N°12 L'épilogue de la période ado de Denis pupille DDASS de la Seine. 

Excusez-moi monsieur le train pour un monde meilleur...?

Dix-huit ans plus tard, plus une radicelle familiale, le temps a laissé rouler les petits cailloux dans le caniveau de l'oubli sans aucun espoir de retrouver ce putain de chemin dans la capitale .

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La déportation pour la   Charente 

Le retour 18 ans plus tard.

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N°1 L'épilogue de la période ado de Denis pupille DDASS de la Seine.


Dix-huit ans plus tard Denis venait de refaire le chemin à l'envers d'où il avait été déporté à l'âge de deux ans dans une grenouillère par la volonté d'un ministre qui s'appelait Michel Debré qui avait décidé de pourrir la vie à des milliers d'enfants pour repeupler les abysses ruraux de la France, avec une cohorte d'enfants déjà mal lotis, des mal nés, orphelins, bâtards sans défense à qui on n'a laissé aucune chance pour qu'ils puissent une fois adulte atteindre un beau destin en les sapant d'office dès leurs premiers pas et leurs premiers mots. L'enfant était plongé sans précaution comme un homard dans l'eau bouillante dans ce nouvel univers encellulé de ce nouveau cercle familial sans affect l'enfant paniqué se dirigeait vers le chat ou le chien pour retrouver un peu de chaleur et du réconfort. Mais les animaux préféraient la fuite à l'approche de l'enfant ne voyant en lui que ce redoutable concurrent, un voleur de caresses.

Denis avait saisi le message qu'il devra être patient pour apprivoiser ces charmants quadrupèdes. Les parents de substitution étaient d'une froideur et d'une raideur parfaites pour accueillir un bâtard qui n'était qu'un enfant anonyme et certainement pas le leur et qu'ils le faisaient savoir à chaque personne qui avait à franchir le seuil de la maison. L'enfant n'était qu'un pensionnaire de passage donc dispensé de l'apport d'une tendresse ou d'une affection quelconque, ils préféraient plutôt interagir quand ils devaient montrer une autorité physique à coups de lanières du martinet sur le dos de l'enfant, accompagné d'un flot de paroles qui n'était que des insultes et offenses, « le fils de pute, taré, l'avorton, bâtard » faisait partie du langage académique de ces mères et pères nourriciers, que la DDASS avait choisis avec tendresse et amour pour les pupilles.

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N°2 / Les placements hasardeux, étaient lourds de conséquences surtout pour les pupilles filles.

Denis savait qu'il était encore chanceux d'être un garçon, car à la maison d'à côté, il y avait pire situation pour Roselyne, jeune fille de 16 ans pupille de la DDASS que les adultes nommés « la drôlesse » à sa version littéraire la plus vulgaire, c'était terrible ce qu'elle avait à subir, elle payait souvent de sa personne, elle était l'objet de défoulement du maître et parfois de ses fils ados, et même de certains commis. Elle était aussi utilisée pour servir à l'ambition de l'exploitation afin de réchauffer certaines relations presque impossibles pour résoudre un héritage d'une propriété voisine d'un veuf qui avait besoin d'une présence féminine pour lui apporter chaque soir son bol de soupe chaude tout en étant, si possible, câline avec le papi. A certaine période des filles de la DDASS disparaissaient sous l'indifférence des services de l’État qui classait les disparitions par une fugue volontaire. Que voulez-vous ? Qui pouvait bien se préoccuper du sort d'une gamine dite simplette qui était souvent attifée comme un épouvantail vulgaire sans pudeur et sans filtre qu'elles auraient fait rougir un proxénète.

Les hauts fonctionnaires de pouvoir de nos administrations ne se bousculaient pas pour ouvrir une vraie enquête de recherche. Et ce n'était pas ce putain ! De procureur, qui ne désirait pas froisser ses amis les notables qui n'étaient pas toujours clean dans les affaires de mœurs. Alors qu'il aurait été prêt pour un ami influent à déclencher le plan épervier, de faire installer des barrages et des contrôles, de couvrir aussi le ciel d’hélicoptères et d'inonder le département d'une horde de képis, et même s'il le fallait, il aurait fait appel à l'armée pour retrouver la moto dérobée à la sortie du collège du fiston boutonneux de son ami le PDG de la société qui régnait en maître étant le premier employeur de la région.

