Épisode N°9 le malheur a fondu sur René en éteignant brutalement son royaume de lumière.

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Mauvais karma...

Chapitre n°1 Séjour à l’hôpital de Girac à cause du diable.

Denis avait plutôt mal démarré l'année de ses 18 ans une seconde de distraction et voilà qu'une roue de son diable s'est encastrée dans l'énorme nid-de-poule du sol en béton de l’entrepôt qu'il avait su pourtant éviter depuis une année. Il essaya de toute son énergie de se dégager de ce piège en maintenant le dévers du diable, mais la charge de la balle de 100 kg avait plutôt une envie folle de se déverser totalement, Denis en plein effort arriva à redresser la balle de cartonnage et à ressortir la roue du diable du trou en tirant sur le chariot comme un bœuf, mais à ce moment-là, il ressentit une terrible décharge électrique dans le bas-ventre qui lui arrachât un hurlement de douleur. Personne ne pouvait l'entendre son cri était couvert par le raffut de l’emboutisseuse Denis ne pouvait compter que sur lui-même proche de 20 heures l'usine était presque déserte même la gracile et chaudasse nymphomane avait quitté son nid à câlin dans son cagibi, de toute façon elle n'aurait certainement pas bougé pour ne pas se trahir, Denis devait donc se sortir seul de cette situation douloureuse dont il s'était fourré.Il réussit à se trainer en s'aidant du diable comme déambulateur pour retrouver son atelier grimaçant de douleur sous une pluie de jurons, Jeannette sa discrète équipière s'était enfin autorisé à lever la tête, juste un instant, satisfaite de revoir Denis après cette absence inhabituelle pour ravitailler sa machine qui était en limite de rupture, elle comprit que Denis n'était pas au meilleur de sa forme et que le chargement s'était mal passé en apercevant le rictus et la sueur qui dégoulinait le long de son visage, rapidement elle analysa la situation et lui proposa spontanément son unique tabouret de l'atelier pour que Denis puisse attendre les vingt minutes restantes de la journée. Elle lui prépara un verre d'eau avec deux cachets d'Aspro qu'elle avait dénichés dans la boîte de première urgence, elle assuma pendant les dernières minutes les deux postes, sa faiblesse en muscle était largement compensée par une volonté farouche qui lui offrait une puissance incroyable, elle alimentait sans brancher le panier de la découpeuse en assemblant les grandes feuilles qui faisaient deux fois son poids, la machine ne devait surtout pas s’arrêter sous aucun prétexte avant 21 l’heure qui était l'heure de la débauche pour ne pas activer l'alarme de la panne. Jeannette après avoir mi-toutes les machines et la lumière en off elle a traîné son collègue à son vestiaire puis l'a attendu d'interminables minutes pour l'aider à sortir de l'usine. Elle l'épaula avec force et vaillance pour qu'il puisse traverser la route à cloche pied enfin face à l'escalier, madame Revignon toujours nimbée de son auréole était à sa fenêtre s’inquiétant du retard inhabituel de son pensionnaire. Elle comprit rapidement que quelque chose n'allait pas, paniquée elle descendit son escalier deux par deux en toussotant, dans la nuit, on pouvait entendre aussi son rythme élevé d'essoufflement, en bas elle s'empressa à lui offrir sa frêle épaule salvatrice afin de permettre à Denis de gravir les marches, il n’osait pas s'appuyer sur cette épaule généreuse, mais ô combien fragile sous la force de son appui, Denis aurait pu faire vaciller sa tutrice, Jeannette toujours présente voyant les précautions et les scrupules que Denis avait à s’accrocher à sa bienfaitrice ne se posa aucune question telle à un rugbyman entrant dans une mêlée, elle poussa Denis dans le dos avec son épaule sans relâcher l'étreinte. L’attelage des deux frêles femmes associées dans le même effort était devenu un moteur si puissant que les soixante-dix kilos de la victime passaient de marche en marche sans aucune halte jusqu'à atteindre l'acmé de l'escalier, elles le propulsèrent directement sur son lit. Avant que Denis puisse reprendre ses esprits de cette ascension douloureuse. La discrète et vaillante Jeannette était déjà repartie sans avoir été remerciée. Madame Reviguon n'avait pas perdu de temps pour préparer à son pensionnaire un bouillon Kub aux vermicelles bien chauds avec de l'aspirine afin que Denis puisse fermer un œil et passer une nuit sans trop souffrir, ce qui ne fut pourtant pas le cas, la nuit n'était qu'un parcours de douleurs et de lancements lancinants ressemblant à un déchirement à vif du bas-ventre. Le lendemain matin après avoir préparé sa gamine Élisabeth pour l'école, sachant que la nuit de son pensionnaire avait été périlleuse et très douloureuse, elle alla frapper de ce pas alerte chez son voisin le médecin qui était à quelque pâté de maisons de chez elle, pour qu'il vienne ausculter et soulager Denis en toute urgence. Le verdict ne fut pas très long à attendre Denis avait une hernie inguinale à l'aine droite. L'heure suivante l'ambulance des pompiers étaient en bas de l'immeuble de madame Revignon. Denis était déjà sur la civière portée par quatre soldats à la cadence militaire pour descendre l'escalier qui la veille au soir avait été si pénible à escalader. A l'hôpital de Girac d'Angouléme Les 24 heures suivantes le réveil fut si tumultueux qu'elles avaient fixé Denis avec des sangles sur un lit, dans la chambre fourmillaient des religieuses hospitalières de tout âge des marrantes, des revêches elles assumaient le rôle d'agents hospitaliers, que Denis insultait copieusement dans l'attente de sa libération de ses liens. Elles avaient eu l'air d'apprécier leur jeune patient pour le garder au chaud pendant deux semaines chaque matin avant le petit déjeuner, elles