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Ni Dieu ni maître...

n°2.( A Julien) Le fumier ça se conjugue aussi dans ce coin-là...

Ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est le chemin.

Pupille de la DDASS.75 Catégorie: A

Chapitre N°1 Ni Dieu ni maître...

Chapitre N°1 en échange d'une bonne paillasse et d'une table pas forcément bonne. Je vous offre un adolescent costaud que vous pourrez utiliser à votre guise comme une bête de somme ou autre sans restriction.

Mon Julien, tu n'es plus qu'un semblant d'humain heureusement que tu utilises encore tes deux jambes pour avancer, afin d'assumer ta différence dans ce monde de quadrupèdes où ils t'ont plongé volontairement pour te condamner de la rage que tu portes sur cette société que tu exècres.
À peine, 48 heures sont écoulées que Denis est déjà planté au garde-à-vous à 8 heures du matin dans le bureau du directeur pour être présenté à ses nouveaux maîtres, afin qu'ils puissent constater que le jeune garçon était robuste et en bonne santé, le directeur n'était pas avare de louanges sur les qualités physiques du pupille alors qu'à son arrivée, il n'était qu'un bon à rien pour avoir échoué dans son placement, il fallait qu'il se reprenne rapidement s'il ne voulait pas connaître certains établissements où les durs se transforment en mouton bêlant dans la bergerie face à un minuscule roquet.
Le directeur sans aucune aménité avec un ton de voix que ne laisser aucun doute que sa menace était bien réelle à l'encontre de Denis "si cette fois, tu fais encore un retour à l'agence, tu ne pourras plus prétendre à une nouvelle formation, il ne te restera pour toi gamin qu'un seul placement. Denis avait compris l'allusion, il savait que le directeur ne bluffait pas, il avait à plusieurs reprises croisé le douloureux destin de Julien en allant chercher les sacs de blé chez la famille Munoz pour la boulangerie de Montmoreau.
Ce que Julien vivait, c'était le pire châtiment, l'enfer de l'esclavage moderne sans achat la pire des frustrations, il n'avait aucune valeur, même sa sueur était gratuite. Il n'avait aucun droit seulement des devoirs abusifs sans limite et sans restriction. Cette affectation était l'abandon du pupille par son administration au bon vouloir de la famille de la ferme 24 h sur24h sur 365 jours annuellement sans aucune autre contrepartie, le couple disposait du pupille comme il l'entendait tant qu'il ne faisait pas de vague pour des abus ou une maltraitance reconnue qui était d'ailleurs impossible à faire reconnaitre. L'adolescent au bout d'un an devenait un parfait crétin, le benêt du village dans cet environnement méphistophélique et pernicieux où le fumier se conjugue aussi dans ce coin-là...
Nous n'étions que des" filles et des fils de garce" chez la plupart de nos familles d’accueil…

Certaines Charentaises étaient des cerbères sévères, sadiques et haineuses, elles étaient aussi de redoutables commères toujours en train de cancaner et d'inventer les pires saloperies sur autrui. " Cette salope ! Elle couche avec le boulanger pour un bâtard. Tu as vu son chien, il a de drôle de manière à renifler les braguettes ou à passer sa truffe humide sous les jupes... « Elles savaient aussi être abjectes et démoniaque envers les pupilles tout en étant des mamans câlines et affectueuses et protectrices envers leur progéniture de leur chair et de leur sang.

Les hommes envers les pupilles étaient dénués d'affect et s'était tant mieux, ils étaient aussi moins tordus envers les garçons, par contre pour les filles, elles avaient droit à un traitement spécial, le droit de cuissage était toujours réel, cette coutume conférée au seigneur ou au patriarche et à ses fils, le droit de coucher avec la pupille, elle était toujours d’actualité dans le fin fond de la campagne. Pour les garçons le chef leur réservait une curieuse attitude cynique comme celle qu'il employait envers des animaux domestiques qui seraient d'une race obéissante, pourvu d'une intelligence limitée, juste assez pour rester l'humble de son maître qui avait le libre pouvoir de lui choisir une vie miséricordieuse, ou d'une cruauté à le faire succomber, pensant que les pupilles n'étaient qu'une partie intégrante de son cheptel. Malgré le nombre de personnes qui franchissaient le seuil de la cour personne ne prêtait attention à cette chose qui faisait partie du décor dans la cour de la ferme, il n'aboyait pas à l'arrivée d'un visiteur. Il avait l'apparence d'un humain, car il courrait comme un bipède pour aller se cacher dans l'étable.

À y regarder de plus près on pouvait apercevoir un gamin de 16 ans, le béret charentais cerné d'une large trace blanchâtre de sueur était vissé profondément sur sa tête, ce qui lui faisait ressortir ses oreilles décollées.
Il portait un pantalon bleu bien trop large pour sa taille de haricot vert, attaché à la ceinture avec une double corde de lieuse, la chemise ouverte sans les boutons faisait apparaitre un corps imberbe aux côtes trop saillantes, avec aux bras un maillage de grosses veines bleues ses brodequins affamés avaient la gueule grande ouverte, une ficelle avait pris la place des lacets. Voilà à quoi ressemblait Julien au bout d'une seule année suite à son placement comme commis de ferme en échange du gîte et du couvert. Il n'était plus qu'un épouvantail à corbeau ambulant.
Caché derrière la volumineuse brouette pleine de fumier qu'il poussait sur des planches discordantes pour gravir et atteindre le sommet de cette montagne d’empilement d’excréments putrides d'animaux qui culminait à plus de trois mètres, un rictus grimaçant lui déformait son visage cramoisi la bouche grande ouverte sous l’effort, faisait apparaître plusieurs chicots noirâtres. Une odeur pestilentielle se dégageait du fumier, quand il vidait sa brouette à l'acmé du tas, sans pouvoir protester, car gémir n'était pas de mise au paradis de la mouche scatophage.

Autrefois, la hauteur du tas de fumier était le Kbis d'une exploitation. Un bon indicateur sur la bonne santé financière de la ferme.

Sans argent et sans aucun contact extérieur à la société, où seul le facteur savait, il dira plus tard ", je savais que cet enfant était traité pire qu'une bête, mais jamais personne n'est venu recueillir mon témoignage," selon le directeur de l'agence qui avait la charge de faire l'enquête sanitaire pour sortir Julien de son royaume animal qu'il avait lui-même placé un an avant en toutes consciences pour s'en débarrasser parce qu'il avait échoué lamentablement quand il n'était qu'un gamin crédule à l'examen psychologique en galvaudant les logiques primaires. Le psychiatre lui avait montré deux photos dont une femme jeune une belle et une vielle moche, Julien avait choisi la dernière qui ressemblait à sa sorcière de mère nourricière qui était présente à l’examen. Julien ne voulait surtout pas de conflit avec son Cerbère sachant qu'en sortant de cette réunion, il allait encore s'en prendre une. Le psychiatre continuait les tests d'intelligence à l'aide de planches à dessin en lui demandant de classer les figures par ordre de celle de l'Indien le plus menaçant " qu'il devait abattre en premier celui qui fumait le calumet de la paix ou celui qui avait le tomahawk ?", puis celle du pompier pour éteindre un incendie devait-il choisir" le pompier qui avait une hache ou celui qui avait la lance d'incendie ?". Julien ignorait qu'à cet instant, il jouait gros, que son destin serait à jamais lié à ses réponses. Il trouvait tellement cela ridicule qu'à la fin il est sorti de son test en décidant de faire n'importe quoi de ne plus répondre logiquement à ce jeu qu'il trouvait stupide ses réponses seraient donc aussi stupides, c'était le côté abrupt de Julien quand il se prenait pour un autre à faire l’intéressant.

Il avait sous-estimé la blouse blanche en face de lui, c'était le pouvoir sans aucune complaisance. Certaines décisions font plus de dégât qu'une balle en métal qui vous fait mourir instantanément, que d'assumer une négligence mal comprise qui deviendra ensuite un parcours truffé de mines pour le restant de sa vie. Le patricien sûr de son arrogance portait la vertu sur son visage tellement qu'il était sérieux et impénétrable. En une heure, il avait fait un diagnostic rédhibitoire et sévère en scellant définitivement le sort sans lendemain pour l'enfant qui était déjà perdu pour l’espèce humaine. À l'énoncé du rapport même le diable aurait dit, « c'est assez ! Je désespère de cette espèce humaine qui est encore plus diabolique que moi » Le diable n'aurait pas accepté ce rejet. Après une tentative de suicide à une noyade cérébrale , la mer l'a rejetée ne voulant pas s'encombrer de ce succube dans ses abysses, elle l'avait échoué volontairement sur une plage froide où le soleil était si timide et si pudique qu'il se cachait sans cesse derrière ses moutons stratocumulus. son corps allongé frissonnait sur cet enfer de sable rugueux comme du papier de verre, quelques cailloux plats étaient là parsemés comme pour laisser un espoir à ces corps de se réchauffer et d'essayer d'obtenir des ricochets vers un avenir plus promoteur que ce moment des ténèbres qui voulait qu'il reste là à ce laissé mourir sans résistance sur cette plage de Berck.                                                                                                             Contrairement au diable Julien voulait encore croire à l'espoir et à une âme charitable toujours chevillée au corps de cette espèce humaine dont il faisait encore un peu partie.

Julien fut hospitalisé aux urgences de l’hôpital de Montmoreau pour soigner un agglomérat de furoncles en bas de son dos, ils lui mettaient des mèches en tissu à l'intérieur de chaque furoncle en le traitant à forte dose de pénicilline. Cette affection traînait depuis déjà plus d'un mois sans aucun soin. 

C'est grâce à l'intervention du vétérinaire remplaçant appelait pour un vêlage critique d'une vache chez les Munoz que Julien a croisé furtivement le véto, alors que s'il avait obéi à l’ordre de son maître, il n'aurait jamais dût passer par cette étable. Le véto intrigué par ce personnage mal ficelé qui s'excuser presque de passer comme un éclair la chemise débraillée volait en dévoilant son dos à nu. Ce qui attira le regard du véto, c’est voyant l'horreur incroyable qui lui passer sous ses yeux, de nombreuses pustules purulentes d'un blanc laiteux envahissaient le bas du dos de Julien. Le vétérinaire instamment avait oublié la vache, il insista auprès des patrons de la ferme pour ausculter son dos. En réponse, il eut des insultes et les menaces de la part du couple Munoz qui lui rappelait fermement qu’il n'était ici que pour s'occuper de la vache et de son veau et non de s'attarder sur cette ganache de bâtard. Le veto horrifié resta de marbre, il alla d'urgence aider la vache à vêler, trente minutes plus tard le veau et sa mère étaient en super santés. Pour le couple Munoz les réjouissances ont été d'une courte duré jusqu'au moment où le véto insista pour ausculter Julien, monsieur Munoz l'avait discrètement éloigné de la maison en pensant que le véto l'oublierait après son intervention auprès du bétail. Cependant, c'est le contraire qui se produisit le véto la rage en lui, insista pour ausculter le pupille en menaçant le couple que s'il voulait l'empêcher, il reviendrait avec les gendarmes.
Le vétérinaire immédiatement lui désinfecta les plaies, mais malgré cela, force est de constater que le dos de Julien ne cessait de suppurer de cette lave blanche, jaunâtre . Il l'enveloppa dans un drap et il demanda à Julien d'aller prendre place illico
dans sa Peugeot 203  monsieur Munoz voulu l'empêcher.  Julien à ce moment-là n'était plus son toutou malgré son faible état, il eut la force de renverser ce salaud de maître la tête sur son tas de fumier.  Le Véto confia Julien aux urgences de l'hôpital le plus proche et malgré la promesse faite au couple Munoz de renoncer à prévenir la gendarmerie, le véto allât porter plainte à la gendarmerie pour non-assistance à personne en danger.

