enfants sur le bord du canal

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7 familles

Il venait de nulle part
Il surgit l'aigle noir.

Dis l'oiseau, ô dis, emmène-moi
Retournons au pays d'autrefois
Comme avant, dans mes rêves d'enfant
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles

L'aigle noir dans un bruissement d'ailes
Prit son vol pour regagner le ciel..

Barbara (2)

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Chapitre N°1. Pupilles de la DDASS. Parce que nous n'avons pas tous la même chance à la naissance.

Sur la voie pavée cahoteuse du quai du canal de l'Ourcq, un bébé emmailloté comme une chrysalide dans un lange presque blanc est bringuebalé parmi un fourbi d'objets hétéroclites dans la carriole à bras que sa maman Jacqueline n'avait de cesse de remplir en bas de chaque immeuble du 19e arrondissement, entre une série de toux grasse dont elle expectorait les substances qui encombraient ses bronches puis elle se raclait plusieurs fois la gorge, ce qui lui permettait d'avoir une portée de voix à faire concurrence à la poissonnière du marché de la rue de Flandre le vendredi pour vendre son poisson, paraît-il bien plus frais que sa voix rauque de mère maquerelle avec son éternel mégot baveux à la commissure des lèvres. Alors que Jacqueline criait sans cesse en avançant dans la rue "chiffons, papiers, peaux d"lapin" elle vivait un bonheur parfait quand sa carriole était pleine à ras bord même s'il fallait libérer de la place en installant le bébé dans un berceau de fortune un ancien cagot à tomates rembourré de feuilles de journaux en guise de literie, relié avec une corde entre les deux brancards ce qui procurait à chaque pas de Jacqueline un mouvement de balancement qui endormait le bébé, elle tirait cette carriole avec rage jusqu'à la fin de sa journée.

Enfin Jacqueline posa sa charrette délicatement ne voulant pas réveiller l'enfant brutalement, mais peine perdue Denis avait déjà les yeux ouverts, il paraissait préoccupé en regardant tout ce capharnaüm autour de lui, il venait de réaliser que ce n'était pas là dans cet agglomérat que sa maman avait amassé avec l'acharnement d'une fourmi qu'il trouvera sa petite cuillère d'argent, il était déjà trop tard, la chance de la plus belle opportunité de sa vie venait définitivement de s'écouler, il vivra donc son enfance avec cette petite cuillère de plomb de substitution, désagréable à sucer donnant un goût ferreux à la bouche, qui se contorsionne et se plie à la moindre pression presque à atteindre sa limite de rupture l'enfant savait déjà que ces aléas et facéties, il aura à les surmonter pendant une bonne partie de sa vie en évitant que le saturnisme lui plombe le cerveau et ce n'est pas le côté optimiste de la Déclaration universelle des droits de l’homme dont l'article premier fait apparaitre :"tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits." Cette belle pensée artificieuse ne changera pas le destin fuligineux que Denis aura à affronter ; d’ailleurs le chaos et le big-bang va vite frapper à l'orée de ses 3 ans.

Nous sommes en 1951, il est 22 h 30 à 10 jours de Noël, déjà la nuit est profonde et sombre comme sortie d'un trou noir. Ce soir, l'allumeur de réverbères du "Petit Prince" faillira à sa tâche, aucune étoile ne scintillera rendant l'orientation de la marche de Melchior, Gaspard, et Balthazar impossible. La pluie est glaciale et traversière poussée par une bise mordante venante du nord. Les éclairs sont éblouissants d'une teinte blanche bleutée, elles flashent les ténèbres en formant des zigzags avec des claquements sourds d'une arme guerrière martienne de fin du monde. Jacqueline célibataire 25 ans a été répudiée par ses parents à cause d'une rencontre d'un amour furtif au bal des pompiers de la caserne voisine du 14 juillet 1947. L'enfant déjà coupable dès sa naissance d'avoir dévoilé en étant la preuve de cette relation sans lendemain qui aurait dû rester à jamais secrète pour sa prude famille.

C'est dans ce tumulte apocalyptique que la dépouille de Jacqueline auréolée du feu de Saint-Elme a choisi de quitter le n°3 de l'impasse de Joinville dans les bras de cette salope de tuberculose qui n'avait pas cessé de lui faire cracher son sang depuis plus d'un an aux portes de l'enfer en se faisant appeler fille de garce..! Elle avait élu domicile chez elle sans relâche pour lui imposer son chemin de damnation, et l'assujettir en lui imposant l'agonie d'une toux perpétuelle, rauque et grasse qui faisait apparaitre à chaque éternuement des soubresauts de sa frêle poitrine en expectorant un fragment de ses poumons malades, elle avait beau agiter un pavillon blanc en pensant obtenir la paix, ou la trêve ou la reddition complète de cette salope, mais hélas ce n'était que son mouchoir propre qui devenait à chaque usage un buvard de son sang noirâtre dont la couleur en était toujours plus funeste...
Son univers était critique et pénétrable, sa mistoufle était sans issue et inexorable, malgré la visite presque quotidienne du curé Jean qui n'était pourtant pas radin de ses prières " Le Notre Père et le je vous salue Marie" en boucle rien n’arrêtera cette marche infernale vers cette maudite fosse commune qui se faisait toujours un peu plus proche à en devenir palpable, seul son enfant de trois ans et l'âme immortelle de Jacqueline se sortira de cette affliction de ce lieu infâme et pourtant en cette période si proche des guirlandes fastueuses donnant l'ambiance surréaliste et festive de Noël à la capitale qu'elle habitait avec son fils. À croire qu'à cette époque de l'année il valait mieux vivre entre un âne et une vache dans une étable que de vivre dans l'indifférence dans une cabane en bois, trop humide et sans chauffage, proche du bassin de la Villette Paris 19e arrondissement à quelques enjambés du lieu mythique " d'atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?" Hélas ! pour Denis jamais il ne donnera la réponse à cette question. Sans aucun souvenir et sans la moindre petite photo du visage de sa maman, comme si elle avait voulu s’effacer et s’excuser d’être passée trop brièvement dans la vie de son enfant en lui voilant les yeux d'un bandeau d'illusion et d'espérance sur un nouveau destin. Durant toute sa vie l'enfant sera frustré de ne pas pouvoir mettre un visage et un physique sur sa maman, c'est la chose la plus cruelle qu'on puisse faire à un humain, nous ne sommes pas des veaux venus par une insémination artificielle qui se foutront totalement d'avoir un père ou une mère tant qu'ils auront du lait à gogo venant des mamelles et qu'importe de quelle vache. L'enfant pendant son adolescence a besoin de connaître ses racines indispensables pour se consolider et évoluer en douceur vers un avenir prometteur et serein.

Vous les docteurs inséminateurs, vous verrez que plus-tard vos enfants éprouvettes ne vivront qu'avec une obsession de découvrir leur empreinte ADN pour retrouver ce génome qui détermine ses caractéristiques spécifiques de sa personne.

La seule marque que Denis ait pu obtenir de sa maman, c'est sa signature arrondie en bas de son acte de naissance. Maintenant que nous vivons dans le monde numérique pourquoi ne pas introduire en cas de disparition des parents une photo de la maman ou du papa sur l'acte de naissance destiné à l'enfant ? Au lieu qu'il s'invente une maman chimérique qui n'apparaîtra que parfois dans leur imagination d'adolescent avec un voile blanc masquant tout son visage qui ne pouvait être que magnifiquement sublime...

Chapitre N°2 L'admission quand l'enfant devient pupille...

Il entendit une voix féminine, neutre et rigide, elle lui était étrangère, non ce n'était pas la voix rauque, mais pleine d'amour de sa maman. Il ferma ses yeux à double tour pour ne pas voir cette personne intruse qui l'interpellait, mais peine perdue, il sentit une pression délicate sur sa paupière droite. Il ouvrit l’œil sous l'impulsion, surpris ! Il le referma aussitôt en tournant la tête en sanglotant ce qu'il venait de voir ne le rassura vraiment pas, penchée sur son lit la tête céleste d'un ange avec une coiffe blanche immaculée, il pensa que sa maman l'avait aussi emmené dans son voyage sans retour.

Après ce moment d’égarement, il comprit que l'établissement ne lui était pas si étranger, car c'était à cet endroit précisément trois ans plutôt qu'il était née, Denis en était donc à sa deuxième naissance. Il venait de faire connaissance d’une nouvelle maman, elle avait un curieux nom de "DDASS de la Seine" comme nos administrations adorent nommer les choses sans affect.

Cette institution à cette époque avait une curieuse idéologie, son credo était de couper l'enfant de son contexte familial et tant pis s'il fallait séparer les fratries. tous les cordons ombilicaux devaient être coupés à jamais sans pouvoir retrouver des liens de parenté. La psychologie infantile attendrait à la majorité du pupille.

Denis allait donc compléter la cohorte du repeuplement, nombreux à cette époque d'après-guerre en Charente pour contrer l'exode rural et le non-retour des fils morts pour la patrie.

C'est une année après que sa maman est tirée définitivement le rideau noir sur sa courte vie. La DDASS décida de lui faire quitter l'hospice de Saint-Vincent-de-Paul de Paris en direction du doyenné d’Angoulême l'enfant y était en transit depuis quelques semaines sous haute surveillance avant qu'il soit apte pour une destination avec ses nombreux mystères vers une famille nourricière charentaise.

Mais, d’abord fallait passer par cette étape du doyenné, le lieu était un grand espace avec des plafonds hauts, la bâtisse ressemblait à une maison bourgeoise modifiée par une grande baie vitrée donnant sur un parc ceinturé par un haut mur, la pièce contenait une vingtaine de berceaux identiques bien alignés sur quatre rangées au fond de cette pièce une imposante armoire en bois vernis qui était une glacière chaque matin un homme y venait la regarnir de longs pains de glace qu'il chargeait par-dessus l'armoire. Cette énorme glacière placée dans un dortoir n'était certainement pas dans cette pièce et à cet endroit précis pour meubler, était-elle là dans le but d'une raison alimentaire comme ou pour tenir les biberons au frais ou pour servir de morgue aux nourrissons victimes de la mort subite... ?