ponctionnaient son sang avec une grosse seringue, elles avaient certainement dû cacher dans le sous-sol de cet hôpital Carmilla la vampire amie de Dracula qu'elles abreuvaient du sang frais seulement du groupe O+. Les visites se limitaient à son ami René l’indéfectible, avec deux copines qu'ils avaient rencontrées, huit jours avant son hospitalisation, au dancing du Ranch de Bourgine d’Angoulême. Elles n'étaient pas très grandes par contre, l'une prenait toute la lumière sur l'autre comme, c'est souvent le cas entre deux copines, la plus mignonne est souvent accompagnée d'une plus laide sans savoir exactement laquelle bénéficie au mieux de cette relation amicale si c'est la moche qui profite de l'aura de sa copine qui attire les garçons pour profiter de ces rencontres qu'elle ne pourrait avoir si elle était seule. Pourtant s'était souvent la copine de l'ombre qui était la plus futée et qui savait magner l'humour avec dextérité comme si elle devait absolument compenser son physique disgracieux par une tête bien remplie et bien à l'heure, la relation avec les deux garçons en était qu'au stade de la franche camaraderie. Assise sur le bord du lit la fine équipe s’efforçait de raconter des blagues ou des situations vécues loufoques, juste pour voir Denis se torturer de douleur pour rire. Dehors les beaux jours commençaient à persévérer alors que le séjour commencé à devenir pesant dans cette chambre de l'hôpital qui empestait l’éther que Denis partageait avec deux autres patients dont un jeune chasseur qui s'était envoyé par maladresse une décharge de chevrotine sur la cuisse et le mollet droit en chutant, sur son fusil armé, sa jambe était en charpie ressemblant à un steak haché purulent, la cicatrisation était d'une lenteur désespérante, déjà plus de trois mois qu'il était dans ce lit, à chaque soin la sœur infirmière récupérait les plombs qui remontés sans cesse tous les jours a l'aide d'une grande pince à épiler, qu'elle lâchait méthodiquement un à un dans une écuelle en émail de la forme d'un haricot, toute la chambre pouvait compter la capture de la journée, l'instant était irréel comme sorti tout droit d'une intrigue hitchcockienne. Comme disait son chirurgien, la chasse est un loisir à double détente dont la seconde est à haut risque ». Le second patient était atteint d'une prostate sa poche d'urine transparente accrochée sur le rebord du lit indiquait par sa couleur d'un proche avenir sombre pour ce sexagénaire, il avait pourtant le moral à toute épreuve lui qui subissait une grande gêne pour effectuer seulement un petit pipi, il disait « le pire dans ma situation, ce serait encore de devenir impuissant ». Pour passer le temps Denis allait rafler dans les salles d'attente des revues pour la chambrée, elles n'étaient pas très fraîches et elles devaient certainement contenir un bouillon de culture de tous les microbes qui squattaient l’établissement, les dates des revues n'étaient pas des plus fraîches, elles étaient toutes fripées et biscornues où chacun des lecteurs s'était servi en prélevant une page entière, ce qui rendait une lecture approximative de celle-ci, sans parler du livre de vente par correspondance d'Armes et Cycles de Manufrance qui était en partie bien dépouillé de ses pages des cycles et des motos, ainsi que celles des sous-vêtements féminins. Concernant l’illustration du loisir quelques pages avaient résisté aux mauvais traitements dus aux heures interminables de l'attente des patients dans ces vieux locaux aux murs jaunis de vieillesse, l’atmosphère était lourdement chargée par cette unique odeur médicamenteuse et de l’éther mêlé parfois au sang séché, l'ensemble vous virez tous vos sens, à perdre de votre superbe en vous rendant vulnérable auprès des agents hospitaliers qui savaient utiliser ce moment pour affirmer leur emprise et vous infantiliser en balançant des réflexions désobligeantes venant de ces cerbères de bonnes sœurs acariâtres et revêches blindées contre la douleur, elles traitaient les malades de « poules mouillées » Après ce genre de réflexion, chacun serrait les dents et gardait sa douleur en silence pour ne pas devenir la risée et la hantise de ces dames de foi qui avaient l'air d'ignorer l'indulgence envers leurs patients, chacun pour échapper à sa douleur essayait de deviner le mal du voisin de chaise en le surveillant scrupuleusement, si son comportement dévoilé un indice par un visage grimaçant, afin de deviner son degré de douleur sur une échelle de 1 à 10, si sa main appuyait fortement l'endroit douloureux tel à un garrot pour extirper et témoigner de l'intensité de la douleur. Assis trois chaises plus loin un adolescent non accompagné, d'allure négligée et mal fagotée dans des vêtements déchirés limites crasseux. Il avait une plaie à son poignet gauche qu'il aspirait comme s'il ne voulait pas perdre une goutte de son sang qu'il avait pourtant du mal à contenir, voir l'abondance de la source qui refusait de se tarir, parfois, il levait la tête pour lécher les abords de sa plaie, ensuite, il s'essuyait aussi le contour de sa bouche goulûment à coups de langue, comme s'il venait de boire son bol de lait tiède du matin. C'est à ce moment-là qu'une porte s'ouvrit brusquement et qu'une infirmière le prit sans ménagement par le bras valide pour le diriger en direction d'un bloc de consultation. Le jeune chasseur voisin de la chambre de Denis, malgré son état grave, se délectait encore à regarder les fusils de ce catalogue dont il était incollable sur leurs performances et leurs munitions. Denis était surpris par son enthousiasme, comment pouvait-il encore avoir cette frénésie passionnelle pour cet objet diabolique qui allait certainement lui pourrir définitivement sa jambe...


