Épisode N°12: Mon maître était un homme bienveillant...Adieu Léon !

Épisode N°13: Alors que les yéyés twistaient avec rage, René imperturbable dansait le cha-cha-cha en bon pépère.

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Gémir n'était pas de mise au paradis de la mouche scatophage.


N°12 Denis savait que son maître était un homme rugueux , mais il s'était aperçu qu'il était surtout bienveillant envers lui ... Adieu Léon !

N°1 Les premières sorties de Denis

Nous sommes en 1965, l'imperturbable Lili est toujours avec sa Mobylette bleue depuis deux ans, qu'elle pratique son trajet quatre fois par jour avec la précision et la sévérité d'une horloge atomique.

En remplacement du vélo cassé d'Auguste Léon avait donné l'autorisation à Denis d'utiliser sa Mobylette qui pourrissait dans le garage sa couleur d'origine devait être beige couleur imperceptible entre crasse et poussière qui couvrait uniformément son habillage, elle n'était plus très vaillante pour affronter les côtes Denis devait virilement pédaler pour atteindre l'acmé.

Le dimanche après-midi Denis parcourait les frairies pour aller au bal des villages environnants parfois accompagné du fils Gauduchot qui devait rentrer à 19 heures pour soigner et traire ses vaches parfois Denis lui donner un coup de main et souper avec eux à la table familiale sa maman était une femme menue et discrète, son père un ogre rustaud parlait fort, mais il n'était pas un mauvais diable sa sœur un peu ronde avait un visage pâlot, elle était aussi discrète que sa maman. C'était une famille plutôt sympathique envers Denis.

N°2 Le curé de Pérignac avec sa cloche électrique qui sonnait bizarrement l'angélus.

Le métier de forgeron mène à tout, cette fois, c'était le seigneur qui avait besoin des services de ses ouailles pour soigner sa cloche qui était malade, depuis les années de 1687 qu'elle gesticule du haut de son beau clocher du XII siècle. Le curé de Pérignac supplia Léon qui était à bout de souffle de sauver sa cloche malade par l'usure.

Le curé avec un air soucieux attendait Léon et Denis Au pied de son église paroissiale Saint-Gervais - Saint-Protais, Romane, date du XIIe siècle, classé Monument Historique depuis 1907. Sa cloche en bronze datant de 1687 était classée elle aussi.

Pour accéder à la cloche, il fallait une grande échelle en passant par l'intérieur de la nef afin d'accéder à la trappe d’accès de l'escalier en colimaçon du clocher. Monsieur le Curé malgré plusieurs essais infructueux était toujours à court d'un barreau pour atteindre la trappe, il n’arrêtait pas de pester et de jurer comme un charretier « des putains, on est baisé, en associant aussi des merdes » Denis était plutôt gêné

face à tant de grossièreté sortant de la bouche de ce curé et plus encore dans ce lieu sacré.

Enfin, il retrouva son échelle, c'était l'un de ses fidèles qui lui avait emprunté pour ranger son foin dans une mezzanine de sa grange. Denis était chargé comme une mule pour éviter d'escalader à plusieurs reprises les trois niveaux du clocher avec le matériel et le cordage pour commencer les travaux de cette grosse cloche, ses deux coussinets en bronze étaient très usés avec le risque quand elle sonnait à toute volée, de sortir de son axe, en plus le son qui sortait de cette cloche branlante n'était pas très catholique au niveau de sa résonance. Il fallait recharger à la soudure les coussinets qui étaient introuvable en pièces neuves, mais le plus dur était de dégager cette grosse cloche classée de son emplacement de l'endroit réduit sans l’endommageait, ce qui était un coup de force titanesque sachant que Léon était déjà faible physiquement pour tirer sur le palan, Denis n'était pas très à l'aise à faire le funambule en marchand sur les poutres dans le vide. Le fonctionnement de la cloche avait été mécaniquement électrifié quand le bedeau à cesser de s'envoyer en l'air à sonner sa cloche manuellement. La haut, les deux compères étaient à l’étroit et dès qu’ils touchaient une partie métallique ils se prenaient, des sacrés décharges électriques malgré la mise hors-service, Léon commençait, lui aussi à jurer après cet électricien qui avait certainement oublié d'installer une prise de terre. Du haut de ce clocher la vue y était exceptionnelle sur le paysage vallonné de la campagne charentaise. Au troisième jour Léon avait fait un miracle avec cette cloche, le curé impatient d'entendre sa merveille ne laissa pas le temps à Denis de descendre tout son matériel avant de s'en prendre plein les oreilles pour un bon moment. Léon avait fait un miracle avec cette cloche de trois siècles, elle avait retrouvé toute la sonorité de sa jeunesse.
Le soir au souper Léon parlait du langage très distingué et fleuri du curé de Pérignac, cela n'étonna pas Éliane, dont elle avait eu ouï-dire par une dame qui effectuait des extras au service de ce serviteur de Dieu qu'il avait un comportement atypique et que ses nombreuses réceptions du diocèse étaient très courues, car l'ambiance n'avait rien à voir à la bigoterie journalière elle était plutôt très proche de la festive party avec la participation des jeunes nonnes du couvent voisin qui ne voulaient surtout pas décevoir leur hiérarchie masculine pour profiter de ces nouvelles missions de concevoir un apostolat de la propagation de la foi si différente que celle enseignée dans leur lugubre couvent.

N°3 Léon se lève de plus en plus tard, sa force et sa vitalité s'amenuisent à vue d’œil.

Léon s'épuisait de ses journées, de plus en plus rapidement elles lui devenaient infiniment trop longues à vivre, il ne se levait plus qu'à partir de 9 heures au lieu de 6 heures sa maladie avancée inexorablement. Léon et Éliane s'absentaient de plus en plus souvent et allaient toujours plus loin pour trouver un accessible miracle qui sauverait Léon. Hélas il avait souvent affaire à des guérisseurs ou des magnétiseurs, des coupeurs de feu et coupeurs de sang et aussi à de trop nombreux charlatans qui paraît-il, soigner les animaux de la ferme à distance avec une seule photo de l'animal. Un cheval malade couché ne tenant plus sur ses jambes le lendemain il était debout et tapait de ses sabots pour montrer son impatience de tirer à nouveau son tombereau…


N°4 Les charlatans sont les nouveaux vautours, ils sentent la mort qui rode à des kilomètres.