Nuls pensionnaires ne pouvaient voir la manutention du contenu qu'elle enfermait secrètement derrière ses quatre portes aux poignées hautement sécurisées. Denis avait compris qu'il ne fallait pas se tromper de sortie de cette crèche et que seule celle sur le parc paraissait la plus rassurante.

Quand votre tutrice DDASS, vous plaçait sa chaîne autour de votre cou, c'était le signe que vous alliez quitter la pouponnière et que vous veniez de décrocher un certificat de viabilité pour un passeport en placement. La médaille du collier était inviolable grâce à son fermoir scellé, la médaille ne portait pas de gravure du Christ ou de la vierge et ni aucun patronyme et aucune date n'apparaissait sur les revers de la médaille en acier blanc, seuls les chiffres d'un matricule gravés grossièrement apparaissaient sur une face. Sous aucun prétexte, l'enfant ne devait se séparer de ce collier en cas de rupture la DDASS devait en être informée sous 24h pour obtenir une nouvelle fourniture. Le retour de ce collier sans le titulaire à l'agence était trop souvent un mauvais présage, il annonçait une fin de vie prématurée du pupille. Ce système était identique pour comptabiliser et identifier les dépouilles des militaires du front. Dès le placement dans une famille nourricière sans adoption, l'enfant était l'unique propriété de l’État et obtenait le statut de pupille de l'assistance de la Nation. Il n'était plus qu'un matricule chez la famille Tartempion, il recevait son trousseau de vêtements, tous identiques suivant l'âge et le sexe, un livret était attribué à la nourrice pour consigner l'évolution de l'enfant jusqu'à sa majorité, où il sera aussi annoté les maladies contractées, les vaccins et les trousseaux de vêtements reçus, puis la délivrance de leurs mandats avec le tampon de la perception et la présence du pupille pour confirmer un semblant d'une preuve de vie. Les visites des inspecteurs de l'agence d’Angoulême rares et elles étaient organisées afin de ne pas prendre la famille d'accueil au dépourvu étaient aussi notées.

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Chapitre N°3 Premier placement chez des parents nourriciers.

Parfois, l'inspecteur mettait une annotation style « pourrait mieux faire ou enfant sage, et même trop sage, pas motivé, ou la meilleure de toutes et certainement la plus offensante pour un pupille "enfant limité"

avec de telles mentions, vous aviez déjà un visa pour toute la durée de votre adolescence.

Les rares visites des agents de la DDASS étaient orientées en principe que sur l’hébergement sanitaire et l'école les questions étaient orientées en direct au pupille sur la famille d’accueil en leur présence ce qui rendait impossible de communiquer une réelle situation. Une analyse comportementale du pupille était effectuée sur son humeur joyeuse ou belliqueuse ou sur la toxicité de son caractère, s'il possédait la fureur de vivre d'une cagouille, cette option n'était pas pour déplaire aux agents inspecteurs en sachant que pour plus tard, cet enfant serait plus malléable, donc plus aisé à caser qu'un autre qui serait trop exalté.

la première famille nourricière "les Dupuis" dans ce couple, il n'y avait que du triste entre eux et dans leur maison, ils trouvaient salutaires d'avoir pris cet enfant calme, qui n'était qu'un avantage, bien pratique surtout pour madame afin de pouvoir vaquer à ses multiples occupations.
L'enfant vivait uniquement dans cette pièce principale et centrale de la maison, le lieu de vie de la famille qui ressemblait à un décor d'une scène de théâtre avec son escalier rustique au fond de la pièce sa grosse horloge comtoise face à l’entrée, à droite la grande cheminée campagnarde, au beau milieu de la pièce s'imposait une longue table massive, les cinq portes latérales ouvrant dans d'autres pièces, les chambres, la cuisine, ou encore une souillarde et le chai.
L'enfant était déposé à même le plancher dans un parc une fabrication maison idem à celui des poussins, il jouxtait le lit de la mémé veuve de la première guerre, toute tremblante et radoteuse, son corps du côté gauche était raide suite à un AVC dût à l'accumulation de tous ses malheurs d'avoir perdu son père puis son époux à la guerre de 14/18. Ce fut un dur labeur quotidien qui avait succédé à sa vie aisée pour élever sa fille orpheline.

Elle n'achetait rien de l'extérieur, aucun aliment ne devait rentrer dans sa ferme seule exception le sel, et parfois des sardines fraîches quand c'était le jour de la foire et qu'elle avait bien vendu ses volailles ou ses lapins. Pliée en deux, elle sarclait des rangs interminables de betteraves fourragères de patates et une vigne l'ensemble était d'une vingtaine hectares. Elle avait aussi du bétail six vaches Normandes et deux gros Percherons et deux cochons. Elle avait hérité de la propriété de son défunt père et quarante ans plus tard son regard pétillant de sa jeunesse était fixé sur la porte dans l'attente d'un “toc toc” pour que la porte s'ouvre sur le passage d'un visiteur qu'elle voyait flou à cause de sa cataracte ce qui l'arrangeait bien, vu qu'elle ne se souvenait et ne reconnaissait presque plus personne de son entourage. Elle était là assise sur son lit, là où sa fille sans affect l'avait installé dès le matin avant d'aller soigner les animaux de la ferme. Alors que son gendre après la traite matinale était déjà en train de sulfater la vigne contre le mildiou avec Bijou son cheval de labour. L'enfant lui gazouillait en poussant ses cubes en bois avec les mains ou ses pieds selon la proximité de ceux-ci sans une destination précise, seulement pour découvrir les images animalières des autres faces. L'enfant n'attendait vraiment personne, sa seule sortie de cette pièce, c'était pour accompagner sa mère nourricière aux travaux des champs qu'elle roulait dans une brouette en bois à fourrage en guise de poussette. Quant à la mémé toujours dans ses fantasmes, tous les matins, elle était à l’affût du ronronnement rauque venant du village voisin de la Motobécane grise de 125 cm3 équipée de trois énormes sacoches en cuir rempli de courrier, qu'elle reconnaissait de loin. Elle piaffait d'impatience, de voir le facteur un jour lui glisser une lettre de vie dans sa main, “le cerveau calcule, l'esprit se languit et le cœur sait ce qu'il ressent."
Elle était tellement obnubilée que chaque jour, elle tendait la main au facteur, par compassion, il lui aurait bien écrit cette lettre, mais avait-il franchement le droit d'entretenir sa folie ? En lui écrivant cette ultime lettre enflammée de son feu chéri militaire polonais blond comme les blés qu'elle attendait et qu'elle déifiait toujours. Elle le trouvait si beau dans sa tenue d'aviateur. C'est le baron rouge cet aviateur ennemi à sang-froid qui ne voulait pas partager son ciel, il était redoutable dans les airs, avec un palmarès de 80 avions descendus, c'est lui qui l'a abattu sans aucun scrupule un matin d'avril 1917, il est sorti par surprise d'un stratus cumulus comme un éclair avec la gerbe d'une étoile filante de son arme fatale sa mitrailleuse LMG qui équipait son triplan Fokker rouge, la rafale avait déchiré le blouson Top Gun Navy d'où le sang de son cœur d'amour jaillissait, en lui fermant définitivement ses beaux yeux dorés dans la chute fracassante accompagnée d'une énorme gerbe de fumé noire pour finir dans d'une boule de feu qui se dirigeait ci-bas vers l'enfer des hommes. Il est vrai qu'avec ce genre d’exercice, il n'avait aucune chance de mourir de vieillesse dans le lit conjugal auprès de son épouse aimante. D'ailleurs, un an plus tard, c'était à son tour au Baron Rouge de venir tutoyer à son tour l'asphalte de l'enfer dans une boule de feu en volant à basse altitude pour échapper à une escadrille de la Royal Air Force, c'est du bas qu'une D.C.A alliée l'a stoppé net dans un looping inachevé l'envoyant définitivement finir son décompte macabre.

Chapitre N°4 Trouver une vraie famille pour élever ou adopter un orphelin ce n'était pas le but des instances Charentaises.

Il fallait placer un maximum de pupilles dans ces fermes insatiables de bras à gros biceps, où ils assumeront une main-d’œuvre gratuite et malléable à volonté. Alors que le fils héritier qui lui était bien né, était préparé à effectuer des études supérieures en agronomie, pour que plus tard, il poursuive l'activité de l'exploitation en plus moderne et avec une plus grande productivité en prenant soin de multiplier les hectares grâce à un mariage plutôt terrien que d'amour avec une voisine certainement moche, mais tellement plus riche que lui. Cela lui permettra d'obtenir son premier tracteur Mc Cormick rouge. Bien plus tard, il ira parader aux abords de la préfecture avec son gros 4 × 4 Mercedes pour aller déguster du homard le tout arrosé d'un excellent champagne millésimé chez Monsieur le préfet parmi les pontes de la FNSEA et avec certains roitelets régionaux très influents et proche des assemblées nationales.

Le rapport avec l'argent chez certains charentais était troublant et pas très palpable pour admettre que la sueur d'un pupille qui travaille de 6 h à 20 heures sur 7 jours sur 7 n'était pas monnayable et ne pouvait à peine compenser à rembourser la pension du" logé, nourri et blanchi,” une situation à celle de l'esclave à qui l'argent et la rémunération étaient un tabou et une réalité impossible à imaginer elle permettait aussi en plus de dresser une forteresse impossible à quitter sans argent ...

Aucune mention de la vraie famille ni de son lieu de naissance ne devait être dévoilée au pupille. Le vrai patronyme de l'enfant dans la famille d'hébergement ou à l'école ne devait être utilisé seulement que dans une situation exceptionnelle, en privilégiant le prénom ou un sobriquet afin que l'enfant ne se pose pas des questions embarrassantes sur le nom différent de la famille accueillante. Et quand une personne était un peu trop curieuse sur le passé du pupille, elle était vite dissuadée par la gendarmerie de changer de dossiers et de passer son chemin après avoir subi à son tour une enquête bien fouillée.