Chapitre n°2 René a changé d'époque, il joue maintenant la cucaracha" à cinq tons sur quatre roues...

Enfin au bout de vingt jours, la cheftaine des bonnes Sœurs avait décidé de libérer Denis de l'hôpital avec en poche une convalescence de trois semaines qu'il devait passer chez le couple Revignon, ce n'était pas facile de rester à ne rien faire de la journée quand la chambre devenait chaque jour un peu plus petite, les potes ou les copines étaient au travail ou à l'école. René pendant le séjour de Denis à l'hôpital avait réussi à décrocher son permis VL du premier coup. La grange de ses parents fut vite débarrassée de sa charrette bleue hippomobile pour laisser place à sa Princesse, René venait de franchir un nouveau siècle grâce à l'acquisition de cette belle Dauphine blanche Renault d'occasion les week-ends ne seraient plus les mêmes. En semaine, ses déplacements ne changeaient pas, il continuait à se rendre à l'usine qu'il pleuve ou qu'il fasse beau avec sa Mobylette noire alors qu'il aurait pu faire, lui aussi l'aspirateur à gonzesse comme beaucoup de ses collègues qui venaient marauder autour de l'usine en voitures diverses, équipées du Klaxon optionnel à l'Italienne à 5 tons « la Cucaracha » pour se faire bien voir...C'était un défilé de voitures diverses, Dauphine, en 4 cv, en Simca 1000, en Aronde, en 203 Peugeot, en Panhard Pl 17 Triumph cabriolé, elles étaient toutes là, sauf une, celle de René l'anti-frimeur, pourtant s'il avait pu savoir, la frime lui aurait fatalement changé, son destin.


Chapitre N°3 Les Blousons noirs la peste noire. 

