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Mon capitaine un train peut en cacher un autre. Bienvenue au GT 515 de 1968 du camp de la Braconne.

Quand les hommes de guerre sont en période de paix, ils chassent l’ennui en donnant des ordres stupides ou en distribuant des corvées, et des arrêts simples ou de rigueurs, avec la même opiniâtreté que de détacher les boules tricolores sur un collier du Club-Med pour payer une valeur disciplinaire à cet en casernement obligatoire.

N°1 Denis encasernait en demi-disciplinaire a vécu cela comme une trahison, tout comme une incarcération injuste, pour cette longue période d'octobre 1967 à mars 1969.

À l'arrivée à la gare d’Angoulême à peine Denis venait à peine de poser les pieds dans le hall en direction du buffet pour aller prendre un café qu'il fut littéralement happé par deux militaires en tenue de combat, l'un d'eux autoritairement lui arracha de sa main son ordre de mobilisation en cochant son nom sur la liste de présence que, déjà, il était accompagné manu militari vers l'un des deux GMC débâchés. Tout ce déploiement viril avec cette précipitation était conditionné volontairement pour créer l'effet de surprise, pour éviter que certains jeunes appelés récalcitrants dans un dernier sursaut ne partent vers une autre direction plus accueillante comme reprendre le train en sens inverse.
Avant ce fameux jour, Denis avait effectué les trois jours à Limoges, il avait formulé le vœu de partir loin de cette maudite Charente pour les DOM-TOM ou en Afrique et voilà qu’aujourd’hui, il était engagé dans la caserne la plus proche au milieu d'une forêt de son domicile à une trentaine de km, au camp demi-disciplinaire du GT515 de la Braconne de l'arme du train avec son blason de cette gazelle bondissante sur l'Afrique avec élégante et rapidité telle en serait sa devise dans cette forêt charentaise. Denis avait vite analysé que sans le piston, il était impossible d'obtenir un choix désiré, et que souvent par vacherie, on obtenait plutôt son contraire, comme celui de vous envoyer aux DOM TOM ou en Allemagne quand vous vouliez rester proche de chez vous.

Deux heures plus tard Denis s'est vite retrouvé avec un énorme paquetage de vêtements aux tailles aléatoires qui transformaient la recrue en un affreux épouvantail bien loin d'une tenue militaire à celle de l'armée de l'air ou de la marine. Les ustensiles, gamelles, casques lourds et légers tout l'ensemble du bon soldat sur le dos et toujours en file indienne la suite a été le passage entre les mains des experts de la tondeuse à mouton une intervention qui gommait toute l’esthétique de chacun et les distinctions sociales tous repartait avec la boule à zéro la tête presque uniforme, seuls les oreilles et le nez et les yeux permettaient encore de faire une distinction. Le pire était à venir de laisser sa pudeur sur le seuil de la douche et pour certains ce n'était pas si évident, alors qu'ils essayaient avec l'aide de leurs mains de cacher leur sexe de la vue de leurs voisins voyeurs, de ce monde de mâles de vingt ans en pleine zénitude de virilité que l'armée allait vite essayer de tempérer avec du bromure dans la nourriture et la boisson. Maintenant le seul critère qui mesurait la virilité chez un homme était l'apparence et l'importance d'une dimension d'une bite. Les différences étaient parfois sidérantes entre ceux qui possédaient un anaconda bien embarrassant et ceux qui avaient gardé le sexe de leur adolescence, pour ces derniers, il leur sera difficile de contenir les railleries de leurs collègues qui les nommeront de bistouquette pendant toute la durée de leur service militaire.

Denis ressentait cet internement en demi-disciplinaire comme une trahison, une incarcération injuste, lui qui avait pendant toute son adolescence évitée de faire trop de chahut dans la société pour éviter d’effectuer ce genre de séjour, comme la maison de correction qu'on lui rappelait comme un spectre à chaque écart de conduite.
Les bizutages d’accueil allaient bon train et parfois, ils étaient sévères et brutaux de la part des anciens, les grenades de plâtre paraît-il inoffensif faisait partie de leur arsenal des réjouissances. Quand elles explosaient dans les chambrées, les jeunes recrues se retrouvaient dans un nuage blanc opaque et suffoquant, à l'intérieur d'une pièce, c'était impressionnant une fois le Fog levé, tout était blanc, le mobilier, les armoires, les lits, étaient recouverts uniformément d'une poussière de plâtre qu'il fallait éliminer avant le passage d'un sous-officier ou officier qui par hasard pointait son képi juste après l'attaque. C'était toujours les victimes qui étaient sanctionnées dans ces cas-là.

La répression était sévère la suspension des permissions faisait partie du programme de rétorsion. Parfois, des recrues étaient blessées au visage à la suite de l'éjection de la cuillère de la grenade qui pouvait effectuer des coupures profondes au visage ou au bras qui le protégeait par réflexe, pour la couture fallait passer par l'infirmerie et souvent la douleur y était encore plus terrible. Les victimes de l'embrouillamini étaient nommées ensuite comme volontaires d'office pour exécuter les corvées de la semaine. Malgré les rétorsions à tort que les jeunes appelés subissaient les anciens ne désarmaient toujours pas, ils s'en prenaient à leurs mobiliers, ou directement aux personnes, chaque soirée était une succession de conneries, les lits étaient préparés en portefeuille où ils attendaient que la personne soit dans le lit pour lui lever à la verticale dite en cathédrale en le laissant dans cette position, dont il était impossible de se sortir de ce piège sans l'aide d'un collègue pour être libéré de cet emmaillotage dans les draps. Un autre soir, c'était un groupe de six personnes qui se jetait sur l'appelé le plus pudique, ou le plus guindé pour lui passer la bite au cirage.

Au bout d'une quinzaine de jours, les jeunes recrues étaient saturées et las des actions coup de poing à répétition des anciens proches de la quille libératrice. Très tard dans la nuit ce fut la révolte des longs couteaux sans les meurtres, ce sont les bleus une dizaine de bizuts formés en commando qui sont passés à l'attaque, chacun avait son quart rempli de son urine pour s'infiltrer sans bruit comme des serpents rampants le long des lits pour déverser leur urine dans les rangers ou sur les lits. Le matin, en se réveillant, ils n'avaient pas très bien compris pourquoi ils avaient été aussi nombreux à avoir des fuites urinaires pendant leur sommeil dans leur lit, c'est ensuite en enfilant chaussettes et chaussures qu'ils eurent le deuxième effet kiss cool en sentant leurs pieds trempaient dans un jus fétide et rémanent. C'est ainsi que se termineront immédiatement toutes les bravades des anciens proches de la quille.


N°2 Une visite agréable dans les abysses de l'ennui.

Le premier week-end, nous étions tous consignés sanitaires, la fameuse vaccination DTP tous à la queue leu-leu et au suivant, au suivant comme chantait Brel, un premier passage pour placer l'aiguille puis le second pour injecter le sérum qui provoquait un mal de chien une vive douleur dans l'épaule. Ce week-end Denis fut surpris d'avoir une visite seulement huit jours après son affectation dans la caserne d'ailleurs, ce fut la seule visite pendant ses seize mois d’armée. Au poste de garde de l'entrée, Denis fut surpris de voir le papa du gentil Alain que tout le monde fuyait de la bande tellement qu'il était trop beau, irrésistiblement les filles étaient attirées par lui comme dans un champ magnétique. Son père avait l'exclusivité d'assurer toutes les Mobylettes de la bande de son fils. Il s’empressa d'offrir à Denis un demi au bar face à l'entrée de la caserne, il s'était spécialement déplacé de Mouthier à 35 km, uniquement pour rembourser un reliquat de 80 francs dus à la vente de la Flandria. Denis face à cette initiative et à cette délicatesse fut quand même fort ému, décidément son ami Alain était verni avec sa belle gueule d'ange, et le meilleur, il avait un papa qui avait une belle probité, il était sincèrement classe ! De rencontrer dans sa vie, ce personnage en ce moment précis de l'enfermement, cela vous redonne la foi pour croire encore à l'humanité.

N°3 Enfin, c'est la confirmation, les bleus de la 67-2c ont obtenu le statut de soldats.


Trois mois plus tard, Denis n'avait toujours pas pu obtenir officiellement une permission pour sortir de cette caserne. Certainement pour éviter que des jeunes recrues pleines de vague à l’âme ne profitent de cette première pour effectuer une tentative de suicide à la maison afin de se faire réformer, il est vrai aussi que certains sous-officiers n'y allassent pas avec le dos de la cuillère pour ridiculiser ou outrager un jeune appelé sous le prétexte qu'ils devaient le former pour devenir un homme. Dans cette caserne, les instructeurs avaient laissé la pédagogie à l'entrée de la caserne et ne savaient comment tremper leur ennuie à tourner dans cette caserne en s’impatientant qu'arrive une émeute ou une guerre qui ne venait pas. Alors ils se vengeaient sur les appelés a leur faire faire des taches irréaliste quand elles n'avaient pas un caractère débile.

Les trois mois de classe étaient presque terminés Denis savait maintenant se présenter face à un képi en gueulant pour paraître un bon soldat viril, son nom, son grade, et son affectation. Il savait marcher au pas, faire un demi-tour réglementaire, manier les armes et atteindre une cible avec le FSA ou un MAS 49, le plus pénible n'était pas de tirer les cinq balles attribuées à chacun, c'était de passer après l'utilisation des heures à fourbir les armes, et toujours sous le contrôle de l'intraitable chef qui n'était évidemment jamais satisfait, il poussait la plaisanterie à utiliser un chiffon blanc pour confirmer la propreté de l'arme. Denis a passé son stage frac sans-souci, au milieu d'un convoi, la conduite en était simplifiée, il suffisait de suivre et de savoir-faire le double pédalage pour passer les vitesses non synchronisées et de savoir freiner par anticipation, car les GMC n'étaient pas équipés des feux stops et non plus de feux clignotants à l’arrière, et de tourner son volant suffisamment tôt et large pour anticiper le rayon de braquage. Ces camions GMC et jeeps n'étaient pas de première jeunesse, ils avaient déjà fait de nombreuses campagnes celle du Viêtnam et de l'Afrique du Nord.

La dernière touche finale pour clôturer le peloton des classes, le parcours du combattant avec sa planche irlandaise et sa fosse impossible à remonter, le cross des huit mille et la fameuse marche des 50 km dans la neige. Cette marche avait complètement cramé Denis, ses yeux étaient profondément cernés et il avait fait le plein d'ampoules aux pieds, il faut dire aussi qu'entre son sac à dos de vingt-cinq kilos plus son fusil sans compter sur la bonne intention du MDLC Chauteau toujours accompagné de sa chienne renifleuse des braguettes militaires, pour prouver son estime à Denis, il lui avait confié en plus le fusil-mitrailleur qu'un traînard ne pouvait plus porter au lieu de le placer dans la Jeep balai qui poussait les derniers du groupe vers le point de la pause en les traitant « couilles molles et de feignasses » par l'aspirant qui lui était confortablement assis dans le véhicule.
Les retardataires à peine venaient-ils d'atteindre le relais qu'ils devaient repartir illico sur les traces des premiers en marche, sans pouvoir souffler. À l'entrée du camp, le chef regroupait le peloton pour imposer encore un dernier baroud d'honneur, un véritable supplice de faire chanter le groupe à tue-tête pour traverser le camp surtout en marquant le pas sur place sous les fenêtres du pavillon du Colonel chef du corps, afin que ce cher officier assis confortablement proche de madame dans son canapé du salon puisse être rassuré que ses nouvelles recrues de la 67-2c étaient devenues de vaillants soldats et que Marianne n'avait plus aucune crainte à avoir sur la nouvelle relève, elle était bien là. À l'arrivée au seuil du bâtiment du peloton de la deuxième compagnie, les infirmiers attendaient le groupe pour effectuer sa distribution de cachets d'aspirine pour soulager les douleurs et surtout les ampoules des pieds et les toxines musculaires.