Même dans les abysses des ténèbres et de l'horreur de cette Charente rurale,  la lumière d'un magnifique héros pouvait apparaître pour sauver l'infime innocent, afin de le libérer de ce passage obligé de cette redoutable  

noirceur dont le final n'était qu'une obsolescence programmée.



Chapitre N°2  À chaque nouveau placement, c'est une nouvelle intrigue accompagnée d'une nouvelle colique douloureuse prenant l'ascendant sur l'enfant. À vouloir lui faire tourner trop rapidement le dos d'un vécu insupportable et exécrable, l'enfant ensuite à une trouille terrible et angoissante pour pouvoir imaginer un futur radieux sachant que sur l'échelle de la douleur il sera toujours au plus haut ...

Pour l'heure Denis était engagé sur une période de trois ans, en échange de son travail, il aura droit au blanchiment de son bleu de travail et sous-vêtements, à de l'eau chaude une fois hebdomadaire pour faire la grande toilette dans une bassine dans une pièce discrète au milieu de la cuisine, la nourriture était bonne, mais rationnée, le logement (un lit dans une chambre qui en possédait trois), évidemment zéro en salaire, parfois une pièce était tolérée aux bons soins et au bon vouloir du maître. Le patron avait la charge d'assumer la formation du pupille, pour ce cas, il devait lui apprendre le métier de maréchal-ferrant, forgeron, mécanicien agricole, serrurier. Surtout apprendre à balayer l'atelier et faire des balais de genêts pour ne pas ruiner son maître à acheter des balais en paille de riz.

Les nouveaux patrons étaient des quinquagénaires, Éliane l'épouse était très belle, elle apparaissait bien plus jeune, elle était plus enjouée que son époux qui portait des tonnes d'amertume sur son visage d'une pâleur froide, le sien était d'une finesse égyptienne moderne venue d'une descendance des pyramides, elle était très brune, avec des yeux très larges et foncés, elle était grande et dynamique, son époux Léon lui était un petit gabarit, il paraissait fragile et très fatigué et le souffle court son visage, Avait la forme d'un cracker tellement que sa face était plate, Denis apprit plus tard qu'il avait parcouru un chemin de damnation de 1942 à 1945 le S.T.O. Cela l'avait marqué dans sa chair et dans son esprit tel à une cicatrice ouverte qui suppure sans cesse cette mauvaise période où des saligots faisaient la guerre pour satisfaire leurs egos insatiables pour devenir les maîtres du monde.

Il ne pouvait plus entendre une intonation ou un commentaire en version allemande sans avoir des larmes qui déferlaient sur son visage, la souffrance est un sentiment que la mémoire réactive sans cesse. Dans certaines situations. Il pouvait parfois avoir un visage dur et méchant, mais sans jamais donner aucun éclat de voix, ni par un geste brutal débordant d'autorité, son regard suffisait, il avait acquis dans sa souffrance, la puissance et la soudaineté d'un uppercut, qu'il vous mettait kô debout sans vous toucher...


Chapitre n°3 La traversée à pied d’Angoulême adieu l'église d'Obezine, le  phare de Denis à l’orphelinat. 


Denis enfin hors de l'agence reprit sa respiration à pleins poumons du bon air pour évacuer l'air vicié que le directeur produisait dans son bureau. Denis toujours là planté avec cette fois un grand carton son nouveau trousseau de vêtement pour la période "automne-hiver" face au parking de l'agence en attendant de voir vers quel véhicule il devait se diriger, Éliane lui fit signe qu'il devait grimper la rue de l'église d'Obezine, cette église néogothique avec sa flèche très caractéristique ériger, en 1959, au prix du sang de nombreux ouvriers qui ont fait des chutes mortelles pour élever cette flèche de 68 mètres.

Ils traversèrent la vieille ville d'Angoulême avec ses rues pentues, étroites, et ses pavés glissants avec ses maisons à colombages d'où sortait d'une fenêtre ouverte du rez-de-chaussée des vocalismes d'une diva de l'opéra accompagné de quelques mesures de piano. Apparaissait au loin la grande place du champ de Mars où avait lieu la foire mensuelle, ensuite, c'était la place Bouillaud, la gare autoroutière, des bus Robin, rouge et jaune qui desservaient la ville et les agglomérations environnantes. Puis les Citram des bus bleus, eux, ils effectuaient des tournées au long cours du département, ils passaient dans toutes les villes entre Bordeaux et Angoulême avec un aller et retour dans la journée. Denis pensait que son calvaire allait cesser à cet endroit de la place. Car la ficelle de son trousseau lui cisaillait sa main droite ensanglantée, mais, hélas, c'était un faux espoir le supplice allait encore perdurer, Éliane et Léon avançaient tout droit pour traverser la place en ignorant les bus, quinze minutes plus tard de marche, enfin ! Ils arrivèrent face à un parking proche des remparts où était stationnée la fameuse désirée une 2CV verte presque neuve. Denis avait effectué une heure de marche avec son carton pour atterrir ici sur ce rempart du Moyen Âge de la famille Taillefer, proche du Jardin Vert lieu où Denis se souvenait quand il était petit d'avoir assisté pour la fête des Mères à des danses folkloriques et son gouté avec son michon traditionnel et sa barre de chocolat Cémoi avec sa vache violette et un verre de lait.

C'est aussi la première fois qu'il se retrouvait face à deux vrais phoques bien vivants en captivités sous une cascade dans un enclos d'eau.

Voyant le désappointement de Denis, qui en avait plein les bottes, Léon lui expliqua que son épouse venait juste d'obtenir son permis de conduire et que lui ne l'avait pas encore obtenu malgré sa deuxième tentative, et qu'elle avait laissé le véhicule aussi loin, de l'agence de la DDASS, car elle ne se sentait pas encore d'attaque à conduire sa voiture dans le centre-ville en plus un jour de foire. Plus tard, Denis comprendra effectivement le bien-fondé de cette explication.

Denis s'était enfin débarrassé de son fardeau, heureusement qu'il avait pu ramasser à la hâte un chiffon souillé par de nombreuses taches de graisse qui traînait dans le caniveau, pour pouvoir absorber le sang de la coupure et d'alléger le frottement de la ficelle sur la plaie sanglante. Le couple était tellement stressé pour le retour qu'il n'avait rien vu ou n'avait rien voulu voir pour ne pas se rajouter une pression pour la route du retour.

                         

Chapitre N°4 David, « c’est quand, que nous prendrons le train pour aller voir Napoléon à Austerlitz...?»

Comme disait un certain philosophe," on ne regarde pas le chemin quand c'est le diable qui conduit." Éliane au volant, c'était la raideur incontrôlable, mais   chanceuse que les autres usagers voulaient éviter à tout prix, Léon assis à droite lisait les panneaux indicateurs et l'informait sur les véhicules qui arrivaient à sa droite, Éliane usait imperturbablement du klaxon pour prévenir de son imminente présence dans l'intersection. 

Elle finit par atteindre la nationale N° 10 directions Bordeaux à la vitesse constante de 40 km/h avec cette pointe de vitesse, elle entravait la circulation heureusement que certaines portions à deux voies libéraient le trafic. À la droite, l'hôpital de Girac avec la curieuse architecture de son entrée et son sanatorium mortifère tout en verre, on aurait dit un magasin Botanique au milieu d'un champ, où les vaches de la ferme pâturaient, une basse-cour jouxtait un potager, la route séparait l'exploitation en deux parties telle une frontière, l'habitation et une grange d'un côté et de l'autre les terrains et les autres locaux agricoles. 

Denis eut une pensée pour sa maman morte trop jeune à cause d'un postillon chargé de microbes qui avaient pris possession durablement et abusivement de ses voies respiratoires sur sa personne vulnérable victime de la mistoufle  qui sévissait dans son environnement l'empêchant d'avoir une bonne hygiène de vie encore une œuvre des suites de la dernière guerre. Quatre km plus loin à droite, c'était magique ! La vitesse de 40 km/h de la 2 CV était même excessive pour Denis pour rassembler tous les souvenirs, tout était là immuable, tel que l'avait d'écrit David rien n'avait changé. Denis se souvint de cette histoire que David lui avait confiée au sujet de la dernière vision de Marcelle et de Robert, qui en passant par la nationale n° 10 s'étaient arrêtés au pensionnat pour rencontrer David, l'entrevue était de courte  elle avait durée cinq minutes toujours aussi neutre lointaine et sans marque d'affection entre des échanges qui se ponctuaient en "oui madame ou oui, monsieur", par contre David était reparti en cachant sous sa blouse grise le sac du kilo de confiserie impropre à la vente dont surtout  des caramels carrés à cinq centimes qui avaient pris un sacré coup de chaud qui se présentaient dans leur emballage transparent comme une forme de purée collante qu'une monitrice aurait eu top fait de lui confisquer sous le prétexte que toute cette sucrerie était incompatible à sa consommation et à son traitement médical, ce qui ne l'empêchât pas de tous partager le soir même avec son groupe, qui était ravi de se gaver de ces friandises. D'ailleurs, ce fut le seul geste généreux de ce  couple sur la durée de tout son séjour chez eux.

Denis aperçut le centre hypnotique de l'I.M.P un ensemble de trois bâtiments récents de couleur crème encerclés d'une enceinte de deux mètres de haut à l'extérieur et autour des champs et à l'arrière le petit-bois, sur le côté coulait la rivière Charreau entre deux lignes de peupliers et le petit village. La ligne électrique qui longeait la route où des milliers d'hirondelles se rassemblaient en octobre pour le grand départ du voyage pour l’Afrique, David les enviait, il aurait bien échangé ses bras contre des ailes pour participer à ce voyage. Il se consolait en regardant sa collection de boîtes d'allumettes, chaque boîte représentait l'image d'une femme en tenue folklorique de chaque état africain.

Du haut de l'étage, de son lit face à la quatrième fenêtre en partant à gauche du dortoir quand le vent soufflé sur les blés verts du mois de mai accrochés à des champs vallonnés, il avait l'impression d'apercevoir la surface d'un grand lac avec des vagues, produites par le mouvement de va-et-vient de la culture."

À gauche de la route, il y avait un tunnel qui passait sous la voie ferrée en direction du Paris Bordeaux que David plus jeune rêvait de prendre pour aller voir le champ de bataille d'Austerlitz de la Grand armé de Napoléon 1er qui avait battu les forces austro-russes. Ce tunnel était aussi le putain passage obligé pour les séances électroencéphalogramme et pour aller assister à la messe obligatoire, baptisé ou non, l'été comme l'hiver tous les dimanches matin par tous les temps il fallait faire les 3 km à pied pour se rendre à la chapelle de l'abée Chambeault. Parfois, les rencontres sur la nationale étaient féeriques comme la course cycliste, le Bordeaux-Paris chaque coureur était procédé d'une Mobylette. Une autre fois, c'était le tour de France, la caravane de messieurs Pernod et Miko les avaient couverts en casquettes et lunettes de soleil, chapeaux publicitaires, des gadgets, portes clefs, les pluies de bonbons de la Pie qui Chante. Les motards équilibristes les Cinzano étaient, eux aussi de la fête, ils donnaient un super spectacle en faisant des figures acrobatiques sur leurs motos en marche. Que certains enfants essayaient de reproduire après pendant les récréations avec un pneu de voiture et une planchette pour se mettre en équilibre, mais en une fraction de seconde, ils étaient déjà à terre.