À chaque visite Léon ramenait des fioles à avaler à base de venin d'abeille du sang de cheval et de rognon de cochon d'inde, de feuilles de laurier-rose et d'orties pillées l'ensemble baignant dans de l'huile de noix le tout était infect à avaler, des pommades qu'il devait appliquer sur la poitrine était à base de bave de rainette verte et de ses têtards écrasés, des plantes séchées aquatiques cueillies uniquement dans les marécages du Marais poitevin. Léon devait se rendre à l'évidence, la cohorte de charlatans qu'il visitait ou qui s'invitaient directement à la maison toujours de la part d'une connaissance ou d'un collègue qui lui voulait que du bien pour suprimer ses métastases, alors que la maladie imperturbablement continuât son action de destruction, elle prenait possession de tout son physique qui était devenu trop frêle pour combattre cet adversaire qui était un ogre, le combat n'était pas équitable Léon, le battant, le dur à cuire qui chaque jour se levait un peu plus tard malgré sa volonté de venir travailler à la forge. Lui qui avait subi la guerre ce n'est pas cette stupide maladie qui allait l'empêcher de travailler. Le médecin lui a proposé en dernier recours des rayons à l’hôpital de Girac où il a rencontré un de ses clients, avec qui ensuite, ils faisaient ensemble le voyage de la damnation pour se donner du courage, pour supporter et subir ces séances insoutenables qui ne leur apportaient que de la souffrance sans aucune promesse d'un sursis possible ou d'une fin plus douce. On avait l'impression que les rayons le consumaient de l'intérieur, ses cheveux étaient devenus rares, son physique n'était plus qu'un squelette articulait, sa voix devenait à peine perceptible alors que son essoufflement n'était plus qu'un râle, il ressemblait à ses photos quand il a été libéré du S.T.O de Buchenwald... Quant à son ami qui était pourtant une force de la nature et qui remontait souvent le moral de Léon pendant leur parcours lugubre vers l’hôpital, il avait préféré mettre un terme en lâchant prise, c'est au bout d'une corde dans sa grange qu'il s'est libéré définitivement des séances avenirs du supplicié. Éliane face à la déchéance de fin de vie de Léon elle lui offrait toutes ses envies et tous ses fantasmes, il lui aurait demandé la lune, elle aurait été prête à se battre contre la N.A.S.A pour l'embarquer pour une nouvelle mission d'Apollo11. Il voulait manger du homard ou du caviar ou des fraises ou de l'abricot en plein mois d'octobre Éliane lui trouvait toutes ses folies culinaires pourtant quand le mets était dans son assiette Léon n'avait plus d'odorat ni de papille il regardait son assiette avec les larmes du désespoir qu'il versait à l'intérieur, Éliane pourtant ne le lâchait pas, même si la cause était ardue et entendue elle lui portait miette par miette à sa bouche qui se refusait obstinément de s'ouvrir.

N°5 La souffrance qu'il endurait, était à son comble, Le bruit de l'enclume ne couvrait plus ses gémissements. Une onde portait les cris d'une torture extrême et insupportable à travers coteaux et vallons.

Son calvaire était à fond sur l'échelle de la souffrance, sa douleur physique résonnait dans tout le village de Saint-Léger, les échos déchirants portés à plus d'un 1 km, ils percutaient avec violence de coteaux en coteaux de vignes de son ami Mirouleau, les vendangeurs étaient sonnés et glacés sur place eux aussi par cette souffrance qui leur était palpable à l'oreille, à la limite de ce qu'ils pouvaient supporter humainement, certains se signaient d'un signe de croix en pensant qu'ils allaient apaiser la douleur de leur ami ou mettre un terme à cette torture. Les doses de morphine augmentaient sans cesse, mais elles devenaient inefficaces contre cette descente douloureuse et définitive en direction de la géhenne où cessera la vie quand ce cancer des os sera arrivé à le cadavérer complétement.

De nombreuses visites quotidiennes annoncées les prémices funèbres déjà certains avaient l'inélégance d'arriver au seuil de la maison avec une couronne mortuaire à la main alors que Léon n'avait pas fini de parcourir entièrement son chemin mortifère pour atteindre le seuil du paradis dont Saint-Pierre avait la charge de contrôler les admissions, de prendre ou de refuser un nouveau membre. Saint Pierre en 1945, lui avait déjà refusé de l’accueillir alors qu'il n'était qu'un trentenaire anémique et chancelant, affamé de se faire prendre sa ration toujours par plus fort que lui alors qu'il n'était qu'un petit homme affaibli par cette férocité humaine. Saint-Pierre malgré son état l'avait recalé sous le prétexte qu'il serait bien plus utile parmi les vivants. Saint Pierre lui ordonna de retourner dans son village de Saint-Léger de Blanzac qu'il avait dû quitter sous la haute surveillance des gendarmes de Pétain qui l'avaient envoyé avec zèle au S.T.O trois ans plutôt.


N°6 Le cancer est une forme d'obsolescence programmée à l'humain par la nature à la façon que lui l'a appliqué à ses machines électroniques.

Cette fois en voyant que Léon était à bout de souffle le docteur n'avait plus aucune hésitation, il avait effectivement le devoir de soulager cet homme et mettre un terme à cette terrible souffrance que lui infligeait maintenant cette saloperie de crabe qui n'avait plus rien à ronger à l'intérieur de son corps seul son cœur continuait dans un dernier élan de bravoure un combat de titan juste pour avoir la force de dire un adieu à son Eliane et de finir de parcourir ce petit chemin blanc pour atteindre d'autres cieux plus reposants et sans souffrance.