Cette marche ponctuait les trois mois de classe pour évaluer la résistance des recrues pour ensuite attribuer définitivement les intégrations dans les compagnies. Certains qui avaient failli sur la période se retrouvaient au CCAS souvent pour un savoir technique et choisie pour assurer la maintenance des services administratifs, des locaux et matériel et d'assurer les repas, le courrier, le médical, d'autres avaient été pistonnés pour avoir un poste pas très défini indépendant avec chambre perso et exempté de toutes les corvées avec des permissions tous les weekends, la planque royale, exemptée des tours de garde, les défilés des fêtes nationales, ils avaient un règlement assoupli d'ailleurs la plupart des postes étaient attribués par avance par piston, l'infirmerie, le vaguemestre ou la maintenance ou à la cuisine sans avoir la corvée des patates, serveur au mess des officiers, ou intendant ou chauffeur du colonel et des officiers, employés administratifs au PC, tous les magasins, d'armement, des vêtements, radio, ils assumaient toute l'intendance du camp, sauf le ramassage des ordures qui était réservé à la promotion des sans-grades dont Denis faisait partie intégrante des sans privilège, devenaient des soldats, conducteurs de la deuxième compagnie, pour intervenir dans des missions en tous genres et à disposition taillable et corvéable à merci quand elles n'étaient pas terriblement avilissantes venant d'un ordre d'un brigadier ou d'un colonel.


N°4 Connaissance avec un personnage atypique sorti tout droit d'une BD si détestable quand aurait voulu la faire brûler avant de la lire entièrement.

Le maréchal des logis chef Chauteau était en permanence en action avec des idées toujours plus folles les unes que les autres pour broyer définitivement le moral des appelés, ce qui d'ailleurs amusé fortement l'autre idiot d'officier aspirant qui s'imaginait qu'il était aux premières loges dans le film de la 7ᵉ compagnie avec Jean Lefebvre dans le rôle du bidasse complètement paumé. L'aspirant avalisait en buvant du petit-lait à regarder faire ce chef psychopathe, aboyeur qui n'avait qu'une raison de vivre après celle de sa chienne, la suivante était celle d’écœurer les autres de vivre avec ses plans débiles pour ridiculiser les jeunes recrues. Un matin, il a rassemblé toute une brigade pour sélectionner quelques individus possédant le permis de conduire, les heureux sélectionnés penser qu'ils avaient tiré un visa pour effectuer une ballade hors du camp au volant d'un camion. La déception fut énorme quand ils se sont tous retrouvés chacun à pousser une brouette de gravier pendant toute la sainte journée. Chaque jour, il se réveillait avec une embrouille à faire exécuter pour ridiculiser les bidasses. Comme son opération "véhicule propres". Il s'installait avec sa chienne sur ses talons à l'entrée du parc à camions pour réceptionner les véhicules qui revenaient de l'aire de lavage dont le premier critère pour lui ce n'était pas forcément la propreté, il prenait aussi en compte le degré d'affinité qu'il avait avec le conducteur, ce qui simplifié l'inspection du camion qui passait comme une lettre à la poste. Par contre, celui qui n'était pas dans ses papiers ce qui était le cas de Denis et de nombreux autres conducteurs, ils étaient fermement invités à faire leur demi-tour sur la parcelle boueuse sans plaque à sable qui jouxtait le parking pour repartir en direction de l'aire de lavage sous le prétexte que ce camion n'était pas suffisamment propre. Ce refoulement pouvait se reproduire plusieurs fois dans la matinée, n'en pouvant plus de cette pantalonnade, d'ailleurs certains conducteurs avaient fait le choix d'attendre le sur le trajet refusant de repasser par le lavage dans l'attente que ce "grand malade" libère enfin l'entrée du parking ce qui arriva quand un appel fut diffusé qu'il devait se rendre immédiatement à son bureau de la permanence de la 2ᵉ compagnie et n'ayant aucun sous-fifre sous la main il dû se résoudre à  libérer le passage, immédiatement tous les véhicules qui avaient été rejetés arbitrairement se ruèrent vers l'entrée dans une pagaille monstre en empruntant des passages hors de la voie c'est dans un nuage de boue projeté par les roues des véhicules suivants qui s'aspergeaient joyeusement les uns aux autres, en un temps record tous les véhicules avaient retrouvé leur place dans un état encore plus salingue que celui du matin pour lancer son opération" véhicules propres".  Les conducteurs avaient fait fissa comme une volée de moineaux pour déserter ce parking avant que le maboul revienne à son point de contrôle.

Chaque matin, quand les conducteurs n'avaient pas une corvée ou une mission à accomplir, ils devaient tuer le temps, les conducteurs avaient l'obligation de contrôler tous les niveaux de son véhicule attitré, et tant pis si le véhicule n'avait pas roulé depuis une semaine, il fallait faire semblant de lire la jauge d'huile. Toujours dans le sordide pendant toute une semaine, c'était la grande révision technique par équipe de six conducteurs, il fallait nettoyer les chassies et dégraisser les blocs-moteurs des camions au mazout, il fallait aussi peindre les graisseurs et les bouchons de vidange en jaune, dérouler les câbles des treuils pour les dégraisser au mazout afin de supprimer la couche de graisse pour après les recouvrir d'une nouvelle couche de graisse en les enroulant à nouveau. Refaire des retouches de peinture sur la caisse, astiquer les jantes des véhicules astiquer les flancs des pneus. Sans mission, il fallait bien qu'ils nous occupent et cela faisait certainement partie du programme d'intégration pour saper une logique évidente que nous aurions pu avoir, il ne fallait surtout pas s'exprimer pour ne pas sur-réagir à des ordres parfois complètement loufoques comme ils étaient capables de nous intimer de les exécuter.

Pendant une marche à l'approche d'une grande flaque d'eau bien boueuse, le chef Chauteau bavait d'avance de savoir qu'il allait pouvoir savourer son irrésistible perversion de nous faire plonger dans ces énormes flaques d'eau croupie à souhait au milieu des têtards.

Le vendredi en fin de journée, c'était la fin de la semaine pour nos officiers et pour des appelés qui avaient pu obtenir une permission, elle était aussi souvent attribuée à la tête du client sans vraiment une réelle logique, c'étaient souvent les mêmes qui obtenaient le fameux sésame, pour Denis, c'était trop souvent le désenchantement ne sachant pas pourquoi ses permissions passaient trop souvent par la trappe du refus, ou elles étaient volontairement égarées dans le dédale de la voie hiérarchique, quand elles ne se perdaient pas bêtement en tombant directement dans la corbeille à papiers d'un sous-officier sans pouvoir atteindre la navette du PC.

Pourtant il était rare que Denis déposait une permission, car son unique domicile était celui de la caserne, toute fois, il se risquait à en déposer une pour éviter les corvées ou les tours de garde en weekend, ce qui lui permettait ainsi d'aller et venir et d'avoir le repas et son lit n'ayant pas toujours la possibilité de financer un trajet ou un hébergement pour le weekend, parfois la DDASS lui proposer un hébergement dans un foyer dans le centre-ville d’Angoulême, un lit dans un dortoir d'une dizaine de personnes alors qu'à la caserne, il dormait dans une chambre à quatre lits, la vie dans ce foyer même sans uniforme a porté était aussi ennuyeuse de celle de la caserne.

C'était une des rares fois, que les officiers avaient accordé à Denis une permission de 72 heures pour aller à Paris, mais pas de chance le jour de la distribution, c'était ce bourrin de Chauteau qui était de permanence il fallait donc passé et subir une revue de ce taré qui avait toute la puissance de contraindre Denis à passer par ses simagrées en le narguant grossièrement avec la permission en main, je donne, puis je reprends. La tenue de Denis était correcte, sa vareuse était bien boutonnée, les chaussures étaient aussi nickel, le demi-tour réglementaire était magistral avec la claque sur la cuisse tout y était, eh bien non ! Cette ordure trouvait toujours quelque chose qui clochait sur la personne de Denis, ses cheveux étaient trop longs dans le cou, il obligea Denis à aller courir chez le coiffeur, alors qu'il savait pertinemment qu'il était déjà parti et qu'il lui avait glissé sa permission quand il a été se faire tailler sa moustache qui était aussi raide et de la couleur d'un balai de chiotte, il lui avait remis sa permission personnellement à ce moment-là. Il ne restait plus à Denis pour caresser l'espoir d'obtenir cette permission d'effectuer son propre sabotage au rasoir se faire une sorte d'autoroute derrière le cou, de retour devant Chauteau et après plusieurs saluts et demi-tours réglementaires qu'il ne trouvait toujours pas suffisamment parfait.

Au bout de vingt minutes de tergiversations avec ce taré, Denis savait qu'il n'avait plus aucun espoir de réussir d'obtenir un train en direction de Paris pour la soirée. Il en avait ras le bonnet de ce cirque avec ce clown qui avait dû être irradié du cerveau pendant les premiers essais nucléaires dans le Sahara, Denis n'allait pas non plus se prostituer pour obtenir une permission, alors il décida de remonter tristement dans sa chambre avec la conviction qu'il ne céderait pas et que son bout de papier ce connard, il pouvait s'en servir et ce le mettre aux chiottes. Quinze minutes plus tard Chauteau était surpris de ne pas revoir son punching-ball revenir, cette réaction qu'il n'avait franchement pas envisagée un instant et qui l'avait complètement décontenancé. Il envoya son brigadier de permanence pour annoncer qu'il était décidé de lui donner son titre immédiatement, et sans condition et sans passer par le cirque du dompteur et de son fauve peluche obéissant sous l'effet d'un somnifère.

Denis déclina son offre par l'intermédiaire du brigadier en protestant qu'à cause du sadisme du chef, qu'il était maintenant trop tard pour pouvoir atteindre son train et qu'il n'avait aucune intention de passer une nuit blanche sur un banc. Que malgré son autorité qu'il pensait tout-puissant face à un appelé sans défense, tout MDLC qu'il était, il n'était pas en mesure de le contraindre à quitter la caserne pendant 3 jours.