Mais, la rencontre qui avait le plus ému et impressionné David a été de croiser un matin un énorme convoi militaire américain escorté par deux grosses Cadillac de la police militaire, une quarantaine, de camions GMC avec une dizaine de jeeps Willys remplies de jeunes boys. David et ses camarades marchaient deux par deux mains dans la main, ce qui était obligatoire quand ils longeaient la route nationale. Dès l'arrivée de la première Cadillac à leur niveau, les enfants ont spontanément levé les bras malgré l'interdiction formelle de lâcher la main du camarade, pour saluer à deux mains en formant le V de la victoire en direction de leurs héros dans un élan chaleureux en criant des « yes, yes, » les militaires surpris et émus par tant de sollicitude spontanée d'amitié de la part de la cinquantaine d'enfants en blouse grise, la première Cadillac de la M.P à l'avant avait fait ralentir le convoi au pas sur la hauteur des enfants en déclenchant des rafales compactes de friandises ; des bonbons des paquets de cacahuètes des petites barres de chocolat et du chewing-gum.

Chapitre N°5 Les sirènes des gendarmes hurlent dans le lointain sans jamais se rapprocher, comme DAB ! Ils arriveront juste pour relever les blessés.

David face à tant de générosité de ces hommes qui avaient traversé l'Atlantique pour témoigner autant de gentillesse envers son groupe, n'a pu s'empêcher de faire la comparaison avec ce village proche de l'institution avec l'itinéraire obligatoire de traverser ce village pour se rendre à la chapelle, là où une quinzaine de voyous merdiques de 12 à 16 ans en horde sauvage les attendaient pour les insulter, « de débiles, de fils de pute, de bâtards ou de fous » tout en se moquant de l'accoutrement des pensionnaires dans leur blouse grise quand ils ne leur lançaient pas aussi des projectiles sous l'indifférence des adultes du village dont la plupart n'étaient que des ivrognes qui ricaner des frasques de leur progéniture.

Les monitrices restaient impassibles et indifférentes refusant la provoc face à ces petites frappes, illettrées seulement nourries sans être éduquées... David mesurait qu'à chaque passage dominical la pression était de plus en plus agressive et que les assaillants étaient toujours plus nombreux. David ne voulait plus aller à la messe en utilisant cet itinéraire à pied, il s'en était remis à sa marraine qui était monitrice, mais sans aucun résultat, les cadres de l'institut pensaient que c'était seulement un prétexte pour ne pas se rendre à la messe

Un matin alors que le groupe s'avançait dans le village trop calme, quand soudainement une fulgurante attaque s'abattit sur celui-ci des cailloux volés en tout sens dans le groupe, c'était la débandade, en face, ils avaient décidé de casser du bâtard et des fils de pute comme ils pouvaient le brailler pour épouvanter le groupe. David s'aperçut que sa marraine était sérieusement bousculée, avec ses lunettes fracassées sur le nez, elle se débattait dans le vide dans un brouillard de silhouettes de garçons. David et deux de ses camarades l'ont extraite de l'empoignade de ces sauvageons en leur donnant du poing et des coups de brodequins là où ça fait bien mal dans les bijoux de famille. Face à ces furies les enfants de l'institut ont trouvé leurs saluts en passant par-dessus le premier mur qui donnait dans la cour d'une ferme pour se retrouver en fin de limite sur le parcours très proche du museau du berger allemand qui heureusement ne pouvait pas les atteindre retenu par une chaîne qui coulissée sur un câble suspendu en diagonale traversant la cour. Le fermier qui heureusement avait le téléphone en voyant cette débandade ensanglantée qui coulait de partout et à la demande de la monitrice qui n'avait plus qu'un verre à ses lunettes, il appela du secours, 15 minutes plus tard dans le lointain la sirène des gendarmes de Saint-Michel hurlait, ils n'étaient pas téméraires, ils pensaient certainement qu'ils allaient encore affronter une bande de "blousons noirs"dont chaque membre portait en plus de leur blouson des chevalières mastoc en argent à l’effigie d'une tête-de-mort à plusieurs doigts, ils étaient la terreur de l'époque. Les gendarmes s'annonçaient à grand coup de sirène pour prévenir les assaillants comme pour leur dire « barré vous ! Nous n'avons franchement pas envie de vous affronter, de recevoir un coup de chaîne à vélo, ou un coup de couteau à grand d'arrêt ou encore de se prendre un coup de poing américain. »

Heureusement, cet affrontement n'était pas encore de cette nature et de cette ampleur. Les assaillants cette fois n'étaient pas téméraires, ils avaient préféré prendre la fuite, comme une volée de moineaux qui entend un coup de fusil, en un instant le village était devenu inanimé plus un bruit plus une âme dehors . Les fenêtres et les portes étaient toutes fermées le village avait pris une apparence encore endormie. Après cette montée d’adrénaline, le groupe avait oublié la seconde monitrice qui était assise sur le trottoir, elle était sérieusement touchée, elle avait reçu un caillou sur l'arcade sourcilière, elle saignait abondamment et pleurait comme une fontaine, son visage et ses cheveux étaient couleurs sang, face à cette hémorragie les quatre gendarmes qui venaient enfin d'apparaitre certainement qu'ils avaient dû changer les bougies de leur Juvaquatre pour effectuer un parcours de cinq km en une demi-heure. Nos gendarmes rassurés qu'il n'y avait plus d’agresseurs à l'horizon, ils ont remis la monitrice ensanglantée aux bons soins des pompiers pour la transporter aux urgences de Girac pour suturer sa plaie ouverte. Sur place, les pompiers prodigués les premiers soins aux enfants touchés par les projectiles et par les chutes dues à la bousculade. Le groupe avait surtout subi de multiples blessures bénignes. Les habitants du village évidemment n'avaient rien vu, trop occupé à faire la grasse matinée.

Pour la paix du village, les gendarmes n'ont trouvé aucun coupable à se mettre sous la dent comme disait l'adjudant "ce n'est pas grave tant qu'il n'y a pas eu encore mort d'homme." Il n'allait quand même pas sortir un escadron de gendarmerie à chaque traversée du village pour protéger des enfants qui n'appartenaient même pas à une élite de la république et au pire ! Même pas à celle de cette baronnie du département. La Charente Libre n'avait même pas daigné relater l'incident à sa rubrique des chiens écrasés. Ce fut un dimanche sans office religieux ce qui n'était pas en somme une grosse déception pour les enfants du groupe malgré la gentillesse et le réconfort et les prières de l'abbé...

Concernant la monitrice blessée à la tête, elle a eu trois points de suture, les pensionnaires de son groupe vivaient plutôt bien son absence un moment sans crainte que du bonheur ! Ils regrettaient même qu'elle soit déjà de retour 48 heures après à son poste. Les teigneuses ne lâchent pas prise facilement et en plus, elles font du zèle pour se faire remarquer auprès de la hiérarchie. Cette personne était bourrée de complexes et elle était énigmatique, les pensionnaires l'appelaient sympathiquement par le surnom de "gras-double" qui lui allait parfaitement, elle était la plus détestée de l'encadrement et certainement la plus perverse, pour elle tout était motif pour donner des baffes et attribuer des punitions, ou des corvées. Quand elle traversait avec sa section, cet odieux village, elle riait des moqueries salaces proférées à l'encontre des enfants qu'elle devait pourtant protéger. Les gendarmes avaient apporté une modification à l'itinéraire pour éviter de traverser le village des tarés, le fermier avait autorisé que les enfants de l'institution puissent couper à travers champs par son chemin privé. Voyez-vous ! La justice comme elle était belle en Charente toujours la même aujourd’hui, ce sont toujours les victimes qui courbent l'échine, ce sont eux qui sont devenus les pestiférés avec l'interdiction aux enfants de l'institution de traverser ce village malfaisant pour, paraît-il leur apporter un maximum de sécurité.

Chapitre N°6 Adieu ! David, mon frère, à toi aussi Marcelle te laissera une cicatrice béante...

David avait quitté ce centre depuis l'année dernière, il a été repris par son père qui avait retrouvé une vie stable. Denis avait été heureux d'apprendre cette information par Marcelle sachant que son absence allait lui manquer pour tirer leur traîneau de misère, car à deux la misère était déjà moins lourde à supporter. Leur relation a fini comme un match par un coup de sifflet de l'arbitre, David méritait cette belle victoire de revivre avec sa nouvelle famille...

Les larmes de Denis étaient lourdes tellement qu'elles étaient bourrées de tonnes de sentiment et de mélancolie nostalgique qu'elles lui roulaient sur les joues avec la force d'un torrent pour se perdre dans les méandres du passé.

Chapitre N°7 Merci ! Saint-Christophe... Maintenant Denis savait pourquoi la cagouille était l’emblème de la Charente.

Trois kilomètres plus loin la 2 CV entrée dans l'agglomération de la Couronne cette fois, la vitesse de 40 km/h paraissait franchement trop lente, la ville était recouverte d'un voile gris de particules produit par l'usine des ciments Lafarge. La seule ville de France où les habitants imploraient la pluie quotidiennement pour laver l'air de cette poussière et retrouver la couleur rouge de la toiture de leur habitation. Quand le vent de nord-ouest soufflait sur la ville, les habitants avaient l'impression d'affronter le Shamal ce vent violent du nord-ouest soufflant sur l'Irak et le golfe Persique créant des tempêtes de poussières qui fouettait la peau et blesser les yeux, comme dans ces contrées les habitants portaient un foulard pour se protéger les voies respiratoires des particules de ciment qui auraient sinon tôt fait de transformer leurs poumons en un bloc de béton...

 Enfin ! La sortie de cette agglomération inhospitalière, pourtant ce qui les attendait sur la route hors ville, allait être rock " n" rol, encore pire que cette tempête de poussière de ciment. Ils allaient à la rencontre de la vraie frayeur à la Mad Max en partageant la route avec des monstres à dix roues. Denis à l'arrière du véhicule, sentait que la mort s'était assise près de lui par moments il n'était qu'à une épaisseur d'un pare-choc des camions qui les suivaient, Denis voyait la terreur arriver à chaque fois qu'un nouveau camion avançait à grande vitesse, il avait l'impression qu'il allait avaler la 2CV en arrivant au ras de son pare-chocs, le camionneur debout sur la pédale de frein les deux poings levés en direction de cette cagouille verte qui rompait péniblement, il freinait si violemment qu'un fracas de crissement strident accompagné d'une gerbe d'étincelles qui sortait de ses roues avec d'une odeur persistante de férodo de frein et de caoutchouc brûlé qui empestait l'intérieur du véhicule, Tous phares allumés avec les trompes hurlantes à souffler la voiture et à vous péter les tympans. Le duel était incessant ensuite venait le tour des gros camions à doubles remorques, c'était un moment dantesque quand ils doublaient, il se produisait un épouvantable déplacement d'air au passage du vide entre les deux remorques, à l'intérieur de la 2 CV la capote claquait et se soulevait pour prendre la forme d'une montgolfière les passagers avaient la sensation de se retrouver dans une caravelle ce vieil avion traversant une énorme turbulence. Éliane arc-bouté sur le volant comme si elle conduisait-elle aussi un mastodonte sans direction assistée pour éviter de verser sur le bas-côté de la route.