Le pupille était un ovni, il devait rester une personne discrète sans souvenir et sans avenir venant de nulle part, dont la mémoire auditive et visuelle avait été effacée du disque dur du cerveau. Il n'était donc pas question qu'un témoin ravive la vie d'avant en apportant des témoignages pour brouiller le vide sidéral d'un passé qui aurait pu se réactiver en remettant des jalons dans le cortex cérébral de l'enfant. Les pupilles nés dans la capitale étaient déplacés systématiquement . Ils étaient accueillis lors de leur arrivée en province dans un foyer nommé le doyenné d'Angoulême, puis ils étaient envoyés dans des familles d'accueil dans les paysanneries à travers le département de l'agence Charentaise.

Certaines familles les utilisaient ensuite comme bonne à tout faire ou pour travailler sans salaires à vie. Aujourd’hui, cet espace n'existe plus toutes les archives sont reconcentrées à Paris au centre de Saint-Vincent-de-Paul.

Les années 50 et 60 ont perduré dans le trafic du repeuplement rural d'autres départements démunis de bras comme la Creuse fut la première traite d'enfants, un vrai scandale... !

Comme ils avaient écumé toutes les ressources en gamins orphelins de la métropole, ils partirent ratisser les DOM-TOM. Par duperie et falsification en promettant aux parents d'instruire et de former leurs enfants à de hautes études et leur construire une belle situation envieuse pour leur retour au pays. Alors que la plupart son resté au cul des vaches. La DDASS a abusé de la naïveté de beaucoup de parents réunionnais pour kidnapper 1632 enfants pour ensuite les inscrire discrètement avec la mention "pupilles abandonnés définitivement". Monsieur Michel Debré ministre en était l'instigateur, c'est lui qui a organisé cette rafle d'enfants.

Le rouge de la honte qu'il a refusé d'assumer et qui pourtant empourprait complétement son visage tout en arborant sans gêne ce ruban rouge qu'il portait avec fierté et zèle à la boutonnière.

Dans votre généreuse et grandeur d'âme monsieur le ministre pourquoi vous n’aviez pas aussi envoyé vos quatre enfants pour parfaire à votre grande cause au lieu de vous servir uniquement des enfants de certaines familles modestes par ruse ou par filouterie, ou choisir des enfants pupilles de la DDASS pour leur rajouter un autre fardeau supplémentaire afin qu'ils inclinent encore un peu plus la tête vers le bas au lieu de leur donner l'espoir de regarder leur avenir face à l'horizon d'une autre vie plus prometteuse que de leur faire repeupler le trou du cul de la Creuse ou de la Lozère pendant que vous monsieur le ministre, vous gardiez confortablement vos enfants bien au chaud chez vous où dans les multiples ministères des DOM-TOM à Matignon afin qu'ils puissent faire des grandes études dans les plus prestigieuses écoles de l’État... ?

C'est à partir de la fin des années soixante que le courant, c’est inversé grâce à la forte mécanisation des exploitations agricoles, les campagnes se sont vidées pour fournir des bras et de la matière grise aux métropoles qui à leur tour étaient en manque de main d'œuvre.

La DDASS avait décidé que Denis du haut de ses 15 ans devait maintenant atteindre une partie de son autonomie. Ce qu'il voulait dire que l'adolescent devait s'autosuffire en logement, en nourriture et en argent de poche ce qui était pour le dernier plus aléatoire selon le bon vouloir de l'employeur qui souvent ne donnait rien pour asseoir plus fermement son emprise, seulement les verres de vin étaient la générosité débordante de ces rustres.

Cette décision était aussi brutale et du même acabit que celle du couple d'oiseaux qui nichent sur des hautes corniches rocheuses maritimes pour protéger de leur unique oisillon des prédateurs au sol, alors qu'une chute hors du nid pour lui était irréversible.
C'est la mère qui avait la décision du grand jour de l'autonomie de l'envol de son unique oisillon, elle se fera violence pour le pousser hors du nid, déterminée elle assumera sa mission de l'indépendance de son petit en assurant le grand saut à la vie ou à la mort de son petit elle l’accompagnera en planant dans un vent porteur et propice pour qu'il puisse atterrir sur les flots à côté d'elle. Sa réussite sera sa garantie pour poursuivre sa vie, son échec s'il avait foiré son envol, en ricochant d'une corniche à l'autre comme une pierre pour finir fatalement son saut de la mort en contrebas, sa mère l'a lâché à son triste destin où seuls les prédateurs abrègeront sa souffrance.

Denis en quittant l'école avait eu cette forte sensation d'abandon, deux choix se sont présentés à lui, obtenir une réussite conventionnelle et discrète dans les clous ou croupir dans cette voie de garage d'abord bloquée puis aiguillés vers les enfers que notre société a merveilleusement structurés en imaginant un mur infranchissable pour ne laisser aucune chance de sortir de ce plan machiavélique.

Chapitre n°5 Des travaux titanesques sur la planète de la haute sphère de la consanguinité...

C'est avec une sueur acide dégoulinante du front brûlant directement dans les yeux donnant l'effet d'avoir reçu un jet d'une lacrymogène en pleine face. Les biceps étaient en permanence au maximum dans ses bras trop chétifs pour un gamin de 15 ans qui allait pourtant vite réussir à devenir un adulte dans cette société impitoyable pour éviter de mettre un genou à terre. Pour son premier chantier Denis avait gagné le pompon en plus d'être tombé chez les fermiers Arnault. Le terrassement était d'une ampleur pharaonique rendant ce labeur de la démolition épuisant, il fallait être Hercule pour dézinguer cet ancien pressoir vertical pour rénover un nouveau chai afin de construire une nouvelle cuve en béton et préparer l'installation du nouveau pressoir horizontal.

Entre les tonnes de gravats, dont le sable, les pierres et le ciment qu'il fallait brasser manuellement, la pioche, la pelle, la brouette, ces outils avec l'estomac creux à la fin devenaient si lourds que Denis n'arrivait plus à les bouger.

En plus chez les Arnault rien n'était dans la normalité, chaque jour, nous avions les délires plus ou moins fantasques de cette famille de timbrés à supporter, cela n'était pas pour apaiser la défiance que Denis accordait à cette famille, pourtant, il était déjà bien blindé par son enfance assassinée...
Tous les matins, il y avait ce forcené de 7 ans en crise furieuse, une bave écumante sortait en simultanée avec les rugissements d'un fauve de sa bouche haineuse, tout en jetant tous les accessoires de cuisine des placards en se roulant sur le sol de cette pièce quand il ne s'en prenait pas aux barriques de pineau du chai en émettant des cris stridents cet enfant était déjà accro au vin rouge ou à la niôle et à tout ce qu'il pouvait contenir de l'alcool. Il y avait aussi ces hommes et ces femmes d'une trentaine d'années qui étaient tous simplets d'esprit à cause de leur consanguinité, ils criaient en s'amusant à courir derrière les poules et les canards en les imitant avec leurs bras en mouvement les battements d'ailes de la volaille, comme l'aurait fait un enfant de la ville en voyant pour la première fois une basse-cour. Les chiens et les chats connaissaient la finalité de ce tumulte annonciateur d'une victime potentielle de leur ressemblant jeu du bouzkachi avec une volaille, à celui qui arriverait à l'attraper ou de l'extirper des mains du concurrent les autres animaux avaient anticipés rapidement en quittant le lieu de massacre, afin de ne pas devenir à leur tour l'objet central de leur jeu favori du massacre. Les Arnault avaient à peine terminé avec leur petit-fils dans la cuisine qu'ils devaient très rapidement trouver des travaux dans les champs avant que la bande se désagrège et qu'elle parte en vrille, il fallait vite les reprendre en main. La fratrie était composée de deux sœurs et trois frères, enfants de madame et monsieur Arnault qui à leur tour ont eu trois enfants en pratiquant des relations incestueuses à se butiner entre frères et sœurs. Les deux sœurs ont donné naissance à deux filles la première avait 15 ans, la cadette, 14 ans plus le garçon de 7 ans sans savoir qui était leur père parmi les trois frères, d'ailleurs ce n'était pas leurs soucis, car elles ne désiraient certainement pas créer ce genre de lien, Elles connaissaient déjà leur maman et cela était insupportable d'ailleurs, elles n'entretenaient aucune filiation et relation familiale, car leurs uniques familles qu'elles avaient choisies s'arrêtaient uniquement à leurs grands-parents. Physiquement, elles étaient belles et différentes de l'une de l'autre, elles faisaient des études brillantes, elles n'avaient rien à envier à ces ados de leur école paradant, car bien nés pourtant cons à bouffer du foin. On sentait bien un complexe et une certaine gêne chez les deux sœurs, leur regard fuyant surtout si elles croisaient une personne informée sur leur situation familiale dont certaines ne se privaient pas non plus pour cancaner sur leur famille tuyaux poêle.

Au pire ! Elles auraient préféré la situation de Denis être orphelines de parent inconnu ou naître même sous X, ce qui aurait été certainement plus confortable et le moins mauvais pour elles que de porter cette bosse toute la vie au risque même de revoir apparaître ses effets de cette consanguinité à la génération suivante qu'elles pourraient mettre au monde. Concernant leur jeune frère de sept ans, lui, il était déjà irrécupérable, son biberon n'avait jamais été blanc depuis belle lurette, son visage sous l'effet du manque était déchirant avec la folie qui s'exprimait dans ses yeux, on aurait dit le petit garçon Oscar avec son tambour qui refusait de grandir comme dans le film. Il était gravement atteint par ses crises de delirium tremens suite à son addiction à l'alcool, il faut dire aussi à sa décharge qu'il n'était franchement pas possible de vivre normalement quand on éclot dans ce capharnaüm familial...


Chapitre N°6 Au secours ! Ce monde est dingue ! Voici ce vicelard de plombier en pleine parade amoureuse imitant l'allure délicate du flamant rose pour déclarer sa flamme amoureuse à Denis qui va lui opposer une déclaration de guerre sans merci.