Le maréchal des logis chef Chauteau était un vicelard de première, intouchable, car il avait eu certainement ses moments de bravoure à la guerre, l’Algérie. En 1967, il n'avait toujours pas quitté son djebel, il portait toujours son chèche quoique le port de ce vêtement n'était pas réglementaire dans le camp, il vivait avec son stock de canettes de bière pour ne pas se déshydrater par le sable et le soleil de La Braconne, l'été comme l'hiver, son chez-lui était une chambre à l'intérieur de la caserne, il y vivait avec sa compagne Roxane une chienne Berger Allemand qui marchait sur trois pattes et demie, à force de prendre des ramponneaux à coups de rangers sur son train arrière dès que son maître avait le dos tourné de la part des troufions à qui elle persistait à renifler leurs braguettes ou leurs fesses.

Le MDLC Chauteau était un personnage atypique, un louis de Funès dans le rôle de la grande vadrouille, mais lui, il ne faisait pas semblant pour être détestable, vicieux et abject. Une quarantaine d'années de taille très moyenne, un œil qui disait merde à l'autre une moustache hirsute à poil dur presque rousse, le menton en galoche taillée grossièrement à coups de serpe, style visage Dalton, sa bouche n'était pas en reste, elle n'était surtout pas celle d'un humain, il aboyait en permanence au lieu de parler.

Presque, à chaque bivouac sauvage d'une mission, il partait battre la campagne accompagnée de sa Roxane et de deux militaires qu'il utilisait comme intendant pour porter les jerricans alimentaires, c'était parti pour le grand retour à son djebel le visage barbouillé au charbon et son chèche avec son grand poignard recourbé à égorger qu'il portait en bandoulière, il partait d'un pas assuré à la recherche d'une ferme des alentours pour acheter le mouton invendable trop gras plein de suif au lieu de fournir bons gigots . Deux heures plus tard, il revenait avec son mouton égorgé sur les épaules, les deux jerrycans de 20 litres étaient remplies de vin rouge enfin de la couleur, car il tirait plutôt d'une piquette infâme. Les autres conducteurs de la section de la 2ᵉ compagnie s'affairaient sous l'ordre du brigadier Garcin un engagé sympathique sans aucune once d'autorité qui était à l'armée pour raison alimentaire, logé, nourrit en période de paix c'était le club Med.

Il avait la mission d'effectuer la fosse, avec une équipe armée de pelles US en positions recourbées pour creuser. Une autre équipe munie de casques lourds avait la charge de sortir la terre de la fosse. La troisième équipe dont faisait partie Denis avait la charge de fouiller la forêt pour rassembler un maximum de bois mort pour préparer le méchoui.

À minuit dans le campement, c'était la cata ! Plus personne n'était lucide et ne pouvait se tenir debout, c'était une orgie incroyable de vomissure dans les cabines des véhicules et sur le sol de la clairière plusieurs appelés s'étaient vomis dessus. Les quatre sentinelles qui devaient toutes les deux heures être remplacées elles étaient couchés à même le sol les fusils jetaient à terre comme des vulgaires bâtons.

Le chef Chauteau délirait à l’arrière de sa Jeep, il était en mauvaise posture avec des fellaghas qu'ils l'avaient encerclé, il donnait des ordres à tue-tête que personne ne voulait entendre pour préparer la contre-attaque. Ses deux intendants qui étaient à l'avant du véhicule ne réagissaient pas non plus, ils étaient en pleine béatitude dans les bras de Morphée. Le brigadier Garcin était raide dans un sommeil de plomb couché enroulé dans une couverture proche du feu. Seule, dans ce grand capharnaüm de corps, de gamelles, de fusils de pelles et de casque, Roxane était la plus active elle allait et venait dans le bivouac profitant du manque de réactions des personnes pour renifler une à une toutes les braguettes des militaires qui étaient inconscients allongés à même le sol... Voilà un aperçu de cet extravagant et phénomène MDLC Chauteau.

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N°5 Mission open bar sur la soute à carburant.

Décembre 1967 voilà qu'on nous concocte une bien curieuse mission de 48 heures à tournée en rond à une centaine de kilomètres de la caserne dans la forêt de Chizé dans les Deux-Sèvre la nuit était rigoureuse et humide, les conducteurs à l'arrière de leurs camions grelotaient au lieu de dormir entre deux tours de garde. Tout ce qui pouvait rouler et consommer au minimum un litre de carburant au km devait participer à cette mission. Style les camions US, REO-M 35, qui étaient réquisitionnés pour leur appétit glouton, les GMC 50 litres aux 100 km et les Jeeps n'étaient pas en reste pas non plus avec leurs 25 litres aux 100 km. L'ensemble du convoi réunissait une trentaine de véhicules disparates sur la route ça ressemblait à un scénario à la Mad-Max à la recherche d'une raffinerie. A tourné en rond pendant 48 heures, tous les réservoirs des 30 véhicules plus la cinquantaine de jerricans étaient presque à sec et certainement pas suffisamment pour rentrer à la Braconne ce qui était d'ailleurs la finalité de cette mission. Seul le camion de Denis avait été épargné, car il avait la charge de distribuer le carburant, et devait repartir faire le plein des jerricans, sur Angoulême en bordure de la nationnale10 la seule station ELF qui avait mandat pour distribuer du carburant aux véhicules militaires Denis devait donc parcourir la centaine km pour atteindre cette station pour faire le plein. Revenir aussitôt dès le début de l’après-midi pour lever le camp des Deux-Sèvres.

Denis après avoir parcouru une quinzaine de km, il arrêta le camion qui se trainer lamentablement à la vitesse d'une Mobylette ne dépassant pas les 60 km/h. C'est avec l'accord du chef de bord un brigadier PDL que Denis débrida le camion pour lui donner plus d'allants à cet engin trop poussif, l'opération de réglage de la vis du carburateur était facile à effectuer, le seul souci, c'est qu'il y avait un scellé qu'il fallait couper pour agir sur la vis de réglage. Sinon cette opération était d'une facilité d'enfant à réaliser. Après le réglage le camion avait retrouvé toute sa puissance, il atteignait les 80 km/h tout en ayant une réserve sous le pied pour la sécurité à la conduite. Il était entendu que cette manipulation qui ne comportait aucun risque pour la mécanique, cette intervention ne devait surtout pas sortir sous aucun prétexte de la cabine ce que le brigadier avait approuvé, car une section d'un scellé pour l'armée était considérée comme une haute dégradation même pour un dispositif qui servait seulement à brider la vitesse du véhicule ne pouvant pas atteindre l'intégrité du moteur. De toute façon nous étions en pleine extravagance avec cette mission, d'un côté nous venions de faire un open bar sur la soute à essence en cramant plus 5 000 litres de carburant en tournant en rond autour d'un bivouac, pour éviter l'année suivante une restriction du budget sur le carburant. Alors que de l'autre côté vous aviez un responsable MDLC qui passait son temps à brider les véhicules afin d'obtenir des économies de carburant... ? Nous étions donc comme souvent à l'armée dans une hérésie totale.

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N°6 La parole du brigadier PDL n'était pas gravé dans le granit : Tahiti n'était qu'une imposture ! Palmiers, sable blanc, Lagon bleu, mangrove, barrière de corail rouge et les, etc.

Deux mois plus tard, alors que Denis avait effacé l'opération du scellé du carburateur et qu'il avait un pied dans l'avion en direction de Tahiti avec dix de ses collègues du même contingent, le passeport militaire et le carnet médical avec les nouvelles vaccinations contre fièvre jaune, choléra et le reste étaient enclenchés, l'armée avait une parole, Denis allait pouvoir voyager vers d'autres destinées que la Charente, enfin voilà son vœu le plus cher qui allait se réaliser. L'euphorie fut de très courte durée, huit jours avant le départ le commandant lui annonça qu'il n'était plus que le remplaçant pour le départ suite à un contrôle technique qui a fait apparaître le bidouillage du carburateur d'un camion dont ils avaient fait le rapprochement de la mission de la mise à sec de la soute à essence

Denis allait vendre chèrement sa peau, il avait un projet de partir de ce camp, il avait pris la posture d'être tombé de la dernière averse tout en faisant croire qu'il était trop bête pour toucher à cette mécanique assortie en plus d'un bridage, c'était pour lui aussi incompréhensible que du latin... Le chef encore un autre MDLC responsable de la flotte du GT515 cette caserne était une armée mexicaine nous avions que des maréchaux des logis chef ou des brigadiers-chefs.
Le chef voyant qu'il n'obtiendrait aucune once de vérité de la part de Denis, il alla donc mettre la pression au brigadier PDL qui était le chef de bord de ce véhicule, il n'a pas eu longtemps à attendre pour que le brigadier soit prolixe sur cette journée alors qu'il avait pourtant juré à Denis de ne jamais rien avouer. Ce renégat venait de le dénoncer comme le seul coupable possible, qu'il avait dû faire cela derrière son dos, mais qu'effectivement après un arrêt pause-pipi, il avait constaté que le camion avait des reprises bien plus franches.

Le brigadier pour son acte de bravoure a obtenu une permission exceptionnelle de 72 heures, au lieu de recevoir, lui aussi une lourde sanction des arrêts de rigueur étant complice et responsable de ces faits.
Les autres conducteurs de la brigade n'avaient vraiment pas apprécié cette récompense pour une balance surtout envers un autre appelé, il y avait suffisamment d'engagés pour ce genre de traîtrise. Surtout, qu'il n'y avait pas mort d'homme, seulement une bricole bénigne et qui était sans conséquence pour le véhicule. La lâcheté de ce brigadier l'avait rendu no gratta dans le bâtiment de la 2ᵉ compagnie. Les supérieurs voyants que la grogne persistait méchamment et qu'il venait de perdre toute autorité, ils avaient pris rapidement la sage décision de le muter au CCAS à la maintenance de la caserne.
Malgré le paradoxe de cette journée débile, Denis fut sanctionné sur une supposition d'avoir déréglé le débit de l’économiseur de carburant et surtout d'avoir sectionné son scellé.

C'est le motif de destruction volontaire du matériel de l'armée qui avait été retenue et ce n'était pas si innocent sachant bien qu'en réalité ces faits n'avaient rien à voir une destruction quelconque, mais c'était plus pratique pour prononcer une sanction en arrêts de rigueur de la part d'un officier qui faisait office de juge à charge complètement déconnecté du terrain qui vous ordonnait une sanction sans entendre la version de l'accusé, et qui finalement rendait la sanction complètement abracadabrantesque par rapport à la véracité de l'acte d'accusation. Le verdict sans pouvoir faire appel a été d'un mois de prison, plus la double sanction d'un mois d'armée supplémentaire. Ce qui était le plus terrible, c'est que l'armée pouvait disposer de la liberté sur la vie civile d'un appelé en dehors de son service militaire, ce qui était quand même un comble. Cette procédure avait eu déjà pour première conséquence envers Denis, l'ajournement de son départ pour le Pacifique.

Parfois certaines situations vous procurent parfaitement bien un nouveau destin, car grâce de l'issue de cette situation, Denis venait plutôt d'éviter une sérieuse déconvenue.

