Épisode n°10:

À Fontafie toujours à l'est de la Charente c'était la glaise au royaume de la tuile ! & le spleen sans Baudelaire et sans zola. Non ! Les gens n'avaient pas dans leurs yeux, le bleu qui manquait à leur décor, Il n'y avait que de la grisaille & cette poussière d'argile, que les gens portaient comme un masque du courroux.

1cdfefd1b96adb76e2e380e0b61adb1ce42008e1

420px-Fontafie_gare

IVR54_861601018X_P

tuilerie-de-fontafie-

ma chambre en 1967 001

en 1967 001

1240215_4815843614484_72991052_n

À Fontafie c'était la tuile ! & le spleen sans Baudelaire et sans Zola. Non ! Les gens n'avaient pas dans leurs yeux, le bleu qui manquait à leur décor, Il n'y avait que de la grisaille et cette poussière d'argile qu'ils portaient comme un masque du courroux.

Denis se rendit l'agence pour rencontrer le directeur monsieur Benoît un quinqua aux qualités humaines exceptionnelles, le seul en 15 ans dans cette agence.
Il n'avait d'ailleurs pas grand-chose à proposer pour un travail avec pension complète sans avoir à passer par un foyer des travailleurs et surtout sans quitter la région, car notre ex-ministre Michel Debré toujours le même n'avait pas que réaliser la déportation des orphelins en zone rurale, il leur avait mis aussi des boulets aux pieds afin de maintenir l'enfant jusqu'à sa majorité dans le département d’accueil, ce qui réduisait pour le directeur son champ d'action pour un placement autre que dans une autre ferme. Le seul endroit disponible immédiatement qu'il avait à proposer à Denis n'était que la tuilerie Perrusson de Fontafie en limite du département avec la Haute-Vienne qui fournissait le logement avec un lit avec une paire de draps une chaise sans sa cantine qu’il venait de fermer. Seule cette usine proposait ce genre d'hébergement. Dans ce département. Les adages sont vraiment persistants surtout pour se retrouver dans des endroits les plus détestables, ici, il ne fallait surtout pas dire « Fontaine, je ne boirais plus de ton eau, si vous ne voulez pas justement avoir une soif de pendu au pied de celle-ci.

Cinq ans s'étaient passés depuis son retour et c'était toujours l'Est ici...

Il n'y avait rien de nouveau, l'enfer était toujours là bien implanté, avec des yeux nouveaux ceux d'un jeune homme de 19 ans, Denis regrettait déjà, il lui semblait que c'était pire que les souvenirs de gamin qu'il avait gravé en lui. Immédiatement, il ressentit un spleen caractérisé par le dégoût de toute chose, sans Baudelaire toujours absent de cet endroit qu'il n'aurait même pas eu de toute façon une poussière d'inspiration pour pouvoir philosopher tellement que la noirceur y était incommensurable aux siens. À la place de Denis, il aurait été dans un total désarroi avec une déprime presque sans lendemain de revenir vivre à l'intérieur de ce coron toujours là en bicolore poussiéreux en jaune grisâtre pour la glaise et le rouge pour les tuiles. Il aurait été facile d'y concevoir un décor à la Mad Max avec tous ces vieux camions-bennes qui déboulaient en perdant dans un bruit sourd dans chacun des nombreux nids-de-poule de la voirie des mottes d'argile de leur lourd chargement.

La seule raison qui a fait fléchir Denis à s'installer et à venir se poser à nouveau dans ce lieu damné, c'était l'espoir d'y rencontrer la belle Germine qui habitait le village voisin, Et de savoir qu'il n'aurait pas cette fois à subir les corvées du cerbère Marcelle sa mère nourricière, la vie y serait certainement plus facile, enfin, c'est ce qu'il pensait pour y voir une petite lueur d'espoir. À tort, il voulait changer sa situation afin d'obtenir une certaine indépendance, et en imaginant que l'herbe d'à côté ne pouvait être que plus verte et plus douce. La période ne serait de toute façon que d'une courte durée de huit mois maximum avant de partir sous les drapeaux.