Ce chantier commençait à sortir des yeux de Denis, au fur et à mesure de son avancement, cet endroit ressemblait à un asile à ciel ouvert dont les fils et les filles de la maison avaient l'esprit qui refusait de grandir, parfois il flippait carrément, par leur soudaineté d'arriver de nulle part avec une expression agressive ou une joie hystérique celle qui était d’ailleurs la plus terrorisante. C'est ainsi qu'apparut un nouveau prestataire plombier qui n'apporta pas une franche sérénité sur ce chantier déjà extravagant. L'homme avait la quarantaine musclée avec une apparence vicieuse vraiment pas rassurante, c'était une sacrée folle charentaise, avec l'obsession de vouloir se taper un ado de 15 ans, il était dans tous ses états, dans une hystérie complète psychosexuelle, il n'était plus qu'un cerf en rut, il ne lui manquait plus que le cri du brame. Il ne maîtrisait plus rien son cerveau était passé en mode reptilien, son comportement était primitif, sa pulsion n’obéissait plus qu'à la volonté de sa prostate. Il cherchait des subterfuges pour effectuer des tentatives d'approche afin que son délire devienne aussi tactile. Sa démarche délicate ressemblait à celle d'un flamant rose partant dans les salins du midi à la chasse aux papillons tout en dessinant des volutes dans l'air avec ses bras en guise des ailes, plus rien ne pouvait freiner son ardeur, il était dans son obsession, il fallait par tous les moyens qu'il atteigne son objectif de caresser les fesses, ou bien de frôler le sexe de Denis, il osait toujours plus pour essayer carrément de lui saisir le sexe, ce qui amusait son patron ce barjo de Moreau, de voir son apprentie dans une panique totale, au lieu de calmer cet olibrius sur le champ, il demanda à Denis de garder son sang-froid alors qu'il était sur le point de lui asséner un coup de pelle dans le ventre, à cet enfoiré salace. Denis avait vraiment hâte que cet endroit abracadabrantesque cesse le plus rapidement.

Chapitre N°7 Les placements sont un jeu de la roulette de la DDASS elle mise les enfants puis d'autres enfants sans jamais découvrir les tricheurs, comme ce personnage de Moreau non recommandables, un vicieux de première.

Que pouvait avoir fait Denis pour mériter ce bagne et ce genre de prison ? Monsieur Moreau était un homme de 38 ans, il avait trois filles et la quatrième était en route la plus âgée Isabelle d'une quinzaine d'années et ses deux autres sœurs se suivaient avec un décalage d'une bonne année et demie entre elles. Toutes ses filles avaient la même maigreur avec des visages de la blancheur du lait, des cheveux blonds roux cuivrés, elles avaient toutes subi la coupe règlementaire à la Clovis que madame Moreau s'appliquait à effectuer certainement par facilité. Denis ne voyait que très rarement les filles, car il habitait à l'écart de la maison familiale, dans une cabane humide et spartiate, une ancienne réserve à patates.

Le sol était en béton brut avec des murs en pierre qui suintaient, en plus d'une poussière blanche suivant le temps extérieur, un lit métallique à une place, un seau galvanisé, une cuvette jaune émaillée, une chaise avec l'assise en paille éclatée, un ancien volet posé sur deux piles de briques, une nappe confectionnée avec les feuilles jaunies d'un journal faisant office de nappe, une table de nuit déclavetée sur trois pieds avec un tiroir sans fond, une penderie souple de couleur grise, il est vrai que le mobilier IKEA n'était pas encore dans ce monde.

Pourquoi Denis devait-il subir cette épreuve de ce placement ..?

C'est la directrice de l'école de Montmoreau qui avait déclenché ce cataclysme en pensant bien faire en signalant à l'agence la maltraitance que Denis subissait de la part de Marcelle sa mère nourricière.

L'institutrice avait placé Denis au fond de la classe suite à son odeur pestilentielle du purin de cochons qu'il avait plein les brodequins en vidant chaque matin la fosse de la porcherie avant d'aller à l'école. Denis avait hérité de la part de Marcelle de cette promotion de "garde des seaux" . Il avait la charge de vider tous les récipients pots-de-chambre compris dans le talus de l'autre côté de la route.

Afin que l'enfant puisse profiter de ce havre de paix que lui prodiguait cette école loin des corvées répétitives que Marcelle lui infligeait, cette place, Denis l'appréciait, il ne l'aurait pas cédé même contre son plumier en bois garni de crayons ou de ses coureurs en plomb dont il était un fervent collectionneur, avec son sac de billes, d'agates et de calots qui avait le volume de son habileté et de sa férocité pour les gagner.

Son bonheur était d'observer toute la classe sans être vu ; les embrouilles, les chouchous de l'institutrice, les premiers flirts, les roublardises, les petits mots qui passaient entre toutes les mains pour arriver enfin au destinataire, quand ce n'était pas l'institutrice qui neutralisait le parcours du télégramme scolaire avec l'effaceur du tableau qui n'atteignait pas toujours la bonne cible, mais la maladresse était vite compensée avec quelques caramels par contre le vrai coupable ne sortait pas indemne de cette erreur en goûtant à la règle en ébène avec ses angles en métal doré, pour faire vraiment mal en frappant l'extrémité des doigts. Denis partait souvent pour un long voyage en s'inspirant des planches de l'histoire de France accrochaient au mur, il se racontait l'histoire, son histoire bien à lui, celle qui avait des anecdotes au lieu des dates historiques à retenir par cœur et à réciter comme un mainate.

Le 12 avril 1961 à 9h07, le cosmonaute URSS Youri Gagarine avait atteint l’altitude maximale de 327 km avec une vitesse de 28.260 km/h. Il était le premier humain à avoir été aussi haut et également aussi vite. Ensuite modestement, il a tout simplement dit de son excursion," C'est très beau".

Ce fils de charpentier a été choisi en plus de ses qualités d'endurance et pour sa petite taille pour pouvoir rentrer dans le vaisseau Vostok. Vous remarquerez que les fils de charpentiers ont toujours eu des destins fabuleux... Mais, ce n'était pas le programme du jour de l'institutrice, car l'importance de ce jour, c'était la date de naissance de François 1ᵉʳ roi de France, le 12 septembre 1494, à Cognac. Et comme l'histoire est parfois curieuse, c’est la ville voisine de Jarnac 422 ans, plus tard, qui donna naissance à un autre future roi François le 26 octobre 1916 monsieur Mitterrand, Président de la République française le 21 mai 1981.

Chapitre N°8 L'herbe n'est pas forcément plus tendre et plus verte dans le champ du voisin, elle n'est souvent qu'un trompe l'oeil.

Voilà comment Denis s'est retrouvé dans cette galère moitié chien de traîneau moitié garçon ou faire aussi le cheval de trait chez ce taré au lieu d'aller à l'école. La situation du moment était autrement harassante à celle que Denis avait quitté de chez Marcelle, cette mère nourricière qui jouait effectivement trop souvent avec son martinet et des corvées qu'elle empilait comme un millefeuille en moins digeste, surtout depuis qu'elle avait acheté une boulangerie à Montmoreau pour son fils Michel à la place de l'épicerie de Fontafie.

Michel était un homme de 28 ans râblé tout en nerf, il avait plutôt de la sympathie pour ses trois chiens courants quand il était à la chasse, puis les ignorait ensuite hors période de la chasse. Denis avait hérité de la corvée de nettoyer la dalle de ciment où ils étaient enchainés pour le restant du temps sans jamais sortir. Michel, savait montrer à Denis qu'il n'était pas de son monde, il savait si prendre pour le complexer en y ajoutant beaucoup de méchanceté dans ses coups bas, malgré les douze ans passées sous le même toit. Denis n'était qu'un sous être pour ce monsieur pourtant, il savait l'utiliser sans ménagement pour le soulager de certains travaux que son dos fragile l'empêchait d'effectuer.

Robert l'époux de Marcelle un taiseux transparent, il promettait à Denis sans jamais rien tenir un exemple " Pour la place de cinéma que je t'ai promise pour le lavage de la 203 camionnette demande l'argent à Marcelle." Il savait par avance que cette demande à Marcelle la radine, il envoyait Denis au casse type, elle allait trouver cette demande excessive et non fondée, "attend ! Pourquoi je devrais t'offrir une place de cinéma ? C'est franchement n'importe quoi cette générosité soudaine de la part de Robert, je ne vais quand même pas établir aussi un bulletin de salaire à chaque fois que tu nous rends un service... ?"

A table Robert avait la fâcheuse manie en fin de dîner de piquer du nez dans son assiette heureusement vide, pour voyager profondément dans son monde de chimères en oubliant Marcelle pourtant très attentionnée envers son époux, c'est à grands coups de taloches et en l'invectivant copieusement "de bourriche à vin, de feignasse" tout en lui reprochant sans manque de politesse de quitter une conversation sans sommation. Marcelle entreprenait rapidement de le faire revenir à table et sortir de son voyage inopiné, la couleur du visage de Robert était passé aux couleurs du drapeau français inversés du blanc au bleu pour revenir au rouge, il commençait à reprendre vie, mais vu la durée de sa réadaptation à retrouver son assiette, on sentait bien que Robert avait été contrarié par cet atterrissage un peu trop brusque suite à l'ouragan rageur nommé Marcelle, Robert n’essaya pas de la contourner il savait qu'à ce petit jeu il y laisserait beaucoup de plumes il se laissa donc porter droit dans le centre trop content de se laisser porter sans faire de vague, en laissant les initiatives à la charge de Marcelle pour son atterrissage forcé, comme il le disait si bien de son épouse "elle porte si magnifiquement la culotte avec élégance et virilité tout en incarnant une autorité incontestable, malgré son absence de burnes à l'intérieur.

Chapitre N°9 Valérie ! C'est l'Etna avec ses innombrables éruptions entraînant des nuées ardentes dans le voisinage.

