquant pour les faire tous atterrir sur l'eau du lavoir jouxtant le parc. Certains gendarmes avaient été aimablement conviés par la foule à aller prendre un bain pour récupérer leurs képis. Il a fallu l'arrivée avec grand bruit d'une rafale en l'air d'un pistolet d'une autre brigade de la commune voisine appelé en renfort pour obtenir la fin des hostilités. Mais déjà, les deux bandes s'étaient évaporées profitant que la foule était entrée en action contre les gendarmes. Les pompiers s'étaient aussi invités à la fête, ils pansaient sur place les blessés légers, les plus sérieux dont les grandes plaies, ils étaient acheminés directement vers l'hôpital de Girac.

Les gendarmes finirent enfin à ramener l'ordre avec autorité en prenant soin de charger dans le panier à salade, certains badauds profondément alcoolisés de Montbazillac, qui d'ailleurs n'avaient pas participé à la rixe étant resté en permanence à une table de la buvette. Lucides, les copains de René et de Denis avaient vite dételé voyant que les gendarmes étaient de plus en plus nombreux et de plus en plus rugueux et aléatoires dans le choix de leur cible dans la foule.
Les Blousons noirs responsables de cette baston, aussi malins que des renards, surent se volatiliser en n'oubliant personne sur place même leurs blessés, ils avaient pris la tangente discrètement en oubliant de saluer la foule, ils étaient déjà loin avec leurs voitures bondées dans cette nuit agitée qu'ils avaient bien réussi à pourrir chez les péquenauds.

Chapitre N° 4 Germine un doux mirage, mais aussi une Arlésienne qui fait beaucoup parler sans jamais pouvoir la rencontrer.

C'était un dimanche sans René prit par l'invitation familiale avec ses sept frères et sœurs, Denis était tombé par hasard sur la kermesse de l'école familiale et ménagère de Blanzac, les pensionnaires n'étaient que des jeunes filles de 16 ans à 18 ans, c'était le lieu unique qu'il ne fallait pas manquer ce jour-là pour un jeune homme, la seule journée annuelle que la porte de cet établissement était ouverte au public, tout comme le rituel symbolique de l'ouverture de la Porte Sainte au Vatican. Les pensionnaires proposaient leurs travaux de décoration en argile, cendriers, pichets ou des personnages et santons en plâtre de la broderie, canevas des chapeaux de lampe, les pieds de lampe en bois décorés, des carnets de poèmes et de nombreuses babioles que toutes jeunes filles devaient savoir pratiquer quand elles quitteraient le centre.

La Kermess servait à vendre tous ces objets de décorations pour récupérer une cagnotte afin de s'offrir une excursion d'une journée à la dune du Pilat à Arcachon avec un repas assuré au meilleur restaurant de fruits de mer des environs arrosé d'un bon Entre-deux-mers. Denis était tombé subitement raide dingue face à une créature habillée d'un grand sourire, des yeux noisette émancipés, des cheveux bouclés aux reflets roux et, or. Il ne pouvait pas non plus esquiver son 1m70 de malice. Denis comme statufié ne bougeait plus, hypnotisé, il avait l'impression qu'elle avait prise le contrôle de sa personne, une sensation du coup de foudre spontané qui vous brûle l'intérieur tout en vous laissant votre enveloppe extérieure intacte. Pétrie d'une finesse humoristique, elle était catch, le visage de Denis rougissait par timidité impossible de se soustraire à cette réaction, ce qui amusait gentiment Germine, à peine une demi-heure passée à bavarder que déjà une personne d'allure strique proche de la tenancière revêche, venait de sortir Denis de sa léthargie paradisiaque, cette personne était la directrice du foyer et elle reprochait à Germine sur un ton autoritaire qu'elle ne s'activait pas suffisamment à l'animation de son stand de statuette en plâtre, elle lui ordonna d'aller donner un coup de main à une autre pensionnaire sur un autre stand comme pour laisser une ligne rouge à ne pas franchir. Denis fit, deux pas en arrière pour ne pas compliquer la position de Germine.