La nouvelle vie d'Eliane deviendra spirituelle, elle sera plus proche de l'église, elle sait maintenant qu'elle a perdu l'amour et beaucoup d’espoirs et qu'elle tournera toute seule à parcourir une solitude interminable avec le regret de ne pas avoir eu le temps et l'audace d'accomplir leurs projets qu'ils avaient imaginés à deux et pourtant qui n'étaient pas si fous . Depuis de nombreuses nuits, Denis était angoissé par les hululements persistants de cette maudite chouette, il savait que sa vie à Saint-Léger était proche du départ qu'il venait de perdre un guide, un homme bienveillant et que, par la même occasion il perdrait de vue son collègue et ami Marcello.

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gémir n'est pas de mise au paradis de la mouche scatophage.

Mon ami René

N°13 Alors que les yéyés twistaient avec rage, René imperturbable dansait le cha-cha-cha en bon pépère.

N°1 Une pension contestée chez madame Revignon alors que cette personne n'avait que de la dévotion pour Denis.

Éliane malgré sa profonde douleur funèbre n'avait pas oublié le sort de Denis, elle avait joué de toutes ses relations et elle s'est bagarrée avec le directeur Monsieur Benoît pour éviter à Denis un retour à l'agence avec à la clef un placement d'office dans une ferme sans prendre l'avis et si le pupille avait un vœu.
La Charente, c'est comme à Fort Boyard , on tourne, on monte, on descend, on marche et on pédale beaucoup pour faire croire à la magie et à l'ampleur de ce département alors que réellement, les pupilles ne font que du surplace sur une zone de 40 km.
Le décès de Léon avait eu comme conséquence de résilier le contrat d'apprentissage de Denis qui fut fort surpris de se retrouver pensionnaire à Blanzac chez madame Revignon la dame au verre d'eau de l'épisode n°9 « Pendant que Léon buvait des canons ». Denis ignorait que cette personne était une relation d'Éliane. Son nouveau travail était juste de l'autre côté de la rue à l'usine SA Balluttaud le propriétaire du fameux vignoble de Saint Léger « Les vendanges de la perfidie n°3 » dans son usine, il confectionnait toutes les boîtes à fromage de France et de Navarre . Éliane était une femme déconcertante et extravagante pendant deux ans elle n'avait jamais fait apparaître ou affiché envers Denis le moindre geste affectueux ou d’attachement quelconque qui aurait pu être une trahison ou une faiblesse de sa part, elle était toujours restée raide et murée rien ne transpirer de ses convictions et de ses sentiments. Pourtant, ce qu'elle venait de faire pour Denis était un super geste mirifique.

Chez les Revignon, ils étaient tous gentils, madame était une personne souffreteuse toujours la cigarette gauloise qui allumait la suivante elle n'utilisait qu'une allumette celle du matin qu'elle craquait dès qu'elle mettait un pied-à-terre, à chaque fois qu'elle tirait sur sa cigarette, elle éternuait ce qui lui provoquait des soubresauts de ses 45 kg de sa faible personne. Sa fille Élisabeth d'une dizaine d'années toujours accrochée frileusement à sa mère marsupiale chétive dont telle serait tombée de la poche maternelle trop vite. Le mari était un petit homme transparent pas mauvais diable doté d'un mental primaire d'un enfant qui refuse de devenir un homme. Denis en effectuant la brigade des deux huit, le matin ou l’après-midi vivait en décaler par rapport à la famille, beaucoup de personnes de l'usine s’apitoyaient sur son sort, ils disaient « comment peut-il vivre dans cette famille si modeste et en plus en mauvaise santé et probablement malsaine avec sa toux persistante, elle doit expectorer certainement la bactérie de la tuberculose ».
Denis lui ne trouvait rien à redire à cette famille et il ne se plaignait pas, il trouvait au contraire que cette dame avait un cœur énorme, en plus elle était d'une grande richesse sur la culture générale, elle était un Larousse grand ouvert, elle était toujours là dès que Denis souffrait d'une douleur ou d'une blessure elle pouvait devenir une véritable infirmière.

Alors que ces diffamateurs qui l'ont critiqué n'étaient que des personnes incultes et n'avaient qu'un seul but obsessionnel dans leur vie de lorgner et de tout faire pour récupérer les quelques hectares de terre du voisin par tous les moyens même s'il fallait pour cela arranger entre les deux familles un mariage désastreux ou incompatible entre leurs enfants. Sinon, c'était une guerre d'usure, les médisances, les rumeurs, les paillets, brûlaient sans raison, la volaille disparaissait, l'ensemble faisait partie de l'arsenal pour que la vie de leur victime soit un enfer, qu'elle craque et abandonne la propriété tant convoitée, avant de faire la connerie fatale. Ces salauds n'étaient certainement pas les mieux placé pour apporter ce genre de critiques à cette dame de foi, alors qu'ils n'étaient pas capables d'atteindre l'orée de son cervelet.

N°2 La première paye, c'est déjà plus d’indépendance et plus de liberté.

Denis percevait son premier salaire de 400 frs mensuel qui était allégé des 150 frs pour régler la pension complète à madame Revignon. Denis a aucun moment n'a regretté cette soustraction, car il mangeait toujours à sa faim sans jamais plus avoir ce creux à l'estomac de 11 heures et de 19 heures qu'il avait sans cesse chez Éliane et surtout chez le maçon monsieur Moreau (épisode n°1) Denis avait tellement souffert de cette fringale qu'une simple odeur de cuisine suffisait de mettre son estomac dans tous ses états, lui créant parfois une situation de manque, il aurait supplié à genoux s'il le fallait pour obtenir un morceau de pain avec un morceau de sucre pour que cesse immédiatement cette torture insupportable qui aurait pu le métamorphoser en un animal féroce.

N°3 Faire des boîtes à fromage était le nouveau job de Denis. Jeannette, sa collègue discrète était altérée physiquement. 

