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Mon capitaine un train peut en cacher un autre. Bienvenue au GT 515 de 1968 du camp de la Braconne.

Quand les hommes de guerre sont en période de paix, ils chassent l’ennui en donnant des ordres stupides ou en distribuant des corvées, et des arrêts simples ou de rigueurs, avec la même opiniâtreté que de détacher les boules tricolores sur un collier du Club-Med pour payer une valeur disciplinaire à cet en casernement obligatoire.

N°1 Denis encasernait en semi-disciplinaire à vécu cela comme une trahison, tout comme une incarcération injuste, pour cette longue période d'octobre 1967 à mars 1969.

À l'arrivée à la gare d’Angoulême à peine Denis venait à peine de poser les pieds dans le hall en direction du buffet pour aller prendre un café qu'il fut littéralement happé par deux militaires en tenue de combat, l'un d'eux autoritairement lui arracha de sa main son ordre de mobilisation en cochant son nom sur la liste de présence que, déjà, il était accompagné manu militari vers l'un des deux GMC débâchés. Tout ce déploiement viril avec cette précipitation était conditionné volontairement pour créer l'effet de surprise, pour éviter que certains jeunes appelés récalcitrants dans un dernier sursaut ne partent vers une autre direction plus accueillante comme reprendre le train en sens inverse.
Avant ce fameux jour, Denis avait effectué les trois jours à Limoges, il avait formulé le vœu de partir loin de cette maudite Charente pour les DOM-TOM ou en Afrique et voilà qu’aujourd’hui, il était engagé dans la caserne la plus proche au milieu d'une forêt de son domicile à une trentaine de km, au camp semi-disciplinaire du GT515 de la Braconne de l'arme du train avec son blason de cette gazelle bondissante sur l'Afrique avec élégante et rapidité telle en serait sa devise dans cette forêt charentaise. Denis avait vite analysé que sans le piston, il était impossible d'obtenir un choix désiré, et que souvent par vacherie, on obtenait plutôt son contraire, comme celui de vous envoyer aux DOM TOM ou en Allemagne quand vous vouliez rester proche de chez vous.

Deux heures plus tard Denis s'est vite retrouvé avec un énorme paquetage de vêtements aux tailles aléatoires qui transformaient la recrue en un affreux épouvantail bien loin d'une tenue militaire à celle de l'armée de l'air ou de la marine. Les ustensiles, gamelles, casques lourds et légers tout l'ensemble du bon soldat sur le dos et toujours en file indienne la suite à été le passage entre les mains des experts de la tondeuse à mouton une intervention qui gommait toute l’esthétique de chacun et les distinctions sociales tous repartait avec la boule à zéro la tête presque uniforme, seuls les oreilles et le nez et les yeux permettaient encore de faire une distinction. Le pire était à venir de laisser sa pudeur sur le seuil de la douche et pour certains ce n'était pas si évident, alors qu'ils essayaient avec l'aide de leurs mains de cacher leur sexe de la vue de leurs voisins voyeurs, de ce monde de mâles de vingt ans en pleine zénitude de virilité que l'armée allait vite essayer de tempérer avec du bromure dans la nourriture et la boisson. Maintenant le seul critère qui mesurait la virilité chez un homme était l'apparence et l'importance d'une dimension d'une bite. Les différences étaient parfois sidérantes entre ceux qui possédait un anaconda bien embarrassant et ceux qui avaient gardé le sexe de leur adolescence, pour ces derniers, il leur sera difficile de contenir les railleries de leurs collègues qui les nommeront de bistouquette pendant toute la durée de leur service militaire.

Denis ressentait cet internement en semi-disciplinaire comme une trahison, une incarcération injuste, lui qui avait pendant toute son adolescence évitée de faire trop de chahut dans la société pour éviter d’effectuer ce genre de séjour, comme la maison de correction qu'on lui rappelait comme un spectre à chaque écart de conduite.
Les bizutages d’accueil allaient bon train et parfois, ils étaient sévères et brutaux de la part des anciens, les grenades de plâtre paraît-il inoffensif faisait partie de leur arsenal des réjouissances. Quand elles explosaient dans les chambrées, les jeunes recrues se retrouvaient dans un nuage blanc opaque et suffoquant, à l'intérieur d'une pièce, c'était impressionnant une fois le Fog levé, tout était blanc, le mobilier, les armoires, les lits, étaient recouverts uniformément d'une poussière de plâtre qu'il fallait éliminer avant le passage d'un sous-officier ou officier qui comme par hasard pointait son képi juste après l'attaque. C'était toujours les victimes qui étaient sanctionnées dans ces cas-là.

La répression était sévère la suspension des permissions faisait partie du programme de rétorsion. Parfois, des recrues étaient blessées au visage à la suite de l'éjection de la cuillère de la grenade qui pouvait effectuer des coupures profondes au visage ou au bras qui le protégeait par réflexe, pour la couture fallait passer par l'infirmerie et souvent la douleur y était encore plus terrible. Les victimes de l'embrouillamini étaient nommées ensuite comme volontaires d'office pour exécuter les corvées de la semaine. Malgré les rétorsions à tort que les jeunes appelés subissaient les anciens ne désarmaient toujours pas, ils s'en prenaient à leurs mobiliers, ou directement aux personnes, chaque soirée était une succession de conneries, les lits faits en portefeuille où ils attendaient que la personne soit dans le lit pour lui lever à la verticale dite en cathédrale en le laissant dans cette position, dont il était impossible de se sortir de ce piège sans l'aide d'un collègue pour être libéré de ce maillotage dans les draps. Un autre soir, c'était un groupe de six personnes qui se jetait sur l'appelé le plus pudique, ou le plus guindé pour lui passer la bite au cirage.

Au bout d'une quinzaine de jours, les jeunes recrues étaient saturées et lassées des actions coup de poing à répétition de ses anciens proches de la quille libératrice. Une nuit, c'est une dizaine de bizuts formés en commando qui sont passés à l'attaque, chacun avait son quart rempli de son urine, ils firent irruption sans bruit comme des serpents sous les lits pour déverser leur urine dans les rangers ou sur les lits. Le matin, en se réveillant, ils n'avaient pas très bien compris pourquoi leurs lits étaient humides et puaient la pisse, c'est ensuite en enfilant leurs chaussures qu'ils eurent le deuxième effet kiss cool en sentant que leurs pieds trempaient dans un jus fétide et rémanent. C'est ainsi que cessera immédiatement toutes les bravades des anciens.

N°2 Une visite agréable dans les abysses de l'ennui.

Le premier week-end, nous étions tous consignés sanitaires, la fameuse vaccination DTP tous à la queue leu-leu et au suivant, au suivant comme chantait Brel, un premier passage pour placer l'aiguille puis le second pour injecter le sérum qui provoquait un mal de chien une vive douleur dans l'épaule. Ce week-end Denis fut surpris d'avoir une visite seulement huit jours après son affectation dans la caserne d'ailleurs, ce fut la seule visite pendant ses seize mois d’armée. Au poste de garde de l'entrée, Denis fut surpris de voir le papa du gentil Alain que tout le monde fuyait de la bande tellement qu'il était trop beau, irrésistiblement les filles étaient attirées par lui comme dans un champ magnétique. Son père avait l'exclusivité d'assurer toutes les Mobylettes de la bande de son fils. Il s’empressa d'offrir à Denis un demi au bar face à l'entrée de la caserne, il s'était spécialement déplacé de Mouthier à 35 km, uniquement pour rembourser un reliquat de 80 francs dus à la vente de la Flandria. Denis face à cette initiative et à cette délicatesse fut quand même fort ému, décidément son ami Alain était verni avec sa belle gueule d'ange, et le meilleur, il avait un papa qui avait une belle probité, il était sincèrement classe ! De rencontrer dans sa vie, ce personnage en ce moment précis de l'enfermement, cela vous redonne la foi pour croire encore à l'humanité.

N°3 Enfin, c'est la confirmation, les bleus de la 67-2c ont obtenu le statut de soldats. 


Trois mois plus tard, Denis n'avait toujours pas pu obtenir officiellement une permission pour sortir de cette caserne. Certainement pour éviter que des jeunes recrues pleines de vague à l’âme ne profitent de cette première pour effectuer une tentative de suicide à la maison afin de se faire réformer, il est vrai aussi que certains sous-officiers n'y allassent pas avec le dos de la cuillère pour ridiculiser ou outrager un jeune appelé sous le prétexte qu'ils devaient le former pour devenir un homme. Dans cette caserne, les instructeurs avaient laissé la pédagogie à l'entrée de la caserne et ne savaient comment tremper leur ennuie à tourner dans cette caserne en s’impatientant qu'arrive une émeute ou une guerre qui ne venait pas. Alors ils se vengeaient sur les appelés a leur faire faire des taches irréaliste quand elles n'avaient pas un caractère débile.

Les trois mois de classe étaient presque terminés Denis savait maintenant se présenter face à un képi en gueulant pour paraître un bon soldat viril, son nom, son grade, et son affectation. Il savait marcher au pas, faire un demi-tour réglementaire, manier les armes et atteindre une cible avec le FSA ou un MAS 49, le plus pénible n'était pas de tirer les cinq balles attribuées à chacun, c'était de passer après l'utilisation des heures à fourbir les armes, et toujours sous le contrôle de l'intraitable chef qui n'était évidemment jamais satisfait, il poussait la plaisanterie à utiliser un chiffon blanc pour confirmer la propreté de l'arme. Denis a passé son stage frac sans-souci, au milieu d'un convoi, la conduite en était simplifiée, il suffisait de suivre et de savoir-faire le double pédalage pour passer les vitesses non synchronisées et de savoir freiner par anticipation, car les GMC n'étaient pas équipés des feux stops et non plus de feux clignotants à l’arrière, et de tourner son volant suffisamment tôt et large pour anticiper le rayon de braquage. Ces camions GMC et jeeps n'étaient pas de première jeunesse, ils avaient déjà fait de nombreuses campagnes celle du Viêtnam et de l'Afrique du Nord.