Il alla faire un dernier tour tout en gardant un œil sur la directrice qui était toujours dans les parages. Denis n'était pas décidé de quitter ce lieu magique sans dire au revoir à Germine. Il patienta longtemps avant que la directrice veuille bien relâchait sa surveillance en pensant que Denis était passé certainement à autre chose. Discrètement, Denis griffonna l'adresse des Revignon sur une feuille qu'ensuite, il roula, il avait repéré le nouvel emplacement où était Germine un stand d'ourson et de chevaux en peluche, il passa subrepticement en glissant son papier dans la poche de sa blouse. Dix plus tard sans aucun signe Denis pensait qu'il n'aurait plus jamais aucune nouvelle et une rencontre possible avec Germine, cet instant ne sera qu'un croisement, une illusion si, bref qu'elle n'aura certainement pas une suite délicieuse. De toute façon, son institution était aussi étanche que Fort knox !!! Mais Surprise ! Un mois plus tard, il eut la merveilleuse surprise de recevoir enfin un courrier qui lui apprit qu'elle habitait proche de Roumaziere proche de la ville voisine de Fontafie la « lugubre » .

Dans l'immédiat il ne serait possible à Denis de l'apercevoir que lointainement, lui faire un coucou comme si elle était prisonnière d'une prison de femme pendant les créneaux horaires des poses de la promenade dans la cour du foyer qui longeait ce maudit ruisseau qui l'empêchait de se parler et de se frôler, du pont qui enjambait le ruisseau du Née qui était le point de vigie où Denis se rendait suivant les deux plages horaires journalières vers 10 h et de 16 h que Germine lui avait proposé, heureusement Denis avait la liberté de s'y rendre étant toujours en période de convalescence de son opération de sa hernie; Il ne loupait aucune plage horaire pour l'apercevoir parfois trop subrepticement, il ne pouvait que communiquer par des grands gestes.

Chapitre N°5 Le PDG n'aimait pas qu'un de ses salariés en convalescences traîne dans la rue, alors que d'autres collègues étaient en congés de maladie perchés sur leur tracteur dans leur exploitation.

Les rendez-vous journaliers commencés par agacer sévèrement le voisin d'en face du pont qui n'était que le PDG de l'usine Ballutaud. Il s'en était plaint à son contremaître « qu'il n'appréciait vraiment pas qu'un de ses ouvriers puisse aller et venir à sa guise sur sa moto bruyante, alors qu'il était en arrêt de travail et que s'il était capable de se tenir sur sa moto, il pouvait donc aussi reprendre son poste à l'usine ». Pourtant, ce rapiat n'avait pas hésité à transformer la déclaration d'accident du travail de Denis en un simple arrêt et congé de maladie pour ne pas à avoir à compléter son salaire et éviter de faire une déclaration d'accident à la Sécurité Sociale.
L'influence du patron qui avait en plus une certaine notoriété auprès des décisionnaires de la région, plus l'appui des parents de la commune qui trouvaient que leurs filles s'intéressaient un peu trop près à ce bouillant garçon, ils eurent vite fait de prendre le destin de Denis en main en l'éloignant de leur vie plan-plan, deux mois plus tard, la DDASS d’Angoulême avait bien saisie le message qui était super claire si elle ne désirait pas récolter des blâmes de sa tutelle parisienne. Denis n'était pas informé de ce guet-apens qui se tramait dans son dos, une inspectrice lui a soumis fermement le deal qu'ils avaient conclue.

Denis devait continuer son job à l'usine en brigade des deux huit, en l'obligeant de prendre la nouvelle pension qui serait gratuite en échange de menus services sortant de la bouche de la DDASS, cela voulait dire que je devais cumuler et assurer un mi-temps jour dans l'exploitation en compensation de la pension.. La ferme se tenait au centre de Mainfond un village de 200 âmes perdues entre champs et vignes et bois. Une belle et mastoc église romane était campée au milieu de ce village de belles et importantes maisons avec leur corp de ferme bourgeoises en pierre de taille et toit en ardoise, formées ce village à 7 km de Blanzac distance que Denis parcourait avec sa Flandria deux fois par jour.

Chapitre N°6 chez les Guillaud la meilleure amie de Denis était une serfouette au milieu des km, de rangs de patates et de betteraves.