En février, Denis était embauché comme ouvrier spécialisé la plus basse qualification à la fabrication des tuiles, le bâtiment de la fabrique de tuiles donnait l'impression qu'elle avait été faite dans une ancienne carrière dans un trou énorme baignant dans une lumière artificielle jaune. Toutes les formes de tuiles y étaient fabriquées, des énormes presses débiter des tuiles molles en argile leurs textures étaient proches à celle de la pâte à modeler qu'il fallait manutentionner délicatement avec une mini-fourche en bois ou à la main selon le modèle tout en étant synchro avec le débit de la machine, il suffisait d'un ratage de réception pour que la tuile retourne dans le réservoir de glaise et que ce surplus emballe la presse qui devenait une furie incontrôlable, elle se transformait et appliquait une marche forcée pire qu'un despote qui désire faire marcher droit son peuple. Pour la personne qui était à la manœuvre elle essayait de prendre la nouvelle mesure de ce nouveau tempo le temps qu'elle digère enfin ce complément qui l'avait fortement contrarié. Les tuiles avançaient à touche-touche sur le tapis roulant de la presse, sur un long ruban sans fin, et qu'Il fallait garnir les paniers à six tuiles sur trois niveaux qui avançaient imperturbable sur la chaîne, les balancelles garnies, se dirigeaient en suspension comme un téléski des stations d'hiver, elles passaient en premier lieu dans les séchoirs afin de durcir et sécher l'argile puis elles étaient ensuite sorties des balancelles pour être rangées sur leur arête en alignement comme pour former un mur sur deux niveaux sur un wagon plateau pour ensuite partir à la cuisson sans que cette maudite chaîne insensible ne s'arrête seulement 5 secondes pour enlever cette poussière argileuse qui pénétrait dans les yeux quand elle ne s'insinuait pas aussi dans le nez ou dans la bouche vous obligeant à vous moucher avec votre avant-bras entre la captation de deux tuiles. Certains avaient su tirer un grand parti de cette situation pour faire voyager leur tête hors de cette vie de merde dans leur bibine de blanc, c'était un open bar autorisé sans limites pendant les huit heures du boulot. Ensuite le wagon plateau partait à la cuisson dans un des trois fours qui fonctionnaient 365 jours par an.

Le contremaître de la fabrique était un sale type qui se nommait Martaud, il aurait eu certainement ses heures de gloire à l'époque damnée en tant que kapo. Tout ce qui était dégueulasse à effectuer dans cette usine, c'était réservé à Denis, car il ne fallait surtout pas qu'il se fasse mal voir ou faire des vagues avec les parents ou descendants qui étaient des salariés de l’établissement depuis plusieurs générations, il fallait donc épargner leurs enfants des sales corvées, telle en était les prérogatives de ce kapo. Il s'acharnait donc à utiliser à toutes les sauces les nouveaux salariés sans attache familiale dans l'enceinte de cette usine, avaient le privilège d'obtenir tous les nombreux postes vacants que personne ne voulait pas, parce qu'ils étaient les plus dévalorisés et les plus toxiques et ne bénéficier d'aucune protection sécuritaire ou sociale. Style: plonger des tuiles à mains et bras nus dans une cuve de bain d'une teinture noire pour leur donner l'aspect de l'ardoise. Cette teinture noire teignait aussi la peau profondément les douches à répétition à la brosse à chiendent rien n'y faisait il fallait attendre plusieurs jours avant que le produit puisse s'estomper de lui-même.

Denis avait l'impression qu'il était tombé début des années soixante, une autre époque très loin du moderniste et à des années lumières de la qualité de travail de l'usine Ballutaud de Blanzac.que Denis venait de quitter, pour prendre l’ascenseur d'une mine d'un autre siècle pour descendre si bas, pour retrouver l'ambiance à la Germinal de Zola.

L'hébergement qu'offrait l'usine avec déduction sur le bulletin de paye était une maison des corons très spartiates, un poêle à charbon avec son tuyau percé de partout, mais à cette époque le dioxyde de carbone n'était qu'une autre douceur pour obtenir une mort discrète dans un sommeil si lourd, qu'elle aurait été presque moins dure à supporter que de passer les huit heures dans les entrailles de cette cuvette bruyante et inondée par la poussière de cette fabrique.

Un lit métallique de pensionnat équipé d'un sommier aussi en lattes métalliques, la fourniture du matelas, plutôt de la paillasse et des deux draps et de la couverture l'ensemble étaient fournis par l'économat, après avoir signé un reçu pour surtout bien les rendre à son départ si vous ne vouliez pas avoir sur votre dernière paye une amputation. les sanitaires étaient au vestiaire de l'usine, la cabane de la cour arrière du logement servait de WC. Le mobilier était rare et plutôt kitch par son originalité la chaise la table, avait, disparu, Denis avait dû improviser pour meubler, avec des parpaings et la porte intermédiaire comme plateau pour devenir un semblant d'une table quant aux deux chaises elles furent piratées dans le vestiaire de l'usine.