Il fuitait des indiscrétions sur des kidnappings qui étaient organisés, par des personnes bien placées. Certains notables savaient et fermaient les yeux sur ces trafics abjects. Sur le terrain, il y avait des experts qui manœuvraient en toute délicatesse pour recruter, ils faisaient croire à leurs proies à des sentiments chimériques, qu'elles pourraient devenir des reines ailleurs loin de leur chambre avec vue sur le tas de fumier. Que là-bas elles pourraient enfin vivre un merveilleux destin. Il n'était pas difficile de convaincre une adolescente naïve sans anneau d'ancrage au milieu de nulle part, ce royaume en réalité qu'on leur proposait n'était qu'un réseau vers la Hollande pour alimenter les pervers des grandes métropoles européennes. Les victimes qui étaient choisies par le proxénète n'étaient pas un fait du hasard, le physique en majorité devait être plutôt agréable, isolée de tous liens afin que personne ne vienne bouger terre et mer pour la retrouver tout en sachant que les autorités ne chercheraient pas à faire du zèle pour retrouver une pupille qui a d'office dans ses génes un tempérament de fugueuses et d'instabilité sa disparition serait donc rapidement classée en fugue.

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N°3 Dans le trou du cul de la Charente, les pupilles étaient considérés comme des perturbateurs psychopathes.

« Simplette ou Simplet » était la marque de fabrique que nos institutions avaient collée à beaucoup de pupilles en perdition, pourtant ce trouble n'était pas forcément gravé dans leurs gènes à leur naissance, elles étaient tout simplement plus vulnérables que certains garçons, tout en sachant que, parfois, ils craquaient, eux aussi et encore plus violemment... La rupture avec leur mère pour les pupilles était ressentie comme une puissance destructive et aussi dévastatrice qu'un big-bang, désarçonnée face à cette nouvelle vie sans compréhension sans affect et aussi raide qu'un bloc de granite, face à ces gens qui ne voyaient ces adolescents qu'à un revenu complémentaire pour continuer à rester dans ces fermes grises et rudes pour produire des patates du blé ou du lait. Ils n'assuraient que le strique minimum de la charte, l'imprévu n'était pas pris en compte quitte à finir pieds nus pour atteindre la prochaine échéance pour obtenir des nouvelles chaussures. Il ne fallait surtout pas croire à cette presse des chiens écrasés qui faisaient croire que les enfants de la DDASS n'étaient que des enfants tordus et irrécupérables avec des défauts d'usine graves et que ce n'était pas souvent de leur fait qu'ils étaient rejetés par leurs familles. Dans le trou du cul de la Charente, les pupilles étaient considérés comme des perturbateurs psychopathes.

Pourtant, dans les campagnes profondes de la Charente, ils n'avaient pas besoin des enfants de la DDASS pour détenir ce malheureux et ce pitoyable record de ces enfants qui refusaient de grandir, ils étaient nombreux dans les familles des villages à cause de l'alcool qui les rendait dingos, avec une consanguinité provoquée par des pratiques d'incestes et aussi par les arrangements de certaines unions pour garantir la passation d'une propriété qui devait rester dans la famille et tant pis si elles étaient presque du même sang sur plusieurs générations habitant le même environnement l'intérêt vital était la priorité.

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N°4 Heureusement que l'imagination permettait de voyager hors de ce spleen à l'esprit gémissant en proie aux longs doutes & ennui que nous charriaient ces journées de solitude obscures pour fuiter sur une mélancolie pleurnicheuse aux tristes nuits cauchemardesques.


Dans ce lieu, si déprimant Denis s'était accaparé de la vie d'un jeune adolescent de 12 ans habitant à Montmartre dont il s'était inspiré d'une revue qui l'avait pu lire au foyer entre deux placements. Il faisait partie de cette joyeuse bande de poulbots. Le dimanche matin, il enfilait l'uniforme républicain avec le tambour pour parader avec grand bruit dans les rues de la butte de la petite République de Montmartre.
En empruntant la rue Marcadet, ils passaient devant le cinéma du même nom une salle magique le jeudi en soirée elle était très animée, Denis assisté gratuitement à la préparation du tirage de la loterie nationale animé par des artistes en tous genres acrobate, jeunes chanteurs qui n'avaient pas encore le melon. Il était produit aussi l'émission de variétés de l'homme à l'harmonica monsieur Ressner animateur de l'émission « âge tendre et tête de bois » que Denis ne loupait sous aucun prétexte, car c'était sa télévision sans le poste.