Ils n'aimaient personne, ils étaient seulement solidaires aux membres de leur bande. Ils n'avaient qu'un but précis nous pourrir nos soirées dansantes. Les sorties du samedi soir et du dimanche avaient pris une autre allure et surtout de l’amplitude en distance René était subitement de plus en plus sollicité par des copains et collègues alors qu'avant ils n'étaient même pas calculé. Tous devenaient très généreux pour participer au plein de carburant dans le but d’obtenir la faveur du conducteur pour s’installer à l'intérieur du véhicule. René aurait pu garnir un harem avec toutes les sœurs et amies de ses nouveaux copains, il aurait pu aussi construire un terminal de carburant tellement que l'offre était plus abondante que ne pouvait contenir le réservoir de la Dauphine. Denis avait d'office la place du mort, il était le passager incontournable le V.I.P, des week-ends. Le département de la Charente était devenu étroit pour leurs ambitions de courir après tous les coups de, "je t'aime", ils ne voulaient surtout pas en perdre aucun. Sauf que parfois, des mauvaises rencontres avaient lieu, la peste noire de l'époque les bandes rivales des grandes villes les Blousons Noirs qui s'affrontaient dans les bals des campagnes en lieu neutre. Un samedi soir, deux bandes avaient décidé de se rencontrer au bal de Chadurie qui était à cette époque un haut lieu de la drague très couru par toute la jeunesse de la région, mais ce soir-là les intrus avaient décidé de nous pourrir cette satanée soirée. Deux bandes de Blouson noirs les plus scélérates des bandes celle de Bordeaux était l'une des plus redoutables et coriaces, et celle du Bel Air d’Angoulême, la plus violente et la plus vicieuse. Il n'était pas rare que certains membres de la bande rentraient sur une civière. Pour cette soirée ils avaient décidé de bien leur pourrir, leur but majeur de s'affronter à mi-chemin et loin de leurs gendarmeries dont elles dépendaient, elles employaient toujours le même scénario la provocation pour déclarer les hostilités. Ils venaient à trois ou quatre membres, car l'union fait la force, sur un couple qui dansait de la bande adverse, ils forçaient la fille à danser avec l'un d'eux ce qui évidemment provoquait une altercation générale entre les deux meutes qui n'attendait que ce prétexte pour s'enflammer, à grands coups de latte et ils ne se limitaient pas à la bande adverse, toutes personnes autour étaient servies face à la vingtaine d'individus membres des deux bandes, la rixe n'était pas équitable, Car elle impactait tous les autres jeunes et les organisateurs qui se planquaient sous les tables ou utilisaient les chaises comme bouclier il fallait vite déguerpir et s’extraire des tentacules de la bête monstrueuse qui vous happait pour vous attirer dans le noyau dur d'une orgie sanglante où se frittaient allégrement les durs des deux bandes, les chaînes de vélo virevoltaient à bout de bras telle une débroussailleuse, elles s'accrochaient souvent une chaise qui servait de bouclier ou prenait le bras de protection de l'adversaire qui lui arrachait un cri d'atroce douleur, les poings américains et les couteaux à cran d'arrêt n'étaient pas en reste sorti des poches ça ne lésinait pas à faire couler le sang, le combat rapproché était d'une telle violence que les canines et les molaires volées, les boutonnières au ventre ou au bras à l'arme blanche n'étaient pas des semblants d'égratignures. Au loin, les valeureux gendarmes jouaient de la sirène en avançant à la vitesse réduite d'un vélo afin que les assaillants partent avant leur arrivée, mais cette fois, ils étaient trop chauds trop haineux, trop impatients à vouloir donner des coups avant de partir comme une volée de moineaux affolés au son de la sirène, cette fois bien au contraire, ils avaient décidé de rester là à attendre sur le parc à voitures, plus la sirène se rapprocher plus les deux bandes se fondre l'une à l'autre pour ne faire plus qu'une dans le but de faire cause commune à l'arrivée de la douzaine de gendarmes, ils avaient décidé de s'offrir les gendarmes à mains nues en guise de dessert. La marée chaussée avait à peine posé les pieds à - terre qu'ils foncèrent vers l'attroupement sur le parking sans distinction à coups de sifflet et de matraque, l’escouade des gendarmes tapait sur tous les bipèdes qui étaient à bout portant de leurs bâtons, les gendarmes furent vite pris à partie par les deux bandes et le public devenu lui aussi victime malgré lui du matraquage en grande envergure et sans distinction. Les coups de poing fusaient allaient en tous sens, les chaussures à talons aiguilles à la main, les filles s'étaient mêlées, elles aussi à la bagarre, elles étaient d'ailleurs les plus teigneuses des redoutables guerrières contre les gendarmes. Elles faisaient voler leurs képis en s'appliquant pour les faire tous atterrir sur l'eau du lavoir jouxtant le parc. Certains gendarmes avaient été aimablement conviés par la foule à aller prendre un bain pour récupérer leurs képis. Il a fallu l'arrivée avec grand bruit d'une rafale en l'air d'une arme à feu d'une autre brigade d'une commune voisine appelé en renfort pour obtenir la fin des hostilités. Mais, déjà, les deux bandes s'étaient évaporées profitant que la foule était entrée en action contre les gendarmes. C'était au tour des pompiers de rentrer dans la danse pour compter les points et pansaient sur place les blessés légers, les plus sérieux dont les grandes plaies, ils étaient acheminés directement vers les hôpitaux des alentours. Les gendarmes finirent enfin à ramener l'ordre avec autorité en prenant soin de charger dans le panier à salade, le maximum de personnes qui n'étaient que les badauds la plupart profondément alcoolisés de Montbazillac, qui d'ailleurs n'avaient pas participé à la rixe étant restés en permanence à une table de la buvette pour boire des canons à la santé du spectacle qui leur était offert gratuitement. Sachant par avance comment allait se terminer ce genre de rencontre entre deux bandes, René et Denis et leurs accompagnants avaient vite dételé voyant que les gendarmes venaient de plus en plus nombreux et devenaient de plus en plus coléres et rugueux leur choix devenaient très aléatoires pour cibler les personnes dans la foule.
Les Blousons noirs responsables de cette baston, aussi malins que des renards, avaient sue se volatiliser en n'oubliant personne de leur meute sur place même leurs blessés, ils avaient pris la tangente discrètement en oubliant de saluer la foule, ils étaient déjà loin avec leurs voitures bondées dans cette nuit agitée qu'ils avaient bien réussi à pourrir chez les péquenauds.

Chapitre N° 4 Germine un doux mirage, mais aussi une Arlésienne qui fait beaucoup vagabonder sans jamais pouvoir la rencontrer.