Le couple Guillaud était des gens agréables à vivre lui, il était un homme exquis et affable, madame avait un visage sévère, elle avait un fort caractère et c'est elle qui portait le couple et qui comptait, tout en étant radine elle était loyale avec un fond honnête et une gentillesse pudique pouvait parfois surgir de son visage revêche, elle était au début de sa grossesse, ce qui explique le placement de Denis chez eux afin de soulager madame des travaux difficiles à l'exploitation. À la demande du médecin d'écarter Denis de la manipulation des balles de papier de 100 kg, il avait été placé sur un nouveau poste à l'usine seul face à un automate qu'il fallait servir pendant 8 heures pour sertir les côtés des futures boîtes à fromage un travail d'un ennui et d'une longueur du temps insupportable. Du 1er étage il ne voyait plus son ancienne collègue la discrète Jeannette, non plus la chaudasse dans son cagibi, quant à la gentille madame Revignon, impossible non plus de l'apercevoir certainement une consigne de la DDASS qu'elle devait se tenir éloignée de son ex-pensionnaire.

La vision de Germine n'était plus qu'une punition, car ce changement de vie néfaste, n'était qu'une conséquence due aux visites assidues sur ce pont de malheur ! Dès la débauche de l'usine, Denis devait maintenant se rendre subito presto chez les Guillaud où il était très attendu pour manger et reprendre son deuxième travail. Le samedi soir et le dimanche étaient le seul créneau pour rencontrer René.
La vie à Mainfonds était morne et d'une grande solitude sa seule compagnie était une serfouette de 10 cm de large pour nettoyer et désherber des kilomètres de rangs de betteraves ou de patates dont il ne voyait pas la limite des rangs seul un horizon plat sans clocher désigné une ligne imaginaire ou ciel et ennuie mortel de ce bout de terre se rencontrer. La tâche ne manquait pas, changer la litière des vaches, ou nettoyer le poulailler, de calibrer des tas de patates, nourrir les animaux, la traite des vaches manuellement a été la seule activité que Denis avait échappé à pratiquer en y mettant beaucoup de mauvaise volonté pour qu'aucune goutte de lait ne sorte du pis de la vache et c'était tant mieux ! il en a été définitivement exempté de cette corvée quotidienne. C'était l'ensemble des tâches à effectuer quotidiennement que la DDASS appelait dans un langage édulcoré "de menus services" en échange d'une pension gratuite.

Chapitre N°7 René n'avait rien à faire sur cette route, ce matin-là. Il devait seulement faire la grasse matinée.

Sept mois plus tard à deux heures du matin les hululements du sinistre chat-huant réveillèrent Denis, comme sorti tout droit d'une torpeur, il pressentait déjà le pire pour ce samedi, il savait que ce pressentiment allait se réaliser dans la journée sans en connaître la réelle et sa douloureuse teneur. Il était maintenant habitué à ces alertes de mauvais augure, cette journée n'allait certainement pas finir dans l'hymne à la joie, mais plutôt en Il Silenzio.
À cinq heures du matin l'impensable avait eu lieu dans toute sa brutalité et dans un cahot monstrueux. Ce matin-là René était de repos, il devait faire la grasse matinée, au lieu d'enfourcher sa Mobylette noire pour aller remplacer un de ces collègues de l'usine qui était de mariage, René toujours disponible pour rendre un service ne dérogea pas encore cette fois de son habitude tout en sachant que les retours n'étaient pas forcément réciproques de la part de ses collègues. Le jour venait à peine de poindre, il s'engagea à l'aveugle sur cette route vicinale de Bécheresse dont il connaissait parfaitement tous ses contours et ses pièges de ces 4 km de ce ruban d'asphalte sinueux pour joindre l'usine, la multitude de virages et leurs étroitesses avec les bas-côtés garnis de hautes herbes qui supprimaient toute visibilité, les profonds fossés rendaient impossible une échappatoire de la voie.