Dans le véhicule, une ambiance d'effroi y régnait la même ambiance du thriller que celle du film suspens "Duel" un camion qui poursuit sans relâche une voiture sans jamais voir la tête du chauffeur. Personne ne pipait mot seulement, une unique pensée tournait en boucle dans la tête de Denis ", mais comment cela allait donc finir ? "Le bruit du clignotant de gauche eut l'effet d'un soulagement salvateur à l'intérieur de la voiture et surtout une libération à l'extérieur pour les camions qui étaient derrière Éliane, traînant la savate à touche-touche sur une file de plus d'un kilomètre. Saint-Christophe avait bataillé durement pour nous protéger pour parcourir les 40 km de la nationale n°10 en étant encore sain et sauf.
Au grand restaurant "Bergrille" des routiers et des banquets de Roullet, Éliane quitta la nationale pour enfin se retrouver sur une route secondaire en direction de Blanzac, à sa gauche la laiterie Lescure avec son château du Moyen Âge qui a été reconstruit ou entièrement restauré dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle. La laiterie est l'une des plus anciennes et l'une des plus grandes de la Charente, c'est là où était fabriqué le merveilleux beurre Lescure d'autrefois au goût subtil de noisette quand les vaches laitières de race normande broutaient encore de l'herbe bien grasse dans les pâturages ou de bonnes betteraves fourragères l'hiver.

Le klaxon d'Éliane reprenait du service à chaque intersection pour annoncer son arrivée fulgurante à 40 km/h bloqués sur la deuxième. Tout ce qui pouvait rouler avec un moteur sauf un Solex ou un tracteur avait l'obligation de doubler Éliane s'il ne voulait pas avoir l'impression d'être invité à suivre un cortège funèbre, entre Claix et Saint-Léger de Blanzac, la route était très sinueuse et en montagne russe, souvent sans visibilité pour doubler, de toute façon pour Éliane ce n'était pas un souci, car elle ne doublait que les vélos le reste des véhicules étaient hors d'atteinte pour elle. Ce qui est le plus étonnant sur cette portion, ce sont les nombreux virages pour contourner un champ, une futaie, un ruisseau, une cabane. À se demander si les agents de la D.D.E de cette époque n'abusaient pas du pineau ou du cognac pour créer une route aussi tordue calquée sur une démarche ébrieuse d'un agent ivre... Ce n'était franchement pas un supercarburant qui coulait dans les veines d'Éliane deux heures pour parcourir 50 kilomètres, non ! Ce n'est pas avec elle au volant qu'il fallait partir pour une urgence pour soigner une péritonite aiguë tout en étant pas en plus cardiaque pour tenir la distance.

Enfin ! Le véhicule s'immobilisa dans un minuscule bourg d'une dizaine de maisons nommés Saint-Léger à 3 km de Blanzac et à 15 km de Montmoreau de la boulangerie à Marcelle. Décidément ! La Charente, c'est comme à Fort Boyard beaucoup de détours pour parcourir une minuscule distance. C'est là dans ce village que Denis devait passer la fin de son adolescence.

Chapitre N°8 La visite de l'espace public de la maison qui se résume sur deux-pièces plus l'annexe au fond du jardin.

 

Denis se hâta de quitter cette bagnole de toutes les frayeurs en tirant son trousseau, il agitait frénétiquement sa main blessée pour évacuer cette sensation de fourmillement, Éliane sans un mot prie sa main et le tira par la manche à l’intérieur de la maison, il se retrouva assis sur un banc qu'Éliane avait légèrement décalé de la grande table campagnarde transversale au beau milieu de la pièce qui était la salle principale à vivre, elle cumulait la cuisine la salle à manger et le séjour, Éliane disparut un instant dans la pièce voisine qui paraissait faire partie de l'espace privé de cette maison. Deux minutes plus tard, elle réapparut dans l'encadrement de la porte avec une grosse boite carrée métallique de gâteaux secs que Denis reconnaissait bien et pour cause ! À l'épicerie de Fontafie, il y avait les mêmes qu'il avait parfois détournés de la réserve pour se goinfrer avec David, quand elle souleva le couvercle une grande déception se lisait sur son visage, lui qui avait une faim de Loup, non ce n'était pas des petits beurres, la boîte était devenue une trousse de première urgence. Denis eut top fait de se retrouver avec un coton imbibé d'éther appliqué sur la plaie, il criait des « aïe ! aïe ! » Alors qu'Éliane le traitait déjà de poule mouillée. Elle tenait dans l'autre main un autre coton cette fois imbibé de mercurochrome qu'elle étalait généreusement sur toute la main.

La visite de la maison sera vite faite du moins pour la partie publique que Denis aura le droit de partager avec les deux compagnons. Un escalier en bois au fond de la pièce pour accéder à l'étage une pièce du même volume qu'en dessous. Denis avait droit à son armoire massive charentaise et un petit lit à rouleau de 90 du même style que l’armoire rustique qui séparait les deux autres lits du même acabit, eux aussi, tournés face à la seule fenêtre. Les deux autres lits étaient attribués en semaine par les compagnons.

À droite de la porte d'entrée un buffet bas où étaient posées trois cuvettes avec un grand broc, un porte-serviette à plusieurs branches pour finaliser le coin sanitaire, sur ce même buffet trônait aussi le buste en plâtre de Raymond Poincaré président de 1913 à 1920 Denis avait du mal à comprendre la bizarrerie de l'endroit où était exposé ce buste dans ce dortoir d'ouvrier... ? Quand on connaît le message de Raymond Poincaré qui avait lancé la formule de l'Union sacrée “ : la France sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l'ennemi l'union sacrée “. Nous avons vu effectivement après la portée de cette phrase une boucherie infâme de cette guerre, environ 1 397 800 de pertes militaires 300 000 de pertes civiles, et environ 4 266 000 de militaires blessés pour la France, ce sont des paroles faciles quand on dispose du sang des jeunes sans aucune limite à cause d'une étincelle qui a enflammé le monde, à chaque coup de baïonnette leur sang a giclé à cause de l'assassinat de l’archiduc François-Ferdinand l'héritier de l'Empire austro-hongrois, les exigences de vengeance étaient quand même très excessives à cette époque... ? Chaque village de France a vu pousser sur une place son monument aux morts. Où des noms, étaient gravés en lettres d'or, la liste des soldats morts pour la France était classée par ordre alphabétique ce qui faisait apparaître des hécatombes pour certaines familles entièrement dévastées dont seule quelques femmes et papys avaient survécu dans une solitude tragique…

Léon a eu aussi sa guerre où il a côtoyé les entrailles de l'enfer de la Seconde Guerre mondiale, il n'avait certainement pas dû apprécier ce personnage pour s'en débarrasser, ce qui expliquerait pourquoi ce buste trônait en ce lieu. Dans un autre coin était accroché le Christ toujours crucifié à sa croix et son brin de buis sans doute bénit accroché à sa tête, vu l'épaisseur de poussière qui recouvrait l'ensemble, ils l'avaient oublié" dans un notre père" le brin de buis n'était pas non plus de toute dernière fraîcheur, il donnait l'impression de sortir plutôt d'un herbier que d'un bénitier.

Voyant Denis se tortiller Éliane eu l'initiative de l’emmener de l'autre côté de la route où elle avait un autre petit potager qui jouxtait une grande basse-cour remplie de clapiers à lapins, un vrai élevage de pro, des poules, des canards. Au bout de l'allée, la petite cabane à l'intérieur une assise en bois avec un trou d’où sortaient certains jours chauds les mouches, qu'il fallait faire fuir en versant le broc d'eau avant de prendre ses aises. Des feuilles de journaux de la semaine après la lecture studieuse du soir, que Léon lisait en priorité la rubrique des décès, et celle des chiens écrasés des environs, la politique de Gaulle et de son Premier ministre Pompidou, Léon avait toujours un fort ressentiment au nom de Gaulle qui l'avait fait cocu avec sa résistance à Londres alors que lui il crevait à petit feu au STO en Allemagne nazie.

Abdelaziz Bouteflika était déjà ministre algérien des Affaires étrangères, voilà pourquoi maintenant, il est si proche de l'hiver avec sa tête ailleurs loin de son peuple. Ces feuilles permettaient de s'informer avant de les utiliser pour un dernier usage de recyclage.

 

Chapitre N° 9 Léon signe le pain et pas question de le poser à l'envers" ici, on ne fait pas la pute pour gagner son pain." Après avoir avalé son repas de moineau il referme son couteau ce qui indique la fin du repas pour tous et le retour immédiat à l'atelier.

Pour Denis, le voyage est terminé, il est temps qu'il se mette au boulot. Il était treize heures passées et Denis avait une grande faim, le bruit de la forge et du marteau sur l'enclume avait cessé Léon suivi de ses deux compagnons Jean-Pierre devait avoir une trentaine d'années un homme gentil et presque trop discret. Le suivant Patrick frisé comme une chicorée avec des taches de rougeurs sur le visage plus jeune, 22 ans, il roulait sa caisse, il venait de sortir de ses obligations militaires. Ce passage l'avait transformé en petit Rambo, quand Léon lui donner un ordre ou un conseil, il lui répondait par des « oui chef ! » À chaque instant, ce qui amusait Léon qui lui au stalag avait l'obligation de le crier à chaque passage d'une crevure gradée. Chacun attend son tour pour Denis l'arpette devait passer en dernier devant l'évier pour se laver les mains sans eau chaude pour enlever la graisse noire seulement avec l'aide d'un savon de Marseille, sous le mince filet d'eau de la cassotte à cheval sur le seau, c'était mission impossible, c’était l'essuie-main qui enlevait et gardait le plus gros de la crasse, le dernier se retrouvait avec un torchon architrempé sans un coin de sec impossible de s’essuyer sinon de ré-étaler la crasse de son prédécesseur. Denis devait se résoudre à se mettre à table sans se laver les mains pour éviter de se les salir un peu plus.

Léon s'assoyait au bout de la table face à la porte donnant sur la rue son épouse à gauche proche de la gazinière Rosiere blanche, qu'elle utilisait uniquement l'été à la place de la cuisinière à bois qui chauffait aussi la maison. Une place face à Eliane restait encore vacante avec une serviette enroulée dans un rond en bois au nom de Germaine posé dans l'assiette. Les deux compagnons étaient placés face à face de chaque côté de la table. Eliane indiqua à Denis sa place à côté de Patrick, face à la porte des appartements privés qui s'ouvrit à cet instant sur une personne d'un certain âge toute courbée par le labeur de toute sa vie dans les champs, toute habillée de noire, mais son originalité, c'était sa coiffe qu'elle portait la traditionnelle quichenotte charentaise avec aux pieds des sabots de bois, Denis aurait cru voir une sœur de l'abée Chambault ses rides profondes lui avait buriné son visage qui lui donnait un portrait sévère de ses soixante-quinze ans. Son regard sibyllin ne la rendait vraiment pas sympathique, à croire que cette personne n'avait jamais souri, Denis avait compris qu'il n'allait pas être à la fête avec cette personne âgée. Souhaiter la bienvenue à Denis à la maison cela ne lui avait point traversé l'esprit, ce sera peut-être pour une autre fois. Elle prit place devant son l'assiette qui était placé face à celle d'Éliane sa fille. Le repas était, hélas pour Denis le crève la faim, sans rab, heureusement qu'il pouvait ici se gaver de pain pour saturer sa grande fringale.