Un jeudi soir, vers minuit juste après le passé et avant le futur, après un bref passage sur scène en playback elle était là dans l'angle de la rue Marcadet et la rue du Mont Cenis parmi le cocktail d'étoiles de cette soirée, elle brillait intensément comme l'étoile Polaire, sa splendeur était étincelante et impressionnante de beauté dans sa fourrure fauve claire baignant dans l'effluve de Shalimar, elle était là en toute simplicité en double file, assise sur une aile de sa petite Moriss Cooper vert métal, elle bavardait à l'Italienne en gesticulant ses longs bras, une cigarette longue et fine mentholée, à sa main, elle laissait échapper par instants une bouffée de sa bouche comme le faisaient les fumaillons. Sa voix était un peu rauque. Les lumières du fronton de la salle du Marcadet illuminée tout l'angle des deux rues faisaient flamboyer et scintiller de mille feux ses nombreux bijoux qu'elle portait.

Denis était là parmi la dizaine de fans qu'elle avait l'air de bien connaître et qui l'encerclait, l’ambiance y était chaleureuse et euphorique, cette nuit elle était magnifique et inoubliable en diva, son Gigi l'Amoroso n'était pas encore parti pour l'Amérique, son Bambino grattait toujours, sa mandoline avec succès et l'insupportable Gonzales en sale gamin ne voulant rien entendre à cause de son rendez-vous avec la belle Anna. Bien, plus tard, c'est Richard son comte de Saint-Germain, un tumultueux mythomane qui changeait le plomb en or, surtout l'argent de Dalida qui l'entretenait, il a aussi contribué à noircir les malheurs sentimentaux de notre star.
La promenade des poulbots se poursuivait rue du Poteau avec son grand marché, la place Jules Joffrin avec sa belle Mairie, son métro, la brasserie d'en face pour continuer dans les autres rues de la petite république de Montmartre, en achevant cette belle balade matinale au son des tambours autour d'une magnifique table bien garnie offerte parmi l'un des meilleurs restaurants de la butte.

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N°5 Un martinet, plus se faire uriner dessus, ce sont les nerfs qui tout à coup sautent avec furie en lançant vers le ciel un affreux hurlement.


Mais à 500 km du Sacré-Cœur au lieu-dit du « galimand » en Charente, dans une ferme sans voisinage en bordure de la départementale de l'océan. Denis ne rêvait plus, il était maintenant dans le dur, là, il vivait une tout autre version de l'adolescence. C'était lui qui était utilisé comme un tambour, pour amortir le déluge de claques et de torgnoles qui s’abattait sur son visage, pour se protéger, il avait vite adopté le syndrome de la tortue en situation hostile qui était de s'accroupir en rentrant la tête entre ses membres. Denis était en haillon malgré ses trois trousseaux annuels, il baignait dans cet univers douloureux loin de la vie d'un gavroche joyeux, un bohémien n'aurait même pas voulu partager sa vie, avec une hygiène à minima, il sentait le lait caillé et face à son assiette froide de mojhettes avec son morceau de couenne où se dressent encore des poils, si raides qu'il était impossible de l'avaler tout rond, l'ensemble baignait dans un jus peu ragoûtant avec des yeux et une odeur de pipi de chat.

Les WC étaient situés dans l'étable sur la litière entre les deux vaches, la Blanchette et la Noiraude avec l'obligation d'aller si accroupir chaque soir avant d'aller se coucher. Tout en sachant que ce n'était pas cela qui allait protéger Denis, car pendant son sommeil, c'est une marée d'urine qui le réveillait systématiquement depuis l'arrivée du nouveau gamin d'une dizaine d'années qui partageait le lit de Denis, il était sérieusement cabossé psychologiquement enfermé dans un mutisme complet, la DDASS l'avait placé en urgence dans cette famille en entendant de le faire partir dans un institut médico-pédagogique pour adolescents pour y subir les essais de l'enfer pharmaceutique. i et qui partageait son lit.
Dans la cour de la ferme, il y avait aussi une butte, mais elle était loin d'être aussi féerique et festive que celle des poulbots de Montmartre, celle-ci était fumante et d'une puanteur constante qu'il fallait savoir gravir avec une brouette pleine en atteignant l'acmé pour côtoyer le royaume de la mouche scatophage.
A force d'encaisser et d'esquiver pendant des années cette violence gratuite des parents psychotiques qui était, paraît-il une famille de substitution ? Surtout de la part de la femme qui n'était qu'un gourou avec un comportement hystérique des femmes mal aimées. Elle ne sut pas voir à temps la saturation et le rejet de cette violence que Denis avait trop contenu, pourtant cette fois son visage était marqué d'un rictus sombre et inquiétant, sa mâchoire était si serrée qu'il aurait pu se faire péter toutes ses molaires supérieures contre les inférieures, ses biceps n'étaient pas en reste, ils étaient si bandés que ses bras avaient doublé de volume, ses mains étaient devenues un étau d'acier, elles bloquaient le bras de son assaillante, elle tenait toujours bon le manche du martinet de sa main rageuse, tel à un aigle avec ses serres ne voulant pas perdre sa proie en plein vol. Plus rien ne pouvait arrêter sa rébellion et sa grande détermination, Denis voulait dès maintenant que cela cesse et tant pis pour les conséquences s'il fallait lui casser le bras pour la désarmer de son objet de malédiction, Denis l'aurait fait sans aucun scrupule.