Valérie la fille du couple Marcelle et Robert, un Etna à domicile, à 15 ans déjà une vraie nana sensuelle à l'opposé de sa maman, une belle brunette pétillante avec ses cheveux longs qui couvraient ses épaules avec sa frange en limite de ses grands yeux de biche, elle avait déjà de magnifiques reliefs corporels, quand elle passait près des hommes, ils ressentaient une légère brise chaude tel un sirocco à la fragrance olfactive envoûtante d'une mandarine et de magnolia qui ne laissait aucun homme indifférent. Denis à dix ans était déjà son jouet, elle était un jour doctoresse ou maman, dans la séquence amoureuse chevauchant gaillardement Denis qui avait le rôle du papa, heureusement que cette période a été de courte durée sur quelques mois déjà suffisamment pour ne plus amuser Denis qui saturait de ces jeux fantasmatiques que Valérie lui imposait. À seize ans elle en paraissait dix-huit et l'assumait aisément comme une évidence qu'elle n'était plus une adolescente elle était passée au stade de jeune femme très vite elle passa aux choses sérieuses, les chevauchées fantastiques avec Denis l'avaient trop laissé en plan sur un désir inassouvi pour persévérer dans ce jeu de touche-pipi. Ce qui arrangeait bien Denis. Elle s'est donc rapidement tournée à son nouveau statut d'adulte en s'essayant avec les quelques voisins des fermes environnantes, sans aucune discrimination du riche propriétaire au garçon de ferme, bien vite le scandale arriva avec une histoire de détournement de mineur avec un bourgeois marié qui avait pignon sur rue un garage Simca de la commune. Comme tous les bourgeois l'apparence côté public était exemplaire tout y était la droiture, la courtoisie et l'élégance, jusqu'à la paire de prie-dieu gravé à leur nom sur une plaque dorée au premier rang central de l'église de Saint-Aignan à Luxé 16 dont ils faisaient partie des généreux donateurs. A chaque messe dominicale, ils étaient là à leur place, car il fallait être vu par tous les notables de cette petite localité et c'était tellement bien vu d'être dans les robes du curé pour entretenir sa vertu chrétienne, jamais ils n'ont manqué la distribution des hosties à genoux les mains jointes, la bouche grande ouverte avec la langue sortie, dans cette posture, on avait l’impression de voir Mickey le chien ratier de Marcelle, faire le beau debout sur ses pattes arrière pour attraper le morceau de sucre qu'on lui tendait.

Marcelle étant dans l'incapacité de maîtriser sa fille, elle l'enfermait dans sa chambre, cette solution n'était pas tenable, on n'étouffe pas un Etna avec une couverture. Comment pouvait-elle empêcher l'extravagance de cette élégante et magnifique nymphe dépendante au plaisir de virevolter en mai sur un plan d'eau, tapis de nénuphars aux multiples fleurs rouges, jaunes, ou blanches offertes, elle aussi, sans la moindre pudeur, elle en avait toute sa déraison face à ces étamines qui lui étaient tout acquises, à la moindre brise, que produisait son souffle chaud stationnaire au-dessus de la fleur choisie qui s'animait et dansait sur le chant envoutant de la nature en dégageant une émanation d'une douce effluve euphorique à se métamorphoser sous les traits d'un jeune garçon d'une beauté ravissante pour conjuguer ses ébats avec Naïade la nymphe, dans l'espace humide de sa zone érogène insatiable et si magique capable de lui procurer des cyclones d'amour pistillés à l'intérieur de sa corolle de pétales à foison.

La seule réponse adéquate que Marcelle trouva pour éteindre la polémique et les commérages médisants a été de détourner cette lave incandescente qu'était sa fille, en déménageant de cet endroit pour trouver un autre lieu anonyme où personne ne serait informé de son assuétude, loin d'une grange pleine de paille où elle reprendrait ses rendez-vous démoniaques pour assouvir une hystérie impossible à combler.


Chapitre N° 10. Mon Dieu ! Ce village, c'est le diable qui l'avait vomi en voyageant entre Angoulême & Limoges, même le guide Michelin ne l'avait pas référencé...

Marcelle se décida pour une épicerie lugubre de Fontafie. Situé dans le centre en bordure de l'unique route transversale du village constamment les néons de la boutique restaient allumés, car à chaque passage des camions de l'usine une masse sombre envahissait le magasin. Il fallait voir Marcelle au milieu de sa boutique, elle était facile avec les clients, elle aurait été même capable de vendre du lait tourné à une vache. Le vin coulait à flots pour étancher cette soif persistante venant de cette poussière d'argile qui chargeait l'air, l'abus de cette boisson faisait parfois apparaître un semblant de ciel bleu, mais le mauvais vin blanc muscadet trop acide ou le monbazillac trop sucré mélangé à de la limonade ou à du Perrier pour donner du pétillant à cette boisson sans obtenir pour cela une belle ivresse joyeuse et euphorique à cause de la migraine qui sévissait auparavant. Les corbeaux avaient l'interdiction de survoler le village pour qu'ils ne soient pas tentés d'organiser un suicide collectif en se jetant sur la cheminée gracile fumante de la tuilerie, en voyant le spleen et la loose et cette mistoufle qui sévissait si bas, les habitants vivaient en noir et blanc, on imaginait pouvoir rencontrer, Michel Simon dans la peau de Zabel ce pourri ! De tuteur dans le "Quai des Brumes" sans jamais pouvoir y croiser les beaux yeux de Michèle Morgan. Le village vivait au rythme cadencé du seigneur des lieux de la tuilerie, la sirène sonnait journellement l'embauche, la pause, la débauche. Parfois, c'était la cloche le bourdon de l'église sonnait surtout pour le glas, par l’aumônier de la SA PERRUSSON. Pour les enterrements, le corbillard municipal noir avait des liserés blancs, il était tiré par un cheval blanc qui d'ordinaire était utilisé pour le ramassage des poubelles, pour cet événement, il était en tenue de parade joliment habillée d'une étoffe noire avec une croix en argent de chaque côté du poitrail de l'animal sur sa tête entre ses deux oreilles était posé, une grosse étoile d'argent, rayonnante d'une multitude de petits brillants bleutés tout cet attirail funéraire avec l'animal était offert gracieusement par la S.A PERRUSSON qu'elle accordait à ses salariés pour leur dernier voyage sans retour .

Dans ce lugubre village, les enterrements paraissaient presque féeriques. C'était le seul moment de la journée que les camions-bennes au transport de la glaise cessaient leurs navettes sur l’itinéraire de l'église au cimetière qui était d'ailleurs l'unique artère transversale du coron, elle partait de la carrière pour aller à la fabrique qui était presque à l'autre extrémité. Cette route était impraticable par temps de pluie, tapissée par l'argile, elle devenait très glissante et à chaque passage de ces monstrueux camions qui aspergeaient copieusement de gadoue les piétons ou les véhicules qui roulaient en sens inverse, elles devenaient pour un instant aveugle par les projections boueuses sur le pare-brise, ce qui donnait aux véhicules l'impression de revenir d'un safari boueux africain.

Des maisons toutes identiques de l'usine bordaient cette route principale, elles étaient classées par catégories hiérarchiques du personnel de l'usine, les petites maisons étaient collées les unes sur les autres à 2 pièces en rez-de-chaussée, elles étaient réservées aux ouvriers (o.s) sans grade dans ces maisons les cloisons étaient aussi légères que du carton, les occupants devaient attendre pour faire l'amour discrètement quand le voisin était en brigade décalée des trois huit, s'il ne voulait pas entendre le lendemain en public au vestiaire de l'usine des réflexions désobligeantes style " alors ! La nuit a été torride ? Ou tu as fait cela comme un piaf sur le bord d'une gouttière, ou madame était insatiable deviendrais-tu impuissant..?" Les maisons à deux niveaux de fabrication « vraie maison » étaient réservées aux cadres et assimilés de l'usine, elles étaient en retrait de la route sur un grand terrain et sans aucune mitoyenneté.

En place depuis deux ans à l'épicerie de Fontafie toute la famille de Marcelle s'était éparpillée, concernant les deux fils Claude effectuait son service militaire du côté de Romilly s/seine quant à Michel lui, il était ouvrier boulanger à Angoulême quant à Valérie, Marcelle lui avait concocté un itinéraire à sa mesure pour une durée de deux ans de sa vie de jeune fille, elle s'est retrouvée en internat dans une école familiale, ménagère, disciplinaire du côté de Limoges pour apprendre à devenir une bonne maîtresse de maison, ce qui était déjà en partie dans ses cordes.

Pour Valérie la pièce principale à vivre d'une maison n'était que la chambre à coucher où elle rêverait passer un maximum de temps dans une tenue aussi légère que la soie qui ne masquerait à peine ses formes qu'elle savait irrésistibles. Où elle accorderait aussi une attention toute particulière sur le confort et la déco de cette pièce qu'elle remplirait d'une multitude de coussins confortables aux couleurs chatoyantes et douces, au lieu de se taper le ménage dans ce dortoir terne à sept lits.

Contrainte, elle apprenait à longer un bébé fictif, elle apprenait aussi à faire la cuisine et à tricoter, puis à repasser ou à apprendre à effectuer des canevas afin de les faire admirer plus tard à ses convives les œuvres était la biche qui se désaltère les "glaneuses" ou "l'angélus" de Jean-François Millet, plus tard elles meubleront chez elle en bonne place, juste au-dessus du chien couché la langue pendante et les oreilles droites en plâtre verni posé sur un napperon en dentelle sur le confiturier ou sur la TSF.

Valérie n'était pas heureuse dans cet établissement, effectivement il était trop disciplinaire et catho à son goût, il y régnait une ambiance de rigueur et d'une sévérité de fer qui n'avait rien à envier à celle d'un couvent. Non ! Ce n'était pas un paradis pour y croquer la pomme, quoique certaines l'eussent bel et bien croqué avec délice, d'ailleurs, c’est pour cela que la plupart étaient dans ce centre dans le but de calmer leur ardeur pour se justifier de cet égarement disaient avoir été surprises dans un moment de flottement par une étreinte irrésistible trop foudroyante et passionnelle qui rendait vaine la volonté de se raidir pour résister à cet acte si désiré. Valérie qui à 17 ans se souvenait déjà de ses innombrables vertiges de l'amour avec de nombreux partenaires, ce n'était plus possible de continuer à vivre avec son passé pourquoi devait-elle se priver de ce bonheur et passer par la case ménagère pour devenir la parfaite épouse d'un seul homme une situation qui ne lui paraissait pas la meilleure et la mieux adaptée à son tempérament de nymphomane insatiable.