La dernière touche finale pour clôturer le peloton des classes, le parcours du combattant avec sa planche irlandaise et sa fosse impossible à remonter, le cross des huit mille et la fameuse marche des 50 km dans la neige. Cette marche avait complètement cramé Denis, ses yeux étaient profondément cernés et il avait fait le plein d'ampoules aux pieds, il faut dire aussi qu'entre son sac à dos de vingt-cinq kilos plus son fusil sans compter sur la bonne intention du MDLC Chauteau toujours accompagné de sa chienne renifleuse des braguettes militaires, pour prouver son estime à Denis, il lui avait confié en plus le fusil-mitrailleur qu'un traînard ne pouvait plus porter au lieu de le placer dans la Jeep balai qui poussait les derniers du groupe vers le point de la pause en les traitant « couilles molles et de feignasses » par l'aspirant qui lui était confortablement assis dans le véhicule.
Les retardataires à peine venaient-ils d'atteindre le relais qu'ils devaient repartir illico sur les traces des premiers en marche, sans pouvoir souffler. À l'entrée du camp, le chef regroupait le peloton pour imposer encore un dernier baroud d'honneur, un véritable supplice de faire chanter le groupe à tue-tête pour traverser le camp surtout en marquant le pas sur place sous les fenêtres du pavillon du Colonel chef du corps, afin que ce cher officier assis confortablement proche de madame dans son canapé du salon puisse être rassuré que ses nouvelles recrues de la 67-2c étaient devenues de vaillants soldats et que Marianne n'avait plus aucune crainte à avoir sur la nouvelle relève, elle était bien là. À l'arrivée au seuil du bâtiment du peloton de la deuxième compagnie, les infirmiers attendaient le groupe pour effectuer sa distribution de cachets d'aspirine pour soulager les douleurs et surtout les ampoules des pieds et les toxines musculaires.

Après son baptême pour la conduite Denis avait obtenu son titre de conducteur à la place de celui de soldat. Ce qui ne gênait pas les sous-officiers qui avaient Denis dans le collimateur pour le déclarer toujours comme volontaire d'office pour monter les gardes autour du camp à répétition.

Cette marche ponctuait et devait aussi confirmer la moyenne des trois mois effectués pour évaluer la résistance des recrues afin d'attribuer définitivement les intégrations dans les compagnies. Certains qui avaient failli sur la période se retrouvaient au CCS à des postes paraît-il disqualifiant, ce qui était encore à voir, alors que c'était souvent la planque royale, exemptée de corvée et des tours de garde, les défilés des fêtes nationales, ils avaient un règlement assoupli d'ailleurs la plupart des postes étaient attribués par avance par piston, l'infirmerie, le vaguemestre ou la maintenance ou à la cuisine sans avoir la corvée des patates, serveur au mess des officiers, ou intendant ou chauffeur du colonel et des officiers, employés administratifs au PC, tous les magasins, d'armement, des vêtements, radio, ils assumaient toute l'intendance du camp. Les autres, la promotion des sans-grades dont Denis faisait partie intégrante les sans privilège, devenaient des soldats, conducteurs de la deuxième compagnie, pour intervenir dans des missions en tous genres et à dispositions des corvées bien spécifiques quand elles n'étaient pas terriblement avilissantes.


N°4 Connaissance avec un personnage atypique sorti tout droit d'une BD si détestable quand aurait voulu la faire bruler avant de la lire entièrement.

Le maréchal des logis chef Chauteau était toujours en action avec des idées toujours plus folles des unes que les autres pour broyer le moral d'un appelé, ce qui d'ailleurs amuser fortement cet idiot d'officier aspirant qui avalisait en buvant du petit-lait en pensant qu'il assistait à une aventure de téléréalité à regarder ce psychopathe, aboyeur qui n'avait qu'une raison de vivre, celle d’écœurer les autres de vivre la leur sereinement. Il avait toujours une idée débile pour ridiculiser les jeunes recrues. Un jour il avait rassemblé toute une brigade pour sélectionner quelques individus possédants le permis de conduire, les heureux sélectionnés pensaient qu'ils avaient tiré un visa pour aller faire une balade hors du camp. La déception fut énorme quand ils se sont retrouvés chacun à pousser une brouette de gravier toute la journée. Parfois il s'installait avec sa chienne sur ses talons à l'entrée du parc à camions pour réceptionner les camions qui revenaient de l'aire de lavage et suivant le degré d'affinité qu'il avait avec le conducteur, ou il passait comme une lettre à la poste, ou alors il était dévié dans la partie boueuse du parc après avoir bien pataugé dans cette gadoue il refusait le camion et le conducteur devait faire demi-tour en direction de l'aire de lavage en protestant que son camion n'était pas suffisamment propre, cela pouvait durer plusieurs fois dans la matinée, n'en pouvant plus de cette pantalonnade, Certains conducteurs faisaient le choix de stationner leur véhicule sur le trajet en refusant de repasser par le lavage dans l'attente qu'un collègue les prévienne que l'entrée était enfin libre pour remettre les véhicules fissa à leur place.Chaque matin, quand les conducteurs n'avaient pas une corvée ou une mission à accomplir, il fallait tuer le temps, chaque conducteur avait l'obligation de contrôler tous les niveaux de son véhicule attitré, et tant pis si le véhicule n'avait pas roulé depuis une semaine, il fallait faire semblant de lire la jauge d'huile. Toujours dans le sordide pendant toute une semaine, c'était la grande révision technique par équipe de six conducteurs, il fallait nettoyer les chassies et dégraisser les blocs-moteurs des camions au mazout, il fallait aussi peindre les graisseurs et les bouchons de vidange en jaune, dérouler les câbles des treuils pour les dégraisser au mazout pour supprimer la couche de graisse pour après les recouvrir d'une nouvelle couche de graisse en les enroulant à nouveau. Refaire des retouches de peinture sur la caisse, astiquer les jantes des véhicules astiquer les flancs des pneus. Sans mission, il fallait bien qu'ils nous occupent et cela faisait certainement partie du programme d'intégration pour saper une logique évidente que nous aurions pu avoir, il ne fallait surtout pas s'exprimer pour ne pas sur-réagir à des ordres parfois complètement loufoques comme ils étaient capable de nous intimer de les exécuter.

Pendant une marche à l'approche d'une grande flaque d'eau bien boueuse, le chef Chauteau bavait d'avance de savoir qu'il allait pouvoir savourer son irrésistible perversion de nous faire plonger dans ces énormes flaques d'eau croupie à souhait au milieu des têtards.

Le vendredi en fin de journée, c'était la fin de la semaine pour nos officiers et pour des appelés qui avaient pu obtenir une permission, elle était aussi souvent attribuée à la tête du client sans vraiment une réelle logique, c'étaient souvent les mêmes qui obtenaient le fameux sésame, pour Denis, c'était trop souvent le désenchantement ne sachant pas pourquoi ses permissions passaient trop souvent par la trappe du refus, ou elles étaient volontairement égaraient dans le dédale de la voie hiérarchique, quand elles ne se perdaient pas bêtement en tombant directement dans la corbeille à papiers d'un sous-officier sans pouvoir atteindre la navette du PC.

Pourtant il était rare que Denis déposât une permission, car son unique domicile était celui de la caserne, toutefois, il se risquait à en déposer une pour éviter les corvées ou les tours de garde en weekend, ce qui lui permettait ainsi d'aller et venir et d'avoir le repas et son lit n'ayant pas toujours la possibilité de financer un trajet ou un hébergement pour le weekend, parfois la DDASS lui proposer un hébergement dans un foyer dans le centre-ville d’Angoulême, un lit dans un dortoir d'une dizaine de personnes alors qu'à la caserne, il dormait dans une chambre à quatre lits, la vie dans ce foyer même sans uniforme a porter était aussi ennuyeuse de celle de la caserne. C'était une rare fois, qu'ils avaient accordé à Denis une permission de 72 heures pour aller sur Paris, mais pas de chance le jour de la distribution, c'était ce bourrin de Chauteau qui était de permanence il fallait donc passer et subir une revue de ce taré qui avait toute la puissance de contraindre Denis à passer par ses simagrées en le narguant grossièrement avec la permission en main, je donne, puis je reprends. La tenue de Denis était correcte, sa vareuse était bien boutonnée, les chaussures étaient aussi nickel, le demi-tour règlementaire était magistral avec la claque sur la cuisse tout y était, et bien non ! Cette ordure trouvait toujours quelque chose qui clochait sur la personne de Denis, ses cheveux étaient trop longs dans le cou, il obligea Denis à allé courir chez le coiffeur, alors qu'il savait pertinemment qu'il était déjà parti et qu'il lui avait glissé sa permission quand il a été se faire tailler sa moustache qui était aussi raide et de la couleur d'un balai de chiotte, il lui avait remis sa permission personnellement à ce moment-là. Il ne restait plus à Denis pour caresser l'espoir d'obtenir cette permission d'effectuer son propre sabotage au rasoir se faire une sorte d'autoroute derrière le cou, de retour devant Chauteau et après plusieurs saluts et demi-tours réglementaires qu'il ne trouvait toujours pas suffisamment parfait.

Au bout de vingt minutes de tergiversations avec ce taré, Denis savait qu'il n'avait plus aucun espoir de réussir d'obtenir un train en direction de Paris pour la soirée. Il en avait ras le bonnet de ce cirque avec ce clown qui avait dû être irradié du cerveau pendant les premiers essais nucléaires dans le Sahara, Denis n'allait pas non plus se prostituer pour obtenir une permission, alors il décida de remonter tristement dans sa chambre avec la conviction qu'il ne céderait pas et que son bout de papier ce connard, il pouvait s'en servir e le mettre aux chiottes. Quinze minutes plus tard Chauteau de ne pas revoir son punching-ball revenir une réaction qu'il n'avait franchement pas envisagée un instant et qui l'avait complètement décontenancé. Il envoya son brigadier de permanence pour annoncer qu'il était décidé de lui donner son titre immédiatement, et sans les, etc. Denis déclina son offre par l'intermédiaire du brigadier en protestant qu'à cause du sadisme du chef, qu'il était maintenant trop tard pour pouvoir atteindre son train et qu'il n'avait aucune intention de passer une nuit blanche sur un banc. Et que malgré son autorité qu'il pensait tout-puissant face à un appelé sans défense, tout MDLC qu'il était, il n'était pas en mesure de le contraindre à quitter la caserne pendant 3 jours. Le maréchal des logis chef Chauteau était un vicelard de première, intouchable, car il avait eu certainement ses moments de bravoure à la guerre, l’Algérie. En 1967, il n'avait toujours pas quitté son djébel, il portait toujours son chèche quoique le port de ce vêtement ne soit pas règlementaire dans le camp, il vivait avec son stock de canettes de bière pour ne pas se déshydrater par le sable et le soleil de La Braconne, l'été comme l'hiver, son chez lui était une chambre à l'intérieur de la caserne, il y vivait avec sa compagne Roxanne une chienne Berger allemand qui marchait sur trois pattes et demie, à force de prendre des ramponneaux à coups de rangers sur son train arrière dès que son maître avait le dos tourné de la part des troufions à qui elle persistait à renifler leurs braguettes ou leurs fesses. Le MDLC Chauteau était un personnage atypique, un louis de Funès dans le rôle de la grande vadrouille, mais lui, il ne faisait pas semblant pour être détestable, vicieux et abject. Une quarantaine d'années de taille très moyenne, un œil qui disait merde à l'autre une moustache hirsute à poil dur presque rousse, le menton en galoche taillé grossièrement à coups de serpe, style visage Dalton, sa bouche n'était pas en reste, elle n'était surtout pas celle d'un humain, il aboyait en permanence au lieu de parler. Presque, à chaque bivouac sauvage d'une mission, il partait battre la campagne accompagnait de Roxanne et de deux militaires qu'il utilisait comme intendant portant des jerricans alimentaires, c'était parti pour le grand retour à son djebel le visage barbouillé au charbon et son chèche avec son grand poignard recourbé à égorger qu'il portait en bandoulière, il partait d'un pas assuré à la recherche d'une ferme des alentours pour acheter un mouton bien gras à l'odeur bien forte en suif. Deux heures plus tard, il revenait avec son mouton sur les épaules, les deux jerrycans de 20 litres étaient pleins de vin rouge ou plutôt d'une piquette infâme. Alors que les autres conducteurs de la section de la 2e compagnie sous l'ordre du brigadier Garcin un engagé sympathique avaient la mission d'effectuer une fosse, avec une équipe armée de pelles US en position recourbées creusait. Une autre équipe munie de casques lourds avait la charge de sortir la terre de la fosse. La troisième équipe dont faisait parti Denis avait la charge de fouiller la forêt pour rassembler un maximum de bois mort pour préparer le méchoui. À minuit dans le campement, c'était la cata ! Plus personne n'était lucide et ne pouvait se tenir debout, c'était une orgie incroyable de vomissure dans les cabines des véhicules et sur le sol de la clairière plusieurs appelés s'étaient vomis dessus. Les quatre sentinelles qui devaient toutes les deux heures être remplacées elles étaient couchés à même le sol les fusils jetaient à terre comme des vulgaires bâtons.