Le nouveau travail de Denis était moins rude, sans les rigueurs climatiques hivernales à supporter et beaucoup moins salissant aussi, le poste était confortable, le seul bémol était la répétition de la tâche, son travail consistait à fournir des feuilles de carton à une emboutisseuse qui découpait des ronds des carrés ou des losanges sur demande pour effectuer le dessous et le couvercle des boîtes à fromage comme celui du "Caprice des Dieux". Il faisait équipe avec Jeannette une fille de trente ans, elle portait toujours sa blouse bleue. Elle avait le teint halé, elle était très brune le cheveu rebelle et mi-cour était recouvert par un foulard afin de maintenir une certaine rigueur que la brosse à cheveux n'arrivait certainement pas à dompter. Une acné sévère couvrait la totalité de son front, une incroyable pilosité lui couvrait les joues,  apparaissait aussi le spectre d'une moustache, ses yeux très noirs étaient cachés derrière des verres légèrement fumés et épais pour corriger une forte myopie, sa bouche faisait apparaitre des incisives chevalines. Comment ! Lui là-haut avait-il pu laisser faire ça... ? Personne ne mérite l'acharnement d'une telle disgrâce physique. Au début, Denis était troublé et franchement pas à l'aise envers sa collègue qui était son ainée d'une dizaine d'années. Il essayait d'imaginer la jeunesse de cette fille, sans jamais obtenir un flirt et malgré ses trente ans, elle vivait toujours chez ses parents. Denis avait toujours cette gêne de la regarder en face, tant il était choqué de cette vision qu'il recevait de cette personne. Jeannette avait dû ressentir cet embarras, car elle évitait de regarder, elle aussi, son collègue, son regard était toujours fuyant. 

Peu à peu avec le temps Denis s'habituait à sa collègue Jeannette elle lui devenait familière au point qu'il ne voyait plus son visage disgracieux et il n'avait plus aucune gêne, ni appréhension envers elle, au contraire il avait découvert que cette dame grande timide avait un beau cœur elle offrait en plus une confiance à toute épreuve sans jamais blatérer sur aucune personne, ce qui n'était pas la référence avec la majorité des collèges de Denis. 

Durant sa journée de travail elle était studieuse et silencieuse elle rassemblait les fonds des futures boîtes à fromage que Denis lui avait embouti qu'elle rangeait studieusement par catégorie des formes dans des casiers avec la même sévérité que si c'était des coupures de billets de banque.
Denis avait aussi la charge de ravitailler les machines avec des grosses balles de carton, elles pesaient chacune un bon quintal et d'une hauteur de deux mètres, qu'il devait rouler avec l'aide d'un simple diable en évitant les quelques nids-de-poule au sol de l’entrepôt pour ne pas chavirer avec la balle. Le stock des balles était placé dans un entrepôt mitoyen à l'atelier, équipé d'une ouverture donnant sur un quai de déchargement face à la route contournant l'usine. 

Ce quai avait aussi une autre fonction sociale durant la pause de midi, il était le point de rassemblement de la plupart des salariés qui travaillaient en journée hors brigade entre 12h et 14h à l'abri des intempéries, ou pour profiter du vrai soleil de midi sans le décalage horaire d'été.

Le muret devenait un grand banc public qui permettait aux filles majoritaires de regarder les personnes qui circulaient à pied ou en voiture sur la route, dont parfois une clameur s'élevait saluant le passage des personnes intimidés par le chahut qu'elles provoquaient d'autres au contraire saluaient avec un grand sourire ce qui avait pour effet d'effectuer une forte acclamation venant du banc.

Alors que d'autres entre collègues qui flirtaient chaudement allaient discrètement se planquer discrètement à l'intérieur de l'entrepôt dans les cages de récupérations des déchets de la découpe de carton en vrac.

N°4 Denis était le témoin privilégié des flirts frénétiques d'une nymphomane.

Denis qui avait sa pose en décaler à ces équipes de jour, profitait de ce moment-là pour effectuer le ravitaillement afin de rencontrer et de parler rapidement avec des copains de sortie du dimanche. 

Denis avait aussi repéré qu'une grande bringue brune, d'une vingtaine d'années plus proche de la trentaine, le cheveu long elle était dotée d'une belle crinière qui couvrait une bonne partie de son visage anguleux aux joues creuses garnies de petites taches de rousseur, un physique sans relief et longiligne elle avait en elle une élégance naturelle et le choc d'un mannequin de mode malgré la blouse mauve qu'elle portait. Elle était toujours engouffrée discrètement vers les cages durant sa pause de 12 à 14 heures et parfois après 18 heures, elle y faisait des apparitions en heures supplémentaires à son compte, elle se planquait dans un local contigu où étaient emmagasinées les chutes de papier cartonné de l'emboutisseuse que Denis actionnait, l'endroit était presque sombre seul la lueur d'un néon qui clignotait pouvait permettre de la percevoir dans son confortable nid ouatiné en cartonnage. 

Plus discrets qu'un cinq-à-sept dans un hôtel du coin ou dans un véhicule peu confortable style 2CV qui se serait balancée au rythme et en cadence suivant la densité de l'étreinte, ce qui n'était pas non plus sans risque pour se faire surprendre et de subir les commérages de toute la ville. Dans son cagibi, elle pouvait mener sans retenue et en sécurité ses flirts frénétiques.

Denis étant l'unique spectateur et utilisateur de cet entrepôt hors livraison. Il avait rapidement remarqué son manège parfois, il reconnaissait des collègues de tous les échelons de l'usine, tapi dans le noir sur le stock des balles de carton Denis assistait subrepticement à ses ébats débridés, sa gêne du début n'avait plus lieu, il profitait du moment sans aucune modération de cette bouillante éclate volcanique, cinq minutes de honte dans l'espace-temps de l'employeur, ce n'était que l'espace d'une respiration d'une virgule entre deux phrases sur une journée clouée à une machine de l'usine. Il n'y avait même pas lieu de recevoir un blâme  de son employeur. Denis s'arrangeait même à synchroniser la manutention des balles aux ébats amoureux pour être au meilleur poste d'observation, seule Jeannette aurait pu manifester un quelconque mécontentement suite aux disparitions impromptues sous le motif d'effectuer le ravitaillement des feuilles de carton ou d'aller vider le bac à moitié plein des déchets de la découpe de l'emboutisseuse dans l’entrepôt. Jeannette n'était pas dupe elle se doutait qu'il se passait quelque chose dans l’entrepôt sans pourtant essayer de s'informer auprès de Denis sur son agitation mystérieuse à vouloir dégager sans cesse les résidus de carton qui se faisait habituellement en quittant le service.