Pour l'animation, c’était l'apanage de Toto un chat de cirque indépendant et très apprécié par son maître il ouvrait la porte en sautant sur le loquet qu'il ne savait d’ailleurs pas refermer derrière lui au grand dam d’Éliane qui lui servait trop souvent de groom à son avis surtout l'hiver. Il s'invitait systématiquement à toutes les fins de repas, il venait chercher sa portion de fromage d'une façon originale, d'un grand bond agile il s'installait sur l'épaule de son maître. Toto n'était qu'un chat sans pédigrée lui aussi il n'était qu'un bâtard de gouttière tigré qui devait avoir une dizaine d'années il avait perdu sa moustache et une canine du haut dans des combats implacables entre d'autres chats, les rats et les souris.
Léon son couteau Pradel d'Auvergne au manche en corne blanche, dont la lame était très effilée par les aiguillages successifs des années passées, il essuyait la lame en un aller-retour sur la jambière de son bleu de travail, avant de le replier délicatement, on pouvait entendre un clic-tic bien particulier venant du cran usé du pivot du couteau. Il n'avait pas besoin de parler pour faire comprendre qu'il était temps de retourner au travail, les compagnons durent laisser une partie du café trop chaud pour l'avaler d'une seule gorgée. Denis fut courtoisement invité à aller enfiler son bleu de travail pour aller faire connaissance avec l'atelier.
Le souffleur électrique de la forge tournait à fond pour monter le coke en température aux environs de 600 à 800 degrés, Léon mettait en forme les fers-à-cheval sur l'enclume placée sur un billot qui n'était qu'une partie d'un gros tronc d'arbre d'un vieux chêne. UN cheval de labour, un énorme percheron blanc et roux proche de la tonne, était attaché au marronnier de la cour. Jean-Pierre montrait succinctement les machines et leurs utilisations à Denis, quand le patron balança une sangle en cuir à Denis qui était un peu surpris de recevoir cet accessoire à ses pieds. Jean-Pierre lui annonça avec un petit sourire malicieux « qu'il allait recevoir son baptême du feu de maréchal-ferrant et encore, il avait de la chance, car cette bête était l'une des plus dociles.» Il accompagna Denis vers le cheval pour lui faire voir, comment il devait utiliser cette sangle voltigeuse en cuir pour tenir et suspendre sa patte de façon que le dessous du pied du cheval soit à horizontale la face en l'air. Léon après avoir taillé en martelant un ciseau plat la corne du sabot, il ajustait ensuite le fer rougi au bout de sa grande pince noire de forge pour l'ajuster au sabot, pendant cette opération de l'empreinte du fer, il fallait se mettre en apnée pour ne pas avaler le nuage âcre de la corne brûlée, Léon éternuait avec la violence incontrôlable d'une allergie ou d'une crise d’asthme, ses yeux étaient rougis et larmoyants. Le plus dangereux de cette situation, c’était de tenir une patte arrière du cheval surtout en bordure d'une intersection de la route du village, c’est à ce moment-là qu'il y avait un idiot qui passait en klaxonnant le patron pour exprimer un salut, ou bien lui dire" regarde bien ma nouvelle voiture". Le cheval déjà stressait à rester sur trois pattes décochait une rugueuse dérobade avec sa patte tenue en réaction de ce vacarme inattendu.            Parfois, c’était la surprise en grattant l'intérieur du sabot du cheval un clou maladroitement enfoncé dans une partie sensible du sabot ou une ancienne blessure cachée sous un amalgame de boue séchée au creux du sabot qu'il fallait ensuite soigner à grand flot d'eau oxygénée ou du dakin suivant l'hémorragie ou l'infection à traiter. La présence persistante d'un taon en pleine traque de se servir de quelques gouttes de sang sur l'animal, ou sur les personnes, il profitait quand les mains étaient occupées pour venir piquer. Tout cela n'était pas dans un climat totalement apaisé pour un cheval déjà bien stressé et il savait le faire savoir en se cabrant ou a gîté violemment de l'arrière à l'avant les lèvres et les naseaux retroussés faisaient apparaître ses impressionnantes incisives. Denis pensait à tort que les pattes avant seraient plus faciles à tenir effectivement que celle de l’arrière avec ce mouvement sec de l'avant en arrière pour le déstabiliser, effectivement à l'avant le mouvement de va-et-vient n'avait pas lieu, mais le cheval sournois avait plus d'un tour dans sa tête pour compliquer la tenue de sa patte avant, il pesait de tout son poids sa tonne de muscle sur celle-ci qui était tenue hors-sol par Denis, à chaque pression du cheval le dos de Denis fléchissait presque à la rupture, Léon le brocardait,” allez le gamin ! Tu n'as que du dentifrice dans les bras, voyons ! Je ne vais quand même pas finir à genoux pour ferrer ce cheval.” Pourtant, Denis souffrait terriblement avec sa main blessée de la matinée, mais il ne lâcherait rien, il s'accrochait à tous ses biceps, car il ne voulait surtout pas retourner dans cette maudite agence de la DDASS.

Chapitre N°10 La première rencontre avec Patrick a été plutôt virile en espérant que cette brutalité gratuite ne soit pas définitivement inscrite dans ses gènes

À peine avait-il terminé son verre de grenadine offert généreusement par Léon que Denis devenait déjà indispensable à Patrick qui avait une urgence ou plutôt une envie de se débarrasser de ce travail répétitif et sans intérêt pour lui. Pour la fabrication d'une clôture, il avait une soixantaine de fers à T à débiter à la scie à métaux à la main qu'il confia à Denis, après une dizaine de poteaux voici que la lame de la scie s'est cassée net suite à un desserrage de l'étau. Denis, alla vers Patrick pour obtenir une autre lame, sans aucune explication, Patrick lui balança une mandale « tiens prend ça la prochaine fois tu éviteras de casser volontairement la lame pour tirer au flanc". Denis avait sa lèvre supérieure éclatée qui saignait abondamment, abasourdie recula puis redressa son 1m75 son visage endolori fixé furieusement son assaillant ; on pouvait apercevoir dans ses yeux des points d'interrogation sortir en file indienne en répétant cette phrase, "mais il est complètement con ce mec pour une lame de scie à métaux... ! ”Denis ne pouvait plus supporter cette brutalité gratuite qui durait depuis treize ans, sans jamais recevoir un encouragement encore moins un remerciement. Prendre des claques, des coups de bâton, ou se faire fouetter au martinet, se faire, insulter ou humilier et maintenant des coups-de-poing... ? Non, franchement ! Ce n'était plus tenable ! Aucun être humain ou animal normal ne peut supporter ou s’habituer à de tels traitements.

Il devait quand même y avoir autre chose dans cette maudite vie que ce vertige de violence mortifère ...? Celui d'un monde paradisiaque de la musique d'un orchestre philharmonique qui vous font monter des chœurs qui vous émeuvent jusqu'aux larmes en hérissant vos poils d'une gratitude éternelle. Denis plaisait les yeux fermés à imaginer dans ses grands moments de mélancolie et de profonde solitude, quand son stress devenait alors une substance psychotrope naturelle pour se laisser aller dans une évasion bucolique où il s'imaginait dans une clairière où tous les oiseaux se rassemblaient formant une immense chorale qui entonnait l'opéra " Nabucco" le " chœur des esclaves". Les spectateurs les feuilles des arbres frissonnaient déjà dû à l'émoi et à l'effervescence de cette musique enthousiasme, des milliers de papillons multicolores jaillissaient par saccades des buissons de troènes à chaque reprise des chœurs, ils dansaient en formant une vague onduleuse, rythmés par l'intensité des voix et de la musique de l'orchestre, les cétoines danseuses flamboyaient dans leurs tenues vertes métallisées, elles dansaient sur chaque podium qui n'était qu'une grappe blanche aux effluves envoutantes des troènes en fleur en juin, l'ensemble réalisait un magnifique bijou sur broche d'une beauté que même le joailler Boucheron n'aurait pu l'imaginer pour l'agrafer sur le cœur d'une femme. Guerlain en habit rouge n'aurait pas eu l'audace lui non plus de composer cette fragrance ensorcelante de troène et de la capter dans un flacon vert métal et or.

Léon qui était avec Jean-Pierre le premier compagnon hors de l'atelier pour dépanner une botteleuse, fut surpris de voir à son arrivée Denis tenir un mouchoir ensanglanté sur la bouche, Léon l'interpela “ Mais que t'est-il arrivé, mon garçon ?" Une petite voix murmura à Denis de ne rien dire pour cette fois. Alors Denis expliqua au patron “que ce n'était qu'une maladresse, en heurtant la poignée de la perceuse, “oui ! Effectivement, c'est une sacrée maladresse” s'exclama Léon en faisant une moue sceptique. Quant à Patrick, il n'avait aucune culpabilité pour son geste de petite frappe, Denis savait par expérience qu'il recommencerait, car la méchanceté est souvent insatiable chez ce genre de personne, elle augmente à chaque intervention sa dose venimeuse pour la cracher ensuite en une rage aveugle sur une proie prise au dépourvu.

Il était 20 h Éliane de la cuisine criait enfin " à table" Denis l'estomac dans les talons et le gout du sang dans sa bouche était complétement éreinté et lessivé, il avait trouvé cette première journée épouvantablement épuisante et rageante. Son premier souper trop léger pour combler cette faim qui le tenaillait depuis un bon bout temps. Pour lui, il était temps d'aller se coucher, car plus rien ne pouvait maintenant s'opposer à sa nuit comme rien ne pouvait justifier une telle férocité de cette première journée à Saint-Léger, il n'avait pas craqué pour garder cette fureur à vouloir vivre en évitant de repasser par la trappe de l'agence de l'assistance qui serait la plus haute sanction vers un avenir noir et détestable.

Chapitre n°11 À la rencontre du village de Saint-Léger.

Denis avait fait le tour du bourg en commençant par son entrée à sa droite l'école le plus haut bâtiment du village avec un maitre et une maitresse et une trentaine d’élèves des petits aux adolescents de 15 ans, la minuscule mairie accolée au bâtiment de l'école. Une proximité bien utile pour l'époque, l'instituteur ou l'institutrice était les personnes lettrées du village, elles servaient aussi de secrétaire au maire qui était souvent le plus riche terrien de la contrée et avait aussi des relations courtoises avec les notables. il parlait souvent plus fort que les autres, car lui seul avait acquis la science infuse, sans pourtant toutefois avoir l’intelligence pour l'exprimer. L'instruction lui aurait aussi permis de déchiffrer ou de répondre aux formalités de leur administration et des administrés, c'est d'ailleurs toujours le cas dans certains de nos villages. Heureusement qu'ils peuvent maintenant s'appuyer sur des secrétaires intègres ou des adjoints qui ne laisseront rien apparaître des grosses lacunes de certains maires farauds qui recherchent souvent cette place pour la rapacité permettant d'être la première personne informée et de flairer les bons coups sur la commune afin d'enrichir et de mettre en valeur leur patrimoine parfois ils savaient être généreux ou bienveillant et très affable envers certains de leurs administrés et amis ou avec les proches de leurs familles tout en étant pernicieux envers d'autres qu'ils exécraient...

Il y avait cette mamie aux nombreux canaris au milieu de ce village elle était souvent en panne sur le coup de midi avec sa bouteille de gaz que Denis avait ordre de lui changer le plus rapidement possible et souvent sur son temps de pose pour passer à table ce qui était tragique quand tu manges comme un ogre pour rassasier cet impossible appel à la faim qui vous torture l'estomac de douleurs insupportables et que le cerveau se met en pose refusant toutes directives des membres et la construction d'une réflexion sensée.