Le martinet, enfin, tomba à terre accompagnée d'un cri de défiance de la part de l’assaillante qui ne voulait toujours pas s'avouer vaincu de cette lutte. Denis en tenant à distance son assaillante ramassa le martinet en se précipitant à la cuisinière pour l'enfouir dans le foyer comme s'il devait bruler dans l'enfer ce diable à lanières.

Denis s'attendait à recevoir la pire des corrections de la part du chef de famille qui n'allait pas tarder à rentrer. Dès son arrivée, elle l’accueillit avec des grosses larmes de crocodile tout en reniflant bruyamment, elle se tenait le bras pour attirer l'attention et bien montrer qu'elle avait été victime d'une brutalité sans nom et qu'elle devait avoir certainement une bonne entorse, grimaçante, elle sautillait sur place tout en avilissant des insultes hystériques en direction de Denis, qui lui ne bougeait pas, il était resté raide debout dans un coin de la pièce sans réagir, il observait avec beaucoup d’intérêts la situation, il s'attendait à une suite rock en roll, comment le maître allait-il réagir ? Suite à la version tronquée qu'elle allait luie, conter.
Denis était devenu l'assaillant, sans raison, il s'était jeté sur elle pour lui tordre le bras sans qu'elle en sache la raison, ce geste ne pouvait être que celui d'un déséquilibré.

L'époux faisait semblant d'ignorer Denis, il n’essaya même pas de connaître sa version, car il redoutait que cela ne réanime les hostilités entre Denis et sa femme. Il n'était pas question de rajouter de la violence à la violence, car il voyait bien qu'à cet instant que Denis allait partir en live, entre les coups de martinet, les baignes et les claques au visage, puis pour finir se faire pisser dessus par le petit nouveau, ça commençait à peser beaucoup pour une personne même tolérante. Il n'avait pas le choix, il savait qu'il devait désamorcer sans attendre cette ambiance explosive. Il ordonna d'un ton neutre à Denis de regagner sa chambre sans passer ni par la table et ni par l'étable.
Enfin, une nuit qu'il n'a pas eu à partager son lit avec la fontaine à pipi ambulante. Même si pendant la nuit l'odeur et l'humidité de l'urine étaient toujours persistantes dans la pièce, lui enfin il était resté au sec.
Dès le lendemain matin Denis avait ressenti qu'il avait changé de catégorie qu'il n'était plus dans celle du mouton, il venait de franchir celle du loup de l'inimitié et dans l'aversion complète envers cette famille. Sa présence n'était plus souhaitable pour personne, la journée et la nuit suivante furent sans-souci presque douces et trop normales, la maîtresse de maison s'était métamorphosée, sans corvée, elle s'adressait à Denis avec une voix étrangement sympathique et avenante sans aucune rancune des événements de la veille. Denis sentait le traquenard à plein nez lui venir dessus comme un missile téléguidé.

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N°6 Quand on commence à dorloter une ou un pupille, cela indique qu'une nouvelle errance dans la tourmente est sur le point d'aboutir.

Effectivement, le surlendemain matin Denis sentait bon la savonnette Cadum et le shampoing Dop dans des vêtements fraîchement lavés, le mouchoir parfumé avec de l'eau de Cologne à la lavande, des brodequins sans purin sans fumier. Le couple fourbe et calculateur avait activé la formule l'hypocrisie, à l'encontre de Denis, trop aimable, trop avenant comme quand vous allez placer une mamie radoteuse à l'hospice en essayant de paraître mélancolique et triste tout en poussant discrètement dans son dos, un ouf de soulagement sachant que vous allez mettre un terme à ses multiples obligations que vous deviez assumer quotidiennement.