C'était un dimanche sans René prit par l'invitation familiale avec ses sept frères et sœurs, Denis était tombé par hasard sur la kermesse de l'école familiale et ménagère de Blanzac, les pensionnaires n'étaient que des jeunes filles de 16 ans à 18 ans, c'était le lieu unique qu'il ne fallait pas manquer ce jour-là pour un jeune homme, la seule journée annuelle que la porte de cet établissement était ouverte au public, tout comme le rituel symbolique de l'ouverture de la Porte Sainte au Vatican. Les pensionnaires proposaient leurs travaux de décoration en argile, cendriers, pichets ou des personnages et santons en plâtre de la broderie, canevas des chapeaux de lampe, les pieds de lampe en bois décorés, des carnets de poèmes et de nombreuses babioles que toutes jeunes filles devaient savoir pratiquer quand elles quitteraient le centre. La kermesse servait à vendre tous ces objets de décorations pour récupérer une cagnotte afin d'offrir une excursion d'une journée à la dune du Pilat à Arcachon avec un repas assuré au meilleur restaurant de fruits de mer des environs arrosé d'un bon Entre-deux-mers. Denis était tombé subitement raide dingue face à une créature habillée d'un grand sourire, des yeux noisette émancipés, des cheveux bouclés aux reflets roux et, or. Il ne pouvait pas non plus esquiver son 1m70 de malice. Denis comme statufié ne bougeait plus, hypnotisé, il avait l'impression qu'elle avait prise le contrôle de sa personne, une sensation du coup de foudre spontanée qui vous attire comme un aimant sans vouloir s'en détacher tellement que cet instant est merveilleusement bon. Pétrie d'une finesse humoristique, elle était catch, le visage de Denis rougissait par timidité ce qu'il l'amusait avec jubilation, une demi-heure sans voir le temps passé à bavarder comme des anciennes connaissances n'était pas apprécié par tous, déjà une personne d'allure strique proche de la tenancière revêche, avançait vers Denis pour le sortir de sa léthargie paradisiaque, c'était la directrice du foyer qui venait reprocher à Germine avec un ton autoritaire qu'elle ne s'activait pas suffisamment à l'animation de son stand de statuette en plâtre, elle lui ordonna comme prétexte pour l'éloigner de Denis d'aller donner un coup de main à une autre pensionnaire sur un autre stand. Denis comprit le visage amer qu'il devait lâcher prise, il fit deux pas en arrière pour ne pas compliquer la position de Germine. Il continua sa ballade vers d'autres stands dont il n'en avait plus rien à foutre, il gardait un œil déterminé sur la directrice qui surveillait toutes ses pensionnaires. Pourtant, Denis n'était pas décidé de quitter ce lieu magique sans dire au revoir à Germine. Il patienta longtemps avant que la directrice veuille bien relâchait sa surveillance pensant que Denis s'était lassé de sa rencontre avec Germine et était passé à une autre conquête ce qu'il voulait faire croire à la directrice en griffonnant discrètement l'adresse, des Revignon sur une feuille d'emballage qu'ensuite il plia petitement pour la transmettre incognito, à une amie complice de germine qu'il avait repéré sur un stand d'ourson et de chevaux en peluche, il passa subrepticement en glissant son papier dans la poche de la blouse de la fille qui d'un signe acquiesça qu'elle lui transmettrait.                                                                                                   Dix jours déjà sans aucun signe, pour Denis cette belle rencontre allait rester dans l'anonymat d'un seul prénom. Il fallait se rendre à l'évidence avec son foyer familial qui était aussi étanche que Fort knox.                                                                                                            Un mois plus tard, Denis dès son réveil avait ressenti une intuition que cette journée serait merveilleuse belle En effet juste après le passage du facteur madame Revignon était heureuse de lui donner une lettre, par l'écriture sur l’enveloppe elle comprit qu'elle provenait de la part d'une fille, d'ailleurs en tendant la lettre à Denis qui lui chipa de la main, madame Revignon s'exclama joyeusement " et bien tu l'attendais celle-là". Denis venait de recevoir sa première lettre de cœur. La lettre de Germine contenait deux pages merveilleuses de douceurs et de projet pour rencontrer Denis. Il apprit qu'elle habitait proche de Roumaziere proche de la ville voisine de Fontafie la « lugubre » . Décidément, c'est curieux comme certains endroits vous collent à la chaussure comme de la glaise. Dans l'immédiat il serait possible à Denis de l'apercevoir, mais que de loin pour lui faire un coucou comme à une prisonnière pendant les créneaux horaires des poses de la promenade dans la cour du foyer qui longeait ce maudit ruisseau qui l'empêchait de se parler et de s'affleurer. Denis arc-boutait sur la rampe du pont, qui enjambait le ruisseau du Née qui était le point de vigie où Denis se rendait suivant une des deux plages horaires journalières vers 10 h et de 16 h que Germine lui avait proposé, heureusement qu'en cette période Denis avait la liberté de s'y rendre étant toujours en convalescence de l'opération de son hernie. Il essayait à ne pas manquer les rdv, mais parfois ils étaient décevants, trop subrepticement avec l'impossibilité de communiquer que de faire des grands gestes. Souvent les autres pensionnaires un peu hystériques créaient un tel chahut qu'elles rendaient ce moment trop bref et délicat pour mettre en alerte le voisinage et l’encadrement du foyer.

Chapitre N°5 Le PDG n'aimait pas qu'un de ses salariés en convalescence traîne dans la rue, alors que d'autres collègues en congés de maladie sont perchés sur leur tracteur dans leur exploitation.