Dans l'internat heureusement que sa voisine de chambre Marie-Paule qui avait l'apparence d'une fille désuète qu'elle cultivait avec soin pour paraître une vraie sainte ni touche incognito dans le groupe, avec son chignon et ses lunettes rondes et sa légère poussée d'acné frontale, qui la frustrée horriblement tout en lui donnant une apparence austère, elle bernait l'encadrement tant qu'elle était insoupçonnable, transparente comme une oie blanche, en retour elle avait une paix royale pour se livrer secrètement à des relations douteuses pour l'internat. Marie-Paule était au contraire demandeuse de douceur et d'affection féminine, pour cela, elle pouvait compter sur Valérie toujours en manque avec sa pénurie d'hommes, ce n'était pas pour elle le nirvana, mais déjà un merveilleux ersatz, car il fallait bien que son corps exulte.

Marie-Paule, c'est elle qui veillait jusqu'à minuit pile pour obtenir son moment câlin sous ses draps, suivant le sommeil des six autres pensionnaires qui partageaient le dortoir, ce qui conditionnait le lieu et le rendez-vous, car il ne fallait surtout pas qu'une des filles de la chambrée puisse s'en apercevoir pour aller ensuite cafter à la directrice pour se faire bien voir et obtenir une meilleure annotation, parfois en cas de doute, elles se rencontraient dans le bloc sanitaire hors du dortoir de l'autre côté du couloir, mais avant tout il fallait attendre l'unique passage de la surveillante de nuit qui sortait de son infirmerie du rez-de-chaussée. À pas de loup, elle avançait comme pour surprendre une proie, seule sa lampe torche de flic la trahissait, son approche était toujours méthodique elle n'allumait aucune lumière, elle orientait son faisceau de lumière vers chaque lit, parfois, elle chuchotait et réconfortait des pensionnaires qui avaient du vague à l'âme en leur caressant le visage avec infiniment de tendresse. Quand elle ne percevait pas la tête de la pensionnaire, elle soulevait le drap pour être sûre qu'elle n'avait pas fugué dans une autre chambre de l’établissement ou contrôler que tout était normal au sous-sol de la pudeur.

Chapitre N° 11 L'abée quittait sa soutane pour le short de scout.

Heureusement que l'abbé Chambault lui, il était bien là pour organiser en tenue de scout avec quelques bonnes sœurs dont la belle Marie-Thérèse fraîche comme une rosée d'un matin de mai. On voyait bien qu'il n'y avait pas qu'une relation de missel entre elle et l'abée. Pendant les vacances scolaires, il organisait des promenades, la pêche à la ligne, des pique-niques, des veillées de lecture avec des livres de la bibliothèque Verte ou des recueils de catéchisme qui sentaient bon le café et qui parfois comportaient aussi des taches grasses indélébiles produites par le café en grains dont les sœurs avaient façonné les couvertures en recyclant l'emballage des sacs de café en papier paille pour couvrir les livres bibliques ou les livres d'aventures de la bibliothèque. Il organisait aussi des nuits à la belle étoile sous des tentes avec des grands feux de camp et il entonnait des chansons paillardes ou grivoises comme "la Lirette, la Lirette" l'ambiance était festive et ce n'est pourtant pas avec le pschitt ! Citron ou orange servit à gogo qui pouvait rendre la troupe d'une humeur si joyeuse, c'était seulement l'effet de ne pas dormir dans ce dortoir austère à seize lits isolés par les armoires métalliques grises. De pouvoir s'endormir au contact des uns contre les autres, se sentir soudé par une énorme amitié, contre l'adversité, car tous ensemble les enfants devenaient une digue indestructible si un enfant souffrait, c'est tous les enfants du même groupe qui souffraient et qui portaient sa douleur. Dans la cabane en bois située au milieu du petit-bois de l'institution, David avait pris l'initiative de la construire avec l'aide de ses compagnons d'infortune que les adultes avaient abandonné à leur sort dans ce pensionnat. David y organisait des points de rencontre où chacun racontait l'actu du moment qu'il avait entendu d'une conversation entrent monitrices ou institutrices à se faire peur son dernier cauchemar leur histoire vraie de leur vie d'avant qu'ils l'eussent parfois agrémenté avec des histoires d'aventures puisées dans les romans d'Alexandre Dumas ou de Jacques London et d'André Demaison... David leur servait des palets de chocolat aux noisettes sauvages qu'il avait récolté à l'automne dans ce même bois, il avait aussi détourné des tablettes de chocolat à croquer affectées aux monitrices pour leurs gouters dont il avait la charge de préparer la portion de chocolat avec les tartines de pain et le verre de lait. La fabrication de ces palets consistait à faire fondre sur les noisettes le chocolat dans des anciennes boîtes de cirage posées discrètement sur les radiateurs les plus chauds du circuit. Il avait aussi concocté une piquette à base de fruit du vieil arbre un cornier qui poussait à l’intérieur du parc. La corme est un fruit en forme de petite poire qui passe du jaune au bleu en mûrissant, David était le seul à récolter les fruits que seules les guêpes et frelons trouvaient un intérêt à ces fruits qu'ils dégustaient en grand nombre, il les faisait macérer dans des bouteilles de limonade dans de l'eau et du sucre. Sa bibine était légèrement acide et âpre avec un léger pétillant ce qui n'était pas désagréable, il était impossible d'obtenir même une légère euphorie avec cette purge improvisée, mais par contre en échange, ils obtenaient tous une superbe colique à perdre chacun leur ténia qui habitait les quatre-vingts enfants du centre.

Chapitre N°12 Pour David les vacances à l'épicerie de Fontafie c'était un retour dans l'ancien monde .

L'arrivée chez Marcelle de David le frère de la DDASS huit mois après son arrivée à la maison, il est devenu pensionnaire à l'Institut médico-pédagogique au village bien nommé de Breuty proche d'un asile de fous. David âgé de 11 ans ne revenait que deux fois par an une semaine à Noël dont quatre pour le mois d’août jusqu’à ses 15 ans. David malgré le cauchemar et l'incompréhension qu'il devait supporter à l'IMP, il trouvait qu'à Fontafie, c'était encore la pire des variantes de ce qu'il pouvait imaginer, c'était l'ennuie. La vie dans le centre avec ses copains d'infortunes était moins monotone et plus confortable ce qui n'était pas le cas dans cette épicerie du village à se retrouver enfermé dans la cour à regarder la navette des camions plein au ras de la benne se croiser avec les vides, pour lui les vacances étaient insupportables dans le trou-du-cul de la Charente. À l'IMP malgré les tares de certains directeurs et les persécutions sporadiques, et acharnement machiavélique de certaines monitrices capricieuses que les enfants devaient subir. David avait toujours autant de mal à s'adapter avec ce minimum de confort chez Marcelle une seule ampoule éclairée la cuisine la pièce à vivre et souvent le soir l'ampoule fléchissait au niveau de son éclairage Marcelle ignorait encore les tubes néons qui éclairaient toutes les pièces du pensionnat où David était, l'eau chaude et la douche étaient à gogo le chauffage central était dans toutes les pièces. Il trouvait que chez Marcelle le confort était spartiate et à son image rustique, David avait l'impression de vivre le Moyen Âge, dans le domaine confort seul la cuisine grâce à sa cuisinière Rosiere était pourvue de chauffage le magasin avait son poêle à mazout pour protéger la marchandise, pour les W.C style latrines, c’était au pas de course qu'en mauvaise saison il fallait l'atteindre au fond du jardin pour ensuite se geler les fesses, alors que David connaissait déjà les toilettes à cuvette et sa chasse d'eau, alors qu'ici il fallait uriner, le long du mur de la grange mitoyenne à la maison juste sous la treille de la bignone aux sublimes fleurs jaunes orangées en été. Il connaissait aussi la savonnette couleur parfumée, les berlingots du shampoing Dop le tube de dentifrice Golgate et la brosse à dents,

Denis ignorait totalement tous ces produits de toilette, lui qui n'avait droit à la toilette qu'une fois par semaine dans le grand baquet qu'il fallait placer dans la cuisine pour l'occasion ensuite il fallait le remplir au seau cette eau glaciale qu'il fallait aller pomper dans un local au fond de la cour pour remplir la lessiveuse placée sur la cuisinière. Dès que l'eau était bouillante il fallait redescendre la lessiveuse superlourde, c’est avec mille précautions qu'il fallait exécuter la manutention de ce transfert hautement dangereux de cette eau en évitant de s'ébouillanter. Concernant l'intimité de l'adolescent on pouvait certainement mieux faire comme étendre un drap, mais Marcelle n'était pas du genre à peaufiner ce genre de détail Denis avait l'impression de prendre son bain au milieu d'un hall de gare, entre le passage de certains clients qui devaient passer par la cuisine pour joindre la réserve, ou pour recevoir une piqure, la famille n'était pas reste non plus, dont la vicieuse Valérie quand elle était en vacances scolaires et qui était toujours prête à jouer à l'infirmière avec l'anatomie de Denis, déjà bien embarrassé pudiquement de la voir s'immobiliser proche du bain il essayait de cacher son sexe de sa vue en serrant ses cuisses, par son insistance elle aurait été capable de faire chavirer un caméléon en arc-en-ciel, elle restait là plantée à s'ébahir face à quelques poils qui avaient fait leur apparition sur ce corps juvénile, elle profita dès l'instant que Marcelle soit occupée avec une cliente, pour tenter une approche directement à la main en eaux troubles dans le baquet à la recherche de la savonnette prétexte pour laver le dos de Denis qui par un hasard avait glissé de sa main enfuie dans d'un gant de toilette afin de leurrer les personnes qui auraient pu deviner sa réelle intention alors qu'elle se faisait passer au contraire pour une charmante gamine qui lui venait en aide pour savonner le dos de Denis. Dès que toutes les présences disparaissaient de la pièce, la main de Valérie repartait en piquée retrouver dans le fond du baquet cette savonnette baladeuse qui était prétexte pour tâter à chaque passage ses parties intimes, Denis rouge comme une pivoine repoussant sans cesse ses incursions d'une main tout en serrant si puissamment ses cuisses qu'il aurait pu pulvériser une noix il ne savait plus quoi faire pour se sortir de ce piège démoniaque que lui faisait subir cette agace-pissette de Valérie. Heureusement que Marcelle venait d'en finir avec sa cliente juste avant que Valérie termine son déchainement dans le baquet.