N°5 L’acquisition de la Flandria n'était pas l'affaire du siècle. Pourtant, elle était si séduisante et en plus elle était la meilleure alliée de Denis en le projetant à des kilomètres de sa ligne d'horizon de sa liberté.

Denis avait réussi au bout de quelques mois à économiser 350 Frs pour acheter la Mobylette sport Flandria d'occasion à l'un des fils de la famille Roche (voir n°8) cette Mobylette était une nouveauté et plus véloce que celle que Léon lui avait cédée et qu'il avait dû abandonner à sa mort sans trop de regret tellement qu'elle était feignasse à gravir la cime des côtes même en donnant des furieux coups de pédale, sa performance était proche à celle du Solex de mon amie Michelle. Alors que la Flandria quand elle était décidée, elle roulait à la vitesse du guépard et elle était aussi imprévisible qu'un mustang à diriger et à rester dessus, elle mugissait avec force et grand bruit, qu'elle eut tôt fait d'agacer, les bourgeois de Blanzac par les va-et -vient incessants dans les rues de la ville, Denis était devenu  le loup blanc un putain de prédateur de l'agglomération, alors qu'il avait seulement une grande soif de sa première liberté et le pouvoir de rencontrer des jeunes comme lui, mais à cause de ce maudit coiffeur suite à l'épisode avec Anne-Marie au lieu d'avoir eu l'élégance de garder cela que pour lui, bien au contraire, il avait vulgarisé pour maudire ce bâtard, dans une situation inverse s'il avait surpris un fils de bourgeois dans la même relation il n'aurait pas éventé l'affaire pour ne pas se faire durement anathématiser par les sommités de la bourgeoisie de la ville. Par contre, envers Denis il avait réussi à essaimer son clabaudage à toute la rue commerçante. À cause de ce LDP. Denis se savait maintenant sous étroite surveillance dans la ville. (n°8)

Denis était devenu un pestiféré des familles, dès qu'elles entendaient la moto qui zonait un peu trop près de chez eux, elles planquaient rapidement leurs filles de ce danger potentiel de séduction.
Souvent Il se posa la question s'il avait vraiment fait une affaire avec cette moto qui s’avérait être une grande malade avec son défaut récurrent, à chaud, il était impossible de la remettre en marche, il fallait sans cesse que Denis démonte la bougie qui perlait afin de la nettoyer, elle avait les symptômes du moteur qui avait trop chauffé. 

Sur Blanzac, nous étions une dizaine d'adolescents de 17 ans à 19 ans motorisés, nous étions le club des 49,9 cm³, des vrais casse-cous surtout à la vue d'une fille, tout était possible pour l’épater même d'imiter les motards Cinzano du tour de France, c'était à celui qui prendrait le plus de risques à faire des acrobaties debout sur sa mob à ce petit jeu René qui était le maillon faible de l'équilibre de la bande avec sa Mobylette classique, il se pelait souvent les genoux et coutait cher en pantalon déchiré.

N°6 Le Soir par beau temps les habitants n'avaient pas attendu la fête de la musique pour envahir la place.

Denis, avait trouvé un terrain de jeu de prédilection qui était de sauter une bosse au pied de l'église Saint-Arthémy, il avait organisé un concours à celui qui prendrait la bosse du parvis de l'église à fond pour décoller le plus haut possible tout en restant bien sûr sur la mob beaucoup se ramassaient des gadins heureusement sans gravité, ce qui n'était que l'affaire du Mercurochrome et de Saint Arthémy qui veillait sur leurs conneries. En soirée, la terrasse du café du père Boizard était aux premières loges en contrebas, il faisait recette grâce à ses pitreries, car sinon le soir dans cette ville, seuls les chats animaient la ville avec les chiens à leurs trousses, la télé n'avait pas encore envahi les foyers des ménagères et à la moindre distraction extérieure en soirée les habitants sortaient de chez eux pour admirer une nouvelle voiture ou un sublime tracteur tout neuf en stationnement pendant que les propriétaires buvaient des canons sur la place centrale proche de l'église.

Parfois, c'était un journalier agricole passablement alcoolique qui parcourait de ferme en ferme pour survivre. Ce monsieur avait déjà vécu d'autres vies plus heureuses, il ne sortait jamais sans sa trompette même bourré, il soufflait divinement dans son instrument, des mélodies harmonieuses que Jouvin n'aurait pas reniées un instant. Il était dans sa vie d'avant un ancien musicien, première trompette de l’orchestre du groupe philharmonique de Radio France. C'est suite à une grosse déception en amour avec son épouse qu'il aimait follement. Elle l'avait quitté pour convoler avec l'un de ses amis un violoniste très talentueux lui aussi. Le dimanche midi sans concert, ils s'invitaient à tour de rôle chez l'un où l'autre toujours accompagné de leur épouse. Quand un dimanche chez le trompettiste au dessert, son ami le violoniste lui a annoncé froidement les yeux dans les yeux qu'il allait se mettre en ménage avec sa femme, le trompettiste était resté scotché sur sa chaise tout d'abord il avait cru à une blague salace de la part de son ami, il a dû se rendre vite fait à l'évidence quand déjà son épouse avait en mains une valise qu'elle avait préparé le matin même pour partir définitivement de la maison sans aucune hésitation. Le trompettiste s'est retrouvé seul avec la femme du violoniste qui avait l'air de se retrouver la victime d'une situation qu'elle n'avait pas calculée, elle était là complétement hébétée et stoïque, ne comprenant rien à rien de cette descente aux enfers d'une violence aussi extrême.  