Face à l'est, il avait les premiers rayons du soleil bas qui léchaient la route humide et fumante de la forte rosée matinale, la réverbération par endroits causait l'éblouissement total de la puissance d'un flash, qu'un instant vous avancez dans un trou noir. Face à l'est, il avait les premiers rayons du soleil bas qui léchaient la route humide et fumante de la forte rosée matinale, la réverbération par endroits causait l'éblouissement total de la puissance d'un flash, qu'un instant vous avancez dans un trou noir. Mais ce matin-là l'improbable s'est réalisé, c'est un monstre d'acier invisible aussi large que la route qui l'attendait, juste dans un des nombreux virages, le camion de la laiterie qui ce matin-là avait pris de l'avance sur son horaire habituel de passage. René surpris n'était plus qu'un papillon allant s'écraser sur la face à ce mur mobile d'acier où il se fracassa avec une brutalité inouïe, sans pouvoir anticiper une manœuvre désespérée pour éviter ce colosse, René fut projeté par l'inertie du choc dans le champ de blé jouxtant la route, tout désarticulé, un râle mortifère sortait de ses poumons compressés, du sang bullait de son nez et de sa bouche. Sa Mobylette n'était plus qu'un puzzle de pièces détachées.

Au service de réanimation de l'hôpital de Girac, René voyageait dans la partie sombre du coma plus d'image plus de voix, seule sa barbe persévérait à vivre en continuant à pousser, ses yeux étaient mobiles, ils bougeaient dans une parfaite synchronisation, comme le balayage des essuie-glaces d'un véhicule parfois pendant un bref instant ses yeux se figeaient comme si son cerveau allait reprendre le contrôle, de cette machine que René était devenu. Denis dans un rare moment d'intimité dans la chambre le suppliait de revenir qu'il ne devait pas partir maintenant, à vingt ans ce n'était pas raisonnable de fuir au printemps qu'ils avaient encore beaucoup à découvrir et qu'ils avaient encore des tonnes de fous rires à nous communiquer et à assumer. Son départ définitif n'était certainement pas une bonne idée, mais il serait plus enviable que l'avenir que les chirurgiens pouvaient lui prédire de devenir une endive, ce n'était certainement le chemin que René voulait poursuivre. Denis voyant son frère lui échapper, il avait accepté finalement cette fatalité sans comprendre pourquoi le destin s'était acharné à lui briser ses ailes à 20 ans alors qu'il n'était qu'un ange délicieux ?

Au bout d'une quinzaine de jours, l’hôpital mit un point final en arrêtant cette machine infernale qui l’empêchait de poursuivre son chemin blanc pour atteindre la fin d'une totale ataraxie de cette tragédie ultra violente.
Deux jours plus tard, toute la famille était réunie à la veillée funèbre Denis en était aussi. En voyant cette grande famille dont René était l'avant-dernier de toute la fratrie. Denis ne pouvait pas s'empêchait de mettre en corrélation que sans eux, René n'aurait jamais rencontrer cette calamité de camion de la laiterie, car en cette période René aurait dû être sous les drapeaux si l'armée ne l'avait pas exempté en tant que soutient de famille.

Denis pensait que Dieu avait aligné tous les désastres sur la route de son ami.
La nuit fut terrible pour lui à vivre, assortie d'une énorme crise de tristesse  pour finir de parachever cette angoisse qui le minait, les volets de son imagination se mirent subitement à claquer ne sachant plus s'il devait les ouvrir ou les fermer ce qui amplifiait ce vacarme dans sa tête en un tonnerre des ténèbres. Denis suffoquait comme noyé par une abondance averse traversière de sanglots qui l’étouffait, bouche grande ouverte, il essayait de reprendre une profonde respiration en hurlant toute la noirceur de son spleen. Seule une piqûre du médecin eut raison de la souffrance de Denis en le plaçant immédiatement dans un état de frimas glacial comme la mort.