Le chef Chauteau délirait à l’arrière de sa Jeep, il était en mauvaise posture avec des fellaghas qu'ils l'avaient encerclé, il donnait des ordres à Tue-tête que personne ne voulait entendre pour préparer la contre-attaque. Ses deux intendants qui étaient à l'avant du véhicule ne réagissaient pas non plus, ils étaient en pleine béatitude dans les bras de Morphée. Le brigadier Garcin était raide dans un sommeil de plomb couché enroulé dans une couverture proche du feu. Seule, dans ce grand capharnaüm de corps, de gamelles, de fusils de pelles et de casques, Roxane était la plus active elle allait et venait dans le bivouac profitant du manque de réaction des personnes pour renifler une à une toutes les braguettes des militaires qui étaient inconscientes allongées à même le sol... voilà un aperçut de cet extravagant et phénomène MDLC Chauteau.

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N°5 Mission open bar sur la soute à carburant.

Décembre 1967 voilà qu'on nous concocte une bien curieuse mission de 48 heures à tournée en rond à une centaine de kilomètres de la caserne dans la forêt de Chizé dans les Deux-Sévre la nuit était rigoureuse et humide, les conducteurs à l'arrière de leurs camions grelotaient au lieu de dormir entre deux tours de garde. Tout ce qui pouvait rouler et consommer au minimum un litre de carburant au km devait participer à cette mission. Style les camions US, REO-M 35, qui étaient réquisitionnés pour leur appétit glouton, les GMC 50 litres aux 100 km et les Jeeps n'étaient pas en reste pas non plus avec leurs 25 litres aux 100 km. L'ensemble du convoi réunissait une trentaine de véhicules disparates sur la route ça ressemblait à un scénario à la Mad-Max à la recherche d'une raffinerie. A tourné en rond pendant 48 heures, tous les réservoirs des 30 véhicules plus la cinquantaine de jerricans étaient presque à sec et certainement pas suffisamment pour rentrer à la Braconne ce qui était d'ailleurs la finalité de cette mission. Seul le camion de Denis avait été épargné, car il avait la charge de distribuer le carburant, et devait repartir faire le plein des jerricans, sur Angoulême en bordure de la nationnale10 la seule station ELF qui avait mandat pour distribuer du carburant aux véhicules militaires Denis devait donc parcourir la centaine km pour atteindre cette station pour faire le plein. Et revenir aussitôt dès le début de l’après-midi pour lever le camp des Deux-Sèvres.

Denis après avoir parcouru une quinzaine de km, il arrêta le camion qui se trainer lamentablement à la vitesse d'une Mobylette ne dépassant pas les 60 km/h. C'était avec l'accord du chef de bord un brigadier pdl que Denis débrida le camion pour lui donner plus d'allants à cet engin trop poussif, l'opération de réglage de la vis du carburateur était facile à effectuer, le seul souci, c'est qu'il y avait un scellé qu'il fallait couper pour agir sur la vis de réglage. Sinon cette opération était d'une facilité d'enfant à réaliser. Le camion après le réglage avait retrouvé toute sa puissance, il atteignait les 90 km/h tout en ayant une réserve sous le pied pour la sécurité à la conduite. Il était entendu que cette manipulation qui ne comportait aucun risque pour la mécanique, cette intervention ne devait surtout pas sortir sous aucun prétexte de la cabine ce que le brigadier avait approuvé, car une section d'un scellé pour l'armée était considérée comme une haute dégradation même pour un dispositif qui servait seulement à brider la vitesse du véhicule ne pouvant pas atteindre l'intégrité du moteur. De toute façon nous étions en pleine extravagance avec cette mission, d'un côté nous venions de faire un open bar sur la soute à essence en cramant plus 6 000 litres de carburant en tournant en rond autour d'un bivouac, pour éviter l'année suivante une restriction du budget sur le carburant. Alors que de l'autre côté vous aviez un responsable MDLC qui passait son temps à brider les véhicules afin d'obtenir des économies de carburant... ? Nous étions donc comme souvent à l'armée dans une hérésie totale.

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N°6 La parole du brigadier PDL n'était pas gravé dans le granit : Tahiti n'était qu'une imposture ! Palmiers, sable blanc, Lagon bleu, mangrove, barrière de corail rouge et les, etc.

Deux mois plus tard, alors que Denis avait effacé l'opération du scellé du carburateur et qu'il avait un pied dans l'avion en direction de Tahiti avec dix de ses collègues du même contingent, le passeport militaire et le carnet médical avec les nouvelles vaccinations contre fièvre jaune, choléra et le reste étaient enclenchés, l'armée avait une parole, Denis allait pouvoir voyager vers d'autres destinées que la Charente, enfin voilà son vœu le plus cher qui allait se réaliser. Mais l'euphorie fut de très courte durée, huit jours avant le départ le commandant lui annonça qu'il n'était plus que le remplaçant pour le départ suite à un contrôle technique qui a fait apparaître le bidouillage du carburateur d'un camion dont ils avaient fait le rapprochement de la mission de la mise à sec de la soute à essence

Denis allait vendre chèrement sa peau, il avait un projet de partir de ce camp, il avait pris la posture d'être tombé de la dernière averse tout en faisant croire qu'il était trop bête pour toucher à cette mécanique assortie en plus d'un bridage, c'était pour lui aussi incompréhensible que du latin... Le chef encore un autre MDLC responsable de la flotte du GT515 cette caserne était une armée mexicaine nous avions que des maréchaux des logis chef ou des brigadiers-chefs.
Le chef voyant qu'il n'obtiendrait aucune once de vérité de la part de Denis, il alla donc mettre la pression au brigadier PDL qui était le chef de bord de ce véhicule, il n'a pas eu longtemps à attendre pour que le brigadier soit prolixe sur cette journée alors qu'il avait pourtant juré à Denis de ne jamais rien avouer. Ce renégat venait de le dénoncer comme le seul coupable possible, qu'il avait dû faire cela derrière son dos, mais qu'effectivement après un arrêt pause-pipi, il avait constaté que le camion avait des reprises bien plus franches.

Le brigadier pour son acte de bravoure a obtenu une permission exceptionnelle de 72 heures, au lieu de recevoir, lui aussi une lourde sanction des arrêts de rigueur étant complice et responsable de ces faits.
Les autres conducteurs de la brigade n'avaient vraiment pas apprécié cette récompense pour une balance surtout envers un autre appelée, il y avait suffisamment d'engagés pour ce genre de traîtrise. Surtout, qu'il n'y avait pas mort d'homme, seulement une bricole bénigne et qui était sans conséquence pour le véhicule. La lâcheté de ce brigadier l'avait rendu no gratta dans le bâtiment de la 2e compagnie. Les supérieurs voyants que la grogne persistait méchamment et qu'il venait de perdre tout autorité, ils avaient pris rapidement la sage décision de le muter au CCAS à la maintenance de la caserne.
Malgré le paradoxe de cette journée débile, Denis fut sanctionné sur une supposition d'avoir déréglé le débit de l’économiseur de carburant et surtout d'avoir sectionné son scellé.

C'est le motif de destruction volontaire du matériel de l'armée qui avait été retenue et ce n'était pas si innocent sachant bien qu'en réalité ces faits n'avaient rien à voir une destruction quelconque, mais c'était plus pratique pour prononcer une sanction en arrêts de rigueur de la part d'un officier qui faisait office de juge à charge complètement déconnecté du terrain qui vous ordonnait une sanction sans entendre la version de l'accusé, et qui au final la sanction était complètement abracadabrantesque par rapport à la véracité de l'acte d'accusation. Le verdict sans pouvoir faire appel a été d'un mois de prison, plus la double sanction d'un mois d'armée supplémentaire. Ce qui était le plus terrible, c'est que l'armée pouvait disposer de la liberté sur la vie civile d'un appelé en dehors de son service militaire, ce qui était quand même un comble. Cette procédure avait eu déjà pour première conséquence pour Denis, l'ajournement de son départ pour le Pacifique, ce n'était donc plus jamais.

Mais parfois certaines situations vous bricolent parfaitement bien votre destin, car grâce de l'issue de cette situation, Denis venait plutôt d'éviter une sérieuse déconvenue.