Chaque jour le trompettiste sombrer à devenir une loque.

Malgré son équilibre précaire il s'efforçait à rester debout et en mouvement il se refusait de s'asseoir, car pour lui, c'était un difficile chemin  de vouloir se remettre debout physiquement et mentalement.

Aux premières notes, la foule était là avec des applaudissements nourris elle  le suppliait toujours plus de continuer à jouer, quand il marquait un blanc, c'était pour vider son instrument rempli de sa bave, ensuite il repartait pour un tour en improvisant la (Paloma, le silence silencio, la Marie Jocombe ou petite Fleur) entre deux hoquets larmoyants, il interprétait aussi des airs joyeux ou tristes suivant son spleen ou son état avancé dans sa soûlographie à la niôle. À 22 heures deux gendarmes les empêcheurs de tourner en rond venaient abréger la soirée sous le prétexte d'un chahut persistant et qu'il était l'heure d'aller dormir, missionnaient par les bourgeois dont le patron de l'usine qui voulait que sa jeune main-d'oeuvre ouvrière soit en en pleine possession de leur moyen le lendemain matin à leur poste.

 

N°7 les personnes catholiques s’empressèrent de le juger sévèrement, car il ne respectait pas sa promesse de chasteté et alors ! Il n'était tout simplement qu'un homme normal vivant en ménage discrètement à Angoulême. Lui au moins il foutait la paix aux enfants du cathé de la paroisse.

 Parfois dans ce genre d'attroupement, les informations et les derniers potins de la semaine fuitaient sans censure, quand elle ne s'amplifiait pas. Cette fois-ci, c'était tombé sur l'abbé de la paroisse qui en prenait plein la soutane, paraît-il qu'il ne respectait son vœu de chasteté. Il vivait une double vie en couple qu'il cachait à Angoulême, l'information avait été divulguée par le sacristain qui avait certainement quelques déboires purement pécuniaires concernant le partage de la quête et du tronc de l'église avec l'abée. Le sacristain qui était la bonne à tout faire de l'abée avait mis la main sur un courrier compromettant en nettoyant la 2 CV de celui-ci, cette nouvelle avait créé un émoi dans toute la ville et villages environnants. La discrète gouvernante connaissait depuis longtemps cette situation, mais elle avait fait le vœu de ne pas le divulguer, même s'il le fallait le jurer sur la chevalière de monseigneur l'évêque. Les groupies de l'abbé ne l'avaient pas lâché non plus, au contraire toujours plus nombreuses malgré l’infâme nouvelle, elles faisaient bloc sachant qu'elles avaient maintenant une chance face à cet homme devenu vulnérable elles devenaient plus entreprenantes sachant que l'abée pouvait pratiquer le péché de chair. 

Chaque matin elles venaient lui offrir leur soutient avec les plus belles roses, les arums et les Lys blancs pour la pureté et l'innocence, ou des glaïeuls et pivoines rouges la couleur du sang du Christ pour les détractrices et les traites, l'ensemble de toute cette magnifique flore était cueilli dans leurs jardins respectifs suivant la saison, c'étaient leurs époux après le boulot qui plantaient et entretenaient avec infiniment de patience et d'amour pour leurs épouses turpides, qui elles s’empressaient d'aller les offrir au séduisant curé, après chaque confesse elles se proposaient même pour des petits services comme épousseter les objets de l'église sans oublier la statue de Marie et de Saint-Antoine afin d'avoir un parfait alibi pour rester le plus longtemps possible accrocher à la soutane noire de leur homme divin. 

Parfois le mercredi soir quand la télé en était au début de ses balbutiements dans la ville et que le temps était au beau, Denis accompagnait Madame Revignon et Élisabeth sa gamine chacun avec sa chaise en main Ils s'invitaient chez la cousine de madame Revigon pour regarder « la piste aux étoiles », assis dans la cour de la maison, la télé était placée dans l'encadrement d'une fenêtre, ils étaient une quinzaine à participer à la soirée de variété du cirque avec Marcillac a la commande du micro.

À chaque fois qu'un engin motorisé circuler dans la grande rue, l'image était totalement parasitée durant son passage, ce qui avait pour effet de faire monter une clameur générale des téléspectateurs en plein suspens qui s'inquiétaient du sort de ce pauvre acrobate qui à ce moment précis effectuait une voltige dans les airs tout là-haut dans le vide allait-il pouvoir rattraper le balancier en mouvement..?

N°8 René et Denis sont deux amis et deux casse-cous pour le pire et le meilleur. Ils vivent leurs premiers bals. Quant à Alain il était la victime heureuse de son charme auprès des filles et que les garçons lui enviaient.

René et Denis étaient devenus les meilleurs amis au monde souvent ensemble comme deux frères. René travaillait, lui aussi chez Ballutaud et on devinait facilement à quel poste qu'il sévissait, car il portait sur sa main droite les stigmates des brûlures en demi-lune de cette fameuse sertisseuse qui effectuait les ourlets à chaud des boîtes cartonnées de fromage si la personne n'était pas assez prompte pour enfiler les anneaux dans la machine elle lui brûlait la main comme pour la rappeler à l'ordre que ce n'était pas le moment de relâcher son effort.

Les samedis de l'été, quand ils étaient de l'équipe du matin, l'après-midi, ils allaient à la piscine du Pontaroux en limite du département de la Charente et du Périgord proche de la commune de Villebois Lavallette et son château le petit Versailles charentais.
Parfois, ils poussaient aussi jusqu'à la base de loisir au grand étang de Saint-Estèphe en Dordogne, ils passaient le samedi soir et le dimanche à avaler des kilomètres d'asphalte, ils rentraient le soir tard dans la nuit fourbue avec une grosse envie de dormir, par moments leurs yeux se fermaient sans préavis malgré l'air frais qui leur fouetté le visage, au moindre relâchement du guidon la Mobylette, profitait pour emprunter des curieux raccourcis à travers les champs de maïs ou de tournesols qui fouettaient le conducteur pour le réveiller et reprendre l'engin en main heureusement sans gravité sauf pour les vêtements qui s'en sortaient rarement indemnes.