Le réveil le lendemain matin était brumeux, complètement groggy, amorphe dans une ouate épaisse sans pouvoir réagir, il aperçut le cercueil quittant la maison pour prendre place à l’arrière du pick-up 403 grise bâché du menuisier qui avait fabriqué sur mesure son lit éternel jusqu'à la date de péremption de madame nature. Suivait les soixante-dix ans du papa en costume sombre légèrement courbé l'équilibre était presque instable, jusqu'à l'approche du véhicule où il arrêta ses rapides petits pas, de sa main droite il caressait avec beaucoup de douceur le haut du cercueil comme s'il touchait le visage de son fils, entre deux sanglots, il balbutiait en revendiquant sa priorité à la place de son fils de vingt ans dans cette boîte. Appuyé sur l'épaule de son épouse qui paraissait plus solide et plus stable que sa canne qu'il ne lâchait pas , il avançait prudemment comme un funambule, il savait que, dorénavant, il évoluerait sur ce fil temporaire de la désespérance et de la miséricorde jusqu'à l'extinction de sa vie.
René pour la dernière fois allait nous refaire cette putain de route à l'envers lui qui l'avait tant utilisé quotidiennement pendant trois ans parfois comme un Cinzano, il se tenait debout sur les pédales fières comme un Ben-hur irrésistible sur son char cette fois, il allait voyager tout seul sans Denis, ni Alain et les autres. Allongé dans sa boîte en chêne massif couvert d'arums et de lys a la fragrance envoûtante qui cette fois ne subira pas la malice de Denis qui lui poussait par surprise sa tête à chaque fois qu'il voulait humer un lys pour lui colorer en jaune le bout de son nez avec le pollen de cette fleur qui lui était si irrésistible par son effluve qu'il renifler à s'enivrer à plein poumons.

Une dernière cote à franchir, le pick-up fumait sous l'effort comme ci René résistait avant de franchir la porte de sa nouvelle résidence trop bruyante de silence, le véhicule avançait doucement pour fendre cette foule respectueuse, compacte, sombre et silencieuse qui au premier rang tendait les bras pour caresser son cercueil le véhicule stoppa dans l'allée centrale face à un espace fraîchement creusé du matin sur une pente à l'ombre des bastides ; ces monumentaux caveaux en marbre glacial à plusieurs niveaux comme pour justifier et distinguer une hiérarchie chez les morts ; ceux qui auraient réussi leur vie et qu'ils inviteraient ensuite les générations suivantes à venir se reposer dans leur dolmen familial afin de finir leurs nuits éternelles sans étoiles en perpétuant le nom de famille qu'il s'éternisera à exister même sans vie à traverser les siècles à venir. René se contentera dorénavant de cette étroite plate bande qui sera sa dernière domiciliation personnelle en célibataire comme dans la vie à vingt ans l'espace est si étroit qu'il est conçu pour poser seulement un genou, ce qui limite la prosternation en une simple flexion entre le chrysanthème mauve anonyme et les plaques dont les écrits d'amitiés ont totalement été effacés avec le temps. Face à la croix gravée de la date de sa naissance et de la date de sa fin chaotique. La photo de son visage à toujours la grâce juvénile de ses vingt ans sans jamais vieillir est là figé depuis 50 ans, dans ce cimetière haut perché au-dessus des vivants en contrebas proches du château de Blanzac. 

Si Denis devait créer à l'instant une épitaphe à son ami, elle serait « 20 ans de lumière pour 50 ans d'ombre le compte n'y est toujours pas...»

Quelques mois plus tard, Denis se décida de quitter la pension du couple Guillaud malgré l'empathie qu'il pouvait ressentir envers ce couple, cette belle émotion qui était si rare à partager dans cette région, mais trop marre de végéter à 19 ans de cette solitude au milieu de nulle part. Il ne pouvait surtout plus vive dans cette contrée qui n'était qu'une guigne ou trop de malheur persistait et s'agglutinait sur son chemin : Julien avait disparu, Léon mort, Anne-Marie jetée à la vindicte populaire, Nicole violée et disparue, Marcello perdu de vue, Germine l'injoignable ou l'Arlésienne. Surtout cette insupportable souffrance de cette plaie à vif dans ce vide sidéral qui a donné lieu à une carence d'un déficit terrifiant de son ami René, à chaque visite à ses parents Denis, sentait une sorte de rancune, un sentiment d'hostilité que seule sa présence pouvait rendre ses parents aussi vulnérables, il n'était que douleur pour eux, il n'était devenu qu'un prétexte et une angoisse à faire ressurgir l'absence cruelle de ce fils qu'ils adoraient tant. Denis n'était plus aux yeux de la maman et du papa de René que le miroir d'une vision chimérique.