Car après le départ de ses collègues, le voile commençait à ce lever et laissait passer quelques indiscrétions sur cette mission qui n'était pas une balade au paradis sous les palmiers, avec à la main un cocktail Cuba Libre dans une station balnéaire ce qu'ils voulaient bien nous présenter sous ses meilleurs auspices. Denis avait aussi trouvé bizarre qu'aucun engagé du camp n'avait été invité à ce voyage, pourtant c'était leur mission première de partir d'office. La mission se situait sur l'atoll de Mururoa et non Tahiti et qu'ils allaient faire du transport de matériaux sur une bande de 15 km pendant une durée de 12 mois des installations d’expérimentations pour effectuer les essais nucléaires dans le Pacifique Sud. De 1966 à 1996, la France avait procédé à 193 essais atmosphériques et souterrains aux atolls de Mururoa ; une fois par mois, ils accordaient aux appelés une permission, pour se rendre à Tahiti à Papeete, mais à peine débarqués, qu'ils se faisaient insulter et cracher en plein visage par les Insulaires. Le merveilleux cliché de l'accueil très floral de cette belle vahiné avec des formes sympathiques et généreuses qui enfilent autour du cou des voyageurs les colliers de fleurs ou de coquillages, en réalité ce n'était pas pour les militaires français qui au contraire étaient les diables du mal et comme accueil, ils risquaient plutôt de se prendre une balafre au rasoir s'ils étaient trop pressants avec les vahinés. Les douze mois écoulés les collègues de Denis sont revenus à la Braconne, ils n'étaient franchement pas ravis de cette escapade et ils n'étaient pas très optimistes sur leur santé future, on sentait qu’ils étaient bourrés d'amertume et de spleen. Ils avaient été briffés pour rester discret sur leur mission d’ailleurs, ils ne firent qu'un rapide passage à la caserne,

ils furent démobilisés les huit jours suivants, il ne fallait certainement pas qu'ils restent trop longtemps au contact de leurs collègues et qu'ils puissent démoraliser la prochaine relève dans le groupe des jeunes recrues qui ne devaient rien savoir de ce qui se passer réellement en Polynésie. Les revenants n'étaient plus utiles pour la caserne, ils étaient devenus des zombies complètement dépités comme s'ils avaient rencontré le diable et ses enfers. Ils enviaient le sort de Denis qui avait raté le départ, ils lui disaient « tu sais la prison dans ce camp et encore un paradis par rapport à la damnation que nous avons vécue nous avons vécu un isolement total nous nous ennuyons cruellement, non ce n'étaient pas les belles images qu'ils nous avaient abreuvées avant le départ. Ce n'était pas le Club Med de Tahiti avec ses atolls au lagon bleu et les merveilles de la mangrove et des barrières de corail blanc et rouge avec son sable blanc nous avions l'impression au contraire de vivre une fin du monde à chaque essai, comme si l'atoll allait s’effondrer sur lui-même dans l'océan et nous avaler dans un gigantesque tsunami. »


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N°7 Une subite appendicite qui a transformé la prison en un séjour de rêve à la plage de Collioure et de Port-Vendres.

C'est grâce à une crise d'appendicite fulgurante que Denis a évité son enfermement en prison pour une durée d'un mois.
Il fut le premier surpris quand ses deux copains infirmiers de sa classe l'avaient convoqué en urgence dans l'après-midi du dimanche à l'infirmerie, ses copains l'avaient alité pour une soi-disant douleur brutale aux bas-ventres. Le dimanche soir alors que le médecin militaire du camp n'était pas en service, les deux infirmiers invitèrent Denis à s'allonger sur le brancard de l'ambulance Renault 4x4 militaire pour l'emmener aux urgences de Girac. Vingt-quatre heures plus tard Denis reçut la visite du commandant chirurgien militaire qui avait l'air satisfait de son opération comme s'il venait de sauver la vie à Denis, il lui confirma preuve en main dans un petit flacon de liquide transparent son appendice coupable, d'après le chirurgien elle était vraiment moche à la limite de provoquer une péritonite, ce qui étonna fortement Denis qui n'avait jamais ressenti aucune douleur auparavant... Les sœurs avaient laissé place à des vraies infirmières en l'espace de trois ans du dernier séjour de Denis pour l'intervention d'une hernie. ((épisode n°14))

C'est quelques jours après son opération que Denis fit connaissance du dentiste, suite à une insoutenable rage de dents, le commandant décida de prendre un rendez-vous en urgence, au cabinet dentaire militaire d'Angoulême. Le dentiste était un appelé aspirant étudiant dentiste qui effectuait sa période militaire en tant que patricien dans le cabinet dentaire de l'armée. C'était surtout un frimeur de première qui se rendait dans le cabinet au volant de son alpine Renault bleue dans une tenue débraillée ni civile ni militaire, ce monsieur ne soignait pas les dents cariées, il les éliminait systématiquement, sans anesthésie l'arrachage était violent et viril, il était insensible aux douleurs et il ne voulait surtout pas entendre les gémissements de ses patients. Denis en limite du supportable de l'extrême torture tel à un fauve s'est levé d'un bon en lui retournant fermement le bras pour lui faire lâcher illico sa roulette sifflante qu'il utilisait plus comme une arme de torture qu'un instrument pour soulager. Denis refusa de retourner chez ce boucher et le fit savoir au capitaine Haddock, de toute façon le dentiste ne pouvait plus exercer pour un bon moment avec son bras en écharpe. Le capitaine accorda à Denis par la suite plusieurs autorisations pour qu'il puisse se rendre en train au cabinet dentaire de l’hôpital militaire Robert Piqué de Bordeaux en plus il pouvait flâner le reste de la journée en quartier libre dans cette belle ville.

Les deux semaines passées à l’hôpital de Girac le chirurgien avait bien compris que Denis n'était pas pressé de retourner à la caserne, alors qu'il n'avait nulle part pour passer sa convalescence de quatre semaines et comme il était exempté de service, il ne pouvait pas non plus effectuer sa sanction. C'est le commandant chirurgien qui proposa une solution en accord avec le capitaine haddock le DRH et l'assistante sociale des orphelins de la caserne, il envoya donc Denis en villégiature pour la durée de sa convalescence au centre de vacances militaires de Port-Vendres. Denis eut un soulagement d'avoir permuté son emprisonnement à une période de vacances pour une vie de liberté civile. Il avait laissé le treillis, les chaussures et la tenue militaire pour le survêtement et les espadrilles et le maillot de bain, seules les heures de repas et de la fermeture du foyer à minuit était réglementé. Denis était heureux de vivre cet interlude.

Le capitaine DRH appréciait le parfait salut militaire avec le claquement des talons l'un contre l'autre, des rangers cirés à la graisse de phoque et astiqués aux bas Nylon une matière qui n'était pas évidente à trouver dans ce lieu de mâle, le bruit des chaussures devait être synchro avec le claquement de la main droite retombant sur la cuisse. Il avait une barbe bien fournie et très noire comme celle du capitaine Haddock, lui, il avait adopté le gros cigare au lieu du fameux brûle-gueule, il avait des gros barreaux de chaise qu'il achetait au mess des officiers en détaxe, son bureau était envahi de cette fumée âcre venant de ses cigares fumigènes trop vert. Il n'était certainement pas un stratège des champs de bataille, surtout en période de paix, mais il était un fin limier du poker, très redouté au mess des officiers où il passait beaucoup d'après-midi avec son verre de Cognac Napoléon Aigle Rouge Léopold Brugerolle à la main et son cigare à feu continu de l'autre main en entendant 17 h 30 heures que le bus vert de l'armée le déposa devant sa porte.

Les quatre semaines écoulées, c'est avec difficulté et amertume que Denis dut réintégrer la caserne où l'attendaient de pied ferme les sous-officiers revanchards. Ils avaient tous pour consigne de tenir dans leur ligne de mire Denis. Toutes les crasses n'avaient pas de limites même pendant les quartiers libres, après le repas du dimanche midi, il le mettait d'office volontaire à la corvée du réfectoire et de la plonge pour bien lui plomber son dimanche après-midi. Ou il était aussi consigné comme piquet d'incendie, ce qui consistait à rester au point le plus proche d'un extincteur ou d'une pelle, d'une pioche et d'un seau métallique rouge sur une durée de 48 h à attendre une fausse alerte d'un incendie que l'officier de permanence pouvait déclencher à tout instant à sa guise pour être sûr qu'il avait bien foiré le week-end des permanents. Quand il n'envoyait pas encore Denis prendre le tour de garde d'un collègue qui était censé savoir jouer au tarot pour compléter l'équipe de l'officier.

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N°8 Une absence de 3 heures pour se rendre à un lavomatique en ville, pouvait être considérée comme une désertion.

Les deux jeunes enfoirés des engagés étaient encore des maréchaux des logis chef ils passaient beaucoup de temps à frimer dans une voiture Triumph Spitfire blanche, ils nous refaisaient la série Starsky et Hutch en petites frappes ce samedi après-midi, ils viraient vers les quelques bars à putes datant des vestiges de la splendeur de l'occupation des Américains quand ils avaient quartier libre de leur forteresse de La Braconne, les soirées dans ce quartier étaient très chaudes entre femme et alcool de la vieille ville d'Angoulême d'ailleurs, elles se terminaient souvent à coups de baston entre Américain et Français. Le lavomatique était placé entre deux bars à putes, ce qui permettait à Denis pendant le programme du lavage d'aller faire un brin de causette avec Luna la patronne du bar de droite. Qu'il appréciait particulièrement. Luna, devait avoir une bonne quarantaine d'années, sa gentillesse et son savoir sans limite séduisaient fortement la curiosité de Denis, bien sûr, qu'elle avait quelques heures de vol, elle était dans le même état qu'une neige trafolée d'une piste du ski en fin de journée, pourtant son visage asiatique rond avec la face plate et la prunelle de ses yeux aussi noirs que de l'encre de chine, la frange de ses cheveux noirs embellissait son visage espiègle deux tresses descendaient jusqu'en bas du dos dont les extrémités étaient nouées par deux larges rubans rouges qui avaient la forme d'un papillon. Son maquillage était un peu trop excessif et accentuait son allure cabaret.

Elle avait de belles jambes et elle ne l'ignorait pas, elle les mettait en valeur en les exhibant à porter des jupes de midinette bien trop courtes pour l'époque et pour son âge. Pourtant, Denis n'en avait rien à foutre de son accoutrement, et de son style qu'elle voulait bien se donner pour son artifice, lui il savait qu'il pouvait compter sur elle en cas de pépin et cela était le plus rassurant pour lui. Quand elle était libre, elle l'invitait à boire le café, ou à partager son repas, elle lui racontait ses quelques rencontres extravagantes, accompagnées souvent de quelques fantasmes qui n'aboutissaient pas tellement qu'ils étaient improbables. Surtout avec des habitués du style de ce quinquagénaire qui se nommait monsieur Lelièvre qui portait magnifiquement bien son nom, il arrivait toujours avec plein de fantasmes dans sa tête, mais que son sexe, hélas, ne pouvait contenir plus longtemps, entre la savonnette et les mains expertes de Luna, il se lâchait dans le lavabo en se cramponnant après ses épaules en maugréant de bonheur et de soulagement. Il venait de faire l'impasse sur toutes les positions de Kamasutra qu'il voulait mettre en œuvre. Il repartait penaud mais heureux sans avoir pu atteindre le lit de ses fantasmes.