La pire fois, était pour René alors qu'il faisait la course avec Denis un moment d'inattention, il avait improvisé une roulette russe dans une importante intersection qu'Il a traversé une grande route nationale prioritaire comme une balle, il a regardé sa gauche et s'est à droite qu'une DS Citroën est arrivée heureusement ! René n'a pas hésité, il n'a surtout pas freiné, il est passé à fond comme un damné droit comme un i en ignorant le véhicule qui dans un crissement effroyable de pneus fumants s'est immobilisé en faisant un travers au milieu du carrefour alors que les autres usagers donnaient des grands coups de volant en appuyant comme des forcenés sur la pédale de frein de leur véhicule en donnant du Klaxon continu, comme pour justifier le degré de leur colère, ils ont tous évité par bonheur le grand carambolage en restant tous sur l'asphalte. Le conducteur de la DS et son épouse étaient dans un état de frayeur et de stress incontrôlables, elle était devenue complétement hystérique lui il braillait les poings en l'air en direction de René. Denis s'était arrêté il était  aux premières loges pour constater la folie que René avait provoqué en se demandant comment avait-il pu se sortir indemne de ce pêle-mêle.  René, c'était arrêté pour reprendre ses esprits en attendant  le retour de Denis. Le couple de la DS se rapprocha de Denis pour se défouler sur lui en se faisant violemment tancer par le couple qui le prenait à témoin en pensant que lui aussi, il était aussi barge et aussi kamikaze que celui qu'il venait de leur couper la route. Denis avait du mal à calmer le couple, il avait beau leur dire qu'il ne connaissait pas ce malotru, il dût quand même prendre la tangente pour ne pas essuyer les poings en plein visage du conducteur et voyant les autres usagés, qui avaient pris parti pour le couple s'agglutinant autour de lui, Denis, perdait son temps à vouloir essayer de les convaincre ces personnes avaient bien compris qu'il était avec René qui cent mètres plus loin sur sa mobylette avait pris conscience à ce qu'il avait échappé, il attendait tout penaud tremblant, il était pris d'un stress violent, une sueur dégoulinante provoquée par une forte montée d'adrénaline d'être passé aussi-près de la porte glaciale de Saint-Pierre qui avait eu cette fois la sagesse de ne pas lui ouvrir pour lui éviter une chute mortelle. Denis se sentant menacé il avait gardé le moteur en marche de sa Flandria à un moment il trouva un trou de souris comme échappatoire il se lança à toute vitesse dans ce passage malgré le mouvement de certaines personnes voulant l'empêcher de s'enfuir, mais devant la détermination de Denis de foncer quoiqu'il arrive les personnes n'ont pas persisté à vouloir lui bloquer le passage. Voyant que des automobilistes tenaces allaient les poursuivre, il ordonna à René un peu dans le coaltar de le suivre à la roue, après avoir passé une grande courbe ne laissant plus aucune visibilité possible aux poursuivants, ils quittèrent la route brutalement pour emprunter un petit sentier à travers bois qui dépista définitivement les poursuivants.

Huit jours plus tard, c'était au tour de Denis d'avoir la frayeur de sa vie, la roue arrière de sa moto s'était décrochée en pleine descente alors qu'il était à fond à 90 km/h sur la route de Blanzac, une route bordée de platanes, impossible de garder le contrôle de son engin qui slalomé entre les arbres heureusement sans les heurter, il avait l'impression de faire du rodéo sur une vache enragée qui voulait à tout prix le désarçonner la bagarre s'est terminée en contrebas après avoir fracassé une haie de troènes  pour aboutir dans une prairie au milieu d'un troupeau d'une dizaine de vaches affolées qui partait dans tous les sens dans un bruit sourd de sabots et de beuglement. Ce mouvement de panique autour de Denis et de sa moto fumante n'était pas sans risque non plus, il fallait très vite qu'il se sorte de ce piège idiot alors qu'il s'était sorti de son rodéo improvisé sans aucune égratignure et sans détérioration importante de la moto pour maintenant se faire, encorner ou lourdement piétiner  par du bétail incontrôlable. À l’abri Denis scruta le ciel en levant son bras droit douloureux tout en s'adressant à lui "Toi, là-haut aujourd’hui, tu m'as franchement à la bonne."
Une autre fois en rentrant d'une soirée agitée et bien arrosée dans une nuit sans lune René et Alain filaient droit devant eux sans s'apercevoir que Denis avait décroché, c'est à une intersection que les deux comperes découvriront son absence, sachant que la Flandria de Denis était joueuse et capricieuse avec ses micros pannes, ses deux amis décidèrent de l'attendre en bordure de la route en pensant que dans les 5 minutes suivantes qu'il pointera le bout de son nez, mais au bout de la demi-heure ne voyant toujours rien venir, ils décidèrent de revenir sur leurs pas, c'est 5 km plus loin, qu'ils retrouvèrent enfin Denis dans une drôle de posture dans une béatitude inconsciente il s'était endormi en restant assis le corps couché sur le réservoir de la Flandria qui était retenue par les deux côtés d'un fossé profond avec de l'eau qui lui arrivait jusqu'aux genoux, aucune blessure apparente pas une égratignure seule la Mobylette avait considérablement morflé au niveau de la fourche avant qui était faussée, les amortisseurs bloqués, le phare scrutait le ciel cherchant une hypothèse bonne étoile qui protégeait. Le moteur de la moto était dégoulinant d'eau, pourtant il est reparti du premier coup de kick ce qui était surprenant pour cette machine au démarrage capricieux. Les deux compagnons encadrèrent cette fois-ci Denis jusqu'à son domicile qui avait un mal fou de tenir son engin en ligne droite avec le guidon faussé qui tirait à droite avec un phare qui éclairait la cime des arbres.