Car après le départ de ses collègues, le voile commençait à ce lever et laissait passer quelques indiscrétions sur cette mission qui n'était pas une balade au paradis sous les palmiers, avec à la main un cocktail Cuba Libre dans une station balnéaire ce qu'ils voulaient bien nous présenter sous ses meilleurs auspices. Denis avait aussi trouvé bizarre qu'aucun engagé du camp n'avait été invité à ce voyage, pourtant c'était leur mission première de partir d'office. La mission se situait sur l'atoll de Mururoa et non Tahiti et qu'ils allaient faire du transport de matériaux sur une bande de 15 km pendant une durée de 12 mois des installations d’expérimentations pour effectuer les essais nucléaires dans le Pacifique Sud. De 1966 à 1996, la France avait procédé à 193 essais atmosphériques et souterrains aux atolls de Mururoa ; une fois par mois, ils accordaient aux appelés une permission, pour se rendre à Tahiti à Papeete, mais à peine débarqués, qu'ils se faisaient insulter et cracher en plein visage par les Insulaires. Le merveilleux cliché de l'accueil très floral de cette belle vahiné avec des formes sympathiques et généreuses qui enfilent autour du cou des voyageurs les colliers de fleurs ou de coquillages, en réalité ce n'était pas pour les militaires français qui au contraire étaient les diables du mal et comme accueil, ils risquaient plutôt de se prendre une balafre au rasoir s'ils étaient trop pressants avec les vahinés. Les douze mois écoulés les collègues de Denis sont revenus à la Braconne, ils n'étaient franchement pas ravis de cette escapade et ils n'étaient pas très optimistes sur leur santé future, on sentait qu’ils étaient bourrés d'amertume et de spleen. Ils avaient été briffés pour rester discret sur leur mission d’ailleurs, ils ne firent qu'un rapide passage à la caserne,

ils furent démobilisés les huit jours suivants, il ne fallait certainement pas qu'ils restent trop longtemps au contact de leurs collègues et qu'ils puissent démoraliser la prochaine relève dans le groupe des jeunes recrues qui ne devaient rien savoir de ce qui se passait réellement en Polynésie. Les revenants n'étaient plus utiles pour la caserne, ils étaient devenus des zombies complètement dépités comme s'ils avaient rencontré le diable et ses enfers. Ils enviaient le sort de Denis qui avait raté le départ, ils lui disaient « tu sais la prison dans ce camp et encore un paradis par rapport à la damnation que nous avons vécue nous avons vécu un isolement total nous nous ennuyons cruellement, non ce n'étaient pas les belles images qu'ils nous avaient abreuvées avant le départ. Ce n'était pas le Club Med de Tahiti avec ses atolls au lagon bleu et les merveilles de la mangrove et des barrières de corail blanc et rouge avec son sable blanc nous avions l'impression au contraire de vivre une fin du monde à chaque essai, comme si l'atoll allait s’effondrer sur lui-même dans l'océan et nous avaler dans un gigantesque tsunami. »

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N°7 Une subite appendicite qui a transformé la prison en un séjour de rêve à la plage de Collioure et de Port-Vendres.

C'est grâce à une crise d'appendicite fulgurante que Denis a évité son enfermement en prison pour une durée d'un mois.
Il fut le premier surpris quand ses deux copains infirmiers de sa classe l'avaient convoqué en urgence dans l'après-midi du dimanche à l'infirmerie, ses copains l'avaient alité pour une soi-disant douleur brutale aux bas-ventres. Le dimanche soir alors que le médecin militaire du camp n'était pas en service, les deux infirmiers invitèrent Denis à s'allonger sur le brancard de l'ambulance Renault 4x4 militaire pour l'emmener aux urgences de Girac. Vingt-quatre heures plus tard Denis reçut la visite du commandant chirurgien militaire qui avait l'air satisfait de son opération comme s'il venait de sauver la vie à Denis, il lui confirma preuve en main dans un petit flacon de liquide transparent son appendice coupable, d'après le chirurgien elle était vraiment moche à la limite de provoquer une péritonite, ce qui étonna fortement Denis qui n'avait jamais ressenti aucune douleur auparavant... Les sœurs avaient laissé place à des vraies infirmières en l'espace de trois ans du dernier séjour de Denis pour l'intervention d'une hernie. ((épisode n°14))

C'est quelques jours après son opération que Denis fit connaissance du dentiste, suite à une insoutenable rage de dents, le commandant décida de prendre un rendez-vous en urgence, au cabinet dentaire militaire d'Angoulême. Le dentiste était un appelé aspirant étudiant dentiste qui effectuait sa période militaire en tant que patricien dans le cabinet dentaire de l'armée. C'était surtout un frimeur de première qui se rendait dans le cabinet au volant de son alpine Renault bleue dans une tenue débraillée ni civile ni militaire, ce monsieur ne soignait pas les dents cariées, il les éliminait systématiquement, sans anesthésie l'arrachage était violent et viril, il était insensible aux douleurs et il ne voulait surtout pas entendre les gémissements de ses patients. Denis en limite du supportable de l'extrême torture tel à un fauve s'est levé d'un bon en lui retournant fermement le bras pour lui faire lâcher illico sa roulette sifflante qu'il utilisait plus comme une arme de torture qu'un instrument pour soulager. Denis refusa de retourner chez ce boucher et le fit savoir au capitaine Haddock, de toute façon le dentiste ne pouvait plus exercer pour un bon moment avec son bras en écharpe. Le capitaine accorda à Denis par la suite plusieurs autorisations pour qu'il puisse se rendre en train au cabinet dentaire de l’hôpital militaire Robert Piqué de Bordeaux en plus il pouvait flâner le reste de la journée en quartier libre dans cette belle ville.

Les deux semaines passées à l’hôpital de Girac le chirurgien avait bien compris que Denis n'était pas pressé de retourner à la caserne, alors qu'il n'avait nulle part pour passer sa convalescence de quatre semaines et comme il était exempté de service, il ne pouvait pas non plus effectuer sa sanction. C'est le commandant chirurgien qui proposa une solution en accord avec le capitaine haddock le DRH et l'assistante sociale des orphelins de la caserne, il envoya donc Denis en villégiature pour la durée de sa convalescence au centre de vacances militaires de Port-Vendres. Denis eut un soulagement d'avoir permuté son emprisonnement à une période de vacances pour une vie de liberté civile. Il avait laissé le treillis, les chaussures et la tenue militaire pour le survêtement et les espadrilles et le maillot de bain, seules les heures de repas et de la fermeture du foyer à minuit était réglementé. Denis était heureux de vivre cet interlude.

Le capitaine DRH appréciait le parfait salut militaire avec le claquement des talons l'un contre l'autre, des rangers cirés à la graisse de phoque et astiqués au bas nylon une matière qui n'était pas évidente à trouver dans ce lieu de mâle, le bruit des chaussures devait être synchro avec le claquement de la main droite retombant sur la cuisse. Il avait une barbe bien fournie et très noire comme celle du capitaine Haddock, lui, il avait adopté le gros cigare au lieu du fameux brûle-gueule, il avait des gros barreaux de chaise qu'il achetait au mess des officiers en détaxe, son bureau était envahi de cette fumée âcre venant de ses cigares fumigènes trop vert. Il n'était certainement pas un stratège des champs de bataille, surtout en période de paix, mais il était un fin limier du poker, très redouté au mess des officiers où il passait beaucoup d'après-midi avec son verre de Cognac Napoléon Aigle Rouge Léopold Brugerolle à la main et son cigare à feu continu de l'autre main en entendant 17 h 30 heures que le bus vert de l'armée le déposa devant sa porte.

Les quatre semaines écoulées, c'est avec difficulté et amertume que Denis dut réintégrer la caserne très attendue de pied ferme par les deux sous-officiers losers revanchards. Ils avaient tous pour consigne de tenir dans leur ligne de mire Denis. Toutes les crasses n'avaient pas de limites même pendant les quartiers libres, après le repas du dimanche midi, il le mettait d'office volontaire à la corvée du réfectoire et de la plonge pour bien lui plomber son dimanche après-midi. Quand il n'était pas consigné comme piquet d'incendie, ce qui consistait la journée à rester au point le plus proche d'un extincteur ou d'une pelle, d'une pioche et d'un seau métallique rouge sur une durée de 48 h à attendre une fausse alerte d'un incendie que l'officier de permanence pouvait déclencher à tout instant à sa guise pour être sûr qu'il avait bien foiré le week-end des permanents. Quand il n'envoyait pas encore Denis prendre le tour de garde d'un collègue qui était censé savoir jouer au tarot pour compléter l'équipe de l'officier.


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N°8 Une absence de 3 heures pour se rendre à un lavomatique en ville, pouvait être considérée comme une désertion.

Les deux jeunes enfoirés des engagés étaient encore des maréchaux des logis chef ils passaient beaucoup de temps à frimer dans une voiture Triumph Spitfire blanche, ils nous refaisaient la série Starsky et Hutch en petites frappes ce samedi après-midi, ils viraient vers les quelques bars à putes datant des vestiges de la splendeur de l'occupation des Américains quand ils avaient quartier libre de leur forteresse de La Braconne, les soirées dans ce quartier étaient très chaudes entre femme et alcool de la vieille ville d'Angoulême d'ailleurs, elles se terminaient souvent à coups de baston entre Américain et Français. Le lavomatique était placé entre deux bars à putes, ce qui permettait à Denis pendant le programme du lavage d'aller faire un brin de causette avec Luna la patronne du bar de droite, qu'il appréciait particulièrement. Luna, devait avoir une bonne quarantaine d'années, sa gentillesse et son savoir sans limite séduisaient fortement la curiosité de Denis, bien sûr, qu'elle avait quelques heures de vol, elle était dans le même état qu'une neige trafolée d'une piste du ski en fin de journée, pourtant son visage asiatique rond avec la face plate et la prunelle de ses yeux aussi noirs que de l'encre de Chine, la frange de ses cheveux noirs embellissait son visage espiègle deux tresses descendaient le long de son dos, les extrémités étaient nouées par deux larges rubans rouges qui avaient la forme d'un papillon. Son maquillage était un peu trop excessif et accentuait son allure cabaret.

Elle avait de belles jambes et elle ne l'ignorait pas, elle les mettait en valeur en les exhibant à porter des jupes de midinette bien trop courtes pour l'époque et pour son âge. Pourtant, Denis n'en avait rien à foutre de son accoutrement, et de son style qu'elle voulait bien se donner pour son artifice, lui il savait qu'il pouvait compter sur elle en cas de pépin et cela était le plus rassurant pour lui.

Quand elle était libre, elle l'invitait à boire le café, ou à partager son repas, elle lui racontait ses quelques rencontres extravagantes, accompagnées souvent de quelques fantasmes qui n'aboutissaient pas tellement qu'ils étaient improbables. Surtout avec des habitués du style de ce quinquagénaire qui se nommait monsieur Lelièvre qui portait magnifiquement bien son nom, il arrivait toujours avec plein de fantasmes dans sa tête, mais que son sexe, hélas, ne pouvait contenir plus longtemps, entre la savonnette et les mains expertes de Luna, il se lâchait dans le lavabo en se cramponnant après ses épaules en maugréant de bonheur et de soulagement. Il venait de faire l'impasse sur toutes les positions du kamasutra qu'il voulait mettre en œuvre. Il repartait penaud, mais heureux sans avoir pu atteindre le lit pour effectuer ses fantasmes.