De retour d'une mission de trois semaines, Denis apprit que Luna était hospitalisée suite à un accident de la circulation en descendant par l’arrière d'un bus Citram une voiture venant en sens inverse l'avait projetée sur son capot. À l'hôpital de Girac, Denis lui rendait souvent des visites en fraude. Il avait suspendu Luna sur son lit, son corps était recouvert d'une coque en plâtre jusqu'au cou, elle souffrait beaucoup de cette position inconfortable. Deux mois plus tard, l'hôpital l'avait envoyé dans un centre de rééducation vers Biarritz pour achever sa guérison. Denis continuait régulièrement à venir faire sa lessive en croyant à la réapparition de Luna, mais hélas son bar persistait à rester fermement fermé et muet sur sa disparition, ce qui laissait Denis dans une âcre et impuissante amertume.

Pendant les permissions, quatre-vingt-dix pourcents des appelés confiaient leur linge sale à leur famille, à la caserne il n'existait qu'une seule solution pour effectuer sa lessive, c'était sous la douche avec un balai-brosse, ce qui n'était pas merveilleux pour obtenir une réelle propreté ensuite, il fallait encore imaginer mille astuces pour le faire sécher, comme placer le pantalon sous le matelas pour qu'il sèche la nuit sans être froissé.

Ce samedi après-midi alors que Denis déambulait en ville en tenue de combat sous son bras son barda de linge, il fut très vite repéré par les deux frimeurs Hutch et Starsky sans aucune interpellation, pour s'informer sur une autorisation ou un motif quelconque de sa présence en ville dans cette tenue. Ils étaient trop faux culs pour le faire, ils avaient choisi la dénonciation pour se faire mousser auprès des officiers.

La lessive effectuée Denis regagna le camp en auto-stop par la route d’Angoulême vers Limoges, la nationale N° 141 était une ouverture discrète vers le monde libre pour les appelés, cette route revêtait la légende de pouvoir embarquer en auto-stop aux quatre points cardinaux sans laisser percevoir une destination. D'ailleurs, en 1945, nos libérateurs s'étaient installés de l'autre côté de cette voie, car pour eux, il était évident que cette nationale n'était que le prolongement de la route US 66 en partant de chez eux pour aller vers l'Occident. En 1967, le président De-Gaulle mit fin à leur villégiature toujours plus dominante et entreprenante et imposante en France, c'était une principauté entièrement autonome au milieu d'un État. La réaction des Ricains fut assez violente suite au coup de pied au cul du général.
Pour s'en convaincre, il suffisait d'aller visiter dans quel état des lieux de la caserne qu'ils ont libéré, les intérieures des bâtiments étaient complètement ravagés, saccagés, broyés, inutilisables, les sanitaires et leurs canalisations bouchées aux bétons seuls les murs extérieurs et le distributeur des canettes de Coca était encore épargné. Les Ricains n'avaient franchement pas aimé ce retour au bercail aussi brutalement. Pourtant, il fallait bien qu'un jour que cela cesse, s'ils ne voulaient pas à leur tour devenir eux aussi des occupants non amicaux de notre pays. La France ne pouvait pas non plus être redevable à vie de son territoire à nos sauveurs.

Les automobilistes de la nationale N° 141 étaient habitués à voir les militaires, ils s’arrêtaient presque tous immédiatement pour nous prendre dans leur véhicule. Durant toute la période des 16 mois de son service militaire Denis avait pris place sur tous les moyens de locomotion du deux-roues, motos, Vespa, Lambretta, Motoconfort ou tous les types de véhicule de la 2 cv à la Porche 911. Cerise sur le gâteau certaines conductrices savaient être irrésistibles, même si parfois elles avaient deux fois l'âge de Denis, certaines étaient en mal d'amour, proposaient une halte dans des clairières discrètes, d'autres généreuses, au retour elles lui offraient, un plat dans l'estaminet du village des Favrauds juste avant la caserne, le steak frites y était servi généreusement, la viande y était sincèrement succulente et fondante, quant à la carafe de rouge elle était systématiquement resservie avant de l'avoir totalement terminé.
L'entrée à la caserne pour Denis se faisait souvent par des accès dérobés à travers la forêt afin de contourner l'entrée principale pour ne pas à avoir à justifier d'une autorisation de sortie. En plus, le raccourci par la forêt donnait directement sur le parc à camions qui jouxtait le bâtiment de la 2e compagnie où Denis était affecté.
Le retour de la lessive s'était apparemment bien passé aucun gradé de permanence n'avait pas constaté l'absence de Denis, il était proche de 18 heures pour le rapport, c'était le moment qu'il ne fallait surtout pas rater

C'est à 19 heures au réfectoire que le mdlc Chauteau est venu cueillir Denis accompagné de deux sentinelles en armes, il l'invita subito presto à les suivre, comme à son habitude, il aboyait toute sa haine tout le long du parcours pour atteindre le poste de garde. Sans aucune autre forme, Denis a été mis aux arrêts de rigueur à la prison et comme le disait mécaniquement cet abruti « pour le motif, il fera jour demain, pour régler définitivement vos envies d'évasions pour le moment vous resterez là bien au chaud ». Denis avait compris que c'étaient les deux frimeurs qui étaient ses délateurs, ils avaient fait un rapport à l'officier de la semaine en l'obligeant à agir, car il était inadmissible qu'un appelé puisse être dans la nature au contact de l'ennemi civil qui n'était dans ce cas qu'une machine à laver. Deux jours plus tard, alors que les petits chefs cherchaient encore un motif disciplinaire cohérent qui pouvait s'appliquer à cette nouvelle situation que Denis l’insoumis venait encore de leur offrir. Il passait en revue tous les motifs, la désertion, l’abandon de poste, une sortie en quartier libre sans autorisation, sous les képis ça chauffait grave ! S'ils retenaient la désertion, la sanction était traduite à des arrêts de forteresse, heureusement que le matin du grand jugement le capitaine Haddock était de bon poil, il était intervenu en faveur du conducteur Denis en justifiant « que de s'absenter 2 à 3heures pour aller en ville pour effectuer une lessive dans un lavomatique tout en sachant que l'armée était incapable de lui mettre à disposition une machine à laver. Même au pire, si cette absence était répréhensible, elle ne pouvait pas être assimilée honnêtement à une désertion ». Denis s'en était sorti avec un rappel au règlement de la caserne appuyé quand même de huit jours d’arrêt simple dormir uniquement en prison et d'effectuer des corvées, ce qui ne changeait pas beaucoup pour Denis du menu de ses occupations hors période d'une sanction.


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N°9 C'est la chienlit dehors à l'intérieur de la caserne c'est le fort Knox, les fusils vont-ils sortir ? Ouf ! Non, ce seront seulement les bisous des mamies bordelaises qui accueilleront les soldats du GT 515. 

Mai 1968 toute la caserne est consignée plus personnes ne peut sortir du camp. La grande question, était où, « irons-nous ou pas, dans la rue faire front aux manifestants... ? » La presse n'était plus lisible à l'intérieur de la caserne, la censure était de partout Paris-Match était considérée comme un vrai poison, pour nos officiers les photos n'étaient que provocations et la pub pour la chienlit seule la revue TAM de l'armée avait le droit de circuler, il ne fallait surtout pas que les troufions puissent savoir, et qu'ils n'aient surtout aucun avis. Denis était informé des évènements sur Paris grâce à son amie Raymonde qui était complètement effrayée de la tournure de ce tohu-bohu elle lui envoyait des coupures de presse par courrier.
Un détachement d'une brigade d'une quinzaine de soldats dont Denis faisait partie, enfermer pendant deux semaines dans un dépôt de munitions pour faire de la présence, rondes, miradors et grands projecteurs pour la nuit, ils ne leur manquaient que les chiens et les balles dans les fusils toutes les deux heures, présentation de la garde montante et descendante, la montée et descente des couleurs quotidiennement, il fallait impressionner la trentaine de civils qui travaillaient à l'intérieur du dépôt.

Alors que les appelés n'étaient que des marionnettes avec des fusils Mas 49 vides, cela était aussi risible que le gendarme de guignol qui menace l’assaillant avec son gourdin. Le seul ennemi que Denis ait pu rencontrer sur cette période n'était que ce vicieux d'adjudant, le chef du dépôt qui rôdait surtout la nuit pour surprendre une sentinelle endormie ou assise pour le déposséder de son arme pour après lui infliger des arrêts de rigueur pour avoir laissé son arme à l'ennemi, il était facile pour lui de se prendre pour un Rambo sachant que les armes sans munitions n'étaient pas un gros risque pour lui. Nous aurions été certainement plus dangereux armés d'une batte de baseball. Sauf que ce grand nigaud d'adjudant n'avait pas prévu qu'il suffisait d'entrer dans un entrepôt et de se baisser pour ramasser des balles réelles non percutées de tous calibres dont celles qui allaient dans nos FSA Mas 49 et que chaque sentinelle en possédait au moins une dans sa poche en souvenir de cette mission.

Un soir, alors que le chef du dépôt de munitions nous a bien chauffés pour nous mettre en condition de vigilance en nous informons que des extrémistes rouges de gauche avaient projeté de faire un coup d'éclat dans un des établissements de l'armée du département, s'en prendre à notre dépôt cela paraissait peu probable mais l'adjudant avait quand même réussi à nous faire flippers pour le week-end complet les nuits suivantes le chef de la brigade avait doublé les sentinelles, la nuit du dimanche Denis était en binôme pour assumer une ronde de surveillance ; Quand il vit apparaître une discrète lueur provenant d'une torche à l'arrière d'un grand talus de terre servant d'écran de protection en cas d'explosion d'un bâtiment. Comme il en était l'usage Denis demanda d'abord le mot de passe de la journée pour se reconnaître entre eux  qui était « le perroquet est éloquent aujourd'hui » »sans réponse Denis hurla alors les sommations qui restaient sans effet aussi, le collègue de Denis qui venait du sens inverse persuadé que cette fois, nous avions affaire à une réelle intrusion, Denis entendit le bruit particulier de la manipulation de la culasse du fusil de son collègue dans un fracas métallique pour y loger certainement une balle récupérée pour tirer en l'air afin d’effrayer l'intrus, mais le bruit de la manipulation avait déjà fait son effet une voix paniquée se fit entendre, Suivi d'un mouvement de torche qui allait de gauche à droite, Denis venait de reconnaître cet hurluberlu d'adjudant, le chef du dépôt, de son placement le collègue de Denis pouvait le distinguer sans pour autant calculer l'intrus qu'il tenait toujours en respect avec son fusil en l'air réellement armé l'index sur la détente, Denis lui fit signe discrètement que sa cible portait une barrette sur l'épaule et il lui fit aussi comprendre qu'il devait éjecter discrètement sa balle illicite qu'il avait logée dans son fusil. L'adjudant une fois sorti à découvert avait vraiment cru la version du collègue qu'il avait fait seulement semblant d'armer le fusil en manipulant la culasse pour effrayer l'intrus. L'adjudant avait trouvé ce geste astucieux et qu'il paraissait aussi authentique d'un armement. L'adjudant félicita les deux sentinelles de leur sérieux sur la surveillance du dépôt il est reparti à pied en direction de l'unique entrée.