Les sorties en hiver de René et Denis étaient de se rendre le dimanche après-midi au dancing de Ma- Campagne ou au Ranch de Bourgine à Angoulême, alors qu'en été La bande s'étoffait jusqu'à huit individus, ils parcouraient en groupe toutes les frairies des villages à 60 km à la ronde Alain le fils de l'assureur un élégant bipède d'ailleurs, il était le plus beau gosse de la bande, au minois fin presque androgyne, il était parfait et toujours souriant aux yeux bleus, le cheveu court blond et gominé à la brillantine huileuse "Roja Flore". Il raflait toutes les plus belles filles, dans la bande, c'était carrément l'écœurement tellement pour lui, c'était facile, il pouvait accumuler plusieurs conquêtes féminines instantanément dans une même journée et ce n'était pas des cageots, alors que ses copains avaient déjà tant de mal à séduire déjà celle-ci . N'en pouvant plus des petits malins l'envoyaient volontairement vers une autre frairie pour se donner une chance de séduire en toute quiétude   pendant son absence. Dans la bande il n'y avait pas que des garçons délicats et élégants qui au contraire se comportaient comme des branleurs ou en kakous rustauds de la ruralité comme n'étant jamais sorti de leur hameau, ils commençaient bruyamment par faire quelques tours de voitures tamponneuses pour se montrer aux filles en les shootant brutalement  accompagné souvent d'un bras d'honneur et de coups sans vergogne à répétition de chocs frontaux avec leur voiture ce qui avait pour effet de soulever les filles brutalement de leurs sièges sous l'effet du choc, c'était pour eux une façon virile pour faire des rencontres avec elles. C'est du moins ce qu'ils pensaient, en allant après s'excuser sournoisement de leurs lourdes maladresses, mais les guêpes n'étaient pas dupes et en retour, c'était une bonne claque qui était la réponse adéquate de bienvenue. 

La bande était constituée de faucher et de riche, mais surtout radins, il y avait toujours le souci de l'argent, il devait choisir le verre de blanc à la buvette pour se désinhiber de leur timidité ou d'entrer directement au bal populaire en payant l'entrée. Un stratagème avait été mis sur pied pour rentrer gratuitement dans le bal la bande au complet cotissait pour participer à l'entrée de deux ou trois personnes de confiance, elles devaient ensuite ressortir discrètement l'une après l'autre chacune après la demi-heure feignant de se rendre à la buvette extérieure afin de créer un mouvement d’aller et de retour à l'entrée Denis les attendait avec le fameux sésame pour faire rentrer le reste de la bande au compte-goutte, armé de son tout nouveau stylo à cinq couleurs qu'il venait d'acheter pour la bonne cause surtout pour son encre violette qui était la teinte la plus utilisée avec le rouge pour le cachet d'entrée, Denis reproduisait discrètement un gribouillis de la même teinte en dessous du poignet droit pour chacun de ses copains. Après il leur suffisait discrètement d'entrer un à un quand il y avait foule à l'entrée sachant que la personne bénévole qui veillait aux entrées n'était pas un aigle de la physionomie.

Denis était souvent invité à manger chez les parents de René. Ils habitaient une maison de ferme coquette et tranquille appartenant au père Gauduchot « voir n°8 » dont le papa de René était son journalier. Il avait des poules et des lapins et un potager autour de la cour de la maison elle était située dans les fins fonds de la campagne de Bécheresse proche de Blanzac en prenant une route communale étroite et sinueuse avec des hauts et des bas comme la plupart de ces anciens chemins à brouette de la Charente qu'ils n'ont même pas eu l’intelligence d'élargir et de transformer pour que deux véhicules puissent se croiser correctement sans avoir à rouler sur le bas-côté en longeant les profonds fossés qui étaient souvent la source de nombreux accidents mortels, ils avaient seulement bitumé en l'état le chemin à charrette, Pour en faire une route étroite et sans visibilité au mépris de la sécurité.

Les parents étaient d'une gentillesse esquisse ils étaient très âgés par rapport aux 19 ans de René et surtout aux 17 ans de sa sœur.

René faisait partie d'une grande fratrie se composant de deux sœurs et de quatre frères il était l'avant-dernier sa sœur Karine étant la benjamine de la famille entre son frère Yvon l'ainé de la famille, ils avaient plus de vingt-deux ans d'écart. "Henriette dite Karine" car elle ne supportait pas ce prénom d'une autre génération qui n'était pas un prénom à porter à son époque pour une jeune fille nouvelle vague, il est vrai qu'elle était déjà plus moderne et plus évolué, son monde à elle allait plus vite avec une soif de vouloir tout avaler immédiatement alors que René et Denis faisaient déjà vieux jeunes malgré la petite différence d'âge de 2 ans qu'ils avaient avec Karine. On entrevoyait une autre génération, elle était déjà branchée, chanteurs anglais qu'elle écoutait en boucle dont les premières chansons de Léonard Cohen que Denis avait en horreur trouvant la voix de ce chanteur monocorde et sans entrain et d'une lenteur désespérante sous l'effet d'un somnifère ou d'un Largatil bien dosé. Denis lui préférait Elvis avec son rythme endiablé et ses poses lascives ou un Frank Sinatra crooner dont il était fan. Concernant les goûts de son frère René qui était une personne d'une nature mélancolique qui baignait dans les chansons mélodrames avec la “Céline” (H. Aufray) ou de la “marie-jeanne de( j. Dassin) qui s'était jetée du pont de la Garonne” ou encore “les trois dernières minutes” et la “plage au romantique” de (P. DANEL) Lui il n'en était resté au cha-cha-cha alors que Karine se tortillait dans son hula hoop au moindre son d'une guitare électrique qui envoyait un twist endiablé, alors les deux compères pour montrer qu'ils étaient, eux aussi, modernes ils faisaient hurler le transistor pour écouter les derniers Yéyés du hit-parade de la fameuse émission “salut les copains” sans en faire des tonnes, car l’hystérie était bien contenue chez les deux amis et ce n'est certainement pas les contorsions de Karine qui dansait furieusement le jerk qui allait donner l'envie au deux complices de prendre le risque de se déboîter une hanche...



A suivre