Chaque fois que Denis désirait allumer la radio, c'était aussitôt un roulement rageur de poings du voisin contre le mur mitoyen. Denis malgré cet immense désenchantement n'avait pas encore abdiqué pourtant le Kapo lui cumulé sans cesse des nouvelles tâches ingrates, son seul oxygène qui l'empêchait de partir loin de ce rets, était de caresser cet espoir de croiser un jour Germine.

Deux mois plus tard, Denis avait obtenu le Graal, son bâton de maréchal, de faire les horaires en faction des trois huit pour obtenir si bas le moins mauvais poste pour effectuer la préparation des tuiles à la cuisson, son salaire avait été légèrement relevé et le travail était devenu plus digne à la condition humaine, pour l'hygiène et la santé, le poste était aussi moins bourrin grâce aux postes tournants toutes les deux heures. Sept mois à son nouveau poste sans aucune réclamation. Début octobre 1967 Denis était à 8 jours de la quille pour se rendre sous les drapeaux. Quand un soir à 20 heures à l'embauche, fait inhabituel, c'est le kapo Martaud qui attendait Denis surpris de cet accueil improvisé et sans aucune procédure à part un monologue ampoulé de kapo bien perché qui n'avait aucun sens d'humanité dans son ADN, d'ailleurs, c'est certainement pour cela que la direction l'avait choisi à ce poste. Sans détour, il accusa Denis d'avoir voulu sciemment saboter la fabrication la nuit d'avant d'avoir voilé les tuiles en les déposants volontairement de traviole dans une dizaine de paniers. Denis sous l'effet de la soudaineté de cette situation se creusait la tête à chercher une raison de ce qui lui aurait pu lui arriver cette fameuse nuit, en pensant que l'homme dans certaine situation n’était plus, qu'un automate au service de la machine pour enfourner bêtement les tuiles trop molles à l'aveugle dans un rangement non-stable qui circulait certainement sur un tempo excessif pendant une courte somnolence? Denis avait quand même un sérieux doute. Durant les sept mois passés à ce poste sans jamais faillir, et à 7 jours de la quille, voici la cata qui lui tombe dessus sans aucune indulgence le soir même Denis était débarqué sans ménagement de son poste sans qu'il puisse se défendre sans apporter la preuve comme un décalage d'une heure causé par un arrêt de la chaîne sur les 24 h suivants pourrait accuser une autre personne sur les quatre agents qui se sont succédé à ce poste cette nuit-là. Denis était désigné comme la personne idéale pour le rendre l'unique le responsable de ce loupage dans la nuit.

Monsieur Martaud un homme plein de morgue ne badinait pas avec la discipline s'il avait pu envoyer Denis aux galères, séance tenante, il l'aurait fait sans hésitation. C'est dans ce contexte que la glorieuse carrière de Denis fut rétrogradée au grade de premier balai de l'usine tout comme à la Légion en une journée un lieutenant pouvait devenir un deuxième classe plus hautement décoré que son chef, à la différence qu'il y avait derrière cette décision un motif réel et sérieux avec parfois mort d'homme par négligence.

Le réconfort de ses collègues, il ne fallait pas y compter aucun n'allait se mouiller pour un mec qui venait de nulle part d'un bureau de l'assistance publique ils avaient déjà tiré la chasse sur son bref passage dans leur équipe. Ils ont passé les huit derniers jours à l'éviter, et quand ils ne pouvaient pas faire autrement, ils le fuyaient en regardant la pointe de leurs chaussures, telle était la solidarité que ses compagnons lui ont exprimé pas plus pas moins.