De retour d'une mission de trois semaines, Denis apprit que Luna était hospitalisée suite à un accident de la circulation en descendant par l’arrière d'un bus Citram une voiture venant en sens inverse l'avait projetée sur son capot. À l'hôpital de Girac, Denis lui rendait souvent des visites en fraude. Luna était suspendue sur son lit, son corps était recouvert d'une coque en plâtre jusqu'au cou, elle souffrait beaucoup de cette position inconfortable. Souvent elle demandait à Denis de la gratter avec une fourchette à l'intérieur de son plâtre. Deux mois plus tard, l'hôpital l'avait envoyé dans un centre de rééducation vers Biarritz pour achever sa guérison. Denis continuait régulièrement à venir faire sa lessive en croyant à la réapparition de Luna, mais hélas son bar persistait à rester fermement fermé et muet sur sa disparition, ce qui laissait Denis dans une âcre et impuissante amertume.

Pendant les permissions, quatre-vingt-dix pourcents des appelés confiaient leur linge sale à leur famille, à la caserne il n'existait qu'une seule solution pour effectuer sa lessive, c'était sous la douche avec un balai-brosse, ce qui n'était pas merveilleux pour obtenir une réelle propreté ensuite, il fallait encore imaginer mille astuces pour le faire sécher, comme placer le pantalon sous le matelas pour qu'il sèche la nuit sans être froissé.

Ce samedi après-midi alors que Denis déambulait en ville en tenue de combat sous son bras son barda de linge, il fut très vite repéré par les deux frimeurs Hutch et Starsky sans aucune interpellation, pour s'informer sur une autorisation ou un motif quelconque de sa présence en ville dans cette tenue. Ils étaient trop faux culs pour le faire, ils avaient choisi la dénonciation pour se faire mousser auprès des officiers.

La lessive effectuée Denis regagna le camp en autostop par la route d’Angoulême vers Limoges, la nationale N° 141 était une ouverture discrète vers le monde libre pour les appelés, cette route revêtait la légende de pouvoir embarquer en autostop aux quatre points cardinaux sans laisser percevoir une destination. D'ailleurs, en 1945, nos libérateurs s'étaient installés de l'autre côté de cette voie, car pour eux, il était évident que cette nationale n'était que le prolongement de la route US 66 en partant de chez eux pour aller vers l'Occident. En 1967, le président De-Gaulle mit fin à leur villégiature toujours plus dominante et entreprenante et imposante en France, c'était une principauté entièrement autonome au milieu d'un État. La réaction des Ricains fut assez violente suite au coup de pied au cul du général.
Pour s'en convaincre, il suffisait d'aller visiter dans quel état des lieux de la caserne qu'ils ont libérée, les intérieurs des bâtiments étaient complètement ravagés, saccagés, broyés, inutilisables, les sanitaires et leurs canalisations bouchées aux bétons seuls les murs extérieurs et le distributeur des canettes de Coca était encore épargné. Les Ricains n'avaient franchement pas aimé ce retour au bercail aussi brutalement. Pourtant, il fallait bien qu'un jour que cela cesse, s'ils ne voulaient pas à leur tour devenir eux aussi des occupants non amicaux de notre pays. La France ne pouvait pas non plus être redevable à vie de son territoire à nos sauveurs.

Les automobilistes de la nationale N° 141 étaient habitués à voir les militaires, ils s’arrêtaient presque tous immédiatement pour nous prendre dans leur véhicule. Durant toute la période des 16 mois de son service militaire Denis avait pris place sur tous les moyens de locomotion du deux-roues, motos, Vespa, Lambretta, Motoconfort ou tous les types de véhicule de la 2 cv à la Porche 911. Cerise sur le gâteau certaines conductrices savaient être irrésistibles, même si parfois elles avaient deux fois l'âge de Denis, certaines étaient en mal d'amour, proposaient une halte dans des clairières discrètes, d'autres généreuses, au retour elles lui offraient, un plat dans l'estaminet du village des Favrauds juste avant la caserne, le steak frites y était servi généreusement, la viande y était sincèrement succulente et fondante, quant à la carafe de rouge elle était systématiquement resservie avant de l'avoir totalement terminé.
L'entrée à la caserne pour Denis se faisait souvent par des accès dérobés à travers la forêt afin de contourner l'entrée principale pour ne pas à avoir à justifier d'une autorisation de sortie. En plus, le raccourci par la forêt donnait directement sur le parc à camions qui jouxtait le bâtiment de la 2e compagnie où Denis était affecté.
Le retour de la lessive s'était apparemment bien passé aucun gradé de permanence n'avait constaté l'absence de Denis, il était proche de 18 heures pour le rapport, c'était le moment qu'il ne fallait surtout pas rater pour être comptabilisé.

C'est à 19 heures au réfectoire que le mdlc Chauteau est venu cueillir Denis accompagné de deux sentinelles en armes, il l'invita subito presto à les suivre, comme à son habitude, il aboyait toute sa haine tout le long du parcours pour atteindre le poste de garde. Sans aucune autre forme, Denis a été mis aux arrêts de rigueur à la prison et comme le disait mécaniquement cet abruti « pour le motif, il fera jour demain, pour régler définitivement vos envies d'évasions pour le moment vous resterez là bien au chaud ». Denis avait compris que c'étaient les deux perdants qui étaient les délateurs, ils avaient fait un rapport à l'officier de la semaine en l'obligeant à agir, car il était inadmissible qu'un appelé puisse être dans la nature au contact de l'ennemi civil qui n'était dans ce cas qu'une machine à laver.

Deux jours plus tard, alors que les petits chefs cherchaient encore un motif disciplinaire cohérent qui pouvait s'appliquer à cette nouvelle situation que Denis l’insoumis venait encore de leur offrir. Ils passaient en revue tous les motifs, la désertion, l’abandon de poste, une sortie en quartier libre sans autorisation, sous les képis ça chauffait grave ! S'ils retenaient la désertion, la sanction était traduite à des arrêts de forteresse, heureusement que le matin du grand jugement le capitaine Haddock était de bon poil, il était intervenu en faveur du conducteur Denis en justifiant « que de s'absenter 2 à heures pour aller en ville pour effectuer une lessive dans un lavomatique tout en sachant que l'armée était incapable de lui mettre à disposition une machine à laver. Même si au pire, cette absence était répréhensible, elle ne pouvait pas être assimilée honnêtement à une désertion ». Denis s'en était sorti avec un rappel au règlement de la caserne appuyé quand même de huit jours d’arrêt simple dormir uniquement en prison et d'effectuer des corvées en journée, ce qui ne changeait pas beaucoup du menu quotidien de Denis hors période d'une sanction.

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N°9 C'est la chienlit dehors à l'intérieur de la caserne c'est le fort Knox, les fusils vont-ils sortir ? Ouf ! Non, ce seront seulement les bisous des mamies bordelaises qui accueilleront les soldats du GT 515.

Mai 1968 toute la caserne est consignée plus personnes ne peut sortir du camp. La grande question, était où, « irons-nous ou pas, dans la rue faire front aux manifestants... ? » La presse n'était plus lisible à l'intérieur de la caserne, la censure était de partout Paris-Match était considérée comme un vrai poison, pour nos officiers les photos n'étaient que provocations et de la pub pour la chienlit, seule la revue TAM de l'armée avait le droit de paraître, il ne fallait surtout pas que les troufions puissent savoir, et qu'ils n'aient surtout aucun avis. Denis était informé des évènements sur Paris grâce à son amie Raymonde qui était complètement effrayée de la tournure de ce tohu-bohu elle lui envoyait des coupures de presse par courrier.
Un détachement d'une brigade d'une dizaine de soldats dont Denis faisait partie, étaient consignés et enfermer pendant deux semaines dans un dépôt de munitions pour faire de la présence, rondes, miradors et grands projecteurs pour la nuit, ils ne leur manquaient que les chiens et les balles dans les fusils, toutes les deux heures, présentation de la garde montante et descendante, la montée et la descente des couleurs quotidiennement, il fallait impressionner la trentaine de civils qui travaillaient à l'intérieur du dépôt.

Alors que les appelés n'étaient que des marionnettes avec des fusils Mas 49 vides, cela était aussi risible que le gendarme de guignol qui menace l’assaillant avec son gourdin. Le seul ennemi que Denis ait pu rencontrer sur cette période n'était que ce vicieux d'adjudant, le chef du dépôt qui rôdait surtout la nuit pour surprendre une sentinelle endormie ou assise afin de le déposséder de son arme pour après lui infliger des arrêts de rigueur pour avoir laissé son arme à l'ennemi, il était facile pour lui de se prendre pour un Rambo sachant que les armes sans munitions n'étaient pas un gros risque pour lui. Nous aurions été certainement plus dangereux armés d'une batte de baseball. Sauf que ce grand nigaud d'adjudant n'avait pas prévu qu'il suffisait d'entrer dans un entrepôt et de se baisser pour ramasser des balles réelles non percutées de tous calibres dont celles qui allaient dans nos FSA Mas 49 et que chaque sentinelle en possédait au moins une dans sa poche en souvenir de cette mission.

Un soir, alors que le chef du dépôt de munitions avait bien chauffés les sentinelles pour les mettre en condition de vigilance extrême il leur raconta que des extrémistes rouges avaient projeté de faire un coup d'éclat dans un des établissements de l'armée du département et de s'en prendre à notre dépôt cela paraissait peu probable, mais l'adjudant avait quand même réussi à les faire flippers pour le week-end complet, les nuits suivantes le chef de la brigade avait doublé les sentinelles, la nuit du dimanche Denis était en binôme pour assurer la ronde de surveillance ; Quand il vit apparaître une discrète lueur provenant d'une torche à l'arrière d'un grand talus de terre servant d'écran de protection en cas d'explosion d'un bâtiment de stockage. Comme il en était l'usage Denis demanda d'abord le mot de passe de la journée pour se reconnaître entre eux qui était « Aujourd'hui le perroquet est éloquent » sans réponse Denis hurla en pensant aux dernières consignes du chef du dépôt, les sommations restaient sans effet, le collègue de Denis qui venait de le rejoindre en sens inverse était persuadé que cette fois, nous avions affaire à une réelle intrusion des rouges , Denis entendit le bruit particulier de la manipulation de la culasse du fusil que son collègue magnait dans un fracas métallique pour y loger certainement une balle récupérée pour tirer en l'air afin d’effrayer l'intrus, mais heureusement le bruit de la manipulation avait déjà fait son effet une voix paniquée se fit entendre, suivi d'un mouvement de torche qui allait de gauche à droite, Denis venait de reconnaître cet hurluberlu d'adjudant, le chef du dépôt, quant à son placement le collègue de Denis ne pouvait distinguer la personne sans pour autant calculer l'intrus il le tenait toujours en respect avec son fusil en l'air réellement armé l'index sur la détente, Denis s'approcha rapidement de son collègue et lui fit signe discrètement que sa cible portait une barrette sur l'épaule et il lui fit aussi comprendre qu'il devait éjecter discrètement sa balle illicite qu'il avait logée dans son fusil. L'adjudant une fois sorti à découvert avait vraiment cru la version du collègue qu'il avait fait seulement semblant d'armer le fusil en manipulant la culasse pour effrayer l'intrus. L'adjudant avait trouvé ce geste astucieux et qu'il paraissait aussi authentique que celui d'un réarmement que lui pourtant un vieux baroudeur c'était même fait avoir. L'adjudant félicita les deux sentinelles de leur engagement sur la surveillance du dépôt et reparti satisfait à pied en direction de l'unique entrée ignorant qu'il avait échappé à une tragédie.