Denis apprit rapidement que ses rendez-vous journaliers commencés par agacer sérieusement le voisinage de la demeure face au pont qu'habitait la famille du PDG de l'usine Ballutaud. Il s'en était plaint à son contremaître « qu'il n'appréciait vraiment pas qu'un de ses manœuvres de son usine puisse aller et venir bruyamment à sa guise sur sa moto, alors qu'il était en convalescence, s'il était capable de se tenir sur sa moto, il pouvait dans ces conditions reprendre son poste à l'usine. » Pourtant, ce rapiat n'avait pas hésité à transformer la déclaration d'accident du travail de Denis en un simple congé de maladie pour ne pas à avoir à compléter son salaire et d'éviter d'avoir une incidence de cotisation sur sa prochaine déclaration d'accident à la Sécurité Sociale.
L'influence de ce patron qui était le soleil ou la pluie selon sa volonté, son aura rayonnait sur beaucoup de décisionnaires de la région. En plus il avait aussi obtenu l'appui de certains parents de la commune qui étaient sur le point de monter une pétition sous le prétexte que Denis était un danger pour leurs filles qui s'intéressaient de trop près à ce bouillant garçon. Tout ce beau monde n'a pas traîné pour s'associer afin de prendre le destin de Denis en main en l'éloignant de leur vie ci bien rangée. Deux mois plus tard, la DDASS d’Angoulême avait bien saisi le message qui était super clair si elle ne désirait pas récolter des blâmes de sa tutelle parisienne. Denis était tenu à l'écart de ce guet-apens qui se tramait en catimini dans son dos. Quand un jour une inspectrice est venue imposer fermement le deal qu'ils avaient conclu. Denis devait continuer son job à l'usine en brigade des deux huit, en l'obligeant à prendre la nouvelle pension qu'elle lui avait dégotée gratuitement en échange de menus services, c'est ce que disait l'inspectrice de la DDASS, qui devait ignorer ce que cela voulait vraiment dire au fin fond de la ruralité. En claire cela voulait dire que Denis devait cumuler et assurer un mi-temps 6 jours hebdo dans l'exploitation en compensation du nourri et blanchi. La ferme se tenait au centre de Mainfonds un village de 200 âmes perdues entre champs, vignes et bois. Au milieu de ce village une belle et mastoc église romane, de belles et imposantes bâtisses bourgeoises avec leur corps de ferme en pierre de taille et toit en ardoise. Le village était situé à 7 km de l'usine de Blanzac distance que Denis parcourait avec sa Flandria capricieuse deux fois par jour. Comme le faisait Lili à Saint-Léger.


Chapitre N°6 chez les Guillaud la meilleure amie de Denis était une serfouette au milieu des km des rangs de patates et de betteraves.


Le couple Guillaud était deux personnes agréables à vivre, lui il était un homme exquis et affable, madame avait un visage sévère, elle avait un fort caractère et c'est elle qui portait le couple et qui comptait les sous. Tout en étant radine elle était loyale avec un fond honnête et une gentillesse pudique qui parfois pouvait surgir de son visage revêche, elle était au début de sa grossesse, ce qui explique le placement de Denis chez eux, pour soulager madame de ses tâches difficiles de l'exploitation. La pension et le logement était d'un niveau surclassé par rapport à la pension étroite chez le couple Revignon. À la demande du médecin d'écarter Denis de la manipulation des balles de papier de 100 kg pour éviter qu'il fasse une éventration il l'avait placé sur un nouveau poste à l'usine seul au service d'un automate, Qu'il devait servir pendant 8 heures à placer à l'endroit sur son bras à ventouse aspirante les entourages en carton à sertir des futures boites à fromage. Un travail d'un ennui et d'une longueur du temps insupportable à envier presque de prendre la place de cet automate. Seul pendant 8 heures, impossible de croiser un humain on aurait voulu l'isoler qu'il n'aurait pas fait mieux. Il ne voyait plus à son étage son ancienne collègue la discrète Jeannette, non plus la chaudasse dans son cagibi, quant à la gentille madame Revignon, impossible non plus de l'apercevoir certainement elle appliquait la consigne de la DDASS qu'elle devait maintenant se tenir éloignée de son ex-pensionnaire. La vision béate sur Germine n'était plus qu'une punition, de ce changement de vie néfaste, qui était la conséquence due aux visites assidues sur ce pont de malheur. Dès la débauche de l'usine, Denis devait maintenant se rendre subito presto chez les Guillaud où il était très attendu pour manger et reprendre son deuxième travail. Le samedi soir et le dimanche étaient le seul créneau pour rencontrer René.
La vie à Mainfonds était morne et d'une grande solitude sa seule compagnie était une serfouette de 10 cm de large pour nettoyer et désherber des kilomètres de rangs de betteraves ou de patates dont il ne voyait pas la fin des rangs qui atteignaient un horizon plat une ligne impossible à atteindre entre ciel et ennuie mortel sur ce bout de terre. Le labeur ne manquait pas, changer la litière des vaches, ou nettoyer le poulailler, de calibrer des tas de patates, nourrir les animaux, rentrer le foin. Seul la traite manuelle des vaches a été la seule activité que Denis put échapper en y mettant effectivement beaucoup de mauvaise volonté pour faire sortir le lait du pis de la vache, le laitier n'aurait pas eu la patience d'attendre que Denis puisse remplir son seau pour continuer son ramassage. Madame Guillaud énervée face à tant de malice décida qu'il sera définitivement exempté de la traite qui était soulagement pour Denis. C'était tout cet ensemble de tâches qui était à effectuer quotidiennement que la DDASS appelait dans son langage édulcoré "de menus services" en échange d'une pension gratuite.

Chapitre N°7 René n'avait rien à faire sur cette route, ce matin-là. Il devait seulement faire la grasse matinée.Le malheur a fondu sur René en éteignant brutalement son royaume de lumière sur sa vie pile à 20 ans. Quand tous les espoirs lui étaient permis. C'est dans un fracas effroyable d'acier enchevêtré submergé de son sang qu'elle s'est terminée.