Denis devait passer ses journées à manifester sa présence en attendant la libération, sans aucune affectation à un poste de l'usine, il ne lui manquait plus que le port d'un panneau au dos pour finir d'affadir ce mauvais ouvrier qui n'était pas un bon exemple pour le troupeau du kapo Martaud. On pouvait le voir rouler sa satisfaction jouisseuse et bienheureuse d'avoir fait un exemple qui lui redonné une impétueuse autorité qu'il affichait fièrement en croisant Denis circuler avec sa brouette et son balai et sa pelle parcourir sans but précis à l’intérieur de toute l'usine.
Durant son séjour de 8 mois Denis avait tout tenté pour apercevoir Germine, surveiller sa maison, se rendre à toutes les activités des alentours comme les marchés où il rencontrait parfois ses deux frères qui n'étaient pas décidés de briser l'omerta familiale. Denis devait se rendre à l'évidence, Germine avait été mise au secret par ses parents, il n'aura aucune chance de la rencontrer, ce n'était qu'un mirage et rien d'autre, elle était passée rapidement comme une comète dans le ciel de Denis pour s'orienter vers une autre constellation. Pourtant, Denis avait gardé jusqu'au bout l'espoir de la rencontrer sur les huit mois de son voisinage. Il avait utilisé tous les moyens de locomotion la moto, le Solex, le bus la micheline. Le samedi soir le dimanche, il écumait sur 60 km à la ronde les bals de la région par tous les temps et trop souvent sous les odeurs nauséabondes de la tannerie de Chabannais profitant de la nuit pour lâcher cette terrible odeur de charogne putride qui envahissait sur des km à la ronde.

Heureusement qu'il existait l'Hermitage de Roumaziere le seul endroit joyeux qui était animé le samedi soir avec son grand orchestre de Chabanais de belles soirées, avec sa dizaine de musiciens des saxos, trompettes, cuivres, guitares, et ses trois chanteurs qui revisitaient tous les répertoires des chanteurs yé-yé des années 60. Ça pulsait fort dans la salle des fêtes, l'orchestre finissait au petit matin avec l'extraordinaire solo du batteur interprétant Caravan en pleine furie, ce devait être une sacrée épreuve pour les poignées du musicien qui étaient à la limite de la dislocation, il passait au maximum du tempo, puis progressivement le son mourrait jusqu'à devenir imperceptible pour repartir avec la force du réveil brutale de l'Etna dans un vacarme assourdissant, ce n'était que du plaisir un chouette et merveilleux moment. Côté cœur s'était plutôt la Bérézina durant cette période Denis eut seulement que deux flirts avec Raymonde, une Parisienne en vacances chez ses parents et Aimée une élégante fille qui portait magnifiquement son prénom, plate comme un mannequin, mais tellement agréable avec son visage rieur elle était du village voisin. Une ballade avec la fille de la coiffeuse sans comprendre pourquoi. Sinon c'était la monotonie dans ce lieu au poil pour mener une vie de séminariste à vingt ans qui se calquait parfaitement dans la tristesse de ce décor de cet endroit.

Enfin la libération en octobre 1967 de ce travail exécrable, Denis a rendez-vous à la caserne du GT515 de La Braconne, le lundi à 9 heures. Le service économat de l'usine fermant le samedi matin il devait libérer le logement pour midi afin de recevoir son bulletin de salaire en échange de la literie et de la clef de l'habitation, ce qui l'obligerait à passer la nuit du samedi et du dimanche à l'hôtel ou sur un banc de la gare sans savoir quoi faire de ses bagages qu'il ne pouvait pas non plus transporter en totalité à la caserne. Denis en se rendant vers la gare croisa le fils Laurent l'un des rares jeunes sympas qu'il côtoyait en apprenant le désarroi de celui-ci sans hésitation, il l'invita chez ses parents qui avait un salon de coiffure qui jouxtait la voie ferrée proche de la gare. Ses parents des gens chaleureux l'ont tout de suite proposé de l'héberger et de l'inviter à leur table pour les deux jours. Denis gênait par autan générosité avait apprécié cette soudaine délicate attention. Denis au moment du départ proposa aux parents de Laurent de payer son hébergement qu'ils refusèrent tout net et qu'il aurait été maladroit d'insister. Il laissa son surplus de bagages dans leur cave sans jamais revenir les chercher sachant qu'un pupille ne s'encombre jamais pour voyager des souvenirs, il a déjà trop à faire pour seulement subsister à vivre dans le présent. En huit mois passés dans ce bled parmi ces habitants, ce fut réellement la seule action humaine qu'il a joliment reçu de la part de ce couple et de leur fils. Denis restera à jamais redevable envers ces personnes pour cette profonde joliesse.


La période sous les drapeaux vous pouvez la lire 

N°1/2/3/ formation d'un trainglot

http://gt-515-1968.monsite-orange.fr/