Aucune personne du dépôt et de la brigade n'a jamais su ce qu'il c'était réellement et faillit se tramer cette nuit-là les deux sentinelles avaient des vraies balles de 7,5 sur eux. Denis et son collègue, étaient à 2 secondes près sur le point d'obtenir la pire des distinctions « la fourragère noire ». Les nuits suivantes, l'adjudant s’annonçait au poste de contrôle et circulait dans ça 403 pick-ups les phares allumés tout pépère sans faire du zèle à essayer de surprendre une sentinelle. La brigade était à peine rentrée de cette mission qu'il fallait déjà repartir vers un nouvel horizon plus brillant qu'un dépôt de munitions qui n'était qu'une prison sans contact avec l'extérieur.
Denis et ses collègues repartaient avec une vingtaine de GMC pour Bordeaux en mission pour le ramassage des poubelles ou effectuer le remplacement des bus en grèves qui empêchaient les personnes de la proche banlieue de se rendre dans le centre-ville. Denis, avait été affecté à la conduite d'un camion GMC au ramassage des usagers des bus en grève, accompagné de deux collègues, qui avaient la charge d'aider les usagers à monter et à descendre du camion, la ligne de bus qu'ils devaient assumer, partait de la place des Quinconces à Pessac. Ce fut un beau moment de vie avec les Bordelais qui nous avaient témoigné une chaleureuse rencontre de cette belle mission que l'armée savait parfois faire, de ces merveilleux moments de fraternité et de solidarité entre militaires et civiles. Le seul point noir du trajet qui était chahuté, était situé à un arrêt de bus face à un dépôt du bus, les grévistes n'appréciaient guère cet arrêt, qui pour eux n'était qu'une pure provocation de l’armée.

À chaque passage, le camion était pris pour cible œufs, graviers et insulte l'ensemble volait dru. Denis avait fait remonter à sa hiérarchie cette mauvaise idée de l'emplacement de cet arrêt afin de le décaler pour éviter l'embuscade de la part des grévistes. La réponse fut négative, il n'était pas question de déroger au plan qui avait été imposé par le préfet. Les Bordelais qui n'étaient, d'après les ouï-dire qu'une bourgeoisie coincée et pas très chaleureuse avec les inconnues. En cette période agitée, ils étaient des personnes remarquables d'une franche gentillesse et bienveillantes envers toute l'équipe, ils ont été très généreux sur toute la période de la mission de deux semaines, jamais l'équipe n'avait été aussi blindée, par les pièces et les billets de 5 francs de la part des usagers de la ligne.En fin de soirée Denis avec ses deux collègues mettaient leurs pourboires dans un pot commun pour organiser un bon resto en fin de la mission.
Le dernier soir de la mission, l'adjudant avait décrété un quartier libre pour toute la brigade Denis et ses deux compères de mission décidèrent de faire équipe pour profiter de ce quartier libre, pour trouver un restaurant puis après terminer le solde et la nuit dans un de ces très nombreux estaminets bucoliques dans les quartiers chauds du vieux port dans les bars à fleurs, les trois papillons nocturnes qui étaient dans un certain manque d’affects étaient prêts à butiner la première fleur à porter de leurs trompes étaient déjà bien déroulés, le mousseux était infâme et le parterre floral un peu trop épanoui, mais le solde de la modeste cagnotte de nos trois papillons avait tôt fait de changer de mains, tout en n'étant pas complètement repu ils auraient bien aimé un peu plus de générosité et de tendresse au butinage des corolles de ces fleurs mais hélas elles n'avaient que de la tristesse d'un chrysanthème après l'automne passé, avec la senteur froide du camélia...

Pendant ce temps, les jeunes Bordelais qui n'étaient pas d'un tempérament enragé eurent une sérieuse envie de répondre à la bravade par un caillassage bien fourni, en direction des CRS qui étaient sans cesse dans la provocation.
La brigade du GT 515 était logée dans la caserne du centre de la ville qu'elle partageait avec les CRS, ils n'étaient franchement pas d'humeur courtoise pendant les pauses, fallait voir comme ils snobaient les militaires, ils se cantonnaient entre eux et hors de porter des autres locataires pour ne pas à avoir à pactiser avec des appelés militaires qui pourtant apportaient, eux aussi leur pierre à l'édifice vacillant de la république. Il est vrai aussi que les militaires eussent dehors un rôle plus sympathique que de rétablir l'ordre à coups de matraque bondissante dont certains CRS distribuaient avec beaucoup de défoulement et de générosités ce qui serait presque logique sachant quand ne fait pas ce travail le maintien de l'ordre public en distribuant des bonbons ou des roses. L'armée avait eu cette fois l'habit du casque bleu venant plutôt à l'aide des civils pour compenser les administrations défaillantes dans leur fonction régalienne que l'armée devait compenser comme le ramassage des poubelles, les transports en commun, le nettoyage des espaces publics dans ce grand capharnaüm des grandes villes.

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N°10 trente-huit heures pour aller déguster les huitres fine de claire à Marennes.

 

En juillet 1968, le jeune brigadier ADL Garcin un loyal copain, connaissant la situation de Denis, il lui déposa une permission de 38 heures pour un week-end pour aller déguster des huîtres de Marennes chez ses parents. Le samedi soir alors que son copain était en réunion avec sa famille qu'il ne voyait que très rarement, Denis profita de cette soirée pour aller faire un giron qui l'avait mené en auto-stop de l'autre côté du viaduc à la boîte du château de l’île d'Oléron. L'allée avait été confortable par contre, le retour fut beaucoup plus périlleux, Denis se retrouvait planté à deux heures du matin à l'entrée du viaduc dans une nuit sans lune les véhicules dans le sens du continent étaient plutôt rares et n'étaient pas sensibles à l'uniforme kaki. Denis avait parcouru plus d'un km sur le viaduc une distance qui était déjà, d'une extrême lassitude avec cette impression de faire du surplace avec ce décor qui ne variait pas d'un lampadaire à l'autre le vent transversal agissant par instants en fortes rafales chargées d'embruns ce qui obligeait Denis parfois à se cramponner à la rampe pour avancer.

C'est à ce moment que dans la pénombre jaune de l'éclairage du viaduc apparaissait une vieille Citroën Ami 6 très fatiguée sa carrosserie de couleur grise était bouffée par le sel et cloquée par la rouille. Le véhicule s’arrêta pile à son niveau. Denis voyant l'état de ce véhicule ne broncha pas, il n'était pas question d'effleurer la carrosserie de peur d'attraper le tétanos, mais le plus terrible était à venir quand il découvrit dans la pénombre cette belle tête de tueur, pas rasé des cheveux hirsutes lui donnant le profil d'un parfait prédateur d'une trentaine d'années, il était seul dans son véhicule, face à l'invitation de s’engouffrer à l'intérieur rendait Denis perplexe, mais avait-il franchement le choix ? C'était le seul véhicule qui s'était arrêté sur ce viaduc depuis le début de sa traversée, sans aucune protection vestimentaire adéquate, il allait certainement être brassé dans un programme long de 3 Klm d'un violent essorage d'océan d'embruns salés qui cinglait le visage avec la douceur du papier abrasif avant d'atteindre les cabines de péages. Le conducteur proposa à Denis de s’asseoir à sa droite, en ouvrant la porte une odeur insoutenable, pestilentielle de mélange de marée descendante poisseuse et de charogne lui prenait déjà la tête.

L'assise du siège était défoncée et renforcée par une plaque de contreplaqué ; les passagers ne devaient pas se bousculer pour faire un bout de route dans son tape-cul.

Après avoir parcouru deux petits kilomètres proches de l'extrémité du viaduc dans une ambiance lourde d'inquiétude et sans parole, le véhicule commençait à hoqueter de plus en plus sévèrement, rappelant les symptômes de la panne sèche cela n'était pas pour démoraliser Denis bien au contraire qui voyait là dans cette panne un don du ciel un signe libérateur de pouvoir sortir de cette caisse, son regard se portait sur l'indicateur de la jauge qui indiquait que le réservoir était à 50 % de sa capacité, ce qui était surprenant, le véhicule s’immobilisa définitivement dans un dernier hoquet. Denis sortit brusquement du véhicule comme s'il voulait se sortir d'un mauvais traquenard, mais voyant que le conducteur persistait à vouloir repartir sans succès Denis, avait compris que la panne n'était pas volontaire et bien réelle, ce que confirma l'odeur persévérante de l'essence qui envahissait le véhicule, il se proposa à l'aider de pousser son véhicule sous un lampadaire, pour essayer de trouver la panne. Denis restait sous ses gardes, tout en le surveillant intensivement cet Ostrogoth. Le capot levé Denis s'aperçoit que le tuyau en caoutchouc d'alimentation était à moitié rompu au ras de la pompe à essence.

Denis équipé de son couteau à cran d’arrêt automatique un « Mikov Predator noir » qu'il avait récupéré deux ans avant dans une rixe de Blousons Noirs, ce couteau ne l'avait plus lâché depuis, il coupa proprement la partie abîmée du tuyau qu'il remboîta à la pompe. Le conducteur après plusieurs essais infructueux réussit enfin à remettre sa tondeuse en marche, le moteur vrombissait, il avait retrouvé ses trois chevaux en pleine forme. Denis eut à peine le temps de refermer le capot et de faire un saut sur le côté, tel que l'aurait fait un toréro pour esquiver la charge de son taureau, Denis a pu l'éviter de justesse pour ne pas se faire fracasser les tibias par le par choc du véhicule qu'était déjà loin. Cette réaction confirmait les doutes que Denis avait envers ce Dexter Morgan, il avait vraiment eu affaire à un putain de pervers et c’est à l'apparition du couteau qu'il avait abandonné son sale projet de précipiter Denis dans son rets. Chemin faisant les quatre derniers km qu'il lui restait à parcourir pour atteindre la maison de son copain Garcin dans Marennes, il les parcourut au pas de charge sans essayer de faire du stop, à 5 heures du matin terriblement épuisé, il fut heureux de pouvoir enfin s'allonger sur un lit.

N°11 déplacement musclé avec les commandos et légionnaires. Un héros sans grade défile pour le 14 juillet la poitrine chargée de médailles.