 Sept mois plus tard à deux heures du matin les hululements du sinistre chat-huant réveillèrent Denis, comme sorti tout droit d'une torpeur, il pressentait déjà le pire pour ce samedi, il savait que ce pressentiment allait se réaliser dans la journée sans en connaître la réelle et sa douloureuse teneur. Il était maintenant habitué à ces alertes de mauvaise augure, cette journée n'allait certainement pas finir dans l'hymne à la joie, mais plutôt dans la version " Silenzio".

À cinq heures du matin l'impensable avait eu lieu dans toute sa brutalité et dans un chaos monstrueux. Le jour venait à peine de poindre, René était de bonne humeur et heureux en plus de rendre service à un collège, il enfourcha sa Mobylette noire et s'engagea à l'aveugle sur cette route vicinale de Bécheresse dont il connaissait parfaitement tous ses contours et ses pièges sur les 4 km de ce ruban d'asphalte sinueux pour joindre l'usine, la multitude de virages et leurs étroitesses avec les bas-côtés garnis de hautes herbes qui supprimaient toute visibilité, les profonds fossés rendaient impossible une échappatoire de la voie. Face à l'est, il avait les premiers rayons bas du soleil qui léchaient la route humide et fumante de la forte rosée matinale, la réverbération par endroits causait l'éblouissement total de la puissance d'un flash, qu'un instant vous aviez l'impression d'avancer dans un trou noir. Ce matin-là l'improbable s'est réalisé, c'est un monstre d'acier invisible aussi large que la route qui l'attendait, juste dans un des nombreux virages, le camion de la laiterie avait pris de l'avance sur son horaire habituel de passage, que René n'aurait jamais dû rencontrer surpris il n'était plus qu'un papillon allant s'écraser sur la face à ce mur mobile d'acier où il se fracassa avec une brutalité inouïe, sans pouvoir anticiper une manœuvre désespérée pour éviter ce colosse, René fut projeté par l'inertie du choc dans le champ de blé jouxtant la route, tout désarticulé, un râle mortifère sortait de ses poumons compressés, du sang bullait de son nez et de sa bouche. Sa Mobylette n'était plus qu'un puzzle de pièces détachées. À croire que le destin avait savamment imposé arbitrairement son obsolescence de sa vie à vingt ans. Ce samedi matin René aurait dû être dans son lit, faire la grasse matinée, c'était son jour de repos, c'est pour remplacer un de ces collègues de l'usine qui avait insisté pour que René le remplace pour se rendre à un mariage. Le deuxième point René n'avait pas pris sa voiture pour un manque de carburant. Le troisième point le camion du laitier habituellement n'empruntait pas cet itinéraire dans cet ordre et sitôt à cause d'une déviation. Ci tous cela n'est pas un guet-apens, c'est en tout cas la main d'un curieux destin...? Au service de réanimation de l'hôpital de Girac, René voyageait dans la partie sombre du coma plus d'image plus de voix, seule sa barbe persévérait à vivre en continuant à pousser, ses yeux étaient mobiles, ils bougeaient dans une parfaite synchronisation, comme le balayage des essuie-glaces d'un véhicule parfois pendant un bref instant ses yeux se figeaient comme si son cerveau allait reprendre le contrôle, de cette machine que René était devenu. Dans un rare moment d'intimité dans la chambre Denis le suppliait de revenir qu'il ne devait pas partir maintenant, à vingt ans ce n'était pas raisonnable de fuir au printemps qu'ils avaient encore tant de belles choses à découvrir et qu'ils n'avaient à peine parcouru la montagne de tout leur potentiel de fous rires. Son départ définitif était irréversible et ce n'était pas une bonne idée de vouloir le retenir coûte que coûte. Les chirurgiens ne pouvaient que lui prédire le devenir d'une endive, et ce n'est certainement pas ce cheminement que René aurait voulu poursuivre pour la fin de sa vie. Denis voyant que son ami lui échappait, il avait finalement accepté cette cruelle fatalité sans accepter ce maudit destin qui s'était acharné à lui briser ses ailes à 20 ans alors qu'il n'était qu'un ange délicieux ?