Une ribambelle de chats vivaient dans les nombreuses dépendances et dans les locaux des animaux poulets, chèvres, lapins, cochons, comme disait Marcelle aux personnes surprises de voir toute cette colonie de chats ? « il faut neutraliser toute cette invasion de vermines souris, et rats et petits serpents. » Chaque fois qu'une chatte transportait dans sa gueule un à un les chatons de sa nichée Marcelle les saisissaient en protestant a la personne qui trouvait ces chatons trop mignons pour les estourbir, elle leur répondait « qu'elle devait aussi régulariser les nombreuses naissances pour ne pas être envahie à l'inverse par les chats »La méthode était de la façon la plus barbare pour éliminer ces adorables petits chatons elle les prenait un par un de la caisse où elle les avait emprisonnés en les lançant à la suite violemment contre le mur. À chaque fois, c’était le même scénario on entendait les miaulements plaintifs des chatons pleurant leur mère sans avoir aucun effet sur la détermination de Marcelle qui n’éprouvait aucun ressentiment à son action de massacre pour neutraliser la communauté féline à cette époque on ne stérilisait pas les chattes et puis imaginer un ressentiment de souffrance chez Marcelle aurait été une faiblesse et un luxe sentimental dont elle était imperméable et dépourvue.

Chapitre N°13 Les deux "D" organisent un pique-nique, armés de leur lance-pierres, bonjour l'ambiance ça va encore mordre la ligne rouge.

La seule distraction de David a été de réaliser deux lance-pierres avec des fourches en bois et des lamelles de chambre à air, ce n'était pas très fiable, car souvent, l'élastique éclaté en plein visage. Les deux "D" avaient décidé d'organiser un goûter à l'extérieur. Denis était chargé de réunir les ingrédients pour la journée de trouver des allumettes des vieux journaux des WC, du tabac gris à rouler de Robert, une boîte de poissons Pilchards vide, des œufs, des sachets d'Alsa de sucre vanillé et quatre ou cinq pommes de terre, et une bouteille de cidre le tout sorti du magasin pendant que Marcelle faisait l'inventaire de ses Charentaises dans sa réserve à l'étage. Maintenant, les 2 ados devaient trouver un alibi pour franchir le portail, ils allaient se servir des deux chèvres et du bouc de Marcelle tout heureuse de cette initiative des 2 D d’emmener brouter ses animaux dans une prairie en jachère en haut du village en bordure d'un chemin de terre. Sitôt arrivés Ils commencèrent à rassembler des grosses pierres pour construire un foyer et ensuite ramasser du bois mort pour faire le feu pour effectuer leurs pommes de terre à la cendre, la boîte de pilchard était utilisée pour mettre les œufs battus mélangés au sucre vanillé pour faire un semblant de flan. Les pommes de terre cuitent étaient aussi délicieuses que des bananes flambées du vrai caviar à déguster pour ces deux gamins, le flan chaud était aussi un merveilleux délice à lécher toute la gamelle à la rendre nickel comme neuve. Comme tous grands repas qui se termine avec un cigare Denis roula une cigarette dans une feuille du journal de la « Charente-Libre » avec le tabac gris qu'il avait volé dans le véhicule de Robert, ils tiraient chacun leur tour une bouffée, la fin était limite supportable, entre le tabac le cidre, les deux "D" étaient ronds comme des queues de pelle, les chèvres leur alibi n'étaient plus leur souci, elles auraient pu retourner seules à l'étable sans qu'ils ne s'en rendent compte, mais elles avaient plutôt préféré de s'attaquer à la haie épineuse du chemin. Les deux compères étaient déjà passés à autre chose en organisant un jeu d'adresse au lance-pierre pour pulvériser le maximum de godets en verre de la ligne électrique qui bordait le chemin. Heureusement que dans leur état euphorique ils manquaient souvent leurs cibles Denis plus par le hasard que par précision était arrivé à atteindre deux godets qu'il avait littéralement explosé. Voyant les fils pendus aux branches des arbres, les deux D retrouvèrent instamment leur lucidité, conscient qu'ils venaient de dérailler et que leur responsabilité serait lourde de conséquences. La panique était maintenant en eux il fallait rapidement récupérer les chèvres et ce n'était pas une mince affaire elles avaient fait un sacré bout de chemin, elles s'étaient complétement encastrées dans les buissons de ronces pour les sortir de cet endroit les deux ados ont bataillé fermement pour ramener les bêtes à la raison qui n'étaient pas pressées de sortir de ce paradis à chèvres. Plus tard, ce sont les agents d'EDF qui entraient dans la danse ils n'avaient pas trouvé ce jeu d'adresse très glorieux comme se l'étaient imaginés les deux canailles. Heureusement pour brouiller les pistes cette compétition était aussi le sport favori des autres enfants du village, face à cette situation de sabotage comme le criaient les agents d'EDF, leur chef déposa une demande officielle auprès du maire qui demanda à son tour au garde champêtre sachant déjà que cette enquête n'allait certainement pas aboutir de sitôt, car il n'avait pas à faire un aigle pour effectuer ce genre d’enquête il lui demanda quand même d’êtres vigilant tout en surveillant discrètement la ligne à l'endroit de cette dégradation volontaire. Le maire et ses adjoints furent surpris par la rapidité que le garde champêtre avait découvert en plein flag le coupable un gamin du village qui avait profité des doutes sérieux qui pesaient sur les deux pitres de l'épicerie pour se défouler à son tour sur les godets, tout en ignorant que le garde champêtre était une personne cancanière et qu'entre-temps, les commérages allaient bon train en passant par le magasin qui était le carrefour des langues de pute, ce qui avait permis à Denis et David d'avoir les informations en priorité et d'adapter les initiatives suivantes. Ils avaient donc cessé de mettre un terme à ces jeux stupides de sauvageons en se tenant à carreau et discret sachant qu'ils étaient étroitement surveillés, avant que cette furie de Marcelle prenne le sujet à bras-le-corps avec le martinet dans l'autre main. L'adolescent qui avait été pris en plein flag par le garde-champêtre était le fils du régisseur du fort Knox ce haut lieu de l'élevage des visons, endroit qui n'avait rien à envier au camp militaire américain de la Braconne, le garde champêtre était fier de son efficacité qu'il était surpris de lui-même en le clamant à toute personne qui voulait l'entendre. Hélas il allait s'en prendre plein la gueule de la part des élus locaux qui lui reprochaient sa précipitation et qu'il aurait dû regarder à deux fois avant de battre du tambour et de jeter en pâture l'enfant d'une très bonne famille, qu'il n'avait ne pouvait traiter le fils d'un cadre de l'unique employeur de la commune comme le premier des gamins des larbins. D'après le maire « il était devenu fou ! Il fallait ménager la susceptibilité de ce genre de personnage bien vu par l'employeur. Pourtant, dans ce village il y avait un choix énorme pour dénoncer en commençant par les deux bâtards de l'épicerie ou un des enfants des vilains qui font peine à voir sans que cela puisse déranger les hautes instances du coron. »

Chapitre N°14: les rancunes débordent et un mulot qui se prend pour le lion de la jungle.

C'est «OK Corral à L'école » Les-vacances de David étant terminée, Denis âgé de 12 ans s'est retrouvé tout seul avec Marcelle et Robert son époux qui lui disparaissait toute la journée pour battre la campagne des environs avec son fourgon gris Renault Goélette pour proposer son épicerie à domicile. Denis était abonné à cette maudite école primaire du village celle qui avait scellé en six mois le sort de son camarade David. Lui n'était pas mieux vu et épargné, par une bande de fripouilles, leurs seules préoccupations étaient de monter contre Denis des sordidités toujours plus crasseuses afin que lui seul porte le chapeau, comme uriner sur la porte ou sur les murs des WC privatifs des institutrices en le dénonçant directement. Une autre fois, ils lui avaient volé son cartable pour le balancer dans un fossé plein d'eau, résultat les livres et ses cahiers n'étaient plus que des torchons illisibles Denis avaient beau dire à Marcelle ou à l'institutrice que c'étaient les autres élèves qui avaient fait cela sciemment de toute façon Denis était un coupable idéal de toute façon il n'aurait jamais pu persuader de sa franchise un adulte convaincu du contraire il disait de Denis "ce gamin est un cossard et il a le vice en lui, il est prêt à tout pour ne pas apprendre." Ce qui autorisait ensuite Marcelle à aligner les branlées et des punitions, les corvées, le verre d'eau et le trognon de pain rassis pour le souper.

Chaque année Denis se devait aussi d'offrir à Marcelle un dessin à la fête des Mères, tout en connaissant la suite qu'elle allait réserver à son chef-d'oeuvre, pourtant Denis s'appliquait à peintre une prairie aux fleurs très rouges sous un ciel gris où le soleil pudique ne faisait qu'apparaître qu'un rayon jauni dans ce ciel tragique au sol ensanglanté. Ce dessin, dont Denis avec méfiance devait offrir à Marcelle, n'avait pas eu plus de succès que les précédents, un regard furtif de sa part sans aucune parole le dessin n'eut qu'une brève existence en passant directement dans le foyer de l'enfer de la cuisinière. Ce dessein hélas n'était qu'une étape à croire que l'Éducation nationale à cette époque avait laissé la pédagogie au fond de leur cartable concernant les pupilles d'État. C'est maintenant au tour des photos annuelles, elles étaient effectuées à l'initiative de la directrice institutrice par un photographe pour réaliser des clichés du groupe d’élèves de la classe avec les encadrants de l'école puis une seconde où chaque enfant était pris individuellement assis à sa table d'écolier les clichés étaient proposés ensuite à la vente à la famille des élèves. Tous les parents avaient payé pour garder les deux clichés de leur garnement une seule s'est distinguée, c’est Marcelle qui n'en avait rien à battre de la bobine de Denis, en plus, elle motivait son refus directement à lui loin et certainement pas de la manière la plus élégante « tu es franchement trop moche sur ces photos pour que je puisse les acheter » Marcelle avait retrouvé tout son cynisme et tant pis si l'enfant allait amortir plusieurs jets d'une F1 en toute brutalité et sans humanité avec cette violence quand elle fracassait les chatons le long du mur. l'instite, face à cet argument avait compris qu'il ne fallait pas qu'elle persiste à vouloir vendre les clichés avec la frimousse de Denis.