Pour le 14 juillet, le GT 515 assurait les défilés avec la préparation du salut et de présenter les armes et la marche aux pas cadencés. Ce jour-là, un petit homme qui se nommait Chibani brillait du haut de son 1,65 m et de ses 45 ans bien tassés, toutes ses batailles étaient gravées sur son visage et elles avaient dû être nombreuses, qu'il était impossible de lire un âge sur son apparence. Il était rapiécé de bric et de broc, son visage, sa poitrine n'était pas épargnée de tatouages et de multiples cicatrices se croisaient, il la découvrait sans complexe même avec une certaine pointe de fierté, tout était un souvenir précis de la date et du lieu en Algérie. Il disait, « que c'était le prix qu'il avait payé pour son unique amour qui était la France ci difficile à séduire ». Il était encore valide grâce à une barre d'acier dans le bras gauche. Il était la mascotte du GT 515 sa hiérarchie ne s'était pas foulé pour son grade, il n'avait obtenu que la distinction de 1re classe ADL.

Au défilé du 14 juillet à la place de New-York d’Angoulême, Denis n'avait pas pu passer à travers, c'est la deuxième division qui avait été choisie. Depuis sept heures, les militaires avaient pris possession de la place, ils étaient là plantés comme des i à attendre que ces messieurs les élus et hauts fonctionnaires se décident enfin à se rendre à 11 heures juste avant les festivités dans le parc de la préfecture où était invité tout le gotha du département.
Sous ce cagnard dans les rangs de la section, une dizaine, de victimes se sont écroulées à rester planter sans pouvoir s’asseoir et boire. Enfin, la voix grave de l'adjudant ordonna aux militaires de se mettre au garde-à-vous le passage en revue allait pouvoir commencer sous l'autorité de monsieur le préfet et de sa clique de notables. Ce cher Chibani se tenait aux avant-postes proches du porte-drapeau de l'escadron et du Colonel le chef de corps du régiment, il portait quelques breloques sur sa poitrine, elles paraissaient parsemées à comparer à la planche de médailles de hauts faits et des gloires qu'il portait avec fierté et audace.

Le préfet ne put que s’arrêter en s'extasiant face à cette exposition de médailles sur le torse d'un homme de rang sans grade seulement la distinction de 1re classe, il avait dû payer chèrement de sa personne pour obtenir toutes ces distinctions à la hauteur de sa bravoure, sans avoir à mourir complètement, seulement que par petites interruptions, il revenait toujours de son knock-out pour savourer l'instant qu'un général allait lui accrocher la toute dernière tout en étant toujours debout.
Ce moment fut magique et pour cet instant redonné une fierté à ce régiment du train qui était sur tous les terrains, le sable, la boue ou le macadam en ouvrant discrètement la route souvent sans protection efficace en zigzaguant entre les mines parsemées dans certaines voies et en contournant aussi les embuscades, pour transporter le ravitaillement indispensable plus le transport des renforts. À la victoire finale les Trainglots étaient souvent les grands oubliés, pourtant indispensables dans toutes les zones de combat, car ce sont eux qui permettaient à l'infanterie d'avancer plus rapidement, malgré qu'ils se fassent copieusement traiter de planquer.
Denis repartait pour une dernière mission en direction de Caylus, ils avaient la charge de transporter des réservistes, des légionnaires et des commandos en stage pour ce faire une guerre à blanc, mais avec rudesse. Le transport était aussi éprouvant que le crapahutage sur le terrain pour ces militaires pourtant aguerris prêt à intervenir sur tous les terrains. Denis avec son camion avait à franchir des anciennes carrières cahoteuses, pentues et en dévers, sur un terrain mou et sablonneux et souvent en pleine nuit, il fallait avancer juste à la lueur des black-outs afin de ne pas se faire repérer par les soucoupes martiennes qui d'après nos gradés, elles étaient nombreuses et puissamment armées dans cette région en période de paix nos gradés étaient déboussolés pour trouver un ennemi.

À l'arrière du camion, l'ambiance était tendue, houleuse et tumultueuse à l'arrivée du point de ralliement « Denis se faisait tout petit dans sa cabine pour ne pas se faire, lyncher et chahuter à son tour par la brigade de légionnaires qui ne cessaient de répéter à leurs supérieurs qu'ils n'étaient pas des bestiaux et qu'ils auraient mérités un autre transport qu'une bétaillère pour se rendre à ce bivouac. » .

Au retour de cette mission, Denis constata la disparition de son ceinturon, il demanda une audience au capitaine pour en obtenir un autre, la discussion à durée trois minutes la réponse fut immédiate, "je vous laisse huit jours, conducteur Denis pour le retrouver, sinon je serais dans l'obligation de vous faire une déclaration sur 21/27 pour la perte par négligence de votre ceinturon qui vous en coûtera 15 jours de prison simple avec la corvée de ramassage des poubelles, alors ! À vous de voir, et je ne désire pas recevoir une plainte dans les huit jours suivants d'une autre perte ou d'un vol de ceinturon, car pour moi, vous en seriez le seul responsable ». Denis en sortant de son bureau lui avait fait l'honneur d'un salut franc et d'un magnifique demi-tour réglementaire tout en claquant des talents comme le capitaine aimait l'apprécier ce qui était pour lui une grande marque de respect

Denis avait vite assimilé le conseil à peine voilé de l'officier, il alla de ce pas faire un tour à l'étage de l'autre bâtiment de la 1re compagnie pour ne pas éveiller les soupçons d'une nouvelle plainte. Les nouvelles recrues étaient tout au réfectoire en tenue sanitaire en survêtement, la chasse ne dura pas longtemps Denis avait vite remarqué qu'un ceinturon était sur un pantalon de treillis posé sur un lit d'une chambrée, il s'informa avant que l'étage soit complètement vide puis alla se servir.

Denis a profité de sa dernière permission pour faire des vendanges pour se faire de l'argent de poche pour sa prochaine libération.

Octobre 1968 Denis pour sa longue permission libérale de 20 jours pour aller effectuer les vendanges chez les parents d'un collègue militaire à Matha pays du cognac dans le domaine de Brugerolle, le maître d’œuvre de ce merveilleux cognac Napoléon Aigle Rouge qu'aucun vendangeur ne pouvait s'offrir, surtout Denis qui devait se reconstituer une sérieuse cagnotte pour sa libération pour assumer son unique projet après l'armée. Denis occupait le poste de coupeur pour ne pas à revivre l'épisode trois ans en arrière de Saint-Léger avec la hotte. (voir au fond du village chapitre n°6 des vendanges)

La famille de son collègue n'avait rien de comparable avec ce tordu de Mirouleau, les personnes étaient plutôt sympathiques, la table y était bien garnie de savoureux plats. Ils avaient fait en sorte que le séjour soit très agréable tout en travaillant.



N°12. En automne dans la forêt des curieux champignons oxydés sortaient des abysses de la terre.

Nous sommes dans le dur de l'automne aujourd’hui le chef nous a réservé pour la section une curieuse cueillette aux champignons dans la forêt de la Braconne, nous devions rassembler les obus de la dernière guerre qui sortaient des abysses de la terre qu'il fallait rassembler en tas pour les artificiers, Denis n'était pas très à l'aise avec ce genre de manipulation surtout en voyant ce qu'un obus avait pu effectuer, cette énorme fosse de la profondeur d'un immeuble de six étages que les arbres avaient investi, car la nature avait horreur du vide. Du bord de la fosse, on pouvait toucher la cime de ces arbres qui offraient une curiosité unique dans cette forêt.

N°13 Denis est envahie par un blues d'une grande solitude, depuis une semaine ses collègues de la 67-2C ont retrouvé la liberté sans lui.

En février 1969, le service militaire tirait à sa fin presque tous ses camarades, les sages, les vertueux, les fayots, les exemplaires de la classe étaient déjà libérés, depuis une bonne huitième de jours, Denis devait encore rester deux mois supplémentaires jusqu'à la fin avril suite à ses arrêts de rigueur.
Le capitaine Haddock, entre un poker et son verre de Cognac n'avait pas abandonné Denis à son sort discrètement, il essayait de trouver une parade pour sortir ce fauve de sa cage qui commençait à tourner en rond. Un après-midi, le capitaine le convoqua officiellement pour lui faire part de son avancé, il lui avait trouvé une place pour partir presque immédiatement faire un stage de formation de trois mois au centre de la F.P.A de Liévin dans le Pas-de-Calais pour obtenir une formation de boiseur pour consolider les galeries des mines à charbon.

Denis fut interloqué de cette proposition qu'il trouvait franchement pourrie sachant que les mines vivaient leurs dernières heures et qu'il n'avait pas l'intention de travailler dans une mine qu'il avait déjà donnée à la tuilerie de Fontafie pour ce genre de boulot au confinement hautement poussiéreux et irrespirable.

Le capitaine au visage de marbre, seul le nuage de son havane pouvait trahir son agacement à la réaction de Denis qui préférait faire deux mois d'armée supplémentaire que d'accepter ce stage que lui pourtant trouvait franchement génial, car il tombait à pic. Voyant que Denis ne percutait pas et qu'il restait sceptique pour accepter ce stage, la voix du capitaine n'était plus qu'un chuchotement comme si son bureau était sur écoute, il lui expliqua que l'intérêt de ce stage ne l'était pas pour sa formation, son seul attrait, c'était sa date qui permettait à Denis de quitter la caserne immédiatement au lieu d'attendre les deux mois. Le capitaine sentait bien que Denis avait une certaine réticence de partir dans les mines, le capitaine avait compris qu'il fallait qu'il élimine la crainte qui l'accablait, il le regarda avec ses yeux rassurant en s'exprimant dans un chuchotement encore moins perceptible, il lui serra le bras avec tendresse, et il recommença avec une parole intérieurement persuasive tout en restant pondéré, dans sa nouvelle formulation, « soldat Denis ! Je vous en conjure ne fermez pas cette porte définitivement que j'ai pu vous ouvrir avec ruse pour vous libérer rapidement. Quand vous serez définitivement libéré, vous irez bien où vous voulez et si la F.PA nous signale votre absence pour le stage, nous n'allons pas vous envoyer à vos trousses la DST ou les gendarmes pour vous contraindre manu-militari d’effectuer cette formation, une fois votre libération acquise, l'armée n'aura plus aucune subordination à votre égard » . Le visage de Denis venait de s'illuminer, il était radieux avec quelques larmes de joie qu'il effaça immédiatement avec sa manche pour rester face au capitaine un homme, digne et solide. Il accepta immédiatement la proposition du capitaine qui en réponse faisait percevoir son soulagement en lui serrant un peu plus fort son bras qu'il n'avait pas lâché durant tout l'entretien.

Chez le capitaine Haddock tout était en stratégie avec l'élégance et une rigueur à fleurets mouchetés, pour contourner des décisions que certains bourrins sous-officiers s'acharnaient à imposer avec célérité et une sévérité impitoyable au nom d'une discipline d'un autre âge d'avant 1968.