Aucune personne du dépôt et de la brigade n'a jamais su ce qu'il c'était réellement et faillit se tramer cette nuit-là les deux sentinelles avaient des vraies balles de 7,5 sur eux. Denis et son collègue, étaient à 2 secondes près sur le point d'obtenir la pire des distinctions « la fourragère noire ». Les nuits suivantes, l'adjudant s’annonçait au poste de contrôle et circulait dans ça 403 pick-ups les phares allumés tout pépère sans faire du zèle à essayer de surprendre une sentinelle. La brigade était à peine rentrée de cette mission qu'il fallait déjà repartir vers un nouvel horizon plus brillant qu'un dépôt de munitions qui n'était qu'une prison sans contact avec l'extérieur.
Denis et ses collègues repartaient avec une vingtaine de GMC pour Bordeaux en mission pour le ramassage des poubelles ou effectuer le remplacement des bus en grèves qui empêchaient les personnes de la proche banlieue de se rendre dans le centre-ville. Denis, avait été affecté à la conduite d'un camion GMC au ramassage des usagers des bus en grève, accompagné de deux collègues, qui avaient la charge d'aider les usagers à monter et à descendre du camion, la ligne de bus qu'ils devaient assumer, partait de la place des Quinconces à Pessac. Ce fut un beau moment de vie avec les Bordelais qui nous avaient témoigné une chaleureuse rencontre de cette belle mission que l'armée savait parfois faire, de ces merveilleux moments de fraternité et de solidarité entre militaires et civiles. Le seul point noir du trajet qui était chahuté, était situé à un arrêt de bus face à un dépôt du bus, les grévistes n'appréciaient guère cet arrêt, qui pour eux n'était qu'une pure provocation de l’armée.

À chaque passage, le camion était pris pour cible œufs, graviers et insulte l'ensemble volait dru. Denis avait fait remonter à sa hiérarchie cette mauvaise idée de l'emplacement de cet arrêt afin de le décaler pour éviter l'embuscade de la part des grévistes. La réponse fut négative, il n'était pas question de déroger au plan qui avait été imposé par le préfet. Les Bordelais qui n'étaient, d'après les ouï-dire qu'une bourgeoisie coincée et pas très chaleureuse avec les inconnues. En cette période agitée, ils étaient des personnes remarquables d'une franche gentillesse et bienveillantes envers toute l'équipe, ils étaient des princes, ils ont été très généreux sur toute la période de la mission de deux semaines, jamais l'équipe n'avait été aussi blindée, par les pièces et les billets de 5 francs de la part des usagers de la ligne.

En fin de soirée Denis avec ses deux collègues mettaient leurs pourboires dans un pot commun pour organiser un bon resto en fin de la mission.
Le dernier soir de la mission, l'adjudant avait décrété un quartier libre pour toute la brigade Denis et ses deux compères de mission décidèrent de faire équipe pour profiter de ce quartier libre, pour trouver un restaurant puis terminer leur solde et la nuit dans un de ces très nombreux estaminets bucoliques dans les quartiers chauds du vieux port dans les bars à effeuiller les fleurs, nos trois papillons nocturnes qui étaient dans un certain manque d’affects étaient prêts à butiner la première fleur à porter de leurs trompes déjà bien déroulées, le mousseux était infâme et le parterre floral un peu trop épanoui, mais le solde de la modeste cagnotte de nos trois papillons avait tôt fait de changer de mains, tout en n'étant pas complètement repu ils auraient bien aimé un peu plus de générosité et de tendresse au butinage des corolles de ces fleurs, mais hélas elles n'avaient que de la tristesse d'un chrysanthème après l'automne passé, et la senteur froide du camélia...

Pendant ce temps, les jeunes Bordelais qui n'avaient pourtant pas un tempérament enragé eurent une sérieuse envie de répondre à la bravade par un caillassage bien fourni, en direction des CRS qui étaient eux aussi sans cesse dans la provocation.
La brigade du GT 515 était logée dans la caserne du centre de la ville qu'elle partageait avec les CRS, ils n'étaient franchement pas d'humeur courtoise pendant les pauses, fallait voir comme ils snobaient les militaires, ils se cantonnaient entre eux et hors de porter des autres locataires pour ne pas à avoir à pactiser avec des appelés militaires qui pourtant apportaient, eux aussi leur pierre à l'édifice vacillant de la république. Il est vrai aussi que les militaires eussent dehors un rôle plus sympathique que de rétablir l'ordre à coups de matraque bondissante dont certains CRS distribuaient avec beaucoup de défoulement et de générosités ce qui était presque logique sachant qu'on ne s'engage pas non plus dans ce travail du maintien de l'ordre public en distribuant des bonbons ou des roses. L'armée avait eu cette fois l'habit du casque bleu venant plutôt à l'aide des civils pour compenser les administrations défaillantes dans leurs fonctions régaliennes que l'armée devait compenser et assumer comme le ramassage des poubelles, les transports en commun, le nettoyage des espaces publics dans ce grand capharnaüm des grandes villes.

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N°10 trente-huit heures pour aller déguster les huitres fine de claire à Marennes.

En juillet 1968, le jeune brigadier ADL Garcin un loyal copain, connaissant la situation de Denis, il lui déposa une permission de 38 heures pour un week-end pour aller déguster des huîtres de Marennes chez ses parents. Le samedi soir alors que son copain était en réunion avec sa famille qu'il ne voyait que très rarement, Denis profita de cette soirée pour aller faire un giron qui l'avait mené en autostop de l'autre côté du viaduc à la boîte du Château de l’île d'Oléron. L'aller avait été confortable par contre, le retour fut beaucoup plus périlleux, Denis se retrouvait planté à deux heures du matin à l'entrée du viaduc dans une nuit sans lune les véhicules dans le sens du continent étaient plutôt rares et n'étaient pas sensibles à l'uniforme kaki. Denis avait parcouru plus d'un km sur le viaduc une distance qui était déjà, d'une extrême lassitude avec cette impression de faire du surplace avec ce décor qui ne variait pas d'un lampadaire à l'autre le vent transversal agissant par instants en fortes rafales chargées d'embruns ce qui obligeait Denis parfois à se cramponner à la rampe pour avancer.

C'est à ce moment que dans la pénombre jaune de l'éclairage du viaduc apparaissait une vieille Citroën Ami 6 très fatiguée sa carrosserie de couleur grise était bouffée par le sel et cloquée par la rouille. Le véhicule s’arrêta pile à son niveau. Denis voyant l'état de ce véhicule ne broncha pas, il n'était pas question d'effleurer la carrosserie de peur d'attraper le tétanos, mais le plus terrible était à venir quand il découvrit dans la pénombre cette belle tête de tueur, pas rasé des cheveux hirsutes lui donnant le profil d'un parfait prédateur d'une trentaine d'années, il était seul dans son véhicule, face à l'invitation de s’engouffrer à l'intérieur rendait Denis perplexe, mais avait-il franchement le choix ? C'était le seul véhicule qui se soit arrêté sur ce viaduc depuis le début de sa traversée, sans aucune protection vestimentaire adéquate, il allait certainement être brassé dans un programme long de 3 Klm d'un violent essorage d'océan d'embruns salés qui cinglait le visage avec la douceur du papier abrasif avant d'atteindre les cabines de péages. Le conducteur proposa à Denis de s’asseoir à sa droite, en ouvrant la porte une odeur insoutenable, pestilentielle de mélange de marée descendante poisseuse et de charogne lui prenait déjà la tête.

L'assise du siège était défoncée et renforcée par une plaque de contreplaqué ; les passagers ne devaient pas se bousculer pour faire un bout de route dans son tape-cul.

Après avoir parcouru deux petits kilomètres proches de l'extrémité du viaduc dans une ambiance lourde d'inquiétude et sans parole, le véhicule commençait à hoqueter de plus en plus sévèrement, rappelant les symptômes de la panne sèche cela n'était pas pour démoraliser Denis bien au contraire qui voyait là dans cette panne un don du ciel un signe libérateur de pouvoir sortir de cette caisse, son regard se portait sur l'indicateur de la jauge qui indiquait que le réservoir était à 50 % de sa capacité, ce qui était surprenant, le véhicule s’immobilisa définitivement dans un dernier hoquet. Denis sortit brusquement du véhicule comme s'il voulait se sortir d'un mauvais traquenard, mais voyant que le conducteur persistait à vouloir repartir sans succès Denis, avait compris que la panne n'était pas volontaire et bien réelle, ce que confirma l'odeur persévérante de l'essence qui envahissait le véhicule, il se proposa à l'aider de pousser son véhicule sous un lampadaire, pour essayer de trouver la panne. Denis restait sur ses gardes, tout en le surveillant intensivement cet Ostrogoth. Le capot levé Denis s'aperçut que le tuyau en caoutchouc d'alimentation était à moitié rompu au ras de la pompe à essence.

Denis équipé de son couteau à cran d’arrêt automatique un « Mikov Predator noir » qu'il avait récupéré deux ans avant dans une rixe de Blousons Noirs, ce couteau ne l'avait plus lâché depuis, il coupa proprement la partie abîmée du tuyau qu'il remboîta à la pompe. Le conducteur après plusieurs essais infructueux réussit enfin à remettre sa tondeuse en marche, le moteur vrombissait, il avait retrouvé ses trois chevaux en pleine forme. Denis eut à peine le temps de refermer le capot et de faire un saut sur le côté, tel que l'aurait fait un toréro pour esquiver la charge de son taureau, Denis a pu l'éviter de justesse pour ne pas se faire fracasser les tibias par le par choc du véhicule qui était déjà loin. Cette réaction confirmait les doutes que Denis avait envers ce Dexter Morgan, il avait vraiment eu affaire à un putain de pervers et c’est à l'apparition du couteau qu'il avait abandonné son sale projet de précipiter Denis dans son rets. Chemin faisant les quatre derniers km qu'il lui restait à parcourir pour atteindre la maison de son copain Garcin dans Marennes, il les parcourut au pas de charge sans essayer de faire du stop, à 4 heures du matin terriblement épuisé, il fut heureux de pouvoir enfin s'allonger sur un lit.

N°11 déplacement musclé avec les commandos et légionnaires. Un héros sans grade défile pour le 14 juillet la poitrine chargée de médailles.

Pour le 14 juillet, le GT 515 assurait les défilés avec la préparation du salut et de présenter les armes et la marche aux pas cadencés. Ce jour-là, un petit homme qui se nommait Chibani brillait du haut de son 1,65 m et de ses 45 ans bien tassés, toutes ses batailles étaient gravées sur son visage, elles avaient dû être nombreuses, tant qu'il était impossible de lire un âge sur son apparence. Il était rapiécé de bric et de broc, son visage, sa poitrine n'était pas épargnée de tatouages et de multiples cicatrices le tout se croisaient dans un bordel monstre, il n'avait aucune pudeur à montrer sa poitrine il avait même une certaine pointe de fierté de montrer le tableau d'un Picasso terriblement torturé, tout détail de son œuvre était un souvenir précis de la date et du lieu en Algérie. Il disait, « que c'était le prix qu'il avait payé pour son unique amour qu'il avait dédié à la France ci difficile à séduire ». Il était encore valide grâce à une barre d'acier dans le bras gauche qui remplaçait son humérus. En tant que mascotte du GT 515 sa hiérarchie ne s'était pas foulé pour son grade, il n'avait obtenu que la distinction de 1ʳᵉ classe ADL.