Souvent, le soir, Denis aimait faire un tour à l'entrée de cette maison qui était originale, dans le muret de gauche en entrant était aménagé en plusieurs cages, ce qui n'était pas commun de nombreux canaris jaunes, orange, vert ou gris sifflaient mélodieusement, Denis était emballé par certains siffleurs des Harzs qui donnaient la mesure du ton si proche du rossignol quand l'ensemble de la volière partait parfois comme un chœur en relançant une symphonie dont les Harzs étaient les maestros Denis trouvait ce moment si délicieux qu'il se laissait envahir en fermant les yeux pour échapper à la médiocre réalité de la journée effectuée. Ah ce ne sont pas les pintades criardes d'Eliane qui annonçaient la pluie à venir avec leurs cris perçants qu'elles pouvaient concurrencer ce beau moment de musique. La maison d'en face appartenait à un homme râblé il avait un accent du quartier de Belleville du titi parisien dont il jouait avec plaisir, il était fier de pouvoir se distinguer du lourd patois charentais, son épouse était discrète et sans odeur, bonjour, bonsoir, étaient les deux seuls mots qu'elle adressait en public suivant le moment de la journée aux rares personnes qu'elle croisait sans pouvoir les éviter. Leur maison coquette était appuyée à l'église du village qu'Eliane avait la charge d'entretenir et de surveiller quotidiennement. Le bourdon du clocher sonnait uniquement pour les enterrements ce qui était rare, rarement pour un mariage ou un baptême.

Ce qui permettait à ce jeune retraité tonique, mais vieux quand même à être aux premières loges de voir une importante foule se réunir proche de sa maison, qu'il avait fini par oublier depuis son départ de Paris où il avait sa boutique du boulevard du Temple, tailleur sur mesure des costumes, il avait un sacré bagout, il aurait presque que pu convaincre Léon de porter un costume les dimanches au lieu de sa salopette bleue.

C'est chez lui en installant une rampe en fer forgé que Denis pour la première fois a su que Brel existait avec deux de ses merveilleuses chansons" Amsterdam" et "ne me quitte pas" inoubliable que le Titi parisien écoutait en boucle en pleine puissance, Denis portera ce moment toute sa vie comme une Bible moderne, avec ce beau phrasé et ces mots si imagés à faire conjuguer en verbe tous les noms et les adjectifs qualificatifs.

En face de l'école, il y avait une habitation qui ressemblait plus à un éboulis de pierres après le passage des avions de l'armée Tsahal sur la bande de Gaza qu'à une maison de village où habitait une famille misérable qui attendait un appartement des HLM, elle ne vivait que d'allocation familiale et de la générosité de leurs voisins pour les vêtements et de l'alimentaire suivant la saison, ce sont surtout les patates, qui assumaient l'ordinaire, ils avaient aussi la porte ouverte sur les arbres fruitiers quand ils étaient bien achalandés pour subvenir aux besoins de leurs dix enfants qui se suivaient d'une année sur l'autre. Ils possédaient un petit potager où les mauvaises herbes étaient reines, la plantation la mieux réussie des plates bande, les laitues avaient peine à trouver leur place malgré l'acharnement des six poules vagabondes qui grattaient vaillamment le sol pour trouver quelques vers afin de pouvoir survivre sans apport de céréale. Malgré cette misère, elles arrivaient à produire des œufs que ce monsieur monnayait dans le dos de Bouboule pour acheter son paquet de tabac gris et sa piquette. L’omelette que Bouboule rêvait de préparer à ses enfants n'était qu'un mirage, elle devait attendre la générosité du voisinage, elle ne devait surtout rien obtenir de cette feignasse de son mari qui dans son délire se faisait un devoir de travailler pour la France, car pour lui une Troisième guerre mondiale aurait bientôt lieu et qu'il fallait produire de la nouvelle chair à canon comme il le disait, quand il était dans la grisaille de sa piquette.

« Faire beaucoup d'enfants, c'était préparer l'esquive à l'ennemie ».

Son vrai souci majeur, ce n'était pas Marianne, c'est plutôt qu'il n'avait toujours pas maîtrisé et assimilé la méthode Ogino, quant à sauter du train en marche, il était trop souvent saoul pour avoir un soupçon de lucidité au moment fatidique, il s’effondrait dans un coma éthylique juste après son œuvre sur sa Bouboule, son épouse qu'il nommait ainsi à cause de son état permanent de femme enceinte.

À côté de l'école habitait un couple d 'écolos de la première heure, il vivait de la culture du tabac et de la production du miel, car à cette époque, le métier d'apiculteur n'était qu'un complément pour le dimanche, il était impossible de mendier à cette époque à l'Europe des subventions. Son miel était merveilleusement bon, Daniel n'était pas un type radin, il était plutôt le mec chic avec Denis, il lui faisait goûter son nectar à la cuillère à soupe. Il avait aussi une grange où séchaient les feuilles de tabac dont l'odeur qui s'en dégageait était persistante dans tout le périmètre. Denis avait essayé de fumer une feuille séchée en la roulant comme un cigare après plusieurs bouffées Denis était complètement ivre cherchant un équilibre qui devenait instable et irréversible à mesure que le cigare-maison se consumait cette expérience se terminait par une envie irrésistible de vomir. Malade comme un chien il ne comprenait pas comment Marlboro pouvait faire des cigarettes aussi douces et aussi agréables à fumer alors que ces feuilles naturelles qu'il fumait étaient âcres et infumables.

Ce couple avait une fille, bien qu’il soit un écolo il ne lui est pas venu à l'esprit de lui imposer un prénom de fruit ou de légume par respect à l'enfant comme l'auraient imposé certains illuminés des ayatollahs de la cause verte, comme pour affubler un prénom style Nectarine à ça la fille ou Brugnon pour le garçon, Daniel n'avait pas besoin de cela pour affirmer ses convictions qu'il était un vrai écolo, sobrement, il avait appelé sa fille Sylvie, elle était fonctionnaire à Paris et elle mangeait sans doute, elle aussi, du poulet aux hormones comme le chantait ci-bien Jean Ferrat. Ce couple entretenait en permanence un pensionnaire veuf qui avait eu sa période glorieuse dans ce village, il avait été le premier magistrat du village d'une centaine de citoyens, il était d’ailleurs un maire intègre. Il prenait ses repas avec le couple et allait dormir chez lui à quelques pas au milieu du bourg dans sa belle grande maison longère sur une terrasse surplombant le paysage vallonné de la Charente. La médisance disait dans le village que parfois pendant l'absence de Daniel, son épouse allait parfois tirait les rideaux et refaire le lit de la chambre de cette magnifique maison de son pensionnaire.

À suivre N°3

l'évidence

Perrette et son pot au lait

vendanges19501

botte de paille à la fourche

porteur de hotte

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en 1967 001

Suite N°3 gémir n'était pas de mise au paradis de la mouche scatophage.

Denis a fait comme Perrette avec son pot au lait, il a lui aussi chuté en versant sa hotte contenant tous ses rêves et ses espoirs dans ces maudites vendanges ...

N°1 Lili ponctuait le temps de la longue journée de Denis comme une horloge qui se limitait à sonner l'heure quatre fois par jour...

Lili, une fille de 20 ans la filleule d'Éliane, elle était le métronome de la journée avec ses quatre passages journaliers sur sa Mobylette bleue, qu'il pleuve qu'il neige ou qu'il fasse soleil, ponctuellement elle passait devant la forge avec la régularité d'une Rolex, pas une expression pour éclairer son visage pas un instant de distraction, sauf quand elle croisait sa marraine un léger signe de la main on suppose aussi appuyé d'un clin d’œil à peine perceptible derrière ses triples foyers embrumés, sinon pour les autres son visage restait fermé trop bâillonné par une lourde timidité.
Elle effectuait ses trajets journaliers pour se rendre à l'usine Ballutaud de Blanzac qui fabriquait toutes les boîtes de fromage en bois, en carton ou en paraffine pour toutes les laiteries de France. Elle occupait un poste de surveillante de la qualité comme ses deux autres frères qui avaient été bombardés chef d'équipe et contremaître, son troisième frère était employé au vignoble toujours pour la destinée du même patron de la SA Ballutaud.

N°2 L'égo de Mirouleau triplait à vu d'œil avec sa nouvelle fonction de premier magistrat du village, il était persuadé qu'il avait eu aussi le pouvoir par sa fonction qu'il pouvait marcher sur l'eau.

Le père de Lili avait une bonne cinquantaine d'années, il possédait une grande gueule et Il était le régisseur du vignoble d'une cinquantaine d'hectares pour la production du cognac et pineau.

Il était fraichement élu maire des 140 âmes du village, depuis son élection , il était devenu un homme plus odieux, il gueulait encore plus férocement qu'avant il était persuadé qu'il avait aussi obtenu avec sa nouvelle fonction le pouvoir de marcher sur l'eau tellement qu'il était devenu le Dieu du village. Il avait promis à Denis la fortune s'il profitait de ses congés payés pour effectuer les vendanges chez lui... Sachant qu'en cette période d'octobre, il n'y avait pas beaucoup d'hommes de disponible pour faire le porteur d’hôte qui devait assurer les va-et-vient plus ou moins longs sur un terrain pentu et boueux entre le front de coupe et le tombereau en bordure des vignes où il fallait vider la hotte galvanisée pleine d'une bonne quarantaine de kilos de raisins à monter sur une charrette puis sur une échelle jusqu'au dernier échelon et ensuite, il fallait faire une flexion sèche pour déverser son contenu dans le tonneau. Il était hors de question de faire attendre ces dames les coupeuses les huit paniers en bois pleins de raisins était la mesure de rigueur à chaque passage pour remplir cette satanée hotte. Un porteur devait être en mesure de porter plus d'une tonne de raisin dans la journée. Rien ne pouvait atteindre le moral de Denis, il était si heureux de cette aubaine, enfin un travail qui allait lui permettre de percevoir pour la première fois une sérieuse rémunération.


N°3 Les vendanges étaient devenues le chemin du supplicié à cause d'une hotte pourrie...

Le matin à la première heure, la brume matinale était plutôt frisquette et très humide. Les paniers pleins à ras bord de grappes des coupeuses dont les plus petites vidaient sur la pointe de leurs pieds et à bout de bras leurs lourds baquets en bois qu'elles tapaient fortement en s'accrochant sans ménagement sur le bord de la hotte pour faire glisser les grappes enchevêtrées et récalcitrantes qui empêchaient le vidage en totalité du panier à chaque vidage dans sa hotte Denis serrait les dents, il sentait cette maudite hotte qui lui labourait le bas du dos pour entrer profondément dans sa chair, face à cette souffrance, il fallait tenir pour ne pas apparaitre comme un looser à ce monde d'abruti pour assumer ce travail sur ce terrain boueux et supporter ce matériel le plus pourri du vignoble cette hotte qui n'avait plus la protection en cuir pour éviter que la partie métal soit en contact avec la peau. Denis l'avait signalé à ce sale bonhomme de Mirouleau, mais il ne voulait rien n'entendre surtout pas les supplications venant du bas, car ce monsieur portait haut son égo, il avait toujours ce leitmotiv en guise de réponse qui coupait court à toute réclamation » ce n'est pas le matériel qui est mauvais s'est surtout l'ouvrier qui est un incapable". Chaque jour le dos de Denis continuait à se dégrader, sa peau était à vif malgré un sac en jute qu'il avait récupéré et placé entre son dos et la hotte. Son maillot de corps à la fin de la journée restait collé à la plaie qui suppurait, chaque soir Éliane pansait son dos avec du Mercurochrome, mais cela n'était pas très efficace pour venir à bout de la blessure même en essayant de le couvrir d'un énorme pansement rembourré d'une épaisse gaze. Malgré l'importance de la blessure Léon et Éliane responsable de Denis persistaient à le renvoyer chaque matin à la vigne, sans qu'elle ne se soit plaint de l'état du dos de Denis auprès de son soi-disant ami Mirouleau  tout en sachant l'épreuve qu'il lui faisait subir avec cette hotte  pourrie qui chaque jour envoyait  Denis un peu plus en enfer.