Marcelle préférait mettre cet argent dans le calendrier de la poste avec en couverture le trio de chatons dans la corbeille. Au moins cela ils tiendraient l'année entière. Denis à contre-cœur dut rendre les deux photos à l'institutrice sachant que c'était le seul témoignage de son enfance qu'il allait perdre à jamais il a dû aussi supporter la raillerie et les rires de toute la classe qui crachait des paroles venimeuses à son encontre “Tu vois bien même ta mère te trouve trop moche !" L'institutrice qui était au premier plan ne trouva pas utile d'intervenir tant que ce n'était pas ses chouchous qui étaient visés dans ce torrent de la méchanceté sans limites." L'institutrice qui était au premier plan ne trouva pas utile d'intervenir tant que ce n'était pas ses chouchous qui étaient visés dans ce torrent de la méchanceté sans limites. Pourquoi toute cette haine alors qu'ils étaient adulés par des parents généreux en adjectifs merveilleux envers leurs enfants sortis tout droit de la cuisse de Jupiter.
À la récréation au bout du bout du supportable de la provoc Denis pris par le col cette petite vermine, ce meneur de bande, ce garçon bien né d'une famille bourgeoise en négociant de vin de la commune, cette petite frappe passait son temps à narguer et à se moquer de la situation familiale dépourvue de l'affection parentale. Denis tel un fauve bondi pour en faire une bouchée en deux coups l'alpha de la meute des acnés juvéniles était à terre le bras coincé dans son dos avec un œil "au beurre noir" en suppliant et en pleurant sous les gifles à répétition. Suite à cette empoignade Denis a été catalogué comme fou furieux, par un psy de l'Éducation nationale il n'était plus qu'à deux pas de l'enfermement en maison de correction. Les gendarmes ont été contactés à la demande de l'école et des parents du petit saint et des autres gamins de la bande, pour les parents ce pupille débile de l'assistance publique n'avait pas sa place parmi eux dans une école communale. La DDASS, comme d'habitude attendait le rapport définitif pour prendre une décision de retirer Denis de chez Marcelle, les gendarmes pour calmer les matadors du village avaient proposé une quarantaine de ce dangereux élève, ce qui n'était pas pour déplaire à Marcelle d'avoir à sa merci, un commis disponible à volonté pour effectuer la manutention dans le magasin. Denis s'était préparé psychologiquement pour la prochaine étape à effectuer de la maison de correction que de continuer à subir cet acharnement sans fin de toute la classe et de son encadrement direct, sans ne pouvoir jamais obtenir aucune bientraitance. Malgré l'influence et la pression des bourgeois et du personnel de l'école les gendarmes ont été exemplaires, ils ont blanchi Denis, ils ont même effectué un rappel à l'ordre aux parents du meneur et des éléments de sa bande. Le corps enseignant aurait dû le protéger de cette petite vermine au lieu de l'encourager dans ses méfaits." Néanmoins, c'est Denis qui a dû poursuivre son année scolaire à l'école d'un village voisin, mais cette fois dans une ambiance apaisée.

Chapitre N°15 Marcelle voulait le beurre, l'argent du beurre et les biceps du berger.

Les corvées étaient toujours aussi nombreuses dans le magasin, il fallait tourner cette manivelle de ce gros moulin à poivre pour moudre des kilogrammes de grains de poivre pour ensuite placer la mouture dans des sachets de 50 grammes Denis n'arrivait pas à canaliser cette averse de larmes plus l'eau qui lui coulait du nez à chaque tour de manivelle, il éternuait bruyamment à chaque vidage de la mouture qui rendait l'air irrespirable comme s'il avait vidé une bombe lacrymogène dans la boutique. Il fallait placer aussi dans la grange les bouteilles consignées et remportées des bouteilles pleines dans chaque rayon. Il y avait aussi les jerricans, les bidons vides des clients qu'il fallait remplir en mazout ou en alcool à brûler le produit était stocké dans des énormes fûts métalliques gris, debout dans un cabanon étroit, pas de pompe Japy ni de robinet juste un tuyau souple qu'il fallait enfiler dans le tonneau pour aspirer en contrebas avec la bouche dans le but d'obtenir l'écoulement du carburant pour le remplissage des récipients. C'était encore une installation minimum brevetée de cette feignasse de Robert, il y avait des journées pourries, avec des bonnes rasades de carburant que Denis aspirait en guise de bain de bouche en passant le reste de la journée et les jours suivants à recracher ces carburants infects et tenaces qui lui restaient en bouche, tout ce qu'il mangeait avait le goût infect du fioul. Il avait même l'impression que ce poison circulait dans ses veines à la place de son sang. Ensuite pour le reste de la journée Denis devait devenir une personne invisible il était "persona non gratta" aux abords de la boutique sauve sur demande exceptionnelle de Marcelle pour apporter une bouteille de gaz à un client et repartir avec l'échange vide en mode disparition instantanée. De toute façon d'autres corvées en dehors du magasin l'attendaient, les chèvres, le clapier à lapins, le poulailler à nettoyer, couper de l'herbe pour les lapins ou des orties pour en faire l'usage d'une pâtée avec du son de blé pour les canards, mais parfois Marcelle utilisait les orties à d'autres fins et s'en crier gare ! Comme pour fouetter soudainement à froid Denis sur les jambes ou sur les fesses pour avoir cassé trois jours avant une bouteille de vin en effectuant une manutention. La rancune était redoutable et persistante chez Marcelle toute aussi forte que celle de la mule du pape qui avait attendu patiemment huit ans pour rendre son coup de pied sans crier "gare à toi" .

Chapitre N°16 Des yeux noisette rieurs pour embellir ce soleil noir. Un peu de douceur dans ce monde de douleurs.

Dans ce lieu sans soleil, le seul rayon qui rendait Denis accro à la vie, c'était Isabelle sa copine une fille de son âge, elle était grande mince avec un visage rieur des cheveux mi-long clair, elle habitait le village voisin de Genouillac ses parents avaient une importante exploitation agricole. Denis l'avait rencontré dans le chemin où broutaient les chèvres. Elle était en panne avec son vélo la chaîne pendante, il lui proposa de la lui remettre en place, après le dépannage, elle était restée pendant des heures à discuter sur la nouvelle arrivée dans le village de Denis tout en partageant le fruit de la passion de Denis une pomme de terre à la cendre. Pendant deux ans, elle est passée à la boutique suivant sa disponibilité et la liberté qu'elle pouvait s'octroyer pour s’échapper pour venir faire sa provision de confiserie, elle attendait Denis au portail, s'il était absent, elle lui laissait un mot dans un interstice du mur que Denis avait élargi avec son canif dans le mur en guise de boîte aux lettres pour déposer un message pour le prochain rendez-vous à la pâture des chèvres dans le petit chemin de la prairie afin de partager et de déguster et de boire du cidre ou de tirer une taffe roulée dans une feuille de la Charente-Libre, en mâchouillant les friandises entre caramels et bonbons demi-lunes orange ou citrons et du réglisse en forme de tête qu'Isabelle avait apportée, Denis avait des osselets, et le mikado dont un jeu de 32 cartes publicitaires que Denis avait fait main basse dans un carton de pastis. À la troisième rencontre, c’est le père d'Isabelle qui s’invita elle fut surprise de voir son père déambulait dans notre endroit secret. La peur au ventre Denis était resté en arrière cet homme était impressionnant par sa taille une force de la nature Isabelle courue vers son père pour le calmer se qu'il ne l’empêcha pas de se prendre deux claques à lui décrocher la tête Ne pouvant saisir Denis il préféra l'insulter et le prévenir qu'il n'y aurait pas de prochaine fois et qu'il risquerait de se prendre une décharge de gros sel dans le postérieur. Isabelle hébétée de cette situation venait de comprendre qu'il lui avait fait tendu un piège en lui faisant croire qu'il partait toute l’après-midi avec sa mère faire des courses au Monoprix d'Angouléme. C'était un aimable voisin qui l'avait informé du lieu ou sa fille se rendait en catimini, son père n'avait plus qu'à préparer sa redoutable embuscade pour mettre un point final à cette relation amicale sans plus aucun espoir de revoir Isabelle qu'elle n'aurait plus un moment de liberté et qu'elle serait étroitement sous bonne garde de son Père et de ses frères.

Chapitre N°17 C'est le départ de Fontafie: Nous retenions nos larmes afin d'éviter que l'argile nous colmate les yeux définitivement sur la noirceur de ce village que nous voulions tant oublier...

Marcelle décida de changer de commerce, elle venait d'acquérir une boulangerie avec ses deux fils boulangers à Montmoreau Saint-Cybard entre Angouléme et Aubeterre dans le sud-ouest de la Charente. Partir de ce morne coron Denis n'eut même pas une pensée mélancolique à partir de cet endroit maudit et lugubre, de quitter enfin cette réserve sans fenêtres qui lui servait de chambre la nuit, la journée son lit devenait un marchepied pour atteindre les étagères où étaient entassés les bottes, les sabots, les pantoufles, les espadrilles et les chaussons pour les sabots et les bottes. Après avoir supporté les odeurs de pipi de David à ses débuts, maintenant Denis devait dormir avec ces odeurs persistantes et entêtante de caoutchouc de feutre et de cuir et de textile avec la colle, souvent le matin, c’était une violente migraine qui lui souhaitait bien le « bonjour ». Il n'était pas rare qu'en pleine nuit qu'il se réveillait en sursaut en pensant qu'il avait été abandonné dans un local d'une manufacture de chaussures et de pantoufles charentaises.