Au défilé du 14 juillet à la place de New-York d’Angoulême, Denis n'avait pas pu passer à travers, c'est la deuxième division qui avait été choisie. Depuis sept heures, les militaires avaient pris possession de la place, ils étaient là plantés comme des i à attendre que ces messieurs les élus et hauts fonctionnaires se décident enfin à se rendre à 11 heures juste avant les festivités dans le parc de la préfecture où était invité tout le gotha du département.
Sous ce cagnard dans les rangs de la section, une dizaine, de victimes se sont écroulées à rester planter sans pouvoir s’asseoir et boire. Enfin, la voix grave de l'adjudant ordonna aux militaires de se mettre au garde-à-vous le passage en revue allait pouvoir commencer sous l'autorité de monsieur le préfet et de sa clique de notables. Chibani se tenait aux avant-postes proches du porte-drapeau de l'escadron et du Colonel le chef de corps du régiment, portant quelques breloques sur sa poitrine, elles paraissaient bien parsemées à comparer à la planche de médailles de hauts faits et des gloires que portait avec fierté et audace ce cher Chibani.

Le préfet ne put que s’arrêter en s'extasiant face à cette exposition de médailles sur le torse d'un homme de rang sans grade seulement la distinction de 1ʳᵉ classe, il avait dû payer chèrement de sa personne pour obtenir toutes ces distinctions à la hauteur de sa bravoure, sans avoir à mourir complètement, seulement que par petites interruptions, il revenait toujours de son knock-out pour savourer l'instant qu'un général allait lui accrocher la toute dernière tout en étant toujours debout.
Ce moment fut magique et pour un instant il redonna une fierté à ce régiment du train qui était sur tous les terrains, le sable, la boue ou le macadam en ouvrant discrètement la route souvent sans protection efficace en zigzaguant entre des mines impossibles à repérer et parsemées sur certaines voies qu'il fallait contourner en évitant aussi les embuscades, pour transporter le ravitaillement indispensable, en plus du transport des troupes dans les meilleures conditions. À la victoire finale les Trainglots étaient souvent les grands oubliés, pourtant indispensables dans toutes les zones de combat, car ce sont eux qui permettaient à l'infanterie d'avancer plus rapidement, bien qu’ils se fassent copieusement traiter de planquer.
Denis repartait pour une dernière mission en direction de Caylus, ils avaient la charge de transporter des réservistes, des légionnaires et des commandos en stage pour ce faire une guerre à blanc, mais avec rudesse quand même afin de justifier une ambulance 4x4. Le transport était aussi éprouvant que le crapahutage sur le terrain pour ces militaires pourtant aguerris prêt à intervenir sur tous les terrains. Denis avec son camion avait à franchir des anciennes carrières cahoteuses, pentues et en dévers, sur un terrain mou et sablonneux et souvent en pleine nuit, il fallait avancer juste à la lueur des black-outs afin de ne pas se faire repérer par les soucoupes martiennes qui d'après nos gradés, elles étaient nombreuses et puissamment armées dans cette région, en période de paix nos gradés étaient désabusés pour trouver un ennemi fiable.

À l'arrière du camion, l'ambiance était tendue, houleuse et tumultueuse à l'arrivée du point de ralliement « Denis se faisait tout petit dans sa cabine pour ne pas se faire, lyncher et chahuter à son tour par la brigade des légionnaires qui ne cessaient de répéter à leurs supérieurs “qu'ils n'étaient pas des bestiaux et qu'ils auraient mérités un autre moyen de transport qu'une bétaillère pour se rendre à ce bivouac".

Au retour de cette mission, Denis constata la disparition de son ceinturon, il demanda une audience au capitaine pour en obtenir un autre, la discussion à durée trois minutes la réponse fut immédiate, "je vous laisse huit jours, conducteur Denis pour le retrouver, sinon je serais dans l'obligation de vous faire une déclaration sur 21/27 pour la perte par négligence de votre ceinturon qui vous en coûtera 15 jours de prison simple avec la corvée de ramassage des poubelles, alors ! À vous de voir, et je ne désire pas recevoir une plainte dans les huit jours suivants d'une autre perte ou d'un vol de ceinturon, car pour moi, vous en seriez le seul responsable ». Denis en sortant de son bureau lui avait fait l'honneur d'un salut franc et d'un magnifique demi-tour réglementaire tout en claquant des talents comme le capitaine aimait l'apprécier ce qui était pour lui une grande marque de respect.

Denis avait vite assimilé le conseil à peine voilé de l'officier, il alla de ce pas faire un tour à l'étage de l'autre bâtiment de la 1ʳᵉ compagnie pour ne pas éveiller les soupçons d'une nouvelle plainte. Les nouvelles recrues étaient tous au réfectoire en tenue sanitaire en survêtement, la chasse ne dura pas longtemps Denis avait vite remarqué qu'un ceinturon était sur un pantalon de treillis posé sur un lit d'une chambrée, il s'informa rapidement que l'étage soit vide avant d'aller se servir.

N°11bis Denis a profité de sa dernière permission pour faire des vendanges afin de se faire de l'argent de poche pour sa prochaine libération.

Octobre novembre 1968 Denis profita pour sa longue permission libérale de 20 jours pour aller effectuer les vendanges chez les parents d'un collègue militaire de sa classe à Matha pays du cognac dans le domaine de Brugerolle, le maître d’œuvre de ce merveilleux cognac Napoléon Aigle Rouge qu'aucun vendangeur ne pouvait s'offrir et encore moins Denis qui devait se reconstituer une sérieuse cagnotte pour sa libération pour assumer son unique projet après l'armée. Denis occupait le poste de coupeur pour ne pas à revivre l'épisode trois ans en arrière de Saint-Léger avec la hotte. (voir au fond du village chapitre n°6 des vendanges)

La famille de son collègue n'avait rien de comparable avec ce tordu de Mirouleau, les personnes étaient plutôt sympathiques, la table y était bien garnie de savoureux plats. Ils avaient fait en sorte que le séjour soit très agréable tout en travaillant.

N°12. En automne dans la forêt des curieux champignons oxydés sortaient des abysses de la terre.

Nous sommes dans le dur de l'automne aujourd’hui le chef nous a réservé pour la section une curieuse cueillette aux champignons dans la forêt de la Braconne, nous devions rassembler les obus de la dernière guerre qui sortaient des abysses de la terre qu'il fallait rassembler en tas pour les artificiers, Denis n'était pas très à l'aise avec ce genre de manipulation surtout en voyant ce qu'un obus avait pu détruire sur son passage une énorme fosse de la profondeur d'un immeuble de six étages que les arbres avaient investis en 26 ans, car la nature avait horreur du vide. Du bord de la fosse, on pouvait toucher la cime de ces arbres qui offraient une curiosité unique dans cette forêt.


N°13 Denis est envahi par un spleen et d'une grande solitude, depuis une semaine ses compagnons de la 67-2C ont retrouvé la liberté sans lui.

En février 1969, le service militaire tirait à sa fin presque tous ses camarades, les sages, les vertueux, les fayots, les exemplaires de la classe étaient déjà libérés, depuis une bonne huitième de jours, Denis devait encore rester deux mois supplémentaires jusqu'à la fin avril suite à ses arrêts de rigueur.
Le capitaine Haddock, entre un poker et son verre de Cognac n'avait pas abandonné Denis à son sort discrètement, il essayait de trouver une parade pour sortir ce fauve de sa cage qui commençait à tourner en rond. Un après-midi, le capitaine le convoqua officiellement pour lui faire part de son avancé, il lui avait trouvé une place pour partir presque immédiatement faire un stage de formation de trois mois au centre de la F.P.A de Liévin dans le Pas-de-Calais pour obtenir une formation de boiseur pour consolider les galeries des mines à charbon.

Denis fut interloqué de cette proposition qu'il trouvait franchement pourrie sachant que les mines vivaient leurs dernières heures et qu'il n'avait pas l'intention de travailler dans une mine qu'il avait déjà donnée à la tuilerie de Fontafie pour ce genre de boulot au confinement hautement poussiéreux et irrespirable, mais quand même sans avoir le risque d'un coup de grisou.

Le capitaine au visage de marbre, seul le nuage de son havane pouvait trahir son agacement à la réaction de Denis qui préférait faire deux mois d'armée supplémentaire au lieu d'accepter ce stage que lui pourtant trouvait franchement génial, car il tombait à pic. Voyant que Denis ne percutait pas et qu'il restait sceptique pour accepter ce stage, la voix du capitaine n'était plus qu'un chuchotement comme si son bureau était sur écoute, il lui expliqua que l'intérêt de ce stage ne l'était pas pour sa formation, son seul attrait, c'était sa date qui permettait à Denis de quitter la caserne immédiatement au lieu d'attendre les deux mois. Le capitaine sentait bien que Denis avait une certaine réticence de partir dans les mines, le capitaine avait compris qu'il fallait qu'il élimine la crainte qui l'accablait, il le regarda avec ses yeux rassurant en s'exprimant dans un chuchotement encore moins perceptible, il lui serra le bras avec tendresse, et il recommença avec une parole intérieurement persuasive tout en restant pondéré, dans sa nouvelle formulation, « soldat Denis ! Je vous en conjure ne fermez pas cette porte définitivement que j'ai pu vous ouvrir avec ruse pour vous libérer rapidement. Quand vous serez définitivement libéré, vous irez bien où vous voulez et si la F.PA nous signale votre absence pour le stage, nous n'allons pas vous envoyer à vos trousses la DST ou les gendarmes pour vous contraindre manu-militari d’effectuer cette formation, une fois votre libération acquise, l'armée n'aura plus aucune subordination à votre égard ». Le visage de Denis venait de s'illuminer, il était radieux avec quelques larmes de joie qu'il effaça immédiatement avec sa manche pour rester face au capitaine un homme, digne et solide. Il accepta immédiatement la proposition du capitaine qui en réponse faisait percevoir son soulagement en lui serrant un peu plus fort son bras qu'il n'avait pas lâché durant tout l'entretien.

Chez le capitaine Haddock tout était en stratégie avec une élégance et une rigueur à fleurets mouchetés, pour contourner des décisions que certains bourrins sous-officiers psychorigides s'acharnaient à imposer avec célérité et une sévérité impitoyable au nom d'une discipline d'un autre âge d'avant 1968.

Denis prit congé en l'honorant d'un formidable demi-tour règlementaire tout en le saluant énergiquement et bruyamment, le capitaine ne laissait rien paraître, il avait seulement placé l'index de sa main droite à la verticale de sa bouche pour lui faire comprendre qu'il ne devait surtout pas le remercier et que le contenu de cette entrevue ne devait pas sortir de son bureau sous aucun prétexte.