Denis prit congé en l'honorant d'un formidable demi-tour règlementaire tout en le saluant énergiquement et bruyamment, le capitaine ne laissait rien paraître, il avait seulement placé l'index de sa main droite à la verticale de sa bouche pour lui faire comprendre qu'il ne devait surtout pas le remercier et que le contenu de cette entrevue ne devait pas sortir de son bureau sous aucun prétexte.

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N°14 Enfin, le grand défi est là, Denis est majeur, finie la caserne, finie la DDASS, la liberté est acquise définitivement, elle est totale sans aucune préparation, elle vous happe sans ménagement et sans aucun repère, elle serait presque plus effrayante que notre imagination ne l'avait prévu.

Quatre jours plus tard, Denis était libéré de ses obligations militaires. Le plan du capitaine Haddock avait fonctionné merveilleusement bien. Le billet de train gratuit pour la destination de Liévin en poche, le livret militaire, permis de conduire vert et un certificat de bonne conduite malgré les 3 mois de prison cumulés et les deux mois de rab disciplinaire qu'il aurait dû accomplir, ce certificat n'était qu'un grand bluff, d'une parfaite hypocrisie abstruse de l'armée dont le but n'était pas de féliciter un jeune homme d'avoir offert à l'armée l'année de ses vingt ans, non c'était seulement une formalité pour permettre à l'armée de pouvoir le réquisitionner en cas de conflit un soldat indiscipliné.

Ce matin-là, était le plus merveilleux pour Denis depuis 18 mois, il était maintenant sur orbite pour une autre planète dans sa tenue civile, ce moment était si bon et tellement jouissif de pouvoir parader à la caserne en civil et devenir l'intouchable en mocassins si légers à ses pieds qu'il avait eu cette sensation d'avoir acquis d'une double liberté, d'avoir laissé définitivement au placard ses rangers lourdes et raides elles n'étaient que des boulets à trainer

À chaque croisement d'un gradé Denis était toujours conditionné, il subissait encore en plein doute ce réflexe de chercher son bonnet pour le saluer, ce qui provoquait chez certains des amusements à voir cette fébrilité de se réadapter à la vie civile, alors que d'autres avaient un haussement des épaules d'agacement en pensant que Denis les taquinait une dernière fois en les saluant en civil.

Une délicate attention était à la disposition de Denis, un trousseau avec des tenues de travail, des sous-vêtements, chaussures, ceintures, avec du linge de toilette remis sur ordre du capitaine Haddock.

Denis, avait les yeux humides pour cette attention que cet homme lui avait témoigné lui qui paraissait un ours mal léché. Il aurait voulu pour une dernière fois le remercier en lui serrant la main vigoureusement et chaleureusement appuyé d'un grand sourire malgré les larmes que ses yeux n'auraient pu contenir, mais ce matin-là le capitaine brillait par son absence, par un motif diplomatique, une crise de paludisme, un ancien souvenir qu'il avait ramené d'une campagne africaine en croisant en plein nuit son plus petit ennemi le redoutable anophèle à six pattes qu'il n'a jamais pu éradiquer.
Denis avait aussi compris que ce n'était qu'un adieu pudique qu'il ne désirait pas montrer sa joie et sa victoire, parce qu'il savait être parfois un homme vulnérable et sensible, sous les traits d'un vieux loup de mer.

C'est à l’arrière de son camion G.M.C la bâche relevée sur le côté ce qui permettait à Denis d'admirer pour la dernière fois cette portion de route que Denis avait tant empruntée durant sa période de son encasernement. Le camion s’arrêta face à la gare d'Angoulême Denis sauta du camion comme la gazelle du GT515 un geste d'adieu de la main au nouveau conducteur de la classe 1969.
Denis se libéra à la consigne de son sac de voyage et alla se rendre aussitôt à l'agence de la DDASS pour la visite d'adieu et d'émancipation. Monsieur Benoît, ce gentil directeur au regard ombrageux pour cacher qu'il était une éponge en absorbant les malheurs de sa grande famille, il était une personne raisonnable de ces gens trop rare dans une administration, on le disait aussi cérébrale avec la compétence et la droiture d'un vrai juge, il n'avait eu qu'un seul défaut celui d'arriver trop tard à son poste, pour le plus grand malheur des adolescents et petits enfants de la DDASS.

Il désirait honorer de sa présence la dernière rencontre avec le pupille pour les adieux définitifs. Il n'avait rien d'autre à lui apprendre sur son état civil, rien non plus à lui remettre, ni photo ni une mèche de cheveux de sa maman, pourtant, il n'avait pas été abandonné anonymement dans un panier au pied de saint Innocent rien de tout cela ! Rien non plus sur son abandon ou une descendance même très éloignée, ou un semblant de famille, un géniteur qui aurait pu se manifester durant la durée de ses 18 ans, même pas un tonton Cristobal ou une tante Jeanne, ou un oncle d'Amérique celui qui se cache dans son hôtel Casino à Street Las Vegas. Vraiment que chiche, rien ! Tant pis ! Denis devra vivre avec ce vide, il est dans la situation du poussin sortant d'une couveuse, c'est une ampoule de 100 watts qui lui a prodigué amour et chaleur et réconfort, tout en respectant la distance pour exprimer des sentiments, car les frôlements pouvaient devenir insupportables et brûlants.

Le directeur avait du mal à cacher son émoi, une moue mélancolique se dessinait sur son visage allongé, il ânonnait certaines notes du dossier personnel de Denis sans intérêt. Sa dernière poignée de main a été ferme avec la tape amicale sur l'épaule qui voulait dire adieu Denis et trace ta route, tu as déjà exécuté la partie la plus sinueuse, tu vas atteindre maintenant la verticalité sociale de ton nouvel itinéraire de ta vie. Au moment de partir le directeur, lui glissa une grande valise marron vide en carton dur avec une trousse de toilette rigide un miroir fixé à l'intérieur du couvercle des étuis vides une boîte à savonnette, et objets nécessaires à la toilette dont l’étui à brosse à dents, il était qu'en même temps que la DDASS commença à se soucier de l’hygiène buccale de ses membres qui devaient souvent attendre la première paye pour s'offrir une brosse à dents et son dentifrice, il est vrai aussi que beaucoup de familles d'accueil n'étaient pas très branchée hygiène, tant que l'adolescent ne sentait pas plus fort que le bouc de la maison en chaleur, il n'y avait pas d'urgence à lui remplir le timbre d'eau tiède pour qu'il puisse se laver entièrement et enfin lui remettre des sous-vêtements propres qu'ils n'avaient qu'à ce moment-là ou seule exception en cas d'une visite prévue d'une personne étrangère à la famille.

D'ailleurs pourquoi ce genre de cadeau pour le départ ? Au lieu de verser un pécule, au pupille qui n'en avait pas le plus besoin pour franchir cette intersection de la vie où il fallait encore trouver la bonne direction, recevoir une valise et ne rien n'avoir à mettre à l'intérieur. C'est comme offrir un porte-monnaie sans un sou à un mendiant. C'est donc quoi ce message que les hautes instances voulaient bien transmettre . Qu'ils ne seront que des satellites tournants autour de la société sans espoir de pouvoir un jour en faire partie... ?

À sa sortie dans la rue, Denis resta figé, non, ce n'est pas le soleil qui venait de l'aveugler, c'est ce vide qui l’oppressait, d'avoir pris conscience qu'à partir de ce moment, il ne devra plus compter que sur lui-même, il vacillait contre le mur de l'agence. Car la DDASS venait de lui couper définitivement son collier qui le liait à une communauté, sans transition, sans domicile, il devra maintenant seul assumer les coups durs que cette société égoïste et piégeuse et sans affect savait vous administrer avec toute sa brutalité.

Une larme à l'œil droit puis deux à celui de gauche, puis c'est une vague scélérate, Denis à coups de manches et de mouchoirs essaya de combattre au mieux les embruns de tristesse qui avaient pris possession de son visage.

Comme dans un dernier baroud, il agita son mouchoir pour adresser un adieu définitif à cette agence et à sa voisine l'église d'Obêzine à la flèche si gracile qu'il voyait depuis la fenêtre du doyenné qui a été son phare pendant 18 ans en orientant la voie la moins catastrophique pour pouvoir évoluer sans jamais échouer sur les récifs de la société. Denis avait débarqué à cet endroit au 57 rue de Lavalette à Angoulême en poussette pour réembarquer en homme libre sans trop de cicatrices apparentes avec en poche les 200 frs de ses dernières vendanges pour commencer une nouvelle vie, et le trousseau du capitaine Haddock .

Ce sont les dernières minutes Denis vient de franchir le Cap-Horn avec ses 40es rugissants et les 50es hurlants de sa majorité. Il était maintenant temps de reprendre cette putain de marche en avant poursuivre à vive allure sur un pas cadencé en direction de la gare d’Angoulême qui était à l’opposé du lieu qu'il venait de quitter maintenant, il volait littéralement sans se retourner en ayant l'impression qu'une main invisible et démoniaque voulait le saisir pour le faire, capoter pour qu'il ne quitte pas ce département ce qu'il ne voulait surtout pas.

Il n'était plus qu'à cinq heures de distance de son futur projet et de sa nouvelle raison de vivre.


Venir à Paris comme au paradis. À la gare d’Austerlitz Denis eut un petit sourire avec un pincement au cœur envers son ami David, qui voulait tant venir voir ce lieu, le champ de bataille de Napoléon.(À lire dans N°2 Le fumier, ça se conjugue aussi dans ce coin-là... )
Denis refusa de continuer son périple, il n'était pas question que ses pas le portent jusqu'à la gare du Nord pour partir en direction de Liévin. D'ailleurs, le capitaine Haddock n'aurait certainement pas apprécié cette finalité, lui qui avait tout fait pour hâter sa libération. Ce n'était pas pour qu'il retourne encore dans autre internat sans-le-sou.

Deux ans plus tard à l'heure du laitier ce sont deux gendarmes qui frappaient à la porte de Denis sans discrétion et sans croissants. Denis était inquiet sachant qu'il avait triché pour sa libération anticipée, ils n'étaient là certainement que pour cette raison. Le chef des gendarmes voyant l'embarras de Denis qui se mettait à bégayer quand celui-ci lui demanda de confirmer son nom, il le rassura aussitôt qu'ils venaient seulement mettre à jour son ordre de mobilisation. Qu'ils devaient lui remettre en mains propres ignorant sa nouvelle adresse cet ordre de mobilisation indiquait que Denis devait se rendre en cas de guerre en France pour une affectation au fort de Vincennes pour conduire une ambulance.

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Ce bourreau des enfants déshérités avait un but, et ce n'était pas celui de faire partager à ces enfants de la tendresse et de l'affection proche d'une belle flambée de la cheminée à la campagne. Non ! Son seul objectif n'a été que de placer des bras pour garder les vaches.

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