La vraie raison de cette mise en scène venait justement de franchir la cour de la ferme, une grosse berline noire stoppa face à la porte de la cuisine, un monsieur sombre et rondouillard sans un mot, seulement d'un geste, il invita Denis à prendre place à l’arrière de son véhicule, l'attente dura une bonne heure pour régulariser la paperasse et rassembler ses effets. L'inspecteur devait aussi faire un suivi succinct de l'enfant placé en urgence, cet enfant fracassé qui d'habitude n'était qu'une odeur de pipi ambulante dans un accoutrement de vêtements délabrés, lui aussi, ce matin, il avait subi une sacrée métamorphose, il avait l'allure d'un enfant de chœur avec sa chemisette et les socquettes blanches et son short bleu marine, il était bon pour aller servir la messe. L'inspecteur avança vers le véhicule Denis pensa que le départ était proche, mais non ce n'était qu'une fausse alerte, il ouvrit la porte du coffre pour en sortir un paquet de petits Beurres Lu et un bâton géant de sucre d'orge qu'il ramena sans discrétion directement à la maison certainement pour récompenser son collègue qui avait passé ses deux nuits sans pisser dans le lit pliant que le couple avait placé dans la souillarde où étaient stockées des jarres pleines de viandes noyées dans du gros sel du dernier cochon tué. Dans une bassine remplie d'eau baignaient des paquets de beurre pour éviter qu'il ne coule pendant les grosses chaleurs, des nombreux bocaux garnis en salé ou sucré se partageaient une longue étagère proche de la rupture par son centre très courbée. Le tout était bien gardé par les araignées.

L'inspecteur sans aucun regard à l'intention de Denis prit place au volant de la berline, aucune allusion sur sa réaction et sur ce qu'il avait supporté chez les parents nourriciers. il reçut la suprême récompense et le privilège de pouvoir se lécher les doigts à volonté comme seule friandise.

Le surlendemain Denis était orienté illico vers un autre placement encore dans une ferme au milieu de la gadoue au beau milieu de nulle part, à une poignée de kilomètres d'une civilisation, même le chien de l'exploitation trouvait l'endroit tellement morgue qu'il coupait sa corde pour fuguer. La famille de substitution l'avait choisie pour son physique d'apparence incassable, Denis avait déjà compris qu'il ne l'avait pas sélectionné pour le chouchouter ou l'entourer d'une affectueuse tendresse. Non ! Cette famille était aussi merdique que celle qu'il venait de quitter avec une préférence sur la baguette flexible de noisetier à la place du martinet.

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N°7 Dix-huit ans plus tard, plus une radicelle familiale, le temps a laissé rouler les petits cailloux dans le caniveau de l'oubli sans aucun espoir de retrouver ce putain de chemin...

Monter sur Paris, c'est aller au paradis.

Sur le quai de la gare d’Austerlitz, un homme de 21 ans un élégant bipède déambulait sereinement et l'instant devenait propice après avoir côtoyé le fond des ténèbres de faire une pause sous cette grosse pendule carpe diem dont l’esprit était de mettre à profit le jour présent, car la vie était courte et qu'il fallait se hâter d'en jouir.

À la main sa valise en carton marron, habillé d'un pantalon gris en flanelle et d'un blazer bleu marine marqué d'un écusson sur sa pochette « honnie soit qui mal y pense ». Denis venait enfin d'atteindre le Graal, que lui avait donné toute cette volonté jusqu'à ce merveilleux jour, à tenir debout même si parfois, il avait dû fléchir dans ce maquis d'incompréhensions et d'obligations béotiennes pour parcourir un itinéraire imposé style le parcours du combattant d'obstacles de la vacherie pour atteindre un but non avoué d'une adolescence sans finalité réelle vers un destin impossible. Sur ce parcours, nombreuses  personnes auraient bien aimé le voir, disparaître ou se saborder complètement tant qu' il était en difficulté, certains faisaient semblant de l'aider en lui tendant une main trop courte pour sortir de la fosse alors qu'il avait pourtant une échelle à porter de la main pour vraiment le secourir.Denis savait que les dix-huit ans passés ont été une période trop longue pour maintenant espérer retrouver la moindre petite radicelle d'espoir pour remonter à sa famille, pourtant, il voulait toujours y croire, tout en se rendant rapidement à l'évidence que personne ne l'attendait à nulle part.

Messieurs les décisionnaires de la DDASS, vous qui étiez persuadés de détenir toute la grandeur de la pédagogie, pour chaque enfant, à l'obliger à se cantonner à un unique choix celui de n'emprunter que les départementales du regret toute sa vie. Au lieu de lui proposer de saisir cette fabuleuse ambition de circuler sur les plus belles avenues de la liberté et de la réussite à la vie....

 Jacki FREMONT