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N°14 Enfin, le grand défi est là, Denis est majeur, finie la caserne, finie la DDASS, la liberté est acquise définitivement, elle est totale sans aucune préparation, elle vous happe sans ménagement et sans aucun repère, elle serait presque plus effrayante et plus dangereuse que notre imagination ne l'avait prévu.

Quatre jours plus tard, Denis était libéré de ses obligations militaires. Le plan du capitaine Haddock avait fonctionné merveilleusement bien. Le billet de train gratuit pour la destination de Liévin en poche, le livret militaire, permis de conduire vert et un certificat de bonne conduite malgré les 3 mois de prison cumulés et les deux mois de rab disciplinaire qu'il aurait dû accomplir, ce certificat n'était qu'un grand bluff, d'une parfaite hypocrisie abstruse de l'armée dont le but n'était pas de féliciter un jeune homme d'avoir offert à l'armée l'année de ses vingt ans, non c'était seulement une formalité pour permettre à l'armée de pouvoir réquisitionner en cas de conflit un soldat indiscipliné.

Ce matin-là, était le plus merveilleux pour Denis depuis 18 mois, il était maintenant sur orbite pour une autre planète dans sa tenue civile, ce moment était si bon et tellement jouissif de pouvoir parader à la caserne en civil et devenir l'intouchable en mocassins si légers à ses pieds qu'il avait cette sensation d'avoir acquis d'une double liberté, d'avoir laissé définitivement au placard ses lourdes rangers raides comme des boulets à trainer.

À chaque croisement d'un gradé Denis était toujours conditionné, il se retrouvait en plein doute avec ce réflexe de chercher son bonnet pour le saluer, ce qui provoquait chez certains des amusements à voir cette fébrilité de se réadapter à la vie civile, alors que d'autres avaient un haussement des épaules d'agacement en pensant que Denis les taquinait une dernière fois en les saluant en civil.

Une délicate attention était à la disposition de Denis, un trousseau avec des tenues de travail, des sous-vêtements, chaussures, ceintures, avec du linge de toilette remis sur ordre du capitaine Haddock.

Denis, avait les yeux humides pour cette attention que cet homme lui avait témoigné lui qui paraissait un ours mal léché. Il aurait voulu pour une dernière fois le remercier en lui serrant la main vigoureusement et chaleureusement appuyé d'un grand sourire malgré les larmes que ses yeux n'auraient pu contenir, mais ce matin-là le capitaine brillait par son absence, par un motif diplomatique, une crise de paludisme, un ancien souvenir qu'il avait ramené d'une campagne africaine en croisant en plein nuit son plus petit ennemi le redoutable anophèle à six pattes qu'il n'a jamais pu éradiquer malgré son éventail d'armes qu'il avait à dispo .
Denis avait aussi compris que ce n'était qu'un adieu pudique qu'il ne désirait pas montrer sa joie et sa victoire, parce qu'il savait être parfois un homme vulnérable et sensible, sous les traits d'un pacha vieux loup de mer.

C'est à l’arrière de son camion G.M.C la bâche relevée sur le côté ce qui permettait à Denis d'admirer pour la dernière fois cette portion de route que Denis avait tant empruntée durant sa période de son en casernement. Le camion s’arrêta face à la gare d'Angoulême Denis sauta du camion comme la gazelle du GT515 un geste d'adieu de la main au nouveau conducteur de la classe 1969.
Denis se libéra à la consigne de son sac de voyage et alla se rendre aussitôt à l'agence de la DDASS pour la visite d'adieu et d'émancipation. Monsieur Benoît, un gentil directeur au regard ombrageux pour cacher qu'il était une éponge en absorbant les malheurs de sa grande famille, une personne raisonnable trop rare dans ce rôle et dans ce poste de l'administration, on le disait aussi cérébrale avec la compétence et la droiture d'un vrai juge, il n'avait eu qu'un seul défaut celui d'arriver trop tard à ce poste, pour la génération de Denis qui a subi avec l'ancien directeur le régime de Staline pour le plus grand malheur des enfants de la DDASS qui n'étaient considérés que du gibier de potence au lieu de celui de cette nouvelle époque de ce jeune directeur proche de la période Kennedy bien plus humaine.

Il désirait honorer de sa présence la dernière rencontre avec le pupille pour les adieux définitifs. Il n'avait rien à lui apprendre de nouveau sur son état civil, rien non plus à lui remettre, ni photo ni une mèche de cheveux de sa maman, pourtant, il n'avait pas été abandonné anonymement dans un panier au pied de saint Innocent rien de tout cela ! Rien non plus sur son abandon ou une descendance même très éloignée, ou un semblant de famille, un géniteur qui aurait pu se manifester durant la durée de ses 21 ans, même pas un tonton Cristobal ou une tante Jeanne, ou un oncle d'Amérique celui qui se cache dans son hôtel Casino à Street Las Vegas. Vraiment que chiche, rien ! Tant pis ! Denis devra vivre avec ce vide, dans la situation du poussin sortant d'une couveuse, grâce à une ampoule de 100 watts qui lui a prodigué amour et chaleur et réconfort. Le personnel devait toujours garder une distanciation afin qu'elle ne soit pas tentée de se laisser aller une seconde à exprimer une miséricorde envers ce bébé.

Le directeur avait du mal à cacher son émoi, une moue mélancolique se dessinait sur son visage allongé, il ânonnait certaines notes du dossier personnel de Denis sans intérêt. Sa dernière poignée de main a été ferme avec la tape amicale sur l'épaule qui voulait dire adieu Denis et trace ta route, tu as déjà exécuté la partie la plus sinueuse, tu vas atteindre maintenant la verticalité sociale de ton nouvel itinéraire de ta vie. Au moment de partir le directeur, lui glissa une grande valise en carton marron vide ne contenant qu'une trousse de toilette rigide un miroir fixé à l'intérieur du couvercle des emplacements vides une boîte à savonnette, et objets nécessaires à la toilette dont un étui à brosse à dents, Denis eu un pincement sarcastique il était qu'en même temps que la DDASS commença à se soucier de l’hygiène buccale de ses enfants qui devaient souvent attendre la première paye pour s'offrir une brosse à dents et son dentifrice et dans certaines familles d'accueil l'hygiène n'était pas une priorité, heureusement qu'elles devaient se déranger pour percevoir leur mandat à la perception pour se présenter dans une apparence propre en trainant une vielle senteur de lavande et violette ou muguet sur leur passage dont profité aussi le pupille qui habituellement sentait aussi fort qu'un bouc en rut.

D'ailleurs pourquoi cette valise en cadeau pour le départ pour ne rien mettre à l'intérieur, pourquoi ne pas pousser aussi le vice d'offrir un porte-monnaie sans un sou à mettre de dedans... ? À choisir, verser un bon pécule aurait été beaucoup plus utile aux pupilles pour franchir ce rond-point de la vie dont il fallait encore prendre la bonne voie, C'est donc quoi ce message que les hautes instances voulaient transmettre à ces jeunes hommes … ? Qu'ils ne seraient que des satellites tournants autour de la société sans espoir de pouvoir gravir un jour à l'intérieur pour en faire partie... ?

À sa sortie dans la rue, Denis resta figé, non, ce n'était pas le soleil qui l'aveuglait, c'est ce vide qui l’oppressait, d'avoir pris conscience qu'à partir de ce moment, il ne devra plus compter que sur lui-même, il vacillait contre le mur de l'agence. La DDASS venait de lui couper définitivement son collier qui le liait à une communauté, sans transition, sans domicile, il était à la rue, il sera maintenant seul pour assumer les coups durs que cette société égoïste et piégeuse et sans affect savait vous administrer comme un coup de pied au cul d'une telle brutalité à vous faire perdre votre équilibre.

Une larme à l'œil droit puis deux à celui de gauche, puis c'est une vague scélérate, Denis à coups de manches et de mouchoirs essaya de colmater au mieux les embruns de tristesse qui inondaient son visage.

Comme dans un dernier baroud, il agita son mouchoir pour adresser un adieu définitif à cette agence et à sa voisine l'église d'Obêzine à la flèche si gracile qu'il voyait gamin depuis la fenêtre du doyenné qui a été sa boussole de référence un repère dans son monde chaotique de 18 ans il devait toujours se souvenir même dans un pire moment de perdition que sa maison était proche de ce point culminant. Denis avait débarqué à cet endroit au 57 rue de Lavalette à Angoulême en poussette pour maintenant repartir en homme libre sans trop de cicatrices apparentes avec en poche les 200 frs de ses dernières vendanges pour commencer une nouvelle vie, et le trousseau de linges du bon capitaine Haddock.

Ce sont les dernières minutes Denis vient de franchir le Cap-Horn de sa majorité. Il était maintenant temps de reprendre cette putain de marche en avant poursuivre à vive allure sur un pas cadencé en direction de la gare d’Angoulême qui était à l’opposé du lieu qu'il venait de quitter maintenant, il volait littéralement sans se retourner en ayant l'impression qu'une main invisible et démoniaque voulait le saisir pour le faire capoter pour qu'il ne quitta pas ce département, mais sa volonté était inébranlable rien ne pouvait plus l'arrêter telle une furie il avançait droit au but.

Il n'était plus qu'à cinq heures de distance de son nouveau projet et de sa nouvelle raison de vivre.
Venir à Paris c'est comme venir au paradis. Arrivé à la gare d’Austerlitz Denis eut un petit sourire avec un pincement au cœur envers son ami David, qui voulait tant venir voir ce lieu, le champ de bataille de Napoléon.(À lire dans N°2 Le fumier, ça se conjugue aussi dans ce coin-là... )
Denis refusa de continuer son périple, il n'était pas question que ses pas le portent jusqu'à la gare du Nord pour partir en direction de Liévin. D'ailleurs, le capitaine Haddock n'aurait certainement pas apprécié cette finalité, lui qui avait tout fait pour hâter sa libération. Ce n'était pas pour qu'il retourne encore dans autre internat sans-le-sou.

Un an plus tard à l'heure du laitier ce sont deux gendarmes qui frappaient à la porte de la chambre de Denis sans discrétion et sans les croissants. Denis inquiet sachant qu'il avait triché pour sa libération anticipée, ils étaient certainement venus pour cette raison suite à une plainte de l'armée. Le chef des gendarmes voyant l'embarras de Denis qui se mettait à bégayer quand celui-ci lui demanda de confirmer son nom, il le rassura aussitôt qu'ils venaient seulement de mettre à jour son ordre de mobilisation. Qu'il devait lui remettre en mains propres ignorant sa nouvelle adresse, cet ordre de mobilisation indiquait que Denis aura à se rendre en cas de guerre en France à une affectation au fort de Vincennes aux services des ambulances. Denis commença sa journée en pensant que son capitaine à cette heure-ci attendait dans un nuage de fumé de son unième cigare devant la porte de son immeuble le bus vert armé qui allait le conduire au camp de la Braconne du GT515.

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Ce bourreau des enfants déshérités avait un but, et ce n'était pas celui de faire partager à ces enfants de la tendresse et de l'affection proche d'une belle flambée de la cheminée à la campagne. Non ! Son seul objectif n'a été que de placer des bras pour garder les vaches.

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