Au bout d'une quinzaine de jours, l’hôpital mit un point final en arrêtant cette machine infernale qui l’empêchait de poursuivre son chemin blanc pour atteindre la fin d'une totale ataraxie de cette tragédie ultra violente.
Deux jours plus tard, toute la famille était réunie à la veillée funèbre Denis en était aussi. En voyant cette grande famille dont René était l'avant-dernier de toute la fratrie. Denis pensait que le Malin avait aligné une perversité démoniaque tous les désastres sur la route de son ami.
La nuit fut terrible pour lui à vivre, assortie d'une énorme crise de tristesse pour finir de parachever cette angoisse qui le minait, les volets de son imagination se mirent subitement à claquer ne sachant plus s'il devait les ouvrir ou les fermer ce qui amplifiait ce vacarme dans sa tête en un tonnerre des ténèbres. Denis suffoquait comme noyé par une abondance averse traversière de sanglots qui l’étouffait, bouche grande ouverte, il essayait de reprendre une profonde respiration en hurlant toute la noirceur de son spleen. Seule une piqûre du médecin eut raison de la souffrance de Denis en le plaçant immédiatement dans un état de frimas glacial comme la mort. Le réveil le lendemain matin était brumeux, complètement groggy, amorphe dans une ouate épaisse sans pouvoir réagir, il aperçut le cercueil quittant la maison pour prendre place à l’arrière du pick-up 403 grise bâché du menuisier qui avait fabriqué sur mesure son lit éternel jusqu'à la date de péremption de madame nature. Suivait les soixante-dix ans du papa en costume sombre légèrement courbé son équilibre était presque instable, jusqu'à l'approche du véhicule où il arrêta ses rapides petits pas, de sa main droite tremblante il caressait avec beaucoup de douceur le haut du cercueil comme s'il touchait le visage de son fils, entre deux sanglots, il balbutiait en revendiquant sa priorité à la place de son fils de vingt ans dans cette boîte. Appuyé sur l'épaule de son épouse qui paraissait plus solide et plus stable que sa canne qu'il ne lâchait pas , il avançait prudemment comme un funambule, il savait que, dorénavant, il évoluerait sur ce fil temporaire de la désespérance et de la miséricorde jusqu'à l'extinction de sa vie.
René pour la dernière fois allait nous refaire cette putain de route à l'envers lui qui l'avait tant utilisé quotidiennement pendant trois ans parfois comme un Cinzano, il se tenait debout sur les pédales fières comme un Ben-hur irrésistible sur son char cette fois, il allait voyager tout seul sans Denis, ni Alain et les autres copains de la bande. Allongé dans sa boîte en chêne massif couvert d'arums et de lys a la fragrance envoûtante qui cette fois ne subira pas la malice de Denis qui lui poussait par surprise sa tête à chaque fois qu'il voulait humer un lys pour lui colorer en jaune le bout de son nez avec le pollen de cette fleur qui lui était si irrésistible par son effluve qu'il reniflait à s'enivrer à plein poumons. Une dernière cote à franchir, le pick-up fumait sous l'effort comme ci René résistait
en freinant des deux pieds avant de franchir la porte de sa nouvelle résidence trop bruyante de silence, le véhicule avançait doucement pour fendre cette foule respectueuse, compacte, sombre et silencieuse qui au premier rang tendait les bras pour caresser ou pour déposer des rosessur son cercueil, le véhicule stoppa dans l'allée centrale face à un espace fraîchement creusé du matin sur une pente à l'ombre des bastides ; ces monumentaux caveaux en marbre glacial à plusieurs niveaux comme pour justifier et distinguer une hiérarchie chez les morts ; ceux qui auraient été bien nés et ceux qui auraient réussi leur vie. Ou qui auraient bénéficier d’une invitation à faire partie de leur clan à se joindre gratuitement à venir se reposer dans le dolmen familial afin de tenir leurs veillés des yeux obscurs parmi leurs aïeux. L'important, était de faire perdurer ces grandes familles qui s'éterniseront même abandonnées par les fleurs et par les descendants trop lointain encore vivants, pourtant fallait encore tenir d'autres siècles tant que leurs plaques identitaires resteront scellées sur la stèle.

René à vingt ans rêvait de grands espaces, pour construire son fabuleux projet de vie avant que le destin lui accorde cette dernière domiciliation une étroite plate-bande conçue pour juste poser un genou, ce qui limite la prosternation en une simple flexion entre le chrysanthème mauve anonyme et les plaques dont les écrits d'amitiés ont totalement été effacés avec le temps. Face à la croix gravée de la date de sa naissance et de la date d’une fin aussi féroce que chaotique. La photo de son visage à toujours la grâce juvénile de ses vingt ans, elle refuse de vieillir bien qu’elle soit figée depuis 54 ans, dans ce cimetière haut perché au-dessus des vivants en contrebas proches du château de Blanzac.


N°8 Si Denis devait créer à l'instant une épitaphe à son ami René, elle serait « 20 ans dans la lumière pour une dormition de 53 ans, ce décompte inversé est vraiment à chialer mon ami...»


Quelques mois plus tard, Denis décida de quitter la pension du couple Guillaud malgré l'empathie qu'il pouvait avoir envers ce couple, cette belle émotion qui était si rare à partager dans cette région, mais trop marre de végéter à 19 ans de cette solitude au milieu de nulle part. Il ne pouvait surtout plus vive dans cette contrée qui n'était qu'une guigne ou trop de malheur persistait et s'agglutinait sur son chemin : Julien avait disparu, Léon mort, Anne-Marie ce petit bouchon à la frange sur les yeux, jetée à la vindicte populaire, Nicole violée et disparue, Marcello perdu de vue, Germine l'injoignable ou l'Arlésienne. Surtout cette insupportable souffrance de cette plaie à vif dans ce vide sidéral qui a donné lieu à une carence d'un déficit terrifiant de son ami René, à chaque visite à ses parents Denis, ressentait ce mal à l'aise et un sentiment d'hostilité qui lui était palpable, sa présence pouvait faire apparaître instantanément cette gêne de ses parents qui pourtant étaient de si bonnes et de si merveilleuses personnes avant cette terrible douleur. Denis n'était plus qu'un grave prétexte et une angoisse vivante à faire ressurgir l'absence cruelle de ce fils qu'ils adoraient tant. Denis était devenu aux yeux de la maman et du papa que le miroir d'une vision chimérique.