N°4 Ce n'était pas un humain porteur de hotte qu'il leur fallait sur ces terrains pentus complètement détrempés, mais plutôt un tracteur à chenille ou une bonne mule...

Ce qui était incroyable même madame nature s'était placé du côté de ce despotique Mirouleau pour envenimer l'état de santé de Denis, sous la pluie pour sortir des rangs de vigne sous la pluie, il fallait s’accrocher après les piquets tellement que les allées d'argile étaient boueuses et collantes, parfois les bottes trop grandes restaient prises au sol comme dans un marécage, c'était franchement la marche au supplice sans le son de la symphonie fantastique d'Hector Berlioz pour servir d'endorphine à la douleur de cette diablesse de hotte qui continuée son frottement immuablement sur la plaie.

Au bout de ces quinze jours de cet enfer Denis était extrêmement fatigué Léon voyant qu'il avait atteint l'extrême dans la douleur il se décida enfin de  l’emmener en consultation chez son médecin qui diagnostiqua une sévère infection purulente de la plaie du bas du dos avec des ganglions aux aisselles et au niveau de l'aine, plus une fièvre à plus de 38° en situation normale Denis aurait dû profiter à un repos complet. 

Ce qui n'était pas le style de la maison chez Léon et Éliane si on devait mourir on devait le faire debout et certainement pas couché. Denis était sous traitement à base de pénicilline et de pansements de pommade désinfectante et cicatrisante dont Eliane avait la charge de changer matin et soir suivant son humeur, le médecin avait donné ordre à Denis de cesser immédiatement de ne plus porter cette maudite hotte 

Denis appris à ses dépens que la pénicilline et le raisin ne faisaient pas bon ménage quand  il fut surpris par de violentes et dévastatrices chiasses ce qui n'était pas facile à gérer dans un rang de vigne pour trouver un endroit à l'abri du regard des autres vendangeurs pour  s'accroupir discrètement pour se vider littéralement, sans avoir à disposition de quoi s'essuyer, il ne restait plus que les feuilles bleuies de la vigne par le traitement de la bouillie bordelaise, il avait l'impression qu'il se passait les fesses au scotch-brite ce qui était encore un supplice supplémentaire.


N°5 IL y a du rififi dans le vignoble, Denis ne laissera pas sa peau dans un rang de vigne de cet infect Mirouleau.


Ce matin-là, Denis décida de ne plus porter cette maudite hotte et demanda de changer pour un poste de coupeur, la quinzaine de vendangeurs s'impatientaient pour embaucher. Mirouleau n'était pas d'accord avec cette demande qui lui était surtout imposée, il commença par houspiller sévèrement Denis en l'abreuvant d'injures "de feignasse, de bon à rien, de connard et de tout son répertoire de délicatesse." Denis toujours impassible face aux vendangeurs perplexes plutôt complaisants à soutenir Mirouleau qui souvent les prenaient à témoin, par crainte et par intérêts, Denis ne cédait toujours pas et refusait obstinément de prendre sa hotte malgré ce mur d'incompréhension qui s'imposait à lui.

Il décida de quitter ses deux gros pulls en laine qui lui servaient d’amortisseur puis vint le tour de son maillot de corps, torse nue avec la fraîcheur matinale d'octobre qui lui faisait apparaître une horripilation sur la peau de son torse, l'équipe de vendangeurs suivaient son strip-tease et commençaient à croire que Denis venait de péter un câble.

Quand apparu un gros pansement rembourré de plusieurs épaisseurs de gaze qu'Éliane lui avait refait le matin même,

il commença par décoller un pan de ce gros pansement. Quand des cris d'horreurs venant du groupe des vendangeurs en découvrant la blessure à vif avec la peau autour complètement nécrosé. Bien que le soutien avait changé de camp Mirouleau restait ferme aucune faille de sa gêne ne devait apparaître de sa personne, sa compassion légendaire envers les humains devait rester intacte il ne s'avoua pas vaincu au contraire, il signifia avec arrogance " si tu refuses de prendre cette hotte immédiatement, je considérerais que tu arrêtes ton boulot sur-le-champ." Il désigna à son commis qui était occupé à pomper le jus de raisin du pressoir de prendre la relève à sa place immédiatement. 

Le commis était un fort gaillard, un homme rustique d'une bonne quarantaine d'années déjà bien cabossé, avec certains défauts de fabrication, gamin, il avait été recueilli par la famille Blanchaille du voisinage qui avait une petite exploitation.Il avait passé son temps à effectuer des travaux dans les champs au lieu de s'asseoir assidument sur un banc d'école, adolescent, il avait appartenu à la même DDASS de la Seine que celle de Denis.

Le commis s'approcha de la hotte voyant l'état du galvanisé lustré par le dos de Denis, il s'adressa à Mirouleau " OK ! Je porterais la hotte, mais à une condition, je refuse d'utiliser celle-ci, je désire utiliser la neuve que vous avez donnée à votre fils." Mirouleau commença par tordre son bonnet de rage et finit par céder " bon, c'est d'accord !" Le commis fut quand même étonné que Mirouleau puisse accepter aussi rapidement à sa demande cela était curieux et surtout incroyable vis-à-vis de son fils. Il avait certainement encore une embrouille derrière la tête... ? Effectivement ! Il demanda à son fils d'aller faire son choix parmi les hottes presque neuves qui étaient en stock dans le chai. Denis trouva cette situation ubuesque et déconcertante lui qui depuis dix jours suppliait ce crétin de lui changer sa hotte sans pouvoir obtenir satisfaction... ?

Face à toutes ces vacheries et cette méchanceté cumulée de la part de son patron le commis exigea que Denis puisse continuer les vendanges comme coupeur afin d'épargner son dos, tous les vendangeurs sentant enfin la fin du dénouement, ils étaient tous unanimes et avaient apprécié ce compromis, ils venaient de tous comprendre que Mirouleau n'était qu'un sale type.

Les vendangeurs à tour de rôle venaient aider Denis dès qu'ils voyaient qu'il était à la traine dans son rang, avant que Mirouleau s'en aperçoive et le torpille d'insultes, car il n'avait toujours pas digéré d'avoir perdu la main sur l'action, sa rancune était tenace, la semaine suivante il continuait à le vilipender ", c'est toujours pareil avec ces morveux ils veulent toujours se prendre pour des invincibles alors qu'ils ne vont jamais jusqu'au bout de leur mission, ce ne sont que des musclés de la gueule... »

Ce salaud, il aurait certainement voulu voir Denis anéantit à genoux dans un rang de vigne demandant grâce. Pour après pouvoir raconter, comment il avait maté ce morveux de la DDASS en le traitant de drôlesse...
Seul son vieux cheval Diego avait droit à de la considération, ce qui lui donnait un brun d'humanité à cet empaffé, quand il lui manifestait sa tendresse par une petite tape sur le flanc ou une caresse sur le front en lui recoiffant de sa main rugueuse sa crinière, sa voix, était exagérément trop douce, elle était inaudible pour une quelconque sincérité pouvant sortir de ce personnage. Il lui susurrait des mots mielleux dans son oreille, alors que pour Denis, il n'avait même pas un regard, ni un bonjour de circonstance. Qui a osé dire «

Qui aime les bêtes aime les gens »…


N°6 Pour marquer la fin des vendanges le PDG à effectuer sa tournée des popotes.                                                            

Dernier jour des vendanges pour clôturer la mission, une petite fête a été organisée les épouses et les époux des vendangeurs avaient été conviés à la soirée. Même le PDG de la Sa Balluttaud était là pour effectuer sa tournée des popotes, et déposer les payes et pourquoi pas saluer aussi les petites gens à la volée, il commença avec une allocution pour flatter toute l'équipe, "qu'ils étaient des gens valeureux, courageux, rudes et costauds pour avoir récolté en affrontant des vignes boueuses, tout en supportant les intempéries automnales précoces et rudes" et en prime il fallait encore supporter l'état caractériel de son régisseur ce que le PDG avait omis de dire. L'important était de faire croire qu'il était le meilleur patron sans frime et presque chaleureux avec les laborieux vendangeurs qui inspiraient une si belle bravitude, le PDG poussa une comparaison maladroite pour flatter les vendangeurs contre son personnel de son usine de boîtes à fromage, qu'il habillait copieusement à l'encontre de quelques ouvriers qui eux avaient la chance de travailler confortablement à des postes assis dans des locaux chauffés, ils étaient devenus des chiffes molles, trop souvent en arrêt de travail, plus ceux de convenance dont le hasard voulait que ces arrêts tombent particulièrement au moment des grands travaux des récoltes qui avait lieu à la ferme.

Le PDG oublié quand même que dans son usine certains postes n'étaient pas une balade en villégiature entre les charges de 100 kg qu'il fallait transbahuter manuellement sur des diables à la ramasse. Sans parler de ses machines brulantes qui avait un plateau  qui tournait comme un manège d'enfants qu'il fallait dompter tout en étant un kamikaze pour assumer sur ces sertisseuses bruyantes, une fraction de seconde d’inattention ou un léger décalage dans la cadence du tempo de cette maudite machine, vous aviez instantanément en retour le baise-main méphistophélique de Lucifer avec en prime sa marque presque indélébile d'une brûlure en forme d'un demi-cercle sur la main. L'intensité  d'une brûlure électrique était terriblement aiguë en douleur. Aucune protection de la main n'était prévue entre l'espace et le mouvement court d'un emporte-pièce.

Il fallait être un virtuose pour ne pas se faire mordre la main.  Il suffisait de voir la main droite du personnel pour savoir à quel poste ils vaquaient dans l'usine, l'ouvrier devait attendre les trois semaines de vacances pour avoir l'espoir d'une cicatrisation sans pouvoir effacer complétement le spectre de ces brûlures électriques disgracieuses.


N°7 La fête avait un goût de soulagement, c'était la fin de ce long cauchemar perfide ...

Le PDG parti, c'est le vin qui à son tour piaffait d'impatience de s'exprimer, un gros rouge de la propriété qui tachait comme l'encre des écoles à l'époque de la plume Sergent-major, il plafonnait autour des 9° en bonne période et encore, il était chaptalisé pour obtenir une note acceptable, il a coulé à flots toute la soirée par l'intermédiaire des pichets en verre pour arroser, le grand banquet composé de gibiers variés (lièvres, sanglier ou chevreuil) servi dans le réfectoire des vendangeurs qui était plutôt une grange aménagée pour l'occasion quelques couples dansaient déjà sur la voix de Tino Rossi ou l’accordéon de Verchuren sans oublier les trompettes de Sidney Bechet, ou de Georges Jouvin avec son"Hymne à la trompette" Les plus jeunes étaient aussi invités Christophe "et son Aline", Pascal Danel et sa plage aux romantiques, François Degueltle avec son "Ciel, le Soleil et la Mer ", Marie Laforest avec ses "vendanges de l'amour"

Pour ne pas gâcher la fête la distribution des payes sous enveloppe étaient effectuées au fur à mesure des départs des personnes.

N°8 La première, paye adieu vélo, montre, le pantalon jean, le blazer marine avec le badge" Honni soit qui mal y pense ", pour le sent-bon, et le transistor pour écouter le S.L.C...

Denis légèrement euphorique, il se racontait l'histoire de "Perrette et le pot au lait" en apprenant le verdict de la vraie valeur du travail qui était lié à la somme de toute sa première paye. Le moment venu, Denis reçut, son enveloppe de la main du régisseur les billets à l'intérieur ne paraissaient pas nombreux, la déception était à la hauteur de cette aventure, trois semaines de vendange, en 1965, pour 230 francs avec le repas de midi compris. Monsieur Mirouleau avait bien œuvré pour réduire le taux horaire de la paye de porteur à coupeur. Comme Perrette, Denis venait sévèrement de chuter avec toutes ses illusions ses rêves et de ses espoirs qu'il avait placés au fond de sa hotte...

La fortune promise de Mirouleau, elle est passée fière et aussi droite comme le grand (F) du Franc de cette époque à toute berzingue sans remords, sans hésitation et sans se retourner en passant devant lui. Laissant Denis dans une grande déception du moment. Pourquoi autant souffrance pour ça ! Alors que la cicatrisation totale de son dos n'évoluait pas aussi rapidement que pour dépenser sa première paye.

Denis se consola rapidement, car au niveau de l'effort comparable, il y avait pire ! C'était quand même beaucoup plus que les 5 francs que lui attribuait parfois Léon, les dimanches et encore sous condition de son bon vouloir. Parfois, il justifiait son refus toujours au dernier moment quand Denis enfourchait son vélo. "Je suis désolé pour cette semaine, tu as cassé un foret, ou c'était parfois une lame de scie à métaux (qui se brisait comme du verre), une clef à pipe égarée et introuvable qu'un compagnon avait dû oublier sur une machine agricole d'un client..." Ce qui était quand même un comble...! C'était au bon vouloir du prince et Léon savait en jouer parfois tout simplement pour asseoir son autorité quand il voyait que Denis prenait un peu trop ses aises, il était donc inutile de contester afin de ne pas compromettre la générosité possible de la semaine suivante.

N°9 Comment les agents de la DDASS abâtardissaient un pupille sans extrait de naissance...

La DDASS qui avait un fort humour envers ses pupilles, elle l'avait nommée officiellement à son état civil " Vincent INNOCENT", car il avait été trouvé un 28 décembre abandonné un mois après sa naissance, il était placé dans un carton proche de la crèche de l'église Sainte-Rosalie du XIIIᵉ arrondissement de Paris sans aucune identité. Par respect Denis n'a jamais pu l'appeler par ce nom qu'il trouvait indigne ce qui n'était pourtant pas le choix des gens du village qui trouvaient au contraire que ce nom Innocent, lui coller parfaitement à la peau sachant qu'en plus il n'était une de leur œuvre. Les agents de la DDASS auraient pu le nommer, Noël ou Sylvestre au lieu de lui choisir ce nom infâme et abâtardissant, impossible à porter, sauf pour les enfants qui s'amusaient à lui hurlaient à chaque fois qu'il passait devant l'école, entendre sans cesse cette insulte permanente avilissante dans une société dite civilisée n'était pas digne.
Il avait vécu dans le village dans la même famille depuis son enfance à sa majorité, le couple Blanchaille l'avait jeté sèchement, car il avait osé demander une rétribution en tant que salarié, car le logé-nourri n'était pas un salaire à la hauteur de son travail produit 7 jours sur 7. Le refus du couple ne leur avait pas porté chance, un matin le mari voulant se frayer un passage dans l'étable, en donnant une tape amicale sur la croupe de son monstre irascible qui ce matin-là n'était pas d'une humeur taquine. Le mari sans voir venir cette fureur démentielle s'est retrouvé tout surpris sous son taureau, complètement brisé par piétinement et encorné par le thorax, après d'horribles souffrances il en est mort. Ce mauvais karma qui avait frappé le mari persista avec la veuve juste un mois plus tard alors qu'elle était juchée au faîte de son pailler, son crochet métallique à la main qui lui servait à tirer les bottes de paille pour les balancer dans le vide, dans un mouvement de déséquilibre, elle accrocha la ligne électrique qu'EDF venait juste d'achever et de mettre en fonction, la veuve est morte électrocutée, l'arc électrique avait aussi embrasé le pailler. C'est au pied de son pailler fumant que son chien bâtard 30 % de berger allemand et 40% de Collet et de 30% de berger belge hurlait à la mort comme pour annoncer les prémices d'un tremblement de terre, ce qui attira quand même l'attention du plus proche voisin qui donna l'alerte juste avant que le feu puisse s'attaquer aussi aux bâtis et aux animaux prisonniers à l'intérieur.
La famille Blanchaille vivait recluse, il avait eu deux enfants dont un garçon qui aurait dû prendre la suite de ses parents, il est tombé à 22 ans en Algérie dans le djebel, sa brigade a été prise dans une dégoûtante embuscade de fellaga alors qu'ils se désaltéraient dans une oasis. La sœur cadette était une belle rouquine aux longs cheveux les yeux verts, très fine et élégante. Elle travaillait aux Nouvelles Galeries d'Angoulême au stand maroquinerie, c'est là qu'elle rencontra son amour un costaud de G.I Américain black qui était stationné dans une caserne de la forêt de la Braconne.
Cela avait fait grand bruit dans la contrée, elle a été traitée et conspuée de « salope », de « pute à bidasse », ses parents n'avaient pas été très loquaces et ni courageux pour affranchir cette situation que leur fille a dû traverser absolument seule. Dans leur grand courage, ses parents avaient pris la pire décision de la renier, pour s'en remettre au jugement du voisinage. Face à cette trahison la fille n'avait plus d'alternatives, elle devait partir de cet endroit vicié pour que cela cesse. Alors un matin, elle est partie en catimini en bus, pour aller vivre définitivement en Louisiane en Amérique auprès de son amoureux le G.I.
Le voisinage après le décès de la veuve ne voyant qu'aucune reprise en main de la propriété par un membre de la famille était possible, ils commencèrent à vouloir s'étriper comme des chiffonniers pour se mettre sur les rangs afin de récupérer pour trois francs six sous les 45 hectares des terres, plus le bâti restant après l'incendie de la ferme. Trois mois plus tard, au grand étonnement du voisinage de voir débarquer un jeune couple à bord d'une 2cv camionnette, des Vendéens qui avaient été choisis pour devenir les métayers, de la propriété de la fille Blanchaille. Une heure plus tard, c’est le feulement d'un v-8 d'une impressionnante et étincelante Mustang rouge le voisinage était en admiration face à cette merveille du nouveau propriétaire de l'exploitation, il était d'une famille bourgeoise aisée de la commune voisine d'une vingtaine de kilomètres sa mère était veuve, elle habitait la belle gentilhommière familiale avec sa sœur et son beau-frère qui gérait le domaine. Lui, il était un retraité de 48 ans de la marine militaire française. Amiral, il avait rencontré dans un cercle de la marine la fille Blanchaille et son époux suite à une de ces escales techniques aux USA, ils étaient restés en relation se trouvant de grandes affinités par l'attachement d’être tous les deux natifs de la même région.

Madame Blanchaille Sachant que définitivement, qu'elle ne reviendrait plus sur ses terres, elle avait choisi de céder sa propriété à ce gentleman farmer , elle lui avait offert à un prix très intéressant ne voulant surtout pas la vendre à une personne du village qui s'était mal tenu envers elle.

Cet homme était tout en élégance en polo Lacoste et pantalon carreaux Burberrys ce qui tranché auprès des autochtones bouseux. Il s'était rapidement équipé à neuf en gros matériels agricoles, il avait tout d'abord commencé par tout défricher à coups de bulldozer les bosquets, puis il avait fait un grand étang pour son second loisir la pêche.

Son premier loisir était d’effectuer des grandes chevauchées avec son magnifique cheval de pure race, robe noire qu'il avait fait venir spécialement d'Argentine, assis sur sa selle Hermès, les deux avaient fière allure. L'Amiral passait souvent par la forge de Saint-Lèger, car il aimait cette odeur de métal chaud et de corne brûlée. Puis le son de la grosse enclume l'envoûtait presque, il aimait l'entendre au loin cette résonance qui circulait entre maisons et coteaux de vignes et de la culture du tabac, c'était pour lui un hymne à la vie, car il trouvait que cette campagne était trop silencieuse quand les coqs se taisaient et que les chiens n'aboyaient plus.
Ses haltes à la forge lui permettaient aussi de suivre l'évolution de sa commande d'une ferronnerie d'art qu'il avait dessiné et qu'il faisait réaliser par le maître forgeron, c'était une magnifique rampe d'escalier avec des motifs pas évidents à effectuer loin du style des ordinaires volutes son motif un genre de glycine avec des grappes des fleurs avec des grandes feuilles dentelées et nervurées d'une précision remarquable qu'il voulait installer dans sa longère proche de la propriété familiale dont il venait aussi d'achever la rénovation, la façade en était en pierre de Crazanne. Ensuite, il devait aussi s'attaquer aux bâtiments agricoles du métayer pour les moderniser.
Ça a été la plus belle vengeance de la fille de voir toutes ces familles de péquenauds d'un autre siècle qui avait tant de mal à se moderniser et qui maintenant étaient là, toutes baveuses et envieuses de jalousie face à tant de moyens et de modernité déployée. Depuis son éviction de la famille Blanchaille Vincent, le commis journalier passait de ferme en ferme pour travailler et pour manger tout en maintenant son trip que lui procurait cette sale vinasse.
Mirouleau toujours avec une idée tordue d'avance, il lui avait prêté une maisonnette à l'orée du bois appartenant à son patron, ce geste n'était pas tout à fait dû à la générosité, il ne fallait pas non plus rêver et s'attendre à un sursaut de générosité, c'était pour être sûr de l'avoir à sa merci, et le besoin revenait sans cesse frappait à sa porte.
Vincent aurait pu changer de vie, en quittant ce village afin d'élargir son horizon qui n'était qu'un cadre rigide de la ruralité étroite impossible d'évoluer dans ce contexte, faire le service militaire même à cela, il n'y a pas eu droit à cause des gendarmes qui avaient renoncé par charité à le recenser, alors il est resté là à piétiner ou à pédaler sur une circonférence de 15 kilomètres autour du village. Sa vie n'évoluera pas d'un neurone dans cette zone campagnarde au contraire, il végétera pour le plus grand bonheur des propriétaires fermiers qui l'exploiteront, jusqu'à l'usure totale de sa personne à la santé déclinante, ses muscles avaient la consistance d'une pâte de dentifrice, après qu'ils l'auront totalement essoré, ils le jetteront dans un asile comme un vulgaire pochard addict à l'alcool.
Ne supportant plus de voir ce bipède de la déchéance se trainer lamentablement à leurs portes et sachant surtout qu'ils en sont les créateurs de cette épave. Au lieu de lui glisser un billet sur la table, ils l’abreuvaient sans soif de leur poison-maison cette fabrication qu'ils offraient sans modération, ce méthanol qu'ils appelaient de ce joli nom plein d’espoir une eau-de-vie qui montait allègrement à 75°, il avait porte-ouverte dans tous les chais des environs avec l'option open bar aux tonneaux du cépage de Noah pour remplir sa dame-jeanne en verre, la seule référence d'une présence féminine à son côté était cette bonbonne de 10 litres qu'il remplissait jusqu'au goulot de ce vin qui le rendait fou